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Prise en charge obstétricale d’un couple sérodiscordant pour le VIH par une équipe multidisciplinaire


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Numéro 3, 189-94, Mai-Juin 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0075


Auteur(s) : Agnès Batallan, Philippe Faucher, Sophie Omnes, Lahcene Allal, Sophie Matheron, Patrick Madelenat , Service de Gynécologie obstétrique, Hôpital Bichat Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris, France, Service de Maladies infectieuses, Hôpital Bichat Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris, France.

Mots-clés : grossesse, transmission materno-fœtale, césarienne, couple sérodiscordant, Conseil national du sida

ARTICLE

Auteur(s) : Agnès Batallan1, Philippe Faucher1, Sophie Omnes1, Lahcene Allal1, Sophie Matheron2, Patrick Madelenat2

1Service de Gynécologie obstétrique, Hôpital Bichat Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris, France
2Service de Maladies infectieuses, Hôpital Bichat Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris, France

L’introduction des multithérapies hautement actives (HAART) a considérablement réduit la transmission materno-fœtale (TMF) du VIH qui est actuellement de 1 à 2 %. Cependant, cette amélioration n’est rendue possible que par une prise en charge multidisciplinaire et précoce au cours de la grossesse de patientes en situation de précarité médicale et sociale fréquente. Le dépistage du VIH doit être encouragé afin de mettre en place les meilleures conditions d’observance du traitement au cours de la grossesse. La survenue d’une grossesse chez une patiente infectée par le VIH doit être considérée comme une grossesse à risque. Le choix des thérapeutiques doit prendre en compte la situation maternelle pour le VIH au moment de la grossesse, le risque de TMF du VIH, l’avenir thérapeutique des patientes et le risque de toxicité maternel et fœtal. La césarienne n’est plus systématiquement proposée aux patientes sous multithérapie présentant une charge virale indétectable pour le VIH mais les facteurs obstétricaux doivent être rigoureusement analysés afin de garantir un accouchement le plus eutocique possible. Les conséquences fœtales des antirétroviraux au cours de la grossesse sont encore mal connues et nécessitent d’informer les parents et d’instaurer un suivi pédiatrique prolongé.

Données générales

L’amélioration de la santé des femmes infectées par le virus VIH et en âge de procréer est à l’origine d’une augmentation régulière du nombre de grossesses dans ce contexte et représente actuellement 1 500 grossesses par an en France. La proportion de femmes infectées est majoritairement liée au VIH 1 avec plus de 97 % de séropositivité pour ce type de virus.

La transmission maternofœtale (TMF) du VIH est, en 2006, de moins de 2 % ce qui correspond à moins d’une vingtaine d’enfants contaminés chaque année [1].

Cette situation est le fruit d’une amélioration de la prise en charge globale des patientes, que la grossesse survienne dans un contexte de séropositivité déjà connue et suivie ou qu’il s’agisse d’une découverte du VIH à l’occasion de la grossesse.

Le risque de TMF se situant principalement au cours des dernières semaines de grossesse et lors de l’accouchement, les moyens de prévention associent l’utilisation des antirétroviraux (ARV) au cours de la grossesse, la prophylaxie par une perfusion de zidovudine (AZT) au cours de l’accouchement et dans certains cas, la césarienne programmée. Durant le post partum, la prophylaxie post-exposition comporte l’administration d’AZT au nouveau-né et la contre-indication absolue de l’allaitement maternel.

La prise en charge des femmes infectées par le VIH en maternité pose un certain nombre de problèmes auxquels la prise en charge multidisciplinaire permet de répondre par une concertation et une coordination de l’ensemble des équipes médicales, obstétricales, pédiatriques et psychosociales.

Les données épidémiologiques [1] montrent qu’il s’agit en majorité de femmes africaines d’origine subsaharienne (60 % des cas) ; pour 60 % d’entre elles, une première grossesse est l’occasion de la découverte de la séropositivité VIH avec une prise en charge en maternité qui a le plus souvent lieu au cours du deuxième trimestre de la grossesse. Dans la population générale, la découverte de la séropositivité VIH lors d’une grossesse concerne environ 30 % des femmes ce qui doit nous inciter à encourager le dépistage en dehors de la grossesse.

