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Le rôle du virologue


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Numéro 3, 172-5, Mai-Juin 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0070


Auteur(s) : Thomas Bourlet , Laboratoire de Virologie, CHU de Saint-Etienne.

Mots-clés : procréation médicale assistée, risque viral, virus de l’hépatite C

ARTICLE

Auteur(s) : Thomas Bourlet

Laboratoire de Virologie, CHU de Saint-Etienne

Selon l’arrêté du 10 mai 2001, la prise en charge en procréation médicale assistée (PMA) d’un couple infertile dont les partenaires sont séro-différents pour le virus de l’hépatite C (HCV) doit se faire en contexte de risque viral, bien que ce virus ne soit pas considéré comme un agent de MST [1]. Ces recommandations s’inscrivent dans le cadre d’un principe de précautions afin de sécuriser la manipulation de sécrétions potentiellement contaminées, principalement pour éviter une transmission nosocomiale d’autres gamètes non infectées ou du personnel manipulant.Dans cette prise en charge multidisciplinaire, le virologue peut intervenir à plusieurs niveaux :
  • 1) tout d’abord en répondant aux aspects réglementaires de l’arrêté :
    • obligatoires : rechercher l’ARN HCV dans les fractions séminales des hommes infectés selon l’algorithme défini par l’arrêté ;
    • optionnels : doser les charges virales des liquides folliculaires et des différents puits de culture des ovocytes des femmes infectées, établir le niveau de risque de transmission à l’enfant via l’AMP en testant le statut HCV des nouveau-nés et les femmes après l’accouchement.
  • 2) mais aussi en explorant d’autres aspects liés à cette problématique :
    • s’assurer de l’étanchéité des paillettes de conservation du sperme ;
    • établir des arguments sur l’origine du virus retrouvé au niveau du compartiment génital masculin et définir son degré d’infectiosité.

Recommandations actuelles

L’arrêté du 10 mai 2001 permet la prise en charge des couples infertiles dont l’un ou les deux membres sont porteurs d’HCV. Lorsqu’il s’agit de l’homme qui est infecté, le plasma séminal est testé vis-à-vis de l’ARN viral ; si la recherche est négative, aucune autre analyse n’est effectuée ; si la recherche est positive, une nouvelle analyse est effectuée sur la fraction intermédiaire ou finale des spermatozoïdes congelés. Si la fraction finale est positive, le couple ne peut être pris en charge en PMA. Lorsque c’est la femme qui est infectée par HCV, il n’y a pas de recommandations de tester systématiquement le liquide de ponction folliculaire, ni les milieux de culture et de maturation embryonnaire successifs vis-à-vis de l’ARN HCV.

Les modalités du suivi de l’enfant sont établies par les équipes pédiatriques et il n’existe pas non plus de recommandations de tester systématiquement les nouveau-nés et la mère (quand elle est séronégative) vis-à-vis de l’ARN HCV à la naissance.

Actuellement, 19 centres prennent en charge les couples dont l’homme est virémique vis-à-vis d’HCV et 16 laboratoires de virologie (13 publics et 3 privés) effectuent la recherche d’ARN HCV dans les fractions séminales [2].

Rôle du virologue

Utiliser des techniques de biologie moléculaire validées pour le sperme

Le sperme contient de nombreuses substances susceptibles d’inhiber la réaction d’amplification génique ce qui peut conduire à rendre un résultat faussement négatif. De ce fait, afin de répondre aux exigences de l’arrêté, et devant l’hétérogénéité des prévalences de l’ARN HCV dans le plasma séminal d’hommes chroniquement infectés rapportées dans la littérature, un travail préalable de standardisation des techniques de biologie moléculaire appliquées à ce type de prélèvement a été nécessaire. Ceci a été réalisé par l’intermédiaire de 2 contrôles de qualité effectués sous l’égide du groupe Hépatite C de l’action coordonnée 11 de l’ANRS. Ce travail a permis de définir 3 protocoles équivalents en terme de sensibilité et de spécificité, combinant une étape d’extraction optimisée et une amplification par un test commercial [3]. En utilisant ces techniques fiables, la prévalence de l’ARN HCV dans le plasma séminal d’hommes infectés est aujourd’hui établie entre 15 et 30 % selon les auteurs [4-9]. Concernant la fraction de spermatozoïdes obtenue après gradient de densité et lavage, une seule étude a rapporté une détection positive pour l’ARN HCV. Ce résultat a toutefois été retrouvé négatif sur la fraction correspondante obtenue après migration ascendante [6]. Aucune autre fraction positive de spermatozoïdes n’a été rapportée dans la littérature [7, 9-12].

