ARTICLE
Auteur(s) : Sophie Catteau-Jonard
Service de Gynécologie Endocrinienne et de Médecine de la
Reproduction, Hôpital Jeanne de Flandre, CHRU de Lille, avenue
Eugène Avinée, 59037 Lille Cedex
Alors que le don de sperme existe depuis 1972, le don d’ovocytes
n’a été rendu possible qu’en 1983, grâce à la fécondation in vitro.
A la suite d’une large réflexion éthique et juridique, le don
d’ovocytes a été légalisé en France le 29 juillet 1994. Il
s’agit d’une activité particulière d’assistance médicale à la
procréation autorisée par la loi de bioéthique pour répondre à
certains cas d’infertilité féminine. Le développement de cette
activité a cependant été freiné en France par l’obligation de
congélation des embryons conçus grâce à ces dons (décret
n° 96-993 du 12 novembre 1996). Posée pour des raisons de
sécurité sanitaire, cette obligation a été levée récemment et la
réglementation n’impose plus la congélation des embryons issus de
don d’ovocytes avant leur transfert (décret n° 2004-606 du
24 juin 2004).
Fin 2006, 25 centres français d’AMP disposaient d’une
autorisation pour la ponction ovocytaire en vue de don. Les données
disponibles dans les rapports annuels d’activité des centres sont
très limitées en ce qui concerne le don d’ovocytes et une enquête
spécifique a été menée par l’Agence de la Biomédecine (ABM). Un
questionnaire a été adressé par l’ABM en novembre 2006 aux 25
centres d’AMP afin de mieux connaître l’activité du don en France
et estimer les besoins en termes de donneuses. Sur les 25 centres,
seuls 19 ont eu une activité réelle en 2005 et 18 ont répondu à
l’enquête. Nous nous baserons sur les résultats de cette étude
(disponibles sur le site internet de l’ABM) pour établir un état
des lieux puisqu’il s’agit de l’unique source de données récentes,
en dehors de nos données personnelles portant sur la région
Nord-Pas-de-Calais. Le Groupe d’étude pour le don d’ovocytes (GEDO)
qui jusqu’en 2004 établissait un résumé annuel de l’activité du don
d’ovocytes a maintenant « passé le relais » à l’ABM.
Les indications de prise en charge
Les insuffisances ovariennes prématurées idiopathiques, génétiques
ou iatrogènes ainsi que les pathologies génétiques pour lesquelles
ni le diagnostic préimplantatoire ni le don de sperme n’ont pu être
retenues, restent les indications principales du don d’ovocytes.
Les échecs d’AMP en intraconjugal représentent des demandes
croissantes de don, mais la majorité des centres n’accèdent à cette
demande que s’il existe une réponse ovarienne inadéquate ou une
mauvaise qualité ovocytaire et si la femme a moins de 38 ans
lors des échecs d’AMP. La limite d’âge communément admise pour
bénéficier d’un don est le 43e anniversaire, puisque
c’est la limite fixée pour le remboursement des transferts
d’embryon en AMP intraconjugal. Certains centres fixent l’âge
limite pour s’inscrire à 40 ou 41 ans puisqu’il faut tenir
compte du délai d’attente pour pouvoir bénéficier d’un don.
L’activité et les résultats du don d’ovocytes en 2005
Treize régions françaises ont une activité d’AMP avec don
d’ovocytes avec plus de 50 % des tentatives réalisées en
Ile-de-France (5 centres) et 18 % en Bretagne (1 centre).
Suite à la modification de la réglementation qui n’impose plus la
congélation des embryons issus de don d’ovocytes avant leur
transfert (décret n° 2004-606 du 24 juin 2004), le nombre
de transferts d’embryons après don d’ovocytes a nettement augmenté
en 2005, qu’il s’agisse d’embryons conçus lors des fécondations in
vitro de l’année 2005 ou des embryons congelés issus des tentatives
des années antérieures. En effet, en 2005, 238 transferts immédiats
viennent s’ajouter aux 212 transferts d’embryons congelés (TEC),
soit un total de 450 transferts d’embryons. En 2004, 288 transferts
d’embryons avaient été réalisés, dont 57 étaient des transferts
« en frais » (figure 1). Un taux de
grossesse clinique par transfert immédiat de 42 % avait été
observé en 2004, mais il concernait un faible effectif. En 2005, le
taux de grossesse après transfert immédiat, est de l’ordre de
32 %. Ce taux est supérieur à celui observé après TEC
(20 %). Plus de la moitié des tentatives réalisées sont des
ICSI.
En 2005, les transferts d’embryons issus de don d’ovocytes ont
permis la naissance de 100 enfants. Le nombre moyen d’embryons
transférés par transfert est de 1,8 quelle que soit la technique
utilisée, avec cependant un taux d’accouchements gémellaires élevé
en FIV mais difficilement interprétable du fait des faibles
effectifs.
