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L’ovocyte et l’embryon : de la morphologie aux gènes


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Numéro 6, 381-8, Novembre-Décembre 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2008.0120

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Samir Hamamah, Delphine Haouzi, Stephan Gasca, Frank Pellestor, Tal Anahory, John De Vos, Hervé Dechaud , Département de Médecine et Biologie de la Reproduction, Inserm U 847, Hôpital Arnaud de Villeneuve, 34295 Montpellier cedex 5.

Résumé : Les taux d’embryons et de grossesses obtenus à partir d’ovocytes fertilisés in vitro restent faibles, que ce soit dans le cas de la fécondation in vitro classique (FIVc) ou dans celui de la micro-injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI). Ces échecs de la fécondation in vitro sont le plus souvent associés à une mauvaise qualité embryonnaire, dépendant elle-même de la qualité des gamètes. Jusqu’à présent, les gamètes et les embryons sont sélectionnés sur des critères exclusivement morphologiques, et par conséquent subjectifs. La connaissance de l’expression des gènes dans les ovocytes, les cellules du cumulus, et de l’embryon précoce, par la technique de microarray, devrait permettre de mieux appréhender et comprendre le développement ovocytaire et embryonnaire précoce. À plus long terme, ce type d’approche favorisera l’identification de marqueurs fiables de la qualité ovocytaire et embryonnaire. L’utilisation d’une signature génétique de la qualité ovocytaire et embryonnaire devrait, quant à elle, permettre d’améliorer les taux de réussite de FIVc et d’ISCI basés essentiellement à l’heure actuelle sur des critères morphologiques.

Mots-clés : ovocyte, embryon, cumulus, gène, critère de sélection

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Samir Hamamah, Delphine Haouzi, Stephan Gasca, Frank Pellestor, Tal Anahory, John De Vos, Hervé Dechaud

Département de Médecine et Biologie de la Reproduction, Inserm U 847, Hôpital Arnaud de Villeneuve, 34295 Montpellier cedex 5

Environ 60 000 couples en âge de procréer en France sont confrontés tous les ans à des problèmes d’infertilité, dont près de 60 % des cas sont à mettre sur le compte des infertilités féminines. L’apparition de la fécondation in vitro (FIV) en 1978 a permis de traiter en partie ces problèmes d’infertilités féminines. Depuis, les demandes d’aide médicale à la procréation (AMP) augmentent chaque année. En 2005, d’après le rapport de l’Agence de la biomédecine « Bilan des activités de procréation et génétique humaines en France 2002-2005 » : 9 026 enfants sont nés en France après une AMP. Plus de vingt et un mille (21 635) FIV classiques (FIVc), 30 049 fécondations in vitro avec micro-injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) ont été pratiquées, et 13 539 transferts d’embryons congelés (TEC) ont été réalisés.

Ces chiffres encourageants ne sauraient néanmoins masquer deux faits. D’une part, que le taux des embryons obtenu par ovocyte injecté est de 55,8 % dans le cas de la FIVc et de 62,9 % dans le cas de l’ICSI, d’autre part qu’il persiste une certaine stabilité dans les chances de grossesse (de l’ordre de 22 à 23 % par cycle de FIVc, de 21 à 24 % par cycle d’ICSI, et de 17,1 % pour les TEC) ainsi que des risques augmentés de grossesses multiples (de l’ordre de 23 %) dues aux transferts intra-utérins de deux embryons ou plus. Les trois quarts de ces grossesses aidées médicalement conduisent à un accouchement, comme dans les cas de grossesses naturelles. Les échecs inhérents d’AMP sont le plus souvent associés à une mauvaise qualité embryonnaire, qui dépend elle-même de la qualité des gamètes. La sélection des ovocytes et des embryons dans les laboratoires d’AMP se réalisant sur l’évaluation de critères essentiellement morphologiques, et donc subjectifs, il convient de s’interroger sur les manières d’améliorer les méthodes d’évaluation de la qualité ovocytaire et embryonnaire afin d’augmenter les chances de grossesse.

