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Endomètre et fausses couches à répétition


MT / médecine de la reproduction, gynécologie et endocrinologie. Volume 11, Numéro 3, 205-10, mai-juin 2009, Congrès SMR 2009

DOI : 10.1684/mte.2009.0240

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Nathalie Lédée, Marie Petitbarat, Valérie Sarazin, Sylvie Dubanchet, Karina Valdivia, Robert Wainer, Gérard Chaouat , Inserm U782, UMR-S0782, université Paris-Sud, 92140 Clamart, France.

Résumé : Les fausses couches à répétition posent un problème de prise en charge, car elles restent inexpliquées dans la majorité des cas. L’environnement dans lequel évoluera le gamète au moment de son implantation, soit en premier lieu l’endomètre, doit faire partie de l’investigation première. Nous aborderons donc son exploration non invasive par échographie 3-D avec analyses digitalisées dans le but de documenter sa trophicité et l’angiogenèse locale. Par une approche de microarray endométrial préconceptionnel, nous montrons que l’endomètre présente, dans le cadre de fausses couches à répétition, des dysrégulations majeures touchant à la fois l’angiogenèse, la différentiation et le développement cellulaires (notamment des lymphocytes, des leukocytes et des cellules sanguines) et tissulaires. Ces données suggèrent donc une possibilité d’approche préventive dans ce contexte.

Mots-clés : endométrium, fausses couches à répétition, cytokines, angiogenèse, microarray

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Nathalie Lédée, Marie Petitbarat, Valérie Sarazin, Sylvie Dubanchet, Karina Valdivia, Robert Wainer, Gérard Chaouat

Inserm U782, UMR-S0782, université Paris-Sud, 92140 Clamart, France

Le déchiffrage du dialogue de l’embryon avec les composants maternels n’en est qu’à son balbutiement. Néanmoins, toutes les données récentes laissent entrevoir l’extrême précocité de la mise en place d’un environnement gamétique et utérin adapté à l’implantation et à la gestation ainsi que sa complexité évolutive d’expression. Tout semble programmé pour permettre la vie ou son corollaire, l’absence de celle-ci.

Si un dialogue existe, une potentialisation ou un rééquilibrage de ce dialogue devient un but pour les cliniciens. Les applications cliniques concernent très clairement la maladie abortive. Nous aborderons, notamment dans cet article, l’environnement utérin en préconceptionnel dans le contexte de la maladie abortive.

Il convient de préciser, avant d’aller plus avant, que nous nous situons dans les domaines de l’immunologie de la reproduction pour explorer ce dialogue [1]. Globalement, la grossesse humaine peut être pensée comme une semi-allogreffe mettant en jeu des systèmes de tolérance immunitaire. Les acteurs sont principalement des acteurs de l’immunité innée, comme les cellules utérines natural killer (uNK) et, de manière plus récente, les cellules T-régulatrices et les cellules dendritiques [2]. Un trafic cellulaire important semble avoir lieu dans l’endomètre humain en fenêtre implantatoire. Enfin, l’implantation et la gestation humaine se distinguent des autres espèces par la notion essentielle d’invasion trophoblastique par intrusion, avec un envahissement des artères spiralées allant jusqu’au remplacement des cellules endothéliales par des cellules du cytotrophoblaste extravilleux [3].

L’enjeu de l’implantation et de la gestation n’est pas simplement le non-rejet du fœtus, il est d’établir une dynamique aboutissant à la nutrition du fœtus tout en assurant sa défense.

L’environnement dans lequel se feront la fécondation puis l’implantation est essentiel. Ainsi, il apparaît que le liquide folliculaire, premier représentant de l’environnement maternel, est primordial pour une gestation effective.

Le granulocyte-colony stimulating facteur folliculaire apparaît comme un biomarqueur de la compétence ovocytaire à l’implantation

La qualité ovocytaire est le principal facteur limitant en reproduction humaine. L’effet de l’âge maternel par une altération de la réserve ovarienne et d’une augmentation du taux d’aneuploïdie a été largement documenté comme un facteur d’échec à la fois d’implantation et de gestation. Nous n’avons néanmoins, à l’heure actuelle, aucun outil diagnostique (morphologique ou génétique) attestant de la qualité d’un ovocyte en termes de potentiel implantatoire.

