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Tumeurs de la granulosa, à propos de deux cas


MT / médecine de la reproduction, gynécologie et endocrinologie. Volume 11, Numéro 3, 241-4, mai-juin 2009, Revue

DOI : 10.1684/mte.2009.0234

Résumé   Summary  

Auteur(s) : K Fichtali, H Houmaid, K Chaker, H Asmouki, A Aboulfalah, A Soummani, H Abbassi , Service de gynécologie-obstétrique, CHU Mohammed-VI, 40000 Marrakech, Maroc.

Résumé : Les tumeurs de la granulosa (TG) de l’ovaire sont rares, les formes adultes sont d’évolution lente, souvent diagnostiquées à un stade précoce \; leur traitement repose essentiellement sur la chirurgie. Les formes juvéniles, encore plus rares, sont plus agressives. Un suivi postthérapeutique prolongé s’impose en raison des récidives tardives pour les formes adultes, fréquentes et précoces pour les formes juvéniles. Nous rapportons deux observations en insistant sur leurs particularités cliniques, paracliniques, thérapeutiques et pronostiques.

Mots-clés : ovaire, granulosa, adulte, juvénile

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : K Fichtali, H Houmaid, K Chaker, H Asmouki, A Aboulfalah, A Soummani, H Abbassi

Service de gynécologie-obstétrique, CHU Mohammed-VI, 40000 Marrakech, Maroc

Les tumeurs à cellules de la granulosa (TG) ovariennes sont des tumeurs du mésenchyme et des cordons sexuels de l’ovaire. Elles sont assez rares, mais sont les plus fréquentes des tumeurs sécrétantes. Nous présentons deux observations de ces tumeurs et insistons sur leurs particularités cliniques, paracliniques, thérapeutiques et pronostiques.

Observations

Observation 1

Il s’agit de Mme S. B âgée de 70 ans, grande multipare avec 11 enfants vivants. Elle consulte pour des métrorragies postménopausiques évoluant depuis 20 ans. La TDM objective une masse solidokystique de 10-15 cm multicloisonnée (figure 1), déformant la vessie et l’utérus. Une hystérectomie totale sans conservation annexielle est alors réalisée. L’examen anatomopathologique de la pièce opératoire a posé le diagnostic d’une tumeur de la granulosa adulte (TGA) de l’ovaire gauche de 20 cm avec invasion de la capsule. Les suites opératoires ont été simples.

Observation 2

Il s’agit de Mme I. B âgée de 50 ans, huitième geste, huitième pare, non ménopausée et sans antécédents pathologiques particuliers. Elle accuse des algies pelviennes associées à des métrorragies depuis un an, avec sensation de masse pelvienne. L’examen clinique note une masse abdominopelvienne de 20 cm. L’échographie pelvienne objective une masse hétérogène multicloisonnée (figure 2), et la TDM une très volumineuse formation de 25 cm, une capsule épaissie, plus au moins régulière, avec des cloisons et des septums. Le traitement a consisté en une hystérectomie totale sans conservation annexielle. L’examen anatomopathologique a conclu à une TGA de l’ovaire gauche moyennement différenciée avec invasion capsulaire et cytologie péritonéale réactionnelle. Les suites opératoires ont été également simples.

Discussion

Les TG appartiennent au groupe des tumeurs du mésenchyme et du cordon sexuel, et représentent plus de 70 % des tumeurs malignes de ce groupe et 5 % des cancers de l’ovaire [1]. L’incidence de cette tumeur est estimée à 1,3 par an et par 100 000 femmes [2]. On distingue deux entités anatomocliniques différentes : les formes adultes sont plus fréquentes, représentant 95 % des cas [3] ; elles surviennent en période péri- et postménopausique, avec un pic de fréquence autour de 50 à 55 ans [2, 3]. La forme juvénile est beaucoup plus rare représentant 5 % de ces tumeurs ; elle survient chez des femmes jeunes âgées de moins de 30 ans ou en période prépubertaire [3, 4].

Manifestations cliniques

Étant donné leur caractère estrogénosécrétant décrit dans 70 % des cas [5, 8], la symptomatologie clinique des TG est dominée par les manifestations hormonales à type de métrorragies postménopausiques dans 41 % des cas, de ménométrorragies, d’irrégularités menstruelles ou d’aménorrhée [1]. Avant la puberté, les TG juvéniles peuvent se manifester par une pseudopuberté précoce pouvant atteindre 80 % des cas [1, 3].

