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Couples à risque viral : état des lieux de l’assistance médicale à la procréation en France


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Numéro 3, 163-7, Mai-Juin 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0069


Auteur(s) : Françoise Merlet, François Thépot , Agence nationale de la biomédecine, 1 avenue du stade de France 93212 Saint-Denis la Plaine cedex.

Mots-clés : assistance médicale à la procréation, VIH, VHC, VHB, hépatite

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Françoise Merlet, François Thépot

Agence nationale de la biomédecine, 1 avenue du stade de France 93212 Saint-Denis la Plaine cedex

La demande de procréation assistée de patients infectés par le VIH croît depuis la fin des années 1990. La maladie VIH atteint de façon égale les hommes et les femmes, souvent en âge de procréer, et les progrès thérapeutiques récents permettent une amélioration nette de la durée et de la qualité de vie ; il est bien naturel que les personnes atteintes, dont la maladie s’avère bien contrôlée, envisagent de devenir parents. Le recours à l’AMP répond dans ce contexte à deux objectifs, réduire les risques de transmission au conjoint non infecté et traiter l’éventuelle infertilité du couple.Dans les infections par le virus de l’hépatite C, les risques de transmission au conjoint non infecté sont extrêmement faibles au cours des rapports sexuels. C’est alors l’infertilité du couple qui justifie le recours à l’AMP.L’arrêté du 12 janvier 1999 relatif aux bonnes pratiques cliniques et biologiques en assistance médicale à la procréation (AMP) plaçait l’activité d’AMP en contexte viral dans le domaine exclusif de la recherche biomédicale, par crainte d’un risque sanitaire non maîtrisé. Sous la pression légitime des associations de patients et des praticiens, après constatation d’une réelle difficulté d’accès aux soins en France, la pratique des AMP en contexte viral était enfin autorisée en routine, mais sous certaines contraintes précisées dans l’arrêté du 10 mai 2001.Toutefois, malgré l’allégement de la réglementation, les associations de patients ont fait part des difficultés persistantes des patients à pouvoir bénéficier de l’AMP, particulièrement lorsque la femme est infectée par le VIH.Un état des lieux de la pratique s’est avéré nécessaire. À la demande de la direction générale de la santé, l’Agence de la biomédecine, qui a en charge le suivi et l’évaluation des activités d’AMP, a réalisé une enquête auprès des centres qui se sont déclarés volontaires pour cette activité au ministère. Le premier objectif de l’enquête a été de recenser les centres ayant ce type d’activité au 1er janvier 2006. Le second objectif a été d’évaluer les actes d’AMP, réalisés en 2004, en tenant compte des différentes techniques et des différents virus VIH, VHC et/ou VHB. L’enquête n’a pas eu pour objectif de recenser les AMP par don de gamètes ou avec accueil d’embryons.Par ailleurs, les centres ont été interrogés sur les difficultés de fonctionnement rencontrées lors de la réalisation de ces actes.Un questionnaire a été adressé en novembre 2005 aux centres qui figuraient sur la liste communiquée par la direction générale de la santé. Tous les centres contactés ont répondu à l’enquête ; cependant, compte tenu des délais très courts, certains items n’ont pas été renseignés.

Recensement des centres impliqués dans l’activité d’AMP en contexte viral

Les centres impliqués

L’AMP en contexte viral nécessite, de la part des praticiens, un investissement important et, pour les centres, des moyens ciblés. L’activité a été jusqu’alors assurée par des centres qui se sont portés volontaires et qui l’ont déclaré au ministère entre 2001 et 2004.

Parmi les 108 centres français autorisés pour les actes d’AMP, 22 centres ont déclaré leur intention de prendre en charge des patients à risque viral ; 20 centres ont réellement débuté ou devraient débuter cette activité rapidement.

Depuis, la liste des centres impliqués dans la prise en charge de patients à risque viral a évolué car trois centres supplémentaires se sont récemment manifestés.

L’implication des centres dans l’activité est différente selon le virus concerné.