Chez les hommes coïnfectés par HIV, une prévalence plus élevée de l’ARN HCV dans le plasma séminal a été rapportée dans certaines études [4, 13]. Un taux de transmission d’HCV plus élevé par voie sexuelle a été rapporté uniquement dans la population homosexuelle HIV+ [14].

Concernant les couples sérodifférents dont la femme est infectée par HCV, il est possible de quantifier l’ARN viral dans les liquides folliculaires, obtenus lors de la ponction ovocytaire, et dans les milieux de successifs de maturation des ovocytes et de culture des embryons. Il est rapporté dans la littérature une proportion importante de liquides folliculaires positifs (environ 90 %) : toutefois, les charges virales deviennent négatives dans les milieux de culture des embryons après 48 heures de culture [15-17].

S’assurer de la sécurité virologique des paillettes utilisées en cryoconservation

Dans l’attente des résultats des tests virologiques, les spermatozoïdes sélectionnés après gradient de densité des hommes infectés par HCV doivent être congelés. Ces fractions potentiellement à risque sont conservées dans des paillettes adaptées, dites « haute sécurité », stockées dans des containers d’azote dédiés au risque viral, afin d’éviter la contamination d’autres spermatozoïdes non infectés. L’étanchéité de ces paillettes vis-à-vis d’HCV a été vérifiée [18].

Établir l’origine du virus retrouvé au niveau séminal

Une des questions importantes est de savoir si l’ARN retrouvé au niveau du sperme appartient à un virus infectieux et si le compartiment génital représente un site de réplication autonome pour HCV comme cela est le cas pour HIV. Les résultats publiés ne sont pas en faveur d’un compartiment séminal (bonne corrélation entre charge virale élevée au niveau sanguin et présence de virus dans le sperme, identité génétique entre les 2 secteurs), mais plutôt d’un transfert passif du compartiment sanguin vers le secteur génital [6, 8, 13]. Toutefois, l’absence de système de culture cellulaire permissive à HCV rend difficile l’étude du pouvoir infectieux du virus détecté par RT-PCR au niveau du sperme.

Apprécier le risque de transmission via la PMA

Le moyen le plus efficace pour évaluer le risque de transmission d’HCV au cours de la PMA est, d’une part, de faire le bilan des résultats virologiques des fractions de spermatozoïdes obtenues après séparation par gradient de densité (et quand cela est possible après migration ascendante) qui vont servir à la réalisation de la PMA, et d’autre part, des statuts HCV des nouveau-nés et des mères à l’accouchement. D’une manière générale, les données disponibles dans la littérature sur le devenir des enfants nés de pères HCV+ après PMA font état de 44 nouveau-nés, tous séronégatifs vis-à-vis de HCV (tableau 1). En France depuis 2001, l’agence de Biomédecine a recensé 164 inséminations ayant donné lieu à 11 naissances [2]. En France, deux études exhaustives permettent d’apprécier le risque de transmission d’HCV via la PMA. L’étude Hépacamp de l’ANRS, réalisée chez près de 300 couples ne rapporte à ce jour aucune séroconversion chez les mères et les enfants nés de pères chroniquement infectés par HCV. D’autre part, un PHRC régional multicentrique entre Lyon, Dijon et Saint-Etienne vient de s’achever : ce travail, en cours de publication, fait le bilan de 4 années de prise en charge de 86 couples infertiles dont l’homme est chroniquement infecté par HCV (76 mono-infectés et 10 coïnfectés par HIV). Les objectifs de ce travail étaient d’établir la prévalence de l’ARN dans les différentes fractions séminales, d’évaluer l’efficacité des méthodes de préparation de la fraction finale et de vérifier le statut sérologique des enfants conçus par PMA. La prévalence de l’ARN HCV a été de 20,1 % (37/182) dans les plasmas séminaux (19,9 % chez les mono-infectés et 22,2 % chez les coïnfectés par HIV). Vingt-deux hommes (25,6 %) ont eu au moins un sperme positif vis-à-vis de l’ARN HCV. Toutes les fractions finales de spermatozoïdes (soit 154) ont été testées négatives pour l’ARN d’HCV. La présence d’ARN HCV dans le sperme est significativement corrélée avec une charge virale élevée dans le sang chez les hommes, n’influence pas les paramètres du spermogramme et n’a pas d’impact sur la réussite de la PMA. Les 28 nouveau-nés ont tous été testés négatifs pour HCV (et HIV pour ceux provenant de pères coïnfectés) : parmi eux, 9 ont été conçus à partir de spermes présentant un résultat positif en ARN dans le plasma séminal. Ces résultats confirment la capacité des techniques de préparation des fractions spermatiques à éliminer efficacement l’ARN d’HCV de la fraction finale utilisée en PMA. En conséquence, le risque de transmission d’HCV par PMA à partir de sécrétions séminales d’hommes infectés semble extrêmement réduit.