L’analyse rétrospective des conditions socio-économiques des femmes enceintes infectées par le VIH et prises en charge dans le service de Gynécologie et Obstétrique à la maternité Bichat entre 2000 et 2005 montre que la précarité des patientes concernées est importante puisque sur 401 parturientes, 24 % n’ont pas de logement personnel (hôtel, SAMU social, squats), 50 % ne travaillent pas, 16,5 % sont en situation irrégulière et 21 % vivent seules.

Ainsi, la découverte de la séropositivité à l’occasion d’une première grossesse chez des patientes en situation de précarité crée un contexte difficile où plusieurs objectifs devront être atteints dans un temps limité : l’annonce de la séropositivité à la patiente, son acceptation mais parfois son déni compliquant la prise en charge, l’évaluation de la situation immunologique et virologique, l’initiation parfois rapide d’un traitement ARV, l’évaluation de l’observance de ce dernier dans des conditions de vie souvent difficiles.

Cependant, il n’est pas rare que la grossesse soit l’aboutissement d’un projet de couple pour une femme connaissant déjà sa séropositivité (pratique d’auto-inséminations, voire d’AMP) avec une prise en charge précoce en infectiologie et l’adaptation du traitement ARV à la survenue d’une grossesse prochaine.

Principes thérapeutiques

Le choix des différents ARV doit répondre à un certain nombre d’impératifs visant :
  • à diminuer le risque de TMF ;
  • à assurer un traitement ARV maternel optimal ;
  • à limiter le risque de toxicité pour la mère et l’enfant ;
  • à préserver les options thérapeutiques futures.

Ce choix thérapeutique doit faire l’objet d’une décision multidisciplinaire impliquant infectiologues, obstétriciens et pédiatres. Les principes du traitement antirétroviral au cours de la grossesse sont exposés dans le rapport Yeni 2006 sur la prise en charge des personnes infectées par le VIH [2] et ne seront pas répétés ici.

L’information des patientes et des futurs parents durant la période anténatale porte sur les incertitudes concernant la toxicité potentielle des ARV, la contre-indication formelle de l’allaitement maternel, l’importance d’un suivi pédiatrique en post-natal pour réaliser le suivi virologique des enfants, s’assurer de la bonne observance et de la tolérance des ARV ainsi que du suivi à plus long terme des enfants exposés à ces traitements.

L’importance de ces informations justifie à nos yeux la mise en place d’un entretien avec la future mère et les futurs parents dans le cadre d’une consultation pédiatrique spécifique à la période anténatale.

Prise en charge multidisciplinaire

La prise en charge de la grossesse d’une patiente infectée par le VIH doit être considérée comme une grossesse à risque et relève d’une prise en charge multidisciplinaire impliquant l’ensemble des équipes soignantes.

Les patientes doivent bénéficier d’un suivi mensuel par l’obstétricien et par l’infectiologue jusqu’à 38 semaines d’aménorrhée ; au-delà, une surveillance obstétricale hebdomadaire sera instituée afin de dépister tout facteur de risque supplémentaire de TMF (rupture prématurée des membranes à terme).

Outre les prélèvements sérologiques habituels dans le cadre de la surveillance de la grossesse dont l’hépatite B, la recherche des coïnfections est indispensable (sérologie de l’hépatite C) afin d’informer les patientes du risque de TMF possible.

La grossesse étant l’occasion d’une prise en charge globale et d’une prévention, le frottis cervico-vaginal devra être réalisé chez des patientes dont le suivi gynécologique est souvent insuffisant ou absent.

La surveillance échographique fœtale suivra les mêmes recommandations habituelles mais sera renforcée et fera appel à un échographiste référent en cas d’exposition à l’éfavirenz.

Le retard de croissance intra-utérin constituant un risque de TMF [3-5], il est légitime de réaliser une surveillance attentive clinique et échographique de la croissance fœtale.

La recherche des facteurs de risque d’accouchement prématuré est essentielle puisqu’il participe à la TMF du VIH. En cas de risque d’accouchement prématuré, le traitement antirétroviral pourra être débuté plus précocement et devra être associé à d’autres mesures préventives (dépistage et traitement des infections cervico-vaginales, arrêt de travail, surveillance obstétricale à domicile). Le cerclage préventif ne constitue pas une contre-indication en cas d’infection maternelle par le VIH mais son indication devra être clairement pesée et entourée d’une prophylaxie antirétrovirale de zidovudine parentérale.

