ARTICLE
Auteur(s) : Catherine Lefebvre
Service de Gynécologie Endocrinienne et Médecine de la
Reproduction, Hôpital Jeanne de Flandre, avenue Eugène Avinée,
59037 Lille Cedex
Les ponctions ovocytaires sont réalisées par voie vaginale avec
contrôle échographique endovaginal.
Les ponctions ovocytaire
Un bilan échographique d’accessibilité des ovaires est nécessaire
avant d’engager une patiente dans un processus de fécondation in
vitro (FIV). Celui-ci est d’autant plus indispensable que la
patiente présente un surpoids ou qu’il existe des antécédents
chirurgicaux abdominopelviens, de l’endométriose, des altérations
tubaires, des myomes utérins. Au cours de ce bilan, deux questions
sont posées :
- La ponction ovarienne folliculaire risque-t-elle d’être
difficile et incomplète, voire impossible ?Ce peut être le cas
si l’ovaire est haut situé et non mobilisable malgré la pression
d’une main abdominale ou s’il existe une interposition digestive ou
d’un hydrosalpinx.
- La ponction ovarienne folliculaire présente-t-elle un risque
infectieux majoré ?
Abcès ovariens, pelvipéritonites ont une fréquence variable dans
la littérature, bien inférieure à 1 % des ponctions [1-3]. Les
risques infectieux sont majorés dans le contexte d’endométriose, de
lésions tubaires ou de pelvis adhérentiel. L’infection est
provoquée soit par l’inoculation directe de germes vaginaux
(notamment dans le sang vieilli d’un endométriome, excellent milieu
de culture [4]), soit par réactivation d’une infection pelvienne
latente (hydrosalpinx), soit par ponction accidentelle d’une anse
intestinale (pelvis adhérentiel). Il n’y a pas de consensus établi
sur le bénéfice d’une antibiothérapie entourant le geste de ces
ponctions à risque infectieux.
Les situations cliniques
Le surpoids peut rendre l’accès ovarien difficile surtout en cas
d’obésité androïde. Il est souhaitable que le BMI soit < 35.
Chez les patientes multi-opérées de l’abdomen (maladies
inflammatoires chroniques intestinales, malformations digestives
congénitales, le bilan échographique peut être une heureuse
surprise avec un accès ovarien aisé, mais parfois il faut
rediscuter du dossier lors de réunions multidisciplinaires
clinico-radio-chirurgicales pour juger de l’éventuel bénéfice d’une
réintervention chirurgicale pour permettre l’accès ovarien en vue
d’une ponction ovocytaire.
L’existence d’hydrosalpinx visibles en échographie peut amener à
envisager la salpingectomie avant la réalisation de la FIV pour
permettre l’accès ovarien, pour réduire le risque infectieux et
pour favoriser l’implantation embryonnaire. Le liquide
d’hydrosalpinx peut contenir des débris cellulaires, des agents
infectieux, des lymphocytes, des cytokines, des prostaglandines. Si
un hydrosalpinx, visible en échographie, jouxtant l’ovaire est
ponctionné accidentellement au cours d’un recueil ovocytaire, des
agents infectieux ou toxiques contenus dans le liquide de
l’hydrosalpinx peuvent endommager la qualité des ovocytes,
contaminer les milieux de culture ou entraîner une poussée
infectieuse ovarienne ou pelvienne. Le liquide d’hydrosalpinx peut
avoir par ailleurs un effet délétère sur l’implantation
embryonnaire [5] par effet de lavage mécanique de la cavité
utérine, par action inflammatoire de la muqueuse utérine [6], par
perturbation des mécanismes immunitaires. Enfin, l’effet délétère
du liquide d’hydrosalpinx a été démontré pour l’embryon murin [7],
mais pas pour l’embryon humain [8]. Johnson [9], dans une
méta-analyse, a pris en compte 3 études randomisées prospectives,
salpingectomie unie ou bilatérale avant FIV pour hydrosalpinx, soit
295 patientes : le taux d’accouchement par FIV est
significativement augmenté après salpingectomie. L’étude randomisée
prospective de salpingectomie ou non préalablement à la FIV de
Strandell et al. [10] objective un taux d’accouchement multiplié
par 3,5 dans le sous-groupe des hydrosalpinx bilatéraux visibles à
l’échographie, en cas de salpingectomie préalable.