L’infection par le VIH

En ce qui concerne l’infection par le VIH, 10 centres ont été recensés comme actifs. Parmi eux, trois sont situés dans Paris. Deux centres n’assurent qu’une partie de l’activité en ne proposant aux couples dont la femme est infectée par le VIH que la technique d’insémination intra-utérine, l’ensemble des techniques d’AMP devant être disponible dès réception de nouveaux locaux.

Deux centres supplémentaires attendent les locaux nécessaires (prévus dans le cadre de la restructuration hospitalière en cours) ou des moyens supplémentaires fléchés, pour démarrer l’activité d’AMP en contexte VIH.

La répartition des centres est présentée dans la figure 1. Elle apparaît relativement homogène sur le territoire français et en rapport avec les zones de prévalence de la maladie, sauf peut-être pour le Nord de la France.

L’infection par le VHC et ou le VHB

En ce qui concerne l’infection par le virus de l’hépatite C et/ou celui de l’hépatite B, 20 centres prennent en charge en AMP les couples concernés. Trois nouveaux centres devraient s’impliquer prochainement dans cette activité. La répartition territoriale des centres français est indiquée figure 2.

Activités AMP en contexte VIH

Nombre de couples concernés

Au cours de l’année 2004, 439 couples ont bénéficié d’au moins une tentative d’AMP. Pour la majorité d’entre eux (69 %), l’homme est la personne du couple qui est infectée par le VIH ; dans 5 % des cas, les deux membres du couple sont infectés par le VIH.

Nombre de tentatives d’AMP

Le nombre de cycles et leurs résultats sont présentés en fonction des différentes techniques (Inséminations intra-utérines (IIU), fécondations in vitro conventionnelles (FIV), avec micro-injection (ICSI) ou transferts d’embryons congelés (TEC) dans le tableau 1.

L’enquête ne permet pas de distinguer les tentatives réalisées pour les couples dont l’homme est infecté par le VIH de ceux dont la femme est infectée ou dont l’homme et la femme sont tous deux infectés par le VIH.

Les inséminations

Les inséminations intra-utérines représentent 65 % des tentatives d’AMP réalisées dans le contexte VIH au cours de l’année 2004. Elles représentent également 1,4 % de la totalité des inséminations intra-utérines réalisées en intraconjugal au cours de l’année 2004.

Le taux de grossesses évolutives par cycle d’insémination est de l’ordre de 17 %. Ainsi, l’insémination intra-utérine contribue à plus de 70 % des enfants nés après AMP en contexte VIH toutes techniques confondues.

Compte tenu de ces résultats et des contraintes des autres techniques, l’insémination intra-utérine s’impose comme la première technique d’AMP à proposer à ces couples chaque fois qu’elle peut être mise en œuvre.
Tableau 1 Couples dont l’un des membres est infecté par le VIHNombre de cycles, de grossesses évolutives et d’enfants nés selon les techniques réalisées

Insémination intra-utérine

Fécondation in vitro classique

Fécondation in vitro avec ICSI

Transfert d’embryons congelés

Cycles

678

40

252

76

Grossesses évolutives

114 (17 %)

11 (27,5 %)

44 (17,5 %)

4

Enfants nés

115

7

39

3

Les fécondations in vitro, FIV, ICSI et TEC

La FIV est proposée aux couples sérodiscordants dont la femme est infectée par le VIH, après échecs des inséminations ou lorsqu’une pathologie tubaire contre-indique celles-ci.

L’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) est la technique de choix proposée aux couples sérodiscordants dont l’homme est infecté par le VIH. L’ICSI est d’emblée indiquée lorsque le bilan d’infertilité met en évidence :

  • une pathologie féminine associée (obturation tubaire, par exemple), l’insémination intra-utérine ne pouvant pas être envisagée ;
  • une insuffisance spermatique, qui peut être révélée ou aggravée après préparation spermatique et réalisation des recherches virales sur la préparation spermatique.