Les critères morphologiques de sélection ovocytaire et embryonnaire

Les ovocytes

Pour apprécier la qualité ovocytaire, il est nécessaire d’enlever préalablement les cellules du cumulus de l’ovocyte afin de vérifier que celui-ci est mature et se trouve en métaphase II, qui se caractérise par la présence du 1er globule polaire dans l’espace périvitellin, entre la surface de l’ovocyte et la zone pellucide.

Les premiers critères morphologiques excluant de facto un ovocyte à candidature à la fécondation sont sa forme, sa taille, ou sa couleur anormale, des anomalies de la zone pellucide qu’il s’agisse d’une épaisseur excessive, de son ovale, ou de son hétérogénéité, une granularité ou une homogénéité du cytoplasme ovocytaire (figure 1). L’absence d’organites cytoplasmiques dans la zone corticale, la présence de vacuoles plus ou moins importantes, d’inclusions cytoplasmiques, de corps rétractiles, de zones nécrotiques ou d’accumulation de réticulum endoplasmique lisse sont également des éléments rédhibitoires. De même, la taille de l’espace périvitellin et la présence d’éventuel débris dans cet espace, des anomalies dans la taille du premier globule polaire ou sa fragmentation excluent d’office les ovocytes pour une tentative de fécondation (figure 1). Certains ovocytes peuvent d’ailleurs cumuler plusieurs de ces dysmorphies. Les causes de ces dysmorphies peuvent être d’origine multiple : l’âge de la patiente, le type de stimulation ovarienne, l’environnement hormonal dans le follicule de l’ovocyte, ou encore des pathologies ovocytaires propres à la patiente. Même s’il a été montré dans plusieurs études qu’il n’existe pas de corrélation directe entre les dysmorphies ovocytaires et les taux de fécondation en FIVc ou en ISCI, et le développement embryonnaire [1], il semble que ces dysmorphies ovocytaires soient pourtant associées à un taux élevé de fausses couches spontanées. Cependant, une étude portant sur des femmes ayant eu des anomalies morphologiques sous stimulation par gonadotrophines, l’adjonction d’hormone de croissance pendant la stimulation ovarienne a permis de doubler les taux de grossesse alors que les ovocytes des patientes présentaient au minimum 2 dysmorphies [2].

D’autres anomalies paraissent être rédhibitoires pour la FIVc ou l’ICSI. Ainsi, la visualisation du fuseau méiotique apparaît comme une condition sine qua non à la qualité embryonnaire [3-4]. Si le fuseau méiotique n’est pas visualisable dans les ovocytes, seul moins d’un tiers des embryons sont de bonne qualité, alors que s’il est visible, la qualité de l’ensemble des embryons obtenus se révèle tout à fait satisfaisante. La taille des ovocytes semble également déterminante. Les ovocytes géants (mesurant plus de 220 μm) sont de bien moins bons candidats à la fécondation comparés aux ovocytes normaux (mesurant entre 120 et 150 μm), car étant souvent diploïdes et pouvant contenir deux nucleus, ils donnent fréquemment des embryons triploïdes, et même polyploïdes [5-6] (figure 1). Cette information est à rapprocher du facteur âge de la patiente. En effet, d’après une étude, à partir de 38 ans, les ovocytes des patientes présentent un taux d’aneuploïdies de plus de 50 % [7].

