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Conduite à tenir devant une dysplasie rénale multikystique


MT / médecine de la reproduction, gynécologie et endocrinologie. Volume 12, Numéro 2, 100-2, avril-mai-juin 2010, Congrès de médecine fœtale 2010, Morzine

DOI : 10.1684/mte.2010.0282

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Georges Deschênes , Service de néphrologie pédiatrique, hôpital Robert-Debré, 48, boulevard Sérurier, 75019 Paris, France.

Résumé : La dysplasie rénale multikystique est une anomalie extrême de la différenciation du métanéphros. Sa fréquence moyenne est de 1/4 300 naissances vivantes. Les problèmes posés par cette anomalie fréquente du développement rénal sont : la surveillance de l'involution de la structure kystique et de l'hypertrophie compensatrice du rein controlatéral, le risque d'uropathie malformative controlatérale et de malformation génitale homolatérale, le risque de réduction néphronique, d'insuffisance rénale et d'hypertension artérielle, le risque de mutation du gène HNF1-β. Le risque de dégénérescence néoplasique est probablement indistinct du risque général de néphroblastome ou de carcinome rénal. La prise en charge postnatale vise à contrôler l'ensemble de ces problèmes au cours des 15 premières années de la vie et à sélectionner les malades qui auront besoin d'une surveillance néphrologique à l'âge adulte.

Mots-clés : HNFI-bêta, kyste rénal, insuffisance rénale, hypertension artérielle, malformation génitale, néphroprotection

ARTICLE

Auteur(s) : Georges Deschênes

Service de néphrologie pédiatrique, hôpital Robert-Debré, 48, boulevard Sérurier, 75019 Paris, France

La dysplasie rénale multikystique est une anomalie extrême de la différenciation du métanéphros dans laquelle la voie urinaire est typiquement réduite à un cordon fibreux sans lumière et le tissu rénal est remplacé par une grappe de kystes sans aucune trace de parenchyme fonctionnel [1]. Elle doit être différenciée des polykystoses qui sont principalement des maladies héréditaires des protéines du cil. La fréquence de la dysplasie rénale multikystique unilatérale a été mesurée à 1/4 300 dans une méta-analyse regroupant 1,6 million de naissances vivantes (en fait, les chiffres varient de 1/500 à 1/6 700 selon l'origine ethnique des séries). Il s'agit d'un garçon dans 60 % des cas, et le côté gauche est atteint dans 53 % des cas. Elle peut être bilatérale ou au contraire limitée au pôle supérieur d'un rein dupliqué. Les problèmes posés par cette anomalie fréquente du développement rénal sont les suivants.

Involution de la structure kystique

Dix à 20 % des dysplasies rénales multikystiques involuent complètement avant la naissance. En période postnatale, l'involution de la structure kystique est très fréquente (60-80 % selon les séries) mais progressive avec le temps (35 % à deux ans, 45 % à cinq ans, 60 % à dix ans) [2].

Hypertrophie compensatrice du rein controlatéral

Elle n'est pas constante. Elle se développe dans la période anténatale dans 25 % des cas et en période postnatale dans 52 % des cas avant l'âge de cinq ans et dans 80 % des cas à l'âge de dix ans. L'absence d'involution de la structure kystique est associée à l'absence d'hypertrophie compensatrice du rein controlatéral dans 60-70 % des cas [2].

Risque néoplasique

Le registre canadien des néphroblastomes rassemble 7 500 cas dont cinq se sont présentés sous une forme kystique et ont été à l'origine d'une discussion sur la précession d'une dysplasie rénale multikystique. Le risque d'une vraie transformation d'une dysplasie rénale multikystique est probablement indistinct du risque général de néphroblastome. Une question identique est posée pour les six cas de carcinome rénal évoquant une dysplasie rénale multikystique sous-jacente qui ont été décrits chez l'adulte [1].

Risque d'uropathie malformative controlatérale

L'anomalie urinaire controlatérale la plus fréquente est le reflux vésico-urétéral dont la fréquence a été mesurée à 20 % dans les séries où la cystographie a été systématiquement faite. Les reflux sévères de grades 4-5 comptent pour 20 % de tous les reflux au lieu de 5-10 % dans la population générale. Un reflux est également visible du côté de la dysplasie rénale multikystique dans 15 % des cas. En fréquence, la deuxième malformation associée est une jonction pyélo-urétérale (4,5 %) et de façon très ponctuelle, la dysplasie multikystique peut être associée à n'importe quelle malformation urinaire controlatérale (urétérocèle, méga-uretère, rein en fer à cheval, valves de l'urètre postérieur) [3].

Risque de malformation génitale

Les malformations génitales représentent 15 % des malades avec une dysplasie rénale multikystique. Les anomalies sont homolatérales : kystes des vésicules séminales (20 % des garçons) avec ou sans reflux séminal, absence de testicule ou testicule ectopique, hypospade chez le garçon, insertion ectopique de l'uretère dysplasique dans la vésicule séminale chez le garçon, kystes du canal de Gartner, hémivagin avec ou sans hydrocolpos, utérus bifide chez la fille [1].