Pour certains, l’ICSI est proposée systématiquement quel que soit le statut de fertilité du couple afin de réduire au maximum le risque de transmission virale à la partenaire. Pour cette raison, l’ICSI est indiquée après échec répété des IIU.

Ainsi, en 2004, la majorité des fécondations in vitro sont réalisées en ICSI (86 % des fécondations in vitro). Les ICSI, réalisées en contexte VIH représentent un peu moins de 1 % de la totalité des ICSI pratiquées en intraconjugal au cours de la même année.

Les taux de grossessess évolutives obtenus dans les différentes techniques de fécondation in vitro reflètent par conséquent des situations de fertilité très variées ; ils sont respectivement de 27,5 % et de 17,5 % par ponction en FIV et en ICSI. Les grossesses issues des transferts d’embryons congelés sont peu nombreuses pour des raisons qui n’apparaissent pas évidentes.

Au total, les techniques de fécondation in vitro contribuent à la naissance de 30 % des enfants nés après AMP en contexte VIH.

Activités AMP en contexte VHC en 2004

Les patients infectés par le virus seul de l’hépatite C bénéficient de l’AMP dans le cadre du traitement de l’infertilité de leur couple. Dans ce contexte, toutes les techniques d’AMP peuvent être proposées, le choix de la technique reposant sur les données du bilan d’infertilité.

Le nombre et les résultats des tentatives d’AMP sont présentés en fonction des différentes techniques (inséminations intra-utérines (IIU), fécondations in vitro conventionnelles (FIV), avec micro-injection (ICSI) ou transferts d’embryons congelés (TEC) dans le tableau 2.

Le taux de grossesses évolutives est de l’ordre de 8 % par cycle d’insémination. En FIV et en ICSI, les taux de grossesses évolutives sont respectivement de 12,5 % et de 19,8 % par ponction. Les taux de grossesse sont inférieurs à ceux obtenus chez les patients infectés par le VIH. Ces moins bons résultats sont vraisemblablement à rapprocher du contexte d’infertilité de ces couples, chez qui, en outre, la recherche de virus dans la préparation spermatique, imposée par les contraintes réglementaires, appauvrit la préparation spermatique.
Tableau 2 Couples dont un des membres est infecté par le VHCNombre de cycles, nombre de grossesses évolutives et nombre d’enfants nés selon les techniques réalisées en 2004

Insémination intra-utérine

Fécondation in vitro classique

Fécondation in vitro avec ICSI

Transfert d’embryons congelés

Cycles

71

80

182

35

Grossesses évolutives

6 (8,5 %)

10 (12,5 %)

36 (20 %)

2

Enfants nés

7

8

31

2

Activités AMP en contexte VHB en 2004

Comme pour le virus de l’hépatite C, les personnes infectées par le virus de l’hépatite B sont prises en charge en AMP en vue de traiter l’infertilité de leur couple. L’activité et les résultats sont rapportés dans le tableau 3.
Tableau 3 Couples dont un des membres est infecté par le VHBNombre de cycles, nombre de grossesses évolutives et nombre d’enfants nés selon les techniques réalisées en 2004

Insémination intra-utérine

Fécondation in vitro classique

Fécondation in vitro avec ICSI

Transfert d’embryons congelés

Cycles

42

76

120

27

Grossesses évolutives

3 (7 %)

9 (12 %)

22 (18 %)

2

Enfants nés

3

6

26

2

Difficultés de fonctionnement des centres

Les locaux dédiés à l’activité

Fin 2005, lors de la réalisation de l’enquête, 9 centres disposent d’ores et déjà de locaux spécifiques pour les actes d’AMP en contexte viral ; 5 centres sont en attente de nouveaux locaux, le plus souvent dans le cadre de restructuration en cours au sein de leur établissement.