L’enquête prénatale française (EPF) [1] fait état d’une augmentation de la prématurité chez les femmes enceintes infectées par le VIH. Parmi les hypothèses évoquées et indépendamment des facteurs de risque de prématurité établis (prise en charge médicale tardive, charge virale > 1 000 copies/mL), les thérapeutiques par HAART introduites depuis 1997 seraient associées à une augmentation significative de la prématurité soulevant la responsabilité éventuelle des inhibiteurs de la protéase. Cependant, les données de la littérature sont contradictoires et d’autres études sont nécessaires pour affirmer un lien entre HAART et prématurité.

Les inhibiteurs de la protéase étant par ailleurs responsables d’une perturbation du métabolisme glucidique, la recherche d’un diabète se justifie d’autant plus dans le contexte gravidique associé [6].

La surveillance biologique comporte le taux de lymphocytes totaux, le taux de CD4, de CD8, le rapport CD4/CD8 ainsi que la charge virale plasmatique au 1er trimestre puis mensuellement à partir du milieu du 2e trimestre jusqu’au troisième jour du post partum.

La recherche d’une toxicité du traitement ARV est clinique et biologique. Elle comportera un dosage mensuel des transaminases, des lactates, des bicarbonates et de la lipasémie à la recherche de signes de cytopathie mitochondriale.

La recherche de mutations et l’étude du génome viral ne sont demandées que devant un mauvais contrôle de la charge virale plasmatique chez une patiente sous multithérapie.

Compte tenu des connaissances encore partielles du métabolisme maternel et fœtal des inhibiteurs de la protéase, il est actuellement recommandé de réaliser leur dosage résiduel plasmatique au cours du troisième trimestre de la grossesse.

La mise en évidence de taux résiduels plasmatiques d’ARV insuffisants chez la mère doit faire évoquer soit une mauvaise observance, soit des difficultés d’absorption et nécessiter une adaptation du traitement.

L’adhésion au traitement ARV conditionnant l’efficacité du traitement et la réduction de la TMF, il est indispensable d’obtenir la meilleure observance possible en envisageant si besoin, soit une hospitalisation ponctuelle, soit une prise en charge dans une structure maternelle médicalisée tout au long de la grossesse. Cette situation n’est pas exceptionnelle compte tenu des facteurs souvent cumulés de précarité et de vulnérabilité chez ces patientes.

Une réunion mensuelle multidisciplinaire (obstétriciens, sage-femme, pédiatres, infectiologues, virologues, pharmacologues) permet de discuter pour chaque patiente du traitement ARV en suivant les recommandations du groupe d’experts sur la prise en charge thérapeutique des personnes infectées par le VIH [2], des particularités et difficultés gravidiques éventuelles et du mode d’accouchement.

L’interruption médicale de grossesse chez une femme infectée par le VIH peut encore se poser de façon exceptionnelle. Il peut s’agir de pathologie maternelle surajoutée (infection opportuniste sévère, cancer, etc.), d’infection maternelle non contrôlée avec échappement thérapeutique. Elle doit alors être discutée au cas par cas dans un cadre pluridisciplinaire, après avis d’un expert et dans le cadre législatif actuel sur l’interruption médicale de grossesse.

La réalisation d’une amniocentèse dans le cadre du diagnostic anténatal doit répondre à des indications soigneusement posées après discussion avec les patientes et leur conjoint. Il existe peu de données dans la littérature concernant le risque de TMF au cours de ce geste, mais il semble légitime de débuter une prophylaxie par multithérapie antirétrovirale hautement active une quinzaine de jours avant et d’encadrer le geste d’une perfusion prophylactique d’AZT afin de limiter le risque de TMF. À cette prophylaxie s’ajoutent l’expérience de l’opérateur et les conditions techniques de réalisation : l’insertion placentaire postérieure ou latérale permettant d’éviter une ponction transplacentaire et diminuant probablement les échanges sanguins maternofœtaux.

Dans notre expérience entre 2000 et 2004, une dizaine d’amniocentèses ont été réalisées sans TMF rapportée. Les indications reflètent les difficultés de prise en charge précoce pour ces patientes puisque la moitié seulement a bénéficié d’une échographie du premier trimestre avec mesure de la clarté nucale permettant de pondérer le risque de trisomie 21 lié aux résultats des seuls marqueurs sériques. Le terme tardif de réalisation de ces amniocentèses s’explique, d’une part, par le terme tardif de la première consultation et, d’autre part, par le délai entre l’instauration du traitement antirétroviral et l’obtention d’une charge virale négative avant la ponction. Dans le cadre du dépistage de la trisomie 21, les patientes infectées par le VIH devraient plus particulièrement bénéficier de l’échographie du premier trimestre et des marqueurs sériques maternels afin de réduire les indications d’amniocentèse.