Les embryons

Des critères de sélection morphologiques des embryons peuvent être appliqués dès le stade zygote (figure 1). Ces critères portent notamment sur l’aspect des pronuclei au moment de la fécondation. Une étude a montré que quand la morphologie des zygotes est normale, c’est-à-dire caractérisée par la présence de deux pronuclei de taille égale et centrés dans le cytoplasme, les taux de grossesse par transfert sont doublés et passent de 28 % à 49,5 % [8]. De même, des nucléoles bien positionnés font augmenter le taux de grossesse de 9 % à 50 % [9]. Une autre étude a montré que le transfert d’un embryon provenant d’un zygote présentant un nombre et une distribution spatiale des nucléoles identiques dans les deux pronuclei provoque un taux de grossesses de 44,8 % et d’implantation de 30,2 %, alors que ces taux sont respectivement de 22,1 % et 11,2 % quand l’embryon transféré provient d’un zygote jugé anormal [10]. Les zygotes dysmorphiques présentant 3 pronuclei par exemple donnent des embryons porteurs d’anomalies chromosomiques dans la grande majorité des cas (figure 1). Inversement, le transfert d’embryons issus de zygotes ayant présenté un clivage précoce entre la 25e et la 27e heure après insémination fait augmenter aussi bien les taux d’implantation que les taux de grossesse [11-12]. Cependant, des zygotes avec des pronuclei normaux ne conduisent pas nécessairement à des embryons de bonne qualité, ce qui semble indiquer que morphologie du zygote et morphologie de l’embryon sont deux paramètres indépendants [13].

Les critères morphologiques de sélection des embryons préimplantatoires sont, quant à eux, évalués le jour du transfert, deux ou trois jours après la ponction ovocytaire et la fécondation. L’évaluation des embryons les plus compétents, c’est-à-dire au potentiel de développement et de transfert le plus élevé, est réalisée en fonction de leur cinétique de division, de leur nombre de blastomères et de leur régularité, de la présence de blastomères multinucléés, et enfin du taux de fragmentation cellulaire (figure 1). En ce qui concerne la cinétique du développement embryonnaire et du nombre de blastomères, il apparaît que si celle-ci est trop lente ou présente un arrêt au jour 3, 70 % des embryons sont porteurs d’une anomalie chromosomique [14-15]. La régularité des blastomères apparaît tout aussi déterminante puisque quand les embryons comportent un blastomère dominant, celui-ci est fréquemment polyploïde et multinucléé [16-17]. Lors d’une FIVc ou d’une ICSI, environ 12 % des embryons présentent une multinucléation ou une micronucléation. Les données de la littérature montrent que si tous les embryons transférés sont multinucléés, alors les taux de grossesse varient de 8 à 16 %, tandis que si aucun des embryons transférés ne présente de multinucléation les taux de grossesse sont de 28 à 32 %, [18-19]. À peu près 80 % des embryons obtenus in vitro présentent une fragmentation cellulaire. Ce taux de fragmentation embryonnaire semble être lié au taux de mosaïque, plus le premier est élevé dans l’embryon, plus le second augmente [20]. Une fragmentation embryonnaire élevée semble également être liée à un moindre taux d’évolution vers le stade blastocyste [21]. De même, à partir de 35 % de fragmentation cellulaire, le nombre d’anomalies chromosomiques s’accroît [22]. Ces données sont corrélées avec les chances d’accouchement qui sont de l’ordre de 23 % pour un taux de fragmentation inférieur à 10 % par embryon, de 11 % quand le taux de fragmentation est compris entre 10 et 25 %, et de 1 % quand la fragmentation par embryon est supérieure à 25 % [23]. Les raisons de ce rôle néfaste de la fragmentation sur le développement embryonnaire préimplantatoire ne sont pas précisément connues. Les fragments pourraient gêner physiquement des interactions intercellulaires, ce qui interférerait avec le développement de l’embryon, en particulier aux stades de la compaction, de la cavitation et de la formation de blastocyste [24-25]. Ces fragments pourraient diminuer le volume cytoplasmique et, de ce fait, dépléter les embryons d’organelles essentielles ou de domaines polarisés indispensables au bon déroulement du développement embryonnaire [26]. Enfin, ces fragments pourraient libérer des substances toxiques endommageant les cellules voisines [27-28].

Aussi, un enjeu majeur pour l’amélioration des taux de succès de la FIV est l’approfondissement de nos connaissances sur l’expression des gènes dans les ovocytes, les cellules du cumulus et de l’embryon précoce, afin d’identifier des indicateurs pertinents et fiables de la qualité ovocytaire et embryonnaire.