La liste d’attente

Lorsqu’ils ne disposent pas de locaux dédiés, les centres doivent réserver des périodes définies dans l’année pour la réalisation des AMP en contexte viral. Pour 3 centres, deux périodes réservées d’une à deux semaines sont organisées, au cours desquelles l’activité d’AMP sans risque viral identifié est interrompue ; ces trois centres signalent une attente maximale de l’ordre de 6 mois.

Certains centres établissent une vraie liste d’attente, variant de 3 à 6 mois (pour 7 centres), jusqu’à 9 à 18 mois (pour 2 centres).

Les moyens dédiés

L’AMP en contexte viral suppose un investissement très important de l’équipe médicale qui est nécessairement pluridisciplinaire, composée au minimum de spécialistes en infections VIH et VHC, en hépatologie, de microbiologistes spécialisés en virologie, de praticiens de l’AMP et de psychologues ou de psychiatres. La prise en charge comporte de nombreuses étapes, depuis l’évaluation de la maladie et la mise en place d’éventuels traitements, le bilan de l’infertilité et l’étude de la faisabilité de l’AMP, la mise en commun des données au sein de l’équipe pluridisciplinaire et la décision collégiale, à enfin, la réalisation de l’acte d’AMP et son suivi.

Pour la majorité des centres (16), l’activité entraîne une surcharge de travail non négligeable et pourtant insuffisamment reconnue ; l’attribution de postes spécifiques supplémentaires permettrait d’améliorer la situation de ces centres.

Les couples présentant « un risque viral » bénéficieraient d’une meilleure prise en charge si chaque centre disposait d’un laboratoire spécifique. Là encore, l’attribution de locaux nouveaux n’est envisageable que si des moyens spécifiques sont alloués aux établissements ou aux laboratoires.

Difficulté supplémentaire pour les centres, une partie des procédures, pourtant imposées par arrêté, n’est pas prise en compte dans la nomenclature des actes de l’assurance-maladie. C’est le cas notamment des recherches virologiques qui doivent être réalisées dans la préparation spermatique.

En conclusion

Suite à l’inquiétude manifestée par les associations de patients quant à l’accès à l’AMP des patients infectés par le VIH, relayée par la direction générale de la Santé, l’Agence de la biomédecine a souhaité faire un état des lieux exhaustif des actes d’AMP réalisés en contexte viral au cours de l’année 2004.

L’enquête a permis de montrer que la prise en charge des patients en contexte viral existe bien en France, pour les différents virus, dans les différentes techniques d’AMP et au sein de centres assez bien répartis sur le territoire. Si l’offre de soins ne répond pas encore parfaitement à la demande, elle devrait s’améliorer avec la participation nouvelle de centres supplémentaires et les projets de construction de laboratoires spécifiquement dédiés.

Toutefois, la prise en charge en AMP des patients infectés par le VIH est particulièrement lourde, requérant le croisement de compétences multiples et des exigences en termes de qualité et de sécurité particulièrement sensibles. Les centres mettent clairement en exergue leurs difficultés de fonctionnement. Une nouvelle évaluation des moyens semble indispensable au maintien de l’activité dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité, sans oublier que s’agissant de techniques récentes, un suivi rigoureux et spécifique des patients et des enfants qui en sont issus doit être instauré.

De ces techniques réalisées en contexte viral au cours de l’année 2004, 249 enfants sont nés, soit environ 1,5 % de la totalité des enfants nés après AMP intraconjugale la même année. Les résultats sont susceptibles de pouvoir être améliorés, notamment pour les patients infectés par le VHC ou le VHB. En effet, la modification de la réglementation, attendue dans le cadre de la révision de l’arrêté des bonnes pratiques, devrait conduire à un allégement des procédures techniques de préparation spermatique et ainsi à améliorer l’efficacité des AMP.

Enfin, les résultats confirment l’intérêt de la technique d’insémination intra-utérine qui, compte tenu des conditions beaucoup plus contraignantes des techniques de fécondation in vitro, s’impose comme le traitement de base chaque fois qu’il peut être mis en œuvre, au moins dans les infections VIH de l’homme ou de la femme.


 

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