Mode d’accouchement

L’instauration des HAART depuis 1996 chez les patientes séropositives pour le VIH, a permis, grâce à l’obtention d’une charge virale indétectable en fin de grossesse, de réduire considérablement le risque de TMF du virus [7]. Dans ce contexte, l’intérêt de la césarienne prophylactique, démontré lorsque la mère est traitée par d’AZT en monothérapie [8-10] a été remis en question. Il semble aujourd’hui possible d’autoriser l’accouchement par voie basse lorsque la charge virale VIH plasmatique maternelle est indétectable (< 50 copies/mL) en fin de grossesse [2]. Ainsi, certaines équipes médicales proposent actuellement aux femmes enceintes séropositives pour le VIH une multithérapie antirétrovirale dans le double objectif de minimiser le risque de TMF du virus et de permettre un accouchement par les voies naturelles. Cependant, en pratique, tant dans les données de l’EPF [1] que les données de la série de Bichat [11], seulement un tiers des patientes infectées par le VIH sous multithérapie accouchent par voie basse : l’indication de la césarienne est dans 61 % des cas obstétricale (dont 20 % d’utérus cicatriciels) et dans 39 % des cas liée à une charge virale détectable malgré la multithérapie.

La perfusion de zidovudine sera débutée dès le début du travail et poursuivie jusqu’au clampage du cordon. L’un des facteurs de TMF du VIH étant la durée d’ouverture de l’œuf, la surveillance obstétricale devra dépister tout facteur de dystocie et évitera un travail trop long.

En fin de grossesse et au cours du travail, les gestes comportant un risque d’échanges sanguins materno-fœtaux sont contre-indiqués. Il s’agit des versions par manœuvre externe, de l’amnioscopie, de la pose d’électrode et de pH au niveau du scalp fœtal.

TMF résiduelle du VIH

Les données de l’EPF [1] mettent en évidence un certain nombre de facteurs significativement associés à un risque de TMF résiduel en cas d’accouchement à terme. Il s’agit de patientes d’origine subsaharienne, ayant consulté tardivement en maternité et ayant bénéficié d’une durée globale de traitement ARV faible (inférieure à 1 mois) avec une charge virale supérieure à 10 000 copies/mL sans prophylaxie par AZT lors de l’accouchement. En cas de charge virale inférieure à 1 000 copies/mL, aucun facteur n’a pu significativement être mis en évidence notamment la césarienne programmée à terme : OR = 1,6 [0,9-2,7], p = 0,11.

En revanche, la prématurité en cas de naissance avant 32 semaines d’aménorrhée constitue un facteur significatif de TMF : OR = 8,1 [3,3-19,9], p = 0,03.

En cas de rupture prématurée des membranes avant terme, la décision obstétricale sera guidée par l’âge gestationnel. Cependant, au-delà de 32 semaines, le risque de la TMF du VIH lié à la rupture des membranes est bien supérieur aux conséquences de l’âge gestationnel et la césarienne sera plutôt recommandée. Avant ce terme, les risques de la prématurité et de la transmission maternofœtale du VIH devront être pesés en instaurant une corticothérapie à visée de maturation pulmonaire fœtale. Parallèlement, la situation maternelle immunologique et virologique devra être réévaluée en modifiant si besoin le traitement antirétroviral afin d’obtenir un contrôle optimal de la charge virale.

Période du post partum

L’établissement du lien mère-enfant est rendu difficile par la précarité fréquente des patientes chez lesquelles sont intriqués isolements affectif et matériel. Le poids du secret est d’autant plus lourd au cours de cette période que la césarienne et l’allaitement artificiel sont parfois synonymes d’exclusion du groupe socio-culturel. Ces facteurs de vulnérabilité sont susceptibles de retentir sur l’adhésion, l’observance et le suivi du traitement ARV de l’enfant et de la mère.

Le post partum constitue donc une période de fragilité où tous les intervenants devront poursuivre le soutien et leur prise en charge multidisciplinaire.