Une approche d’avenir, la face cachée de l’ovocyte et de l’embryon : le génome

La fréquence excessive d’embryons préimplantatoires présentant des anomalies chromosomiques est une donnée bien connue et en FIVc ou en ICSI. Cependant, la sélection embryonnaire par ce critère non morphologique n’est mise en œuvre que dans des cas où les parents présentent des risques élevés de transmettre des anomalies chromosomiques ou des mutations génétiques : caryotype parental altéré, âge maternel supérieur à 38 ans, multiples avortements spontanés, échecs répétés de FIVc ou ICSI, maladie autosomique monogénique dominante (récessive, si les deux personnes du couple sont affectées par la maladie), anomalies chromosomiques de structure, parents porteurs d’une maladie liée au sexe. Dans ces cas bien précis, et encadrés par la loi, les laboratoires procèdent à un diagnostic préimplantatoire (DPI). Le DPI repose sur l’analyse génétique d’un ou deux blastomères prélevés sur des embryons obtenus par FIVc ou ICSI au troisième jour de leur développement au stade 6 à 8 cellules. Selon l’indication spécifique de chaque DPI, l’étude génétique des embryons se fait par des techniques cytogénétiques ou moléculaires. L’analyse cytogénétique permet la recherche d’anomalies chromosomiques de nombre ou de structure par la technique de fluorescent in situ hybridization (FISH). L’analyse moléculaire par réaction en chaîne par polymérase (PCR) permet la recherche des maladies monogéniques. Malgré son indéniable utilité, le DPI reste une technique lourde en raison même de l’ablation d’un ou deux blastomères nécessaire aux analyses. Cette ablation pose en outre la question de la pertinence de ce genre d’approche, en raison même de l’hétérogénie des anomalies qui peut exister d’un blastomère à un autre. La technique a cependant le mérite de pointer de nouvelles pistes de recherche.

Les critères morphologiques de sélection des ovocytes, zygotes, et embryons préimplantatoires étant probablement en partie associés aux résultats insuffisants de la FIVc et de l’ICSI, il est important de pouvoir accéder aux signatures moléculaires pour comprendre au mieux le développement ovocytaire et celui de l’embryon préimplantatoire. La connaissance de l’expression des gènes est également la première étape indispensable à l’identification de potentiels marqueurs moléculaires de l’expression de gènes anormaux aussi bien dans les ovocytes que dans les embryons préimplantatoires. Ce type d’approche a déjà été en partie réalisé sur les cellules du cumulus, sur des ovocytes, et sur des embryons préimplantatoires humains (figure 2).

Lors de leur maturation, les ovocytes requièrent l’expression de nombreux gènes spécifiques. Certains de ces gènes sont activés pour le métabolisme de l’ovocyte durant le processus spécifique de maturation. Grâce aux récents développements de l’amplification linéaire permettant de réussir à détecter par microarray de très petites quantités d’ARN, l’analyse de l’expression des gènes d’un seul ovocyte a été rendue possible [29]. Sur des ovocytes isolés, il a été montré par PCR que les ARNm de SUMO-1, SUMO-2, SUMO-3 (small ubiquitin related modifier), et le lactate deshydrogénase-B (LDH-B), des protéines impliquées dans le métabolisme énergétique de la cellule, étaient détectés dans tous les ovocytes [30]. Une autre étude a réussi à comparer chez la souris le niveau d’expression de 86 gènes associés à la reprogrammation épigénétique dans des ovocytes matures au stade MII, le stade capable de reprogrammer la chromatine spermatique. Sur ces 86 gènes, 57 ont pu être détectés. Quatre étaient surexprimés dans les ovocytes, 18 étaient sous-exprimés, et 35 avaient leur expression inchangée [31]. Outre le fait que quelques-uns des mécanismes que l’ovocyte emploie pour se reprogrammer après la fertilisation ont été élucidés, cette étude montre la présence de nombreux gènes exclusivement exprimés dans l’ovocyte (figure 2).