Examens complémentaires

L’échographie objective une masse hétérogène mixte divisée par des travées de refends, hypervascularisée au doppler pulsé, ce qui élimine un léiomyome remanié. L’apport de la TDM est minime par rapport à l’échographie, tandis que l’IRM couplée à la biologie permet, par son approche tissulaire, de fortement suspecter le diagnostic. La biopsie de l’endomètre est indiquée devant des métrorragies associées à une tumeur ovarienne estrogénosécrétante, elle peut révéler une hyperplasie dans 4 à 30 % des cas ou un adénocarcinome dans 5 à 35 % des cas [7].

Les dosages hormonaux : l’estradiol est dosé en cas de pseudopuberté précoce ; il peut être utilisé comme marqueur tumoral [6]. Les androgènes sériques doivent être demandés devant un syndrome masculinisant. Les taux sériques des inhibines sont élevés. Ces protéines appartenant à la famille du TGF-β constituent un bon marqueur des cancers de l’ovaire. En cas de TG, leur concentration est significativement augmentée chez la femme ménopausée, tandis que cette augmentation n’est pas systématique dans les cancers épithéliaux. Les TG juvéniles s’accompagnent essentiellement d’une élévation de l’inhibine B. Les inhibines sont dosées dans le plasma par la méthode Elisa, immunodosage spécifique qui a remplacé le radio-immunodosage peu spécifique dit « Monash » qui reconnaît toutes les formes circulantes de l’inhibine. Le progrès concerne actuellement le dosage de l’αC (protéine appartenant à la famille des inhibines) dans le dépistage des cancers de l’ovaire chez la femme ménopausée, avec une sensibilité et une spécificité de 95 % si utilisé conjointement avec le CA-125.

Anatomie pathologique

Les formes adultes sont souvent unilatérales [1]. Ces tumeurs réalisent des lésions de taille et d’aspect polymorphes avec un diamètre moyen estimé à 12 cm [5], les extrêmes allant de 1 à 30 cm [3]. Il s’agit le plus souvent d’une tumeur solidokystique [1], de couleur grise, blanche ou jaunâtre, comportant des cavités remplies de sang [3, 4]. Le diagnostic est histologique reposant sur l’aspect en grain de café du noyau avec sa rainure centrale et sur l’image caractéristique des corps de Call-Exner, caractéristiques des formes adultes [1, 4]. L’agencement cellulaire est variable, l’aspect microfolliculaire est le plus fréquent, les aspects macrofolliculaires, trabéculaires et lutéinisés sont plus rares [5]. Dans les tumeurs de la granulosa juvéniles (TGJ), l’architecture est souvent lobulée, faite de plages cellulaires creusées de cavités pseudofolliculaires ; les corps de Call-Exner sont rares, et la lutéinisation est fréquente [3]. Le noyau est franchement atypique dans 10 à 15 % des cas, non rainuré, souvent en mitose [4]. Les principaux marqueurs immunohistochimiques exprimés par ces tumeurs sont la vimentine, le CD99 et l’alpha-inhibine [3].

Diagnostics différentiels

Les principaux diagnostics différentiels des TG sont les carcinomes indifférenciés, les adénocarcinomes peu différenciés ou, éventuellement, les tumeurs carcinoïdes, le carcinome endométrioïde et le sarcome stromal [3].

Facteurs histopronostiques

Le stade FIGO, la rupture tumorale intrapéritonéale et la bilatéralité des tumeurs sont des facteurs pronostiques dont la valeur est le plus souvent rapportée. L’âge de la malade et la taille supérieure à 5 cm ont une valeur pronostique moins certaine [8]. Parmi les facteurs cytologiques, le nombre de mitoses est celui qui possède la plus grande valeur pronostique, le pronostic étant péjoratif au-delà de cinq ou dix mitoses pour high power fields (HPF). Les atypies cellulaires et la mauvaise différenciation (rareté des corps de Call-Exner) ont une valeur pronostique moindre. Les marqueurs de prolifération cellulaire (ploïdies, contenu en ADN, cytométrie de flux, surexpression p53, c-myc ou Cerb-2) sont sans valeur pronostique évidente.

