ARTICLE
Auteur(s) : Catherine
Garel1, Laurent Guibaud2
1Service de radiologie, hôpital d'enfants
Armand-Trousseau, 26, avenue du Docteur-Arnold-Netter,
75012 AP-HP, Paris, France
2Service d’imagerie pédiatrique et fœtale, hôpital
Femme-Mère-Enfant, hospices civils de Lyon, 59, boulevard
Pinel, 69500 Lyon, France
Un bref rappel embryologique est nécessaire pour comprendre la
genèse des kystes observés dans la fosse postérieure.
Selon la théorie développée par Robinson et Goldstein [1], le
vermis se développe à partir de la partie supérieure du toit de la
vésicule rhombencéphalique et mésencéphalique (aire membraneuse
antérosupérieure). La partie inférieure du toit de la vésicule
rhombencéphalique (aire membraneuse postéro-inférieure) est le
siège d'une évagination progressive sous forme d'un diverticule
recouvert de tissu épendymaire au sein des méninges primitives ou
futurs espaces sous-arachnoïdiens. Cette évagination est appelée
poche de Blake et est le siège d'une fenestration progressive
faisant communiquer l'espace intra-axial avec les espaces
sous-arachnoïdiens, permettant ainsi la constitution de la grande
citerne. L'ouverture médiane de la poche de Blake se crée vers sept
à huit semaines de gestation au niveau du foramen de Magendie
(absent chez 1-4 % des individus) et précède la mise en
communication du quatrième ventricule avec les espaces
sous-arachnoïdiens par des ouvertures latérales ou foramens de
Lushka, perméables entre 14 et 17 SA (absents chez 20 % des
individus) [2-6]. La fenestration de la poche de Blake est
achevée au quatrième mois de grossesse. Cette poche peut être
encore visible jusqu'à 22-23 SA [1, 4].
En cas de non-fenestration ou de retard de fenestration de la
poche de Blake, celle-ci se distend, refoule le vermis en haut et
en arrière. Le quatrième ventricule apparaît ainsi ouvert dans
sa portion postéro-inférieure sur un kyste de la poche de Blake.
Le vermis a donc un axe anormal, siège d'une bascule
postérosupérieure, mais est anatomiquement complet. Le kyste
de la poche de Blake peut cependant exercer un effet de masse sur
le vermis, voire parfois et de manière focale, sur la tente du
cervelet. De ce fait, en imagerie, l'intégrité du vermis est
parfois difficile à affirmer. Cependant, le kyste de la poche de
Blake se développe à partir de l'aire membraneuse
postéro-inférieure et ne saurait en théorie être responsable d'une
anomalie structurelle du vermis. Les parois du kyste de
la poche de Blake peuvent être visibles en échographie au sein
du lac rétrocérébelleux avec un aspect en « queue de comète » sur
les coupes sagittales ou de part et d'autre du vermis, à la
jonction entre vermis et hémisphère cérébelleux sur une coupe
axiale (mieux vu en échographie qu'en IRM). Le diagnostic est
donc évoqué devant la normalité du vermis tant dans sa biométrie
que dans sa morphologie globale (rappelons que le décompte
des lobules est impossible en prénatal, et même chez le
nouveau-né et le nourrisson) [1, 7-10].
La malformation de Dandy-Walker classique se définit par une
augmentation du volume de la fosse postérieure avec ascension
globale de la tente du cervelet (et du torcular) et par une lésion
kystique (identifiée communément au quatrième ventricule), associée
à une anomalie vermienne (agénésie partielle–hypoplasie). Du fait
de l'impossibilité parfois même en neuropathologie de retrouver les
repères anatomiques que sont les fissures, les lobules et les
folioles, on préfère parfois le terme de dysgénésie vermienne.
Cette malformation correspond à une pathologie intéressant l'aire
membraneuse postéro-inférieure mais aussi l'aire membraneuse
antérosupérieure à l'origine de la dysgénésie vermienne. Ainsi,
l'anomalie kystique ne correspond pas stricto sensu à la dilatation
du quatrième ventricule, mais à une expansion majeure et précoce de
la poche de Blake avant la formation à la huitième semaine de
la tente du cervelet. Le début précoce de cette malformation
explique son diagnostic possible dès le premier trimestre.