Le dialogue entre l’ovocyte et les cellules somatiques qui l’entourent, particulièrement les cellules du cumulus, est essentiel à l’acquisition par l’ovocyte de sa compétence à la méiose et au développement embryonnaire. D’un côté, l’ovocyte contrôle la croissance des cellules du follicule et sa méiose, mais aussi en partie la prolifération et la différenciation des cellules du cumulus. De l’autre, les cellules du cumulus du fait de leur différenciation influencent à la fois la croissance et la maturation ovocytaire. La compréhension des mécanismes qui régissent la maturation des ovocytes humains est toutefois encore rudimentaire. A ce titre, les études de l’expression des gènes dans les ovocytes humains et dans les cellules du cumulus sont doublement intéressantes. D’une part, elles pourraient contribuer à l’identification des facteurs impliqués dans la voie de maturation de l’ovocyte, d’autre part, elles pourraient aussi fournir des marqueurs moléculaires fiables de l’expression de gènes anormaux dans les ovocytes à compétence réduite. Des avancées ont d’ailleurs déjà été réalisées dans la connaissance des profils des expressions différentielles des transcrits exprimés dans les ovocytes matures, dans les ovocytes immatures, et dans les cellules du cumulus (figure 2). Par une approche selon la technique des microarrays à oligonucléotides sur 30 000 gènes, il a été mis en évidence que 1 514 gènes sont surexprimés dans l’ovocyte humain, et 2 600 dans les cellules du cumulus [32]. L’analyse de la liste de ces gènes a permis de montrer que les ovocytes surexpriment des gènes impliqués dans la méiose. Alors que 24 % des gènes surexprimés dans les cellules du cumulus ont une vocation membranaire ou extracellulaire, démontrant ainsi une forte polarisation de ces cellules vers des gènes impliqués dans la communication intercellulaire. En s’appuyant sur ces données, une autre étude a pu montrer que le gène RB1, qui code une protéine suppresseur de tumeur contrôlant le cycle cellulaire, ne s’exprimait pas dans les ovocytes matures ou immatures, mais uniquement dans les cellules du cumulus, alors même qu’il est présent dans la plupart des tissus humains [33]. L’expression de facteurs interagissant avec RB1, tel que RBL1 qui est seulement exprimé dans les cellules du cumulus laisse à penser que la régulation par RB1 est à l’œuvre dans ces cellules. RBL1 apparaît donc comme un potentiel marqueur spécifique dans les cellules du cumulus.

La fécondation de l’ovocyte par le spermatozoïde libère le zygote, ainsi formé, du cycle cellulaire arrêté en métaphase méiotique II et initie l’activation du génome embryonnaire. De nombreux gènes qui n’étaient pas exprimés dans l’ovocyte en cours de maturation sont présumés entrer en activité durant les premières étapes du développement embryonnaire, avant l’activation de l’expression du zygote. Chez l’être humain, comme chez de nombreux animaux vertébrés et invertébrés, la fusion des gamètes est suivie par une brève période sans transcription dans l’embryon nouvellement formé. Cette période est marquée par une transition de l’ovocyte vers le zygote dans laquelle le programme de développement est d’abord exécuté par des informations maternellement héritées avant d’être transféré sous le contrôle des gènes embryonnaire. Cette période de transition dure jusqu’au stade 4 à 8 cellules chez l’être humain, c’est-à-dire 2 ou 3 jours après la fertilisation [34]. Chez la souris, des changements significatifs dans l’expression des gènes ont été trouvés durant le processus des premiers stades de développement embryonnaires. Ces expressions spécifiques favoriseraient l’avancement d’un stade embryonnaire à l’autre [35-37]. En utilisant les microarrays, la globalité de l’expression des gènes s’exprimant dans un embryon normal unique a pu être caractérisée durant les trois premiers jours de la vie embryonnaire [38]. La comparaison de l’expression des gènes entre un embryon se développant normalement et un embryon ayant arrêté son développement a pu être réalisée par PCR, mettant en évidence que la plupart des gènes transcrits pendant les trois premiers jours suivant la fertilisation ne sont pas surexprimés, mais sous-exprimés. Bien que la majorité de ces gènes s’exprimant durant la période préimplantatoire soient d’identité et/ou de fonction inconnues, il a été clairement établi que le programme transcriptionnel embryonnaire n’est à l’œuvre qu’à partir du troisième jour suivant la fertilisation, même dans les cas où l’embryon arrête prématurément de se développer aux stades 2, 3 ou 4 cellules [30]. La perte de la majorité des embryons préimplantatoires en culture ne serait donc pas associée à une défaillance de l’activation de la transcription.