Au total, sous l’angle virologique, les résultats disponibles actuellement montrent l’efficacité des étapes de préparation et de lavage des fractions de spermatozoïdes par gradient de densité (suivies ou non d’une migration ascendante) permettant d’éliminer l’ARN HCV présent dans le sperme total. De plus, aucune transmission du virus à l’enfant né par PMA n’a été observée à ce jour. Il n’existe pas non plus à ce jour de preuve formelle du pouvoir infectieux de ce virus au niveau séminal. Dans ce contexte, les recommandations de l’agence de Biomédecine vont vers un allégement des procédures : suppression de la recherche systématique de l’ARN HCV dans les fractions et maintien du stockage en « risque viral ».

Récemment, la Haute Autorité de Santé a également émis un avis défavorable sur l’inscription de la « détection qualitative de l’ARN du VHC dans le plasma séminal et sur la fraction intermédiaire ou finale des spermatozoïdes », l’acte à la Nomenclature des actes de Biologie Médicale [19].
Tableau 1 Etude décrivant la prévalence de l’ARN HCV dans le sperme d’hommes infectés par HCV et candidats à une AMP ainsi que le statut virologique de la partenaire et/ou du nouveau-né

Référence

Nb. de couples

% ARN positif dans le sperme (Nb. testé)

AMP réalisée

Nb. de partenaires et/ou de nouveau-nés testés vis-à-vis d’HCV à la naissance*

HCV

HCV/HIV

HCV

HCV/HIV

[20]

35

0

14 (50)

/

FIV

1

[21]

1

0

/

/

FIV

2

[15]

317

0

ND

ND

FIV/ICSI/IAC

22

[22]

40

33

6,7 (56)

11 (6)

ICSI

19

PHRC régional [2001-2005]

76

10

19,9 (152)

22,2 (30)

FIV/ICSI/IAC

28

Références

1 Anonyme. Arrêté du 10 mai 2001 modifiant l’arrêté du 12 janvier 1999 relatif aux règles de bonnes pratiques cliniques et biologiques en assistance médicale à la procréation. Journal Officiel 15 mai 2001 : 7735-6.

2 Agence de la Biomédecine. AMP à risque viral : état des lieux. Résultats de l’enquête. décembre 2005-mars 2006.

3 Bourlet T, Lévy R, Laporte S, et al. Multicenter quality control for the detection of hepatitis C RNA in seminal plasma specimens. J Clin Microbiol 2002 ; 41 : 789-93.

4 Leruez-Ville M, Kunstmann JM, De Almeida M, Rouzioux C, Chaix ML. Detection of hepatitis C virus in the semen of infected men. Lancet 2000 ; 356 : 42-3.

5 Levy R, Tardy JC, Bourlet T, et al. Transmission risk of hepatitis C virus in assisted reproductive techniques. Human Reprod 2000 ; 15 : 810-6.