Les donneuses disponibles en 2005
La quasi-totalité des centres fixent la limite d’âge pour les
donneuses à moins de 38 ans le jour de la ponction, cela en
raison du risque d’anomalie génétique augmenté et de l’indication
d’amniocentèse à partir de 38 ans. D’ailleurs, si les
patientes enceintes après un don désirent réaliser le test HT21, il
est indispensable de fournir à leur médecin la date de naissance de
la donneuse afin de pouvoir interpréter les résultats du test. De
plus, un grand nombre de centres n’acceptent que les donneuses de
moins de 35 ou 36 ans, afin de diminuer le risque d’une
mauvaise réponse ovarienne à la stimulation ou celui d’une qualité
ovocytaire médiocre. Un bilan de la réserve ovarienne est de toute
façon réalisé avant d’accepter une potentielle donneuse de même
qu’une enquête génétique familiale sous la forme d’un
interrogatoire et qu’un caryotype de la donneuse. La recherche
d’une prémutation du gène FMR1 est également réalisée par plusieurs
centres.
Le nombre de donneuses ponctionnées en 2005 a augmenté de
presque 30 % par rapport à 2004 (168 versus 131). En moyenne,
8,9 ovocytes sont obtenus par ponction d’une donneuse. Une
receveuse se voit attribuer 5,3 ovocytes en moyenne, ce qui permet
d’obtenir 2,8 embryons « utiles » (c’est-à-dire
susceptibles d’être transférés ou congelés) par receveuse. Il a été
ainsi possible de traiter en moyenne 1,7 receveuse à partir de la
ponction d’une donneuse.
La demande de don d’ovocytes et le délai d’attente
On peut estimer que le nombre de couples en attente au début de
l’année 2005 était supérieur à 779 et que 564 nouvelles demandes
ont été reçues au cours de l’année. A noter que 36,5 % des
couples demandeurs se sont présentés avec une donneuse. Au total,
en 2005, au sein des centres français autorisés, plus de 1 340
couples étaient recensés comme ayant exprimé une demande de recours
au don d’ovocytes. Aucune donnée n’est disponible concernant les
demandes de don exprimées hors des centres français autorisés,
notamment directement auprès des cabinets de gynécologie ou des
pays étrangers.
Le délai moyen d’attente avant don d’ovocytes est difficile à
préciser. Néanmoins, le délai est de l’ordre de 24 mois et
varie de 9 à 60 mois selon les centres qui ont pu délivrer
cette information. Le délai dépend principalement du nombre de
donneuses se présentant dans le centre et pouvant être retenues
pour un don (cf. supra) mais également des possibilités
d’appariement entre donneuses et receveuses. Un couple ayant un
groupe sanguin rare ou des sérologies à cytomégalovirus négatives
aura un délai d’attente probablement allongé. Le délai est plus
court, d’environ 12 mois (de 6 à 24 mois selon les
centres) lorsque le couple est accompagné d’une donneuse.
D’après les estimations de l’ABM, environ 1 200 couples auraient
été susceptibles de bénéficier d’un don d’ovocytes au cours de
l’année 2005. A raison de 1,7 couple traité par la ponction d’une
donneuse, 700 donneuses auraient donc dû être recrutées et
ponctionnées pour répondre à la demande de l’année 2005 alors que
168 donneuses ont été effectivement recrutées. Le nombre de couples
s’étant d’emblée dirigés vers un pays étranger est bien sûr
impossible à connaître.
Conclusion
L’enquête de l’ABM a permis d’établir que l’activité d’AMP avec don
d’ovocytes existe en France dans 19 centres actifs en 2005. Le
transfert d’embryons immédiat, autorisé depuis le décret du
24 juin 2004, a bien été mis en place dans les centres qui
avaient poursuivi cette activité malgré l’obligation réglementaire
de « mise en quarantaine » des embryons. La nouvelle
législation a permis d’améliorer les résultats puisqu’en 2005, les
chances de grossesse après transfert d’embryons immédiats sont de
l’ordre de 32 %, bien supérieures à celles obtenues après les
seuls TEC des années antérieures. Il faut y ajouter pour 2005 les
chances supplémentaires de grossesse après utilisation des embryons
congelés au cours de l’année.
On peut espérer que l’augmentation d’activité constatée en 2005
se poursuivra au cours des prochaines années. A Lille par exemple,
35 transferts d’embryons ont été réalisés de janvier à
septembre 2007 contre seulement 18 pour toute l’année 2005 et
4 en 2004 (figure 2). Même si
cette augmentation d’activité est due au nombre croissant de femmes
acceptant de donner leurs ovocytes, un fort niveau de pénurie
existe, au vu des couples en attente, toujours plus nombreux à
s’inscrire, et des délais moyens d’attente avant de bénéficier d’un
don.
Enfin, il faut prendre en considération les difficultés des
centres à assumer la lourdeur de la mise en œuvre du don
d’ovocytes, sans forcément disposer des moyens nécessaires pour
développer cette activité.
C’est l’optimisation de la gestion du don d’ovocytes qui devrait
constituer l’objectif du groupe de travail que projette de mettre
en place l’Agence de la Biomédecine avec les membres du Groupe
d’étude pour le don d’ovocytes (GEDO).
|