Le terme de Dandy-Walker continuum est souvent employé pour
traduire le fait qu'en fonction de la sévérité de cette
malformation, on peut observer des degrés plus ou moins importants
d'agénésie vermienne et d'ouverture du quatrième ventricule. En
revanche, le terme de Dandy-Walker variant est à supprimer.
Ce terme a été introduit dans les années 1975 à une époque où
on ne raisonnait que sur des examens tomodensitométriques et sur
des données radioanatomiques grossières. Sous ce terme sont
regroupées des entités que l'on sait maintenant être très
différentes, tant sur le plan du mécanisme embryologique que des
conséquences cliniques.
Le diagnostic de malformation de Dandy-Walker est souvent aisé.
L'échographie et l'IRM montrent les mêmes signes. Le torcular
est en position trop haute et la tente du cervelet est
ascensionnée. Le quatrième ventricule est largement ouvert et
le fastigium peut être impossible à repérer dans les formes
sévères. Les parois du kyste, dit du quatrième ventricule,
sont bien visibles en échographie, plus difficilement identifiables
en IRM fœtale. Pour Robinson et Goldstein, il s'agit des parois de
la poche de Blake [1]. Il existe, en effet, comme dans le
kyste de la poche de Blake (à vermis normal), un aspect en « queue
de comète » prolongeant le vermis, remontant en direction du
torcular. Toute la difficulté réside dans l'analyse de l'étendue de
la dysgénésie vermienne associée qui pourrait être un facteur
pronostique. Cependant, dans notre expérience prénatale, il est
impossible, tant en échographie qu'en IRM, d'évaluer
morphologiquement l'importance de cette dysgénésie (les difficultés
sont identiques en postnatal) conduisant en pratique à tenir
essentiellement compte des données biométriques et de la présence
ou non de malformations ou d'anomalies cytogénétiques associées
pour l'évaluation du pronostic.
Les kystes arachnoïdiens se développent dans un dédoublement de
l'arachnoïde. Environ, un quart de ces kystes sont situés dans
la fosse postérieure. Leur localisation préférentielle est
rétrocérébelleuse et ils peuvent alors soulever le torcular et donc
la partie distale de la tente du cervelet. Cependant, il faut
souligner que dans ce cas, l'orientation globale de la tente du
cervelet reste normale, contrairement à ce qu'on observe dans la
malformation de Dandy-Walker. Ces kystes ne communiquent pas
avec le quatrième ventricule et peuvent aussi être
latérocérébelleux, supravermiens ou plus antérieurs, au niveau de
l'angle pontocérébelleux ou derrière le clivus. Du fait de la
fonction sécrétoire des cellules composant leur paroi, les kystes
arachnoïdiens peuvent augmenter de taille et exercer un effet de
masse important sur les structures adjacentes, le tronc cérébral,
le cervelet, mais aussi la voûte occipitale. Certains kystes
peuvent également gêner la circulation de LCS et entraîner une
dilatation ventriculaire [4, 11, 12]. Les kystes arachnoïdiens
apparaissent en échographie comme des structures anéchogènes, à
paroi fine. Ils peuvent contenir des cloisons. Les parois
du kyste sont beaucoup mieux vues en échographie qu'en IRM. En
revanche, l'IRM permet de beaucoup mieux analyser les rapports avec
les organes adjacents au kyste.
L'évolution de ces kystes en postnatal est très variable et se
fait souvent vers une diminution progressive de leur taille
aboutissant à leur disparition. Dans d'autres cas, on peut observer
une augmentation importante de leur taille, parfois même dès la
période anténatale.
Dans l'immense majorité des cas, une analyse sémiologique
échographique rigoureuse de la fosse postérieure permet
d'appréhender la plupart des diagnostics de kystes de la fosse
cérébrale postérieure. L'IRM permet dans certains cas de mieux
évaluer les relations des kystes arachnoïdiens avec les organes
adjacents. Elle est souvent aussi limitée que l'échographie pour
analyser finement le vermis.
Conflit d'intérêts
aucun.
Références
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