En l’absence d’indication maternelle (patiente asymptomatique, CD4 > 350), le traitement ARV sera arrêté après l’accouchement [2].

L’importance du suivi médical, immunologique et virologique doit être réexpliquée et organisée.

La contraception devra tenir compte à la fois du souhait de la patiente et de son mode de vie mais aussi des interactions potentielles entre contraceptions hormonales et ARV. Le suivi gynécologique est donc indispensable tant pour la contraception que pour le dépistage des dysplasies cervicales.

Le dépistage du ou des partenaires, l’annonce de la séropositivité au conjoint seront encouragés dans le respect du secret professionnel afin de pouvoir apporter une information complète aux parents et garantir ainsi une meilleure observance de suivi et de traitement pour la mère et l’enfant.

Pour l’enfant, le traitement et la tolérance du traitement ARV doivent faire l’objet d’une surveillance pédiatrique attentive et prolongée au moins jusqu’à l’âge de 2 ans dans le cadre de l’enquête périnatale française et au-delà, en cas d’événement pathologique.

Conclusion

La prise en charge en maternité des femmes infectées par le VIH est de plus en plus fréquente.

Elle doit être considérée comme une grossesse à risque et nécessite une prise en charge précoce et multidisciplinaire compte tenu des intrications médicales et psychosociales.

Le risque de TMF résiduel est inférieur à 2 % dans les pays industrialisés mais les paramètres de TMF sont encore difficiles à caractériser. La césarienne ne doit plus être systématiquement réalisée chez des patientes sous HAART présentant une charge virale négative.

L’introduction des HAART a largement contribué à réduire la TMF. Toutefois, des questions demeurent sur les particularités pharmacologiques de ces molécules au cours de la grossesse, leurs conséquences fœtales et pédiatriques à long terme.

Les parents doivent être informés des conséquences de l’exposition, de l’observance et de la surveillance des enfants traités par ARV.

L’observance de la prise du traitement ARV doit être améliorée avec une attention particulière aux conditions socio-économiques de patientes vivant avec le VIH, dont 71,5 % sont originaires d’Afrique subsaharienne. Il faut également favoriser l’accès au dépistage précoce de l’infection VIH en dehors d’une maternité, de telle sorte que des conduites de déni de l’infection, de refus de soins ou d’intolérance au traitement ARV ne se manifestent pas pendant une grossesse avec ses conséquences sur l’observance.

Prise en charge des femmes enceintes dont le conjoint est infecté par le VIH ou dont le statut pour le VIH est inconnu

Le risque de contamination maternelle par le VIH lors de rapports sexuels non protégés au cours de la grossesse est une situation où, à la gravité de la pathologie maternelle, s’ajoutent le risque de TMF et ses conséquences pédiatriques.

Le risque de TMF en cas de séroconversion maternelle pendant la grossesse est très mal connu et on dispose de très peu de données [12]. Le risque est lié d’une part au terme de la grossesse où survient la séroconversion et à la séroconversion elle-même, période de virémie maternelle intense.

Il est indispensable que les patientes séronégatives pour le VIH et dont la sérologie du conjoint est soit positive, soit inconnue, soient informées du caractère impératif de rapports sexuels protégés tout au long de la grossesse. Une sérologie mensuelle sera proposée pour les patientes dont le conjoint est infecté par le VIH et les patientes doivent être informées de la nécessité de consulter en cas d’accident d’exposition au cours de la grossesse afin de mettre en œuvre un traitement préventif adapté à la grossesse et au risque d’exposition.

Le Conseil National du Sida a émis en mars 2002 (Éthique Sida Société) un certain nombre de propositions concernant le dépistage des femmes enceintes pour le VIH qui sont rappelées ci-dessous[13] :

Il apparaît qu’une part non négligeable des contaminations de l’enfant résulte d’une infection de la mère durant la grossesse, voire après l’accouchement lorsque le nourrisson a été allaité au sein.

Afin d’éviter les contaminations de l’enfant à naître et du nourrisson par des mères dont le premier test de dépistage n’indiquait pas de séropositivité, la remise de résultat doit s’accompagner de conseils de prévention très clairs. Il incombe au médecin d’informer la personne le consultant, quel que soit son statut sérologique, de l’intérêt pour les deux partenaires sexuels de se faire dépister. En outre, à l’issue de cette consultation, la femme enceinte séronégative pour le VIH doit avoir été avertie des risques de contamination en cours de grossesse, lors de rapports sexuels non protégés par un préservatif. Des conseils de prévention devraient être renouvelés tout au long de la grossesse, dans la mesure où l’adoption de comportements préventifs n’est jamais acquise.

