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Réflexions sur la FIV sans transfert


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 8, Numéro 1, 52-3, Janvier-Février 2006, Journée FIVATE



Auteur(s) : Daniel Lemler, Strasbourg , .

Mots-clés : transfert, psychanalyse, FIV

ARTICLE

Auteur(s) : Daniel Lemler

Enfin un sujet sur lequel nous sommes d’accord, un sujet dont nous partageons « la conception » : il ne saurait y avoir de grossesses en FIV sans transfert.
Mais cet accord n’est peut-être qu’illusion ! C’est à vous de me le faire savoir.
Avançons. FIV sans transfert, cela signifie à l’extrême sans fécondation. FIV sans fécondation, il ne reste que « in vitro »… Alors, in vitro veritas, oui, mais laquelle ?
Aspects psychologiques : Y a-t-il une « psychologie » propre à la FIV sans transfert ? Cela serait étonnant. La FIV, acte technique, n’a pas d’états d’âme. Mais ce n’est pas le cas de ses différents protagonistes : une femme, son mari et, un praticien, une sage-femme, … cette liste ne prétend pas être exhaustive.
Impact de la FIVATE sur le couple ? Oui, bien sûr, ce serait même à mettre au pluriel : impacts. Mais, le couple n’est pas un sujet. Il est l’alliance de deux êtres, qui vont réagir d’abord subjectivement, singulièrement, en fonction de critères divers et variés.
Alors si nous voulons reformuler la question, ce serait : y a-t-il des « aspects psychologiques » propres à la femme dans la FIV sans transfert ? Et cette question devrait s’appliquer à chacun des protagonistes.
Mais, déjà vous me voyez venir ! Rien qu’à la tournure de la question, vous sentez que je vais répondre par la négative. Et vous avez raison, il n’y a pas plus de psychologie propre à la FIV sans transfert, qu’à la FIV avec transfert, qu’à la FIV tout court. Et d’ailleurs, on pourrait au contraire se demander pour quelle raison il y en aurait une. À moins d’envisager une psychologie à chaque élément de notre vie, à chaque fait et geste de notre vie. Ce qui n’est pas faux en soi. Mais justement la psychologie est une discipline qui a inventé des outils pour rendre compte de ces différentes situations. En ce qui me concerne, il s’agit d’outils psychanalytiques qui permettent d’envisager une clinique du langage et des formations de l’inconscient.
Bien sûr, la FIV sans transfert est source de frustrations, et induit la nécessité de faire un deuil avec tout son cortège de réactions et d’affects. Et alors, aurais-je envie de vous demander, et alors ? Cette situation n’est pas singulière, elle se rencontre dans votre exercice dans bien d’autres situations. Y a-t-il une différence entre une FIV sans transfert et les autres situations de votre pratique où il y a frustration d’un enfant qui ne vient pas ou deuil d’un enfant mort in utero ou dans les tout débuts de sa vie ?
Par contre, si nous envisageons le transfert dans un autre sens, - celui qui n’a pas échappé à J.F. Velez de la Calle en m’invitant à intervenir, puisque sa proposition était faite clin d’œil à l’appui -, si nous envisageons le transfert comme moteur de toute relation, la question va se poser en d’autres termes. Elle va se déplacer vers le seul lieu sur lequel nous avons une action possible : sur nous-mêmes.
Alors, reprenons l’énoncé : il n’y a pas de FIV sans transfert ! Mais le transfert est à entendre comme polysémique et transitif : transfert de la femme sur le praticien, du mari sur le praticien, mais aussi, et c’est là le point essentiel, transfert du praticien, sur la femme, le mari.
Il s’agirait alors de s’interroger sur la place du praticien dans la FIV sans transfert, autrement dit, par extrapolation de cette situation exemplaire, la place du praticien dans la fécondité. J’exclus, bien que cela ne soit pas sans importance, la dimension de la compétence technique. Mais je n’exclus pas la technique pour autant, puisqu’une erreur technique, une maladresse, peut correspondre à ce que nous appelons actes manqués, qui sont des actes réussis au regard du désir qui les anime. Autrement dit, dans quelle mesure le désir du praticien, désir inconscient par définition, va-t-il avoir une incidence sur la réussite du processus ? Qu’il n’y ait pas de malentendu, je ne parle pas de mécanisme ésotérique, thaumaturgique ou magique, mais du processus du désir humain et de ses avatars.
Si cet abord de la FIV trouve écho chez certains praticiens, il pourrait déboucher sur un travail d’élaboration à partir de leur expérience personnelle sur leur implication dans le traitement.


 

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