Risque de réduction néphronique et d'insuffisance rénale

Il dépend de la qualité du rein controlatéral et de l'hypertrophie compensatrice. Le risque n'est pas nul au long cours et se confond avec le pronostic des reins uniques. Dans l'étude d'Aslam, 2/43 patients avec un recul de plus de dix ans avaient une insuffisance rénale chronique de stade 3 (clairance glomérulaire entre 30 et 60 mL/min par 1,73 m2), 16/43 patients avaient une insuffisance rénale chronique de stade 2 (clairance glomérulaire entre 60 et 90 mL/min par 1,73 m2) et 13/43, c'est-à-dire moins de la moitié, avaient une fonction rénale normale (> 90 mL/min par 1,73 m2) [2].

Risque d'hypertension artérielle

Il a été mesuré à 5,4 ‰ dans une méta-analyse rassemblant 1 015 cas de dysplasie rénale multikystique unilatérale. La normalisation de la pression artérielle a été obtenue après ablation de la structure kystique résiduelle dans 25 à 50 % des cas [1].

Formes associées à une mutation du gène HNF1-β

Une mutation du gène HNF1-β, un facteur de transcription impliqué dans la néphrogénèse, a été retrouvée dans trois séries. Une lésion controlatérale (hypodysplasie rénale, hyperéchogénicité rénale, kystes rénaux) était visible dans le rein controlatéral chez tous les malades (Ulinski, communication personnelle). Les malades porteurs d'une mutation du gène HNF1-β sont à risque de développer, entre autres, un diabète insulinoprive, une hypothyroïdie, une insuffisance pancréatique externe à l'âge adulte. La dysplasie rénale multikystique a également été associée à des mutations du gène PAX2, un autre facteur de transcription impliqué dans la néphrogénèse [4].

Formes associées à une aberration chromosomique

Elles sont exceptionnelles dans les formes unilatérales (un cas de trisomie 21).

Dysplasie rénale multikystique bilatérale

Elle n'est pas compatible avec la vie extra-utérine. Elle est parfois associée à des anomalies chromosomiques (trisomie 13-18-21) [A.L. Delezoide, communication personnelle].

Prise en charge postnatale

Elle résulte de l'ensemble des problèmes exposés ci-dessus. La dysplasie rénale multikystique correspond à une situation de rein unique dans laquelle l'hypertrophie compensatrice du rein controlatéral n'est pas assurée. Les malades nécessitent donc d'être évalués régulièrement au cours du développement. Les dates classiques de chaque bilan sont classiquement de 1, 5, 10 et 15 ans. À chaque fois, le bilan doit comprendre :
  • une échographie rénale, plus pour évaluer la croissance du rein controlatéral que pour vérifier l'involution du rein controlatéral ;
  • une mesure du débit de filtration glomérulaire par la nouvelle formule de Schwartz (DFG = 39,1 × [height/Scr]0,516 × [1,8/cystatinC] 0,294[30/BUN]0,169 × [1,099]male × [height/1,40]0,188) [5] ;
  • une mesure de la pression artérielle et un dosage de la microalbuminurie.

D'autres investigations sont nécessaires au moins une fois au cours de la surveillance pédiatrique : une échographie pelvienne, la recherche de facteur métabolique de risque de progression de la maladie rénale chronique (glycémie, hémoglobine glyquée, LDL cholestérol, uricémie) ; la cystographie rétrograde doit être réservée aux malades qui ont fait un ou plusieurs épisodes de pyélonéphrite aiguë et l'uro-IRM à ceux qui ont une dilatation pyélo-urétérale controlatérale significative. Un séquençage du gène HNF1-β est également nécessaire lorsqu'il existe une anomalie controlatérale évocatrice (hyperéchogénicité corticale, kystes corticaux). L'ablation de la structure kystique résiduelle n'a de réelle nécessité qu'en cas d'hypertension artérielle. Une surveillance à l'âge adulte doit être recommandée en cas :

  • d'insuffisance rénale même modérée à l'âge pédiatrique ;
  • de signes de réduction néphronique (microprotéinurie, décalage de la pression artérielle) ;
  • de mutation du gène HNF1-β.

Conflit d'intérêts :

aucun.

Références

1 Hains DS, Bates CM, Ingraham S, Schwaderer AL. Management and etiology of the unilateral multicystic dysplastic kidney: a review. Pediatr Nephrol 2009 ; 24 : 233-41.

2 Aslam M, Watson AR, on behalf of the Trent & Anglia MCDK Study Group. Unilateral multicystic dysplastic kidney: long-term outcomes. Arch Dis Child 2006 ; 91 : 820-3.

3 Schreuder MF, Westland R, van Wijk JA. Unilateral multicystic dysplastic kidney: a meta-analysis of observational studies on the incidence, associated urinary tract malformations and the contralateral kidney. Nephrol Dial Transplant 2009 ; 24 : 1810-8.

4 Nakayama M, Nozu K, Y Goto et al. HNF1B alterations associated with congenital anomalies of the kidney and urinary tract. Pediatr Nephrol 2010 ; epub.

5 Schwartz GJ, Munoz A, Schneider MF, et al. New Equations to Estimate GFR in Children with CKD. J Am Soc Nephrol 2009 ; 20 : 629-37.


 

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