6 Bourlet T, Lévy R, Maertens A, et al. Detection and characterisation of hepatitis C virus RNA in seminal plasma and spermatozoa fractions of semen from patients attempting medically-assisted conception. J Clin Microbiol 2002 ; 40 : 3252-5.

7 Pasquier C, Bujan L, Daudin M, et al. Intermittent detection of hepatitis C virus (HCV) in semen from men with human immunodeficiency virus type 1 (HIV-1) and HCV. J Med Virol 2003 ; 69 : 344-9.

8 Pekler V, Robbins W, Nyamathi A, Yashina T, Leak B, Robins T. Use of versant TMA and bDNA 3.0 assays to detect and quantify hepatitis C virus in semen. J Clin Lab Anal 2003 ; 17 : 264-70.

9 Halfon P, Giorgetti C, Bourlière M, et al. Medically assisted procreation and transmission of hepatitis C virus : absence of HCV RNA in purified sperm fraction in HIV co-infected patients. AIDS 2006 ; 20 : 241-6.

10 McKee TA, Avery S, Majid A, Brinsden PR. Risks for transmission of hepatitis C virus during artificial insemination. Fertil Steril 1996 ; 66 : 161-3.

11 Pasquier C, Daudin M, Righi L, et al. Sperm washing and virus nucleic acid detection to reduce HIV and hepatitis C virus transmission in serodiscordant couples wishing to have children. AIDS 2000 ; 14 : 2093-9.

12 Garrido N, Meseguer M, Remohi J, Simon C, Pellicer A. Semen characteristics in human immunodeficiency virus (HIV)- and hepatitis C (HCV) –seropositive males : predictors of the success of viral removal after sperm washing. Hum Reprod 2005 ; 20 : 1028-34.

13 Briat A, Dulioust E, Galimand J, et al. Hepatitis C virus in the semen of men coinfected with HIV-1 : prevalence and origin. AIDS 2005 ; 19 : 1827-35.

14 Ghosn J, Deveau C, Goujard C, et al. Increase in hepatitis C virus incidence in HIV-1 infected patients followed up since primary infection. Sex Transm Infect 2006 ; 82 : 458-60.

15 Sifer C, Cassuto NG, Poncelet C, et al. Risks in medically assisted procreation in case of positivity for HIV, Hepatitis C virus or Hepatitis B virus. The French law. Gynécologie Obstétrique & Fertilité 2003 ; 31 : 410-21.

16 Devaux A, Soula V, Sifer C, et al. Hepatitis C virus detection in follicular fluid and culture media from HCV+ women, and viral risk during IVF procedures. Hum Reprod 2003 ; 18 : 2342-9.

17 Papaxanthos-Roche A, Trimoulet P, Commenges-Ducos M, Hocke C, Fleury HJ, Mayer G. PCR-detected hepatitis virus RNA associated with human zona-intact oocytes collected from infected women for ART. Hum Reprod 2004 ; 19 : 1170-5.

18 Maertens A, Bourlet T, Plotton N, Pozzetto B, Lévy R. Validation of safety procedures for the cryopreservation of semen contaminated with hepatitis C virus in assisted reproductive technology. Hum Reprod 2004 ; 19 : 1554-7.

19 Haute Autorité de Santé. Service évaluation des actes professionnels. Rapport sur la « détection qualitative de l’ARN du VHC dans le plasma séminal et sur la fraction intermédiaire ou finale des spermatozoïdes ». Juillet 2006.

20 Cassuto NG, Sifer C, Feldmann G, et al. A modified RT-PCR technique to screen for viral RNA in the semen of hepatitis C virus-positive men. Hum Reprod 2002 ; 12 : 3153-6.

21 Lévy R, Bourlet T, Maertens A, et al. Pregnancy after safe in vitro fertilisation with HCV-RNA-positive sperm from HCV-viraemic man. Hum Reprod 2002 ; 17 : 2650-3.

22 Garrido N, Meseguer M, Bellver J, Remohi J, Simon C, Pellicer A. Report of the results of a 2 year programme of srperm wash and ICSI treatment for human immunodeficiency virus and hepatitis C virus serodiscordant couples. Hum Reprod 2004 ; 19 : 2581-6.


 

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