Cependant, la surveillance des expressions différentielles du profil génétique humain réalisée par microarray dans des embryons préimplantatoires isolés de 4 et 8 cellules a montré des résultats intéressants. Sur un total de 2 123 gènes surexprimés au moins 1,5 fois au-dessus de la valeur médiane d’expression, 29 gènes étaient surexprimés au moins à hauteur de deux fois la valeur médiane dans les embryons préimplantatoires isolés à 4 cellules, et 65 l’étaient dans les embryons isolés à 8 cellules [29]. Les ARNm de la LDH-B et de SUMO-1, SUMO-2, et SUMO-3 ont été retrouvés dans tous les embryons en développement ce qui semble signifier que ces protéines impliquées dans le métabolisme énergétique de la cellule occupent des rôles importants dans le développement de l’embryon préimplantatoire. Le fait que 29 gènes surexprimés dans le stade 4 cellules soient remplacés par 65 autres différents dans l’embryon 8 cellules amène à penser que certains gènes du zygote sont déjà exprimés dans le stade 4 cellules [30].

De nombreux autres travaux de ce type sont actuellement en cours. À terme, l’identification d’un grand nombre de gènes et de voies de signalisation impliqués à chaque stade du développement embryonnaire et de l’ovocyte par profil global d’expression des gènes accélérera la compréhension des mécanismes moléculaires sous-tendant le développement embryonnaire humain, et améliorera en FIVc ou en ICSI la sélection des embryons préimplantatoires aptes au développement grâce à des critères génétiques et non morphologiques.