Traitement

Il s’agit de la même approche que pour les tumeurs ovariennes : une annexectomie dans les tumeurs juvéniles de stade IA ; une hystérectomie totale avec annexectomie bilatérale dans les tumeurs adultes. Bien que les TG bilatérales soient rares, une biopsie de l’ovaire controlatéral peut se concevoir en cas de lésions suspectes. En effet, l’association à d’autres pathologies ovariennes de l’ovaire controlatéral a été décrite [7]. La pratique d’un curage ganglionnaire n’a pas été évoquée, vu que ces tumeurs donnent rarement des métastases ganglionnaires [1]. La radiothérapie n’a pas fait la preuve de son efficacité. La chimiothérapie est proposée en cas de tumeur au stade IC ou au stade II, en cas de récidive en complément d’une reprise chirurgicale, et doit utiliser au moins une anthracycline.

Évolution et pronostic

La survie globale est bonne d’autant qu’il s’agit le plus souvent de tumeurs diagnostiquées à un stade précoce ; elle est de plus de 90 % à cinq ans [2, 5]. L’évolution des TGA est lente, et les récidives sont souvent rares et tardives, survenant après un intervalle libre de 6 à 23 ans [1] ; cependant, cette évolution est imprévisible et la fréquence de ces récidives dépend du stade de la maladie ; elle est évaluée à 9 % dans les stades I et à 30 % dans les stades avancés. Elles surviennent préférentiellement sur un mode locorégional [1]. Ces récidives sont plus fréquentes dans les formes juvéniles [9].

Surveillance

La surveillance après traitement doit être prolongée et repose sur le dosage sérologique de l’inhibine et l’hormone antimullérienne qui sont plus spécifiques que l’estradiol [10]. L’élévation doit faire rechercher une récidive [1, 5, 6]. L’association à des pathologies endométriales carcinomateuses, à des cancers du sein et du côlon est classique [7]. Cette association est décrite dans 1 à 3 % des cas, elle doit être recherchée par un examen clinique rigoureux et périodique, un curetage biopsique de l’endomètre, voire même par des explorations radiologiques complémentaires surtout en présence de signes d’appel révélateurs d’une pathologie gynécologique, mammaire ou digestive.

Conclusion

Les TG sont des tumeurs rares de l’ovaire dont le diagnostic est anatomopathologique. Il faut distinguer les TGA des TGJ dont le pronostic est généralement favorable.

Références

1 Bompas E, Freyer G, Vitrey D, Trillet-Lenoir V. Tumeur à cellules de la granulosa : revue de la littérature. Bull Cancer 2000 ; 87 : 709-14.

2 Lauszus FF, Petersen AC, Greisen J, Jakobsen A. Granulosa cell tumor of the ovary: a population-based study of 37 women with stage I disease. Gynecol Oncol 2001 ; 81 : 456-60.

3 Tavassoli FA, Mooney E, Gersell DJ, et al. Sex cord-stromal tumours. In : Tavassoli FA, Devilee P, eds. World Health Organisation classification of tumours, pathology and genetics. Tumours of the breast and female genital organs. Lyon : IARC Press, 2003 : 146-61.

4 Gittleman AM, Price AP, Coren C, Akhtar M, Donovan V, Katz DS. Radiology-pathology conference juvenile granulosa cell tumor. Clin Imaging 2003 ; 27 : 221-4.

5 Stuart GCE, Dawson LM. Update on granulosa cell tumours of the ovary. Curr Opin Obstet Gynecol 2003 ; 15 : 33-7.

6 Schumer ST, Cannistra SA. Granulosa cell tumor of the ovary. J Clin Oncol 2003 ; 21 : 1180-90.

7 Unkila-Kallio L, Tiitinen A, Wahlstrom T, Lehtovirta P, Leminen A. Reproductive features in women developing ovarian granulosa cell tumor at a fertile age. Hum Reprod 2000 ; 15 : 589-93.

8 Garcia AA, Morrow CP. In : Raghavan D, Brecher M, Johnson DH, Meropol NJ, Moots PL, Thigpen JT, eds. Stromal tumors of the ovary in textbook of uncommon cancer. John Wiley and sons, 1999 : 661-9.

9 Outwater EK, Wagner BJ, Mannion C, McLarney JK, Kim B. Sex cord-stromal and steroid cell tumors of the ovary. Radiographics 1998 ; 18 : 1523-46.

10 Ellouze S, Krichen-Makni S, Trabelsi K, et al. Tumeur de la granulosa de l’ovaire : à propos de 16 cas. J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris) 2006 ; 35 : 767-72.


 

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