En cas d’endométriome supérieur à 3 cm, il peut être
proposé une cœliochirurgie préalable à la FIV avec kystectomie dans
le but de faciliter la ponction ovocytaire, d’éviter la
contamination du liquide folliculaire par le liquide d’endométriose
toxique pour l’ovocyte et de diminuer les risques infectieux. La
décision opératoire, prise en concertation avec la patiente,
dépendra des antécédents de kystectomie ou non, du caractère uni ou
bilatéral, de la taille de l’endométriome, en gardant à l’esprit
qu’il faut tenter de ne pas trop amputer le capital ovarien et
altérer la réserve ovarienne [11-12]. En alternative à la
chirurgie, une ponction échoguidée de l’endométriome, sous
analogues de la LH-RH juste avant de débuter la stimulation, peut
être proposée pour faciliter et améliorer le recueil ovocytaire,
mais elle n’est pas sans risque infectieux.
Les fibromes utérins de gros volume peuvent gêner l’accès
ovarien le plus souvent en ascensionnant l’ovaire. Outre le
bénéfice sur l’implantation, l’indication de myomectomie peut être
discutée pour rendre la ponction possible ou plus facile. Mais la
myomectomie retardera la prise en charge en raison de l’utérus
cicatriciel.
Au total
Le bilan préalable de l’accessibilité des ovaires pour un recueil
ovocytaire, par voie vaginale avec échoguidage endovaginal, doit
être effectué avant une FIV. La patiente doit être informée de la
difficulté pressentie, du caractère incomplet probable du recueil
ovocytaire, d’un éventuel risque infectieux majoré. Une chirurgie
préalable est parfois nécessaire. La décision est souvent
multidisciplinaire évaluant le bénéfice-risque.
En théorie, en cas d’ovaires hauts situés inaccessibles, la
ponction ovocytaire pourrait être réalisée par voie préurétrale
transvésicale avec un échoguidage abdominal ou par voie percutanée
transvésicale avec un échoguidage abdominal ou sous cœlioscopie.
Mais ces solutions ne sont pas plus faciles ou moins périlleuses
que la voie classique vaginale avec échoguidage endovaginal.
Exceptionnellement, une patiente peut ne pas être acceptée en
parcours de FIV pour inaccessibilité des ovaires à leur ponction,
la situation étant au-delà de tout recours chirurgical
possible.
Les transferts embryonnaires
L’échec complet de transfert est exceptionnel [13], mais les
transferts plus ou moins difficiles ne sont pas rares. Les
difficultés de passage du col se rencontrent lors des rares cas de
sténose vraie du col et surtout lors du franchissement d’un ou de
plusieurs coudes successifs du canal cervical [14].
Le transfert embryonnaire intrautérin par voie transcervicale
est un geste technique fondamental qui conditionne le résultat de
la FIV. Englert [15] et al., en 1986, obtinrent 33 % de
grossesses (G)/transferts (T) pour les transferts faciles versus
10,5 % pour les transferts difficiles. Mansour et al. [16], en
1990, ont obtenu 20,4 % de G/T pour les transferts faciles
contre 4 % pour les transferts difficiles.
Il est important de réaliser un test de transfert simulé avant
la tentative de FIV afin d’anticiper d’éventuelles difficultés.
Mansour [16], en 1990, lors d’une étude randomisée de 335
transferts avec ou sans test de transfert préalable, obtint un taux
de G/T de 20,4 % contre 13,1 %.
Ce test de transfert simulé en consultation, lors d’un cycle
précédant la FIV, est réalisé avec le cathéter de transfert
qu’utilise habituellement l’équipe. Il évalue l’axe utérin, la
perméabilité cervicale, la direction du canal cervical et la
facilité de son passage, l’hystérométrie. L’échographie peut aider
à cette évaluation apportant une meilleure connaissance de
l’angulation col/isthme/corps utérin, de la mesure de la longueur
cavitaire. L’hystérographie ou l’hystéroscopie peuvent aider
également à l’évaluation du défilé cervical et de la cavité
utérine. Certains éléments techniques peuvent faciliter le
transfert : antispasmodique/anxiolytique (spasme cervical),
mobilisation du col avec les lames du spéculum, mobilisation de
l’utérus avec une main abdominale, modification de l’axe utérin
selon le remplissage vésical (intérêt d’une vessie remplie en cas
d’antéversion prononcée), échoguidage par voie abdominale (guide le
passage du défilé cervical, vérifie la bonne progression et la
position du cathéter).