Perspectives et enjeux de l’aide médicale à la procréation

Pourquoi seulement 10 à 15 % des embryons replacés après AMP donnent-ils naissance à un enfant vivant ? Une partie des échecs est directement imputable à la qualité de l’embryon. Or, à l’heure actuelle, les embryons sont sélectionnés sur la base de critères essentiellement morphologiques. Nous devons donc nous interroger quant à la valeur prédictive de ces critères « opérateurs dépendants » des laboratoires d’AMP. Il apparaît nécessaire d’améliorer les méthodes de sélection des gamètes en développant des outils de diagnostic basés sur l’identification de marqueurs moléculaire de la qualité ovocytaire et embryonnaire. Avec l’avènement de la technique des microarrays, l’expression de milliers de gènes peut être mesurée simultanément. Il est ainsi possible d’établir un profil d’expression pour différents gènes sur un ovocyte unique ou un embryon. Des analyses transcriptomiques des ovocytes et d’embryons humains surnuméraires ont ainsi été établies. Dans le domaine de la fertilité, cette technique a été utilisée dans le but de comprendre au mieux le développement ovocytaire et celui de l’embryon préimplantatoire. Ce type d’approche a ainsi permis de mettre en évidence 5 331 transcrits surexprimés et 7 074 réprimés dans les ovocytes par rapport aux tissus somatiques. Des transcrits communs des ovocytes humains, des cellules souches embryonnaires humaines et murines ont été identifiées, intervenant principalement dans la signalisation TGFβ (transforming growth factor). Des études transcriptomiques des ovocytes au stade vésicule germinale et métaphase II, et des embryons préimplantatoires murins révèlent l’expression différentielle de plus de 4 000 gènes pendant le développement préimplantatoire. Deux groupes majeurs sont ainsi définis : les gènes de l’ovocyte au stade de divisions de l’embryon, les gènes du stade de l’embryon de 4 cellules au stade blastocyste. Cette constatation corrèle avec la transition du génome maternel à celui embryonnaire [38]. D’autres études révèlent des transcrits exprimés de façons différentielles entre des ovocytes humains matures et immatures et des cellules du cumulus [32-33]. Les progrès constants réalisés grâce à la recherche fondamentale révèlent de plus en plus la complexité du dialogue qui s’établit entre l’ovocyte et les cellules épithéliales du cumulus qui l’entourent (figure 2). Ce dialogue joue un rôle essentiel dans l’acquisition par l’ovocyte de sa compétence à la méiose et au développement embryonnaire. Les cellules du cumulus, du fait de leur différenciation, influencent à la fois la croissance et la maturation ovocytaire. Les échanges entre ces deux compartiments se font par la mise en place de jonctions communicantes entre l’ovocyte et son cumulus, étape indispensable à l’action de gènes ainsi que pour le contrôle du métabolisme ovocytaire. L’analyse et la compréhension des détails du dialogue ovocyte-cumulus devraient permettre de mieux appréhender la notion de compétence d’un ovocyte et permettre d’espérer un jour en de nouvelles démarches diagnostiques de la qualité ovocytaire.

Des études transcriptomiques de l’embryon humain préimplantatoire à différents stades de son développement ont permis de découvrir de nouveaux mécanismes de régulation du développement précoce et d’identifier de nouveaux rôles à des gènes connus dans d’autres contextes [39]. À présent, la compréhension des résultats obtenus par des analyses microarrays est limitée par nos connaissances incomplètes de ces voies de signalisation. Les perspectives résident, d’une part, en la réalisation de microarrays analysant l’expression simultanée d’un nombre plus restreint mais plus ciblé de gènes, d’autre part, en l’utilisation de nouvelles générations de puces multi-exons et sensibles aux méthylations. À plus long terme, la protéine déterminant la fonction d’un gène spécifique, il sera nécessaire de valider avec des analyses protéomiques.

Les études actuelles ont cependant une approche très globale et ne permettent pas encore de tirer des conclusions probantes. Des études supplémentaires en termes de valeur prédictive doivent être validées et devraient donner naissance à des tests génétiques de diagnostic de la qualité ovocytaire et embryonnaire.

Conclusion

Malgré le progrès de la FIV depuis quelques décennies, plus de 50 % des embryons humains cultivés in vitro n’arrivent pas au stade blastocyste en raison de défaut de développement et le nombre de naissances par replacement d’embryon reste faible. Bien que le développement embryonnaire précoce soit encore mal connu au niveau moléculaire, l’utilisation du transcriptome et du protéome a déjà permis une avancée majeure dans la compréhension de la première semaine de la vie humaine et dans la définition de la compétence ovocytaire et embryonnaire. Un enjeu majeur pour l’amélioration des taux de succès de la FIV est d’approfondir nos connaissances sur l’expression des gènes dans les ovocytes, les cellules du cumulus et de l’embryon précoce, afin d’identifier des indicateurs pertinents et fiables de la qualité ovocytaire et embryonnaire. Une priorité pour les centres d’AMP dans le but d’optimiser les résultats de la FIV réside en l’identification de marqueurs moléculaires des ovocytes ou des cellules du cumulus en corrélation avec la compétence de l’embryon au développement. L’identification des embryons ayant le meilleur pronostic implantatoire est donc aujourd’hui un enjeu d’intérêt public.

Remerciements

Une partie de ce travail a été partiellement soutenue par les laboratoires Ferring et Organon France ainsi que le CHU de Montpellier.

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