Le Conseil national du sida engage par ailleurs les pouvoirs publics à entreprendre la modification de l’article L. 2122-1 du Code de la santé publique résultant de la loi no 93-121 du 27 janvier 1993. Cet article, définissant les cadres du dépistage prénatal du VIH chez la femme enceinte, énonce qu’un test est proposé à la femme enceinte lors de la première consultation prénatale, à l’issue d’une information sur les risques de contamination. Or chez la femme indemne d’infection par le VIH, il existe un intervalle libre de plusieurs mois entre cette première consultation prénatale et le moment où doivent être initiés les traitements préventifs de la transmission du VIH de la mère à l’enfant à naître. Chez une femme initialement séronégative, certaines pratiques à risque peuvent avoir conduit au cours de ces mois à une infection par le VIH.

Le Conseil propose que la loi prévoit deux nouvelles propositions de test. L’une en fin de deuxième trimestre de grossesse afin de mettre en œuvre un traitement éventuel au début du septième mois de grossesse en cas de séropositivité ; l’autre lors de l’ultime visite prénatale, alors que pourraient encore être décidés un traitement préventif court de la mère et la prise en charge du nouveau-né.

Références

1 Site de l’EPF : http ://u569.kb.inserm.fr/epfbiblio/index.htm.

2 Rapport 2006 sous la direction du Pr P Yeni : « Prise en charge des personnes infectées par le VIH ». Recommandations du groupe d’experts. Paris : Médecine Sciences Flammarion.

3 Mayaux MJ, Blanche S, Rouzioux C, et al. Maternal factors associated with perinatal HIV-1 transmission : the French Cohort Study : 7 years of follow-up observation. The French Pediatric HIV Infection Study Group. J Acquir Immune Defic Syndr Hum Retrovirol 1995 ; 8 : 188-94.

4 Landesman SH, Kalish LA, Burns DN, et al. Obstetrical factors and the transmission of human immunodeficiency virus type 1 from mother to child. The Women and Infants Transmission Study. N Engl J Med 1996 ; 334 : 1664-5.

5 Weng S, Bulterys M, Chao A, et al. Perinatal human immunodeficiency virus-1 transmission and intrauterine growth : A cohort study in Butare, Rwanda. Pediatrics 1998 ; 102 : 24.

6 Watts DH, Balasubramanian R, Maupin Jr. RT, et al. PACTG 316 Study Team. Maternal toxicity and pregnancy complications in human immunodeficiency virus-infected women receiving antiretroviral therapy : PACTG 316. Am J Obstet Gynecol 2004 ; 190 : 506-16.

7 Ioannidis JP, Abrams EJ, Ammann A, et al. Perinatal transmission of human immunodeficiency virus type 1 by pregnant women with RNA virus loads < 1 000 copies/ml. J Infect Dis 2001 ; 183 : 539-45.

8 Mandelbrot L, Le Chenadec J, Berrebi, et al. Interaction between zidovudine prophylaxis and mode of delivery in the french perinatal cohort. JAMA 1998 ; 280 : 55-60.

9 The European Mode of Delivery Collaboration. Elective caesarean section versus vaginal delivery in preventing vertical HIV-1 transmission : a randomised clinical trial. Lancet 1999 ; 353 : 1035-9.

10 The International Perinatal HIV group. The mode of delivery and the risk of vertical transmission of human immunodeficiency virus Type 1 : A meta-analysis of 15 prospective cohort studies. N Engl J Med 1999 ; 340 : 977-87.

11 Rodriguez A, Faucher P, Batallan A, et al. Mode of delivery of HIV-infected women: a retrospective study of 358 pregnancies followed in the same hospital between 2000 and 2004. Gynecol Obst Fertil 2006 ; 34 : 304-11.

12 Duval M, Faye A, Rohrlich P, et al. Failure of Pediatrics AIDS prevention despite maternal HIV screening in Paris, France. AIDS 1999 ; 20 : 100-1.

13 Conseil National du Sida. Éthique, Sida et Société. 2002.


 

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