Certaines équipes utilisent l’échoguidage systématique,
d’autres, lors de difficultés pressenties au test de transfert
simulé [17-18]. Il n’y a pas de consensus sur la nécessité d’un
transfert échoguidé en routine selon les publications comparant
transfert échoguidé et clinical touch. Les études de Garcio
Velasco, de Camargo Martins, Flisser ne sont pas en faveur de
l’échoguidage en routine [19-21]. Par contre les méta-analyses de
Sallam, Buckett, Abou-Setta sont en faveur de l’échoguidage en
routine [17, 22, 23]. Le transfert échoguidé est indispensable en
cas de difficultés pressenties au test de transfert simulé selon
Flisser et Abou-Setta [21-23].
Chaque équipe fait le choix d’utiliser un ou plusieurs types de
cathéter et les utilise de manière optimale avec l’habitude et
l’expérience. Notre équipe a opté pour l’utilisation systématique
d’un cathéter préalablement coudé à 45° qui permet de franchir plus
facilement le ou les coudes successifs du canal cervical. Depuis
l’emploi de ce cathéter, l’utilisation d’une pince de pozzi,
responsable de contractions utérines délétères [24], devient
exceptionnelle. La proportion de transfert au bloc sous
diazanalgésie ou anesthésie générale est passée de 6 % avec le
cathéter souple non coudé à moins de 1 % avec le cathéter
coudé. Le taux de grossesse, dépendant certes de plusieurs autres
facteurs, s’est amélioré.
Si, lors du transfert simulé, le franchissement du canal
cervical n’est pas possible, il est proposé une dilatation
cervicale/hystéroscopie sous anesthésie dans un cycle préalable à
la FIV. La dilatation cervicale est intéressante dans les vraies
sténoses. L’hystéroscopie évalue la direction du col, les coudes
éventuels ; elle recherche une anomalie cervicale (synéchie,
polype.), une anomalie de la cavité utérine (synéchie, cloison,
polype.).
Après cette dilatation/hystéroscopie, le test simulé est réalisé
à nouveau en consultation. Si le franchissement du col reste
impossible sous échoguidage, on peut proposer une dilatation
cervicale au contrôle de freinage juste avant de débuter la
stimulation comme le réalise l’équipe de Abusheikha [25]. Il faut
éviter de pratiquer cette dilatation le jour de la ponction
ovocytaire comme l’a démontré Groutz, en raison d’une diminution du
taux de grossesse [26]. Le transfert embryonnaire sera alors prévu
au bloc, échoguidé, avec possibilité d’anesthésie pour lever le
spasme cervical. Le but restera d’éviter, le jour du transfert
embryonnaire, le passage en force (pozzi, dilatation, sonde
cannelée à bout mousse) qui diminue les chances de grossesse.
En cas de sténose vraie (congénitale ou post-chirurgicale)
résistante à tout geste de dilatation, deux solutions restent
envisageables devant cette situation désespérée :
- – soit le transfert transmyométrial sous anesthésie au
bloc par voie vaginale avec échoguidage vaginal en utilisant une
aiguille 18 G et un set de Towako comme l’ont décrit Kato et al.
[27] ;
- – soit la pratique d’un ZIFT (zygote intrafallopian tube
transfer), consistant, si les trompes sont normales et perméables,
à transférer 24 heures après la fécondation des zygotes dans
une trompe.
Ces deux solutions n’ont été utilisées dans notre équipe qu’en
dernier recours de façon exceptionnelle.
Au total, un transfert simulé doit être pratiqué lors d’un cycle
précédent la tentative de FIV. Il permet d’anticiper les
difficultés et de proposer des solutions qui sont le plus souvent
efficaces.
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