Dans une étude faite au sein du réseau Embic (acronyme du réseau européen Embryo Implantation Control), nous avons étudié les liquides folliculaires individuels tout en établissant une traçabilité du prélèvement avec la correspondance de l’embryon qui parviendra à la naissance d’un enfant en cycle naturel contrôlé. On peut donc par cette méthode établir un lien entre l’expression au sein de l’environnement ovocytaire et le futur potentiel de vie et d’implantation de cet ovocyte après fécondation.

Approcher la complexité du liquide folliculaire nous a fait choisir une exploration par Luminex qui permet simultanément de détecter 26 protéines par Elisa en multiplex (IL-1beta, IL-1Ra, IL-2, IL-4, IL-5, IL-6, IL-8, IL-9, IL-10, IL-12, IL-13, IL-15, IL-17, IFN-alpha, TNF-alpha, G-CSF, GM-CSF, VEGF, PDGF, FGF, IP-10, MCP-1, RANTES, éotaxine, MIP-1-alpha et MIP-1-beta).

Un seul biomarqueur apparaît comme significativement prédictif du potentiel implantatoire, le granulocyte-colony stimulating factor (G-CSF) ou CSF-3 [4].

Le G-CSF est un facteur bien connu des immunologistes, membre de la famille des colony stimulation factor, c’est un facteur de croissance hématopoïétique [5]. Son rôle principal est d’influencer la prolifération, la différentiation et l’activation de certaines cellules hématopoïétiques [6, 7]. Mais le G-CSF est également produit par certaines cellules du tractus reproductif, comme les cellules folliculaires de la granulosa [8], les cellules endométriales [9], les cellules déciduales et placentaires [10, 11], et différents tissus fœtaux [12] tout comme son récepteur.

Il est intéressant de voir que ce biomarqueur de compétence ovocytaire avant l’ovulation est décrit dix jours plus tard, donc au moment de l’implantation proprement dite, comme augmentant dans le sérum en cas de grossesse en cycle naturel [13] et stimulé après FIV/ICSI [14]. Le site de sécrétion cette fois est endométrial, décidual puis placentaire [9, 10]. On observe donc une sécrétion en écho, ovarienne initialement, puis utérine secondairement.

Alors que la compréhension de cette application clinique est fondamentale, notamment pour avancer en terme thérapeutique, il apparaît dès à présent que l’évaluation de cette compétence ovocytaire en clinique courante se pose dans la maladie abortive, notamment après 35 ans.

Il convient donc dans le cadre de fausse couche d’entendre de cette remarque et d’intégrer a minima un bilan de réserve ovarienne (seul outil actuellement disponible en routine). Un compte des follicules antraux en début de cycle associé à des dosages hormonaux de base sont un premier prérequis.

Endomètre en fenêtre implantatoire

Rappelons une notion essentielle, un embryon humain est tellement invasif, agressif qu’il s’implanterait n’importe où mieux que dans l’utérus [15]. En effet, l’utérus sur un cycle de 28 jours ne sera tolérant à l’embryon que sur une fenêtre de quatre jours. En dehors de cette période, l’endomètre est remarquable par sa capacité de défense, et cela, de manière largement innée, comme la plupart des muqueuses. Nous avons travaillé donc sur les déterminants de la réceptivité utérine avec des femmes fertiles.

La compréhension des clés diagnostiques concernant la réceptivité utérine et plus largement le processus implantatoire ne peut se faire sans prendre en compte les acteurs et les particularités de l’immunité innée. L’endomètre, sa complexité cellulaire, les particularités uniques de l’antigénémie embryonnaire font de l’implantation un phénomène unique du vivant.

Le concept de tolérance maternofœtale est en fait un dialogue maternofœtal qui s’instaure dès les premiers moments de la vie, l’embryon étant au centre d’une « mer de cytokines ».

L’implantation et la gestation se traduisent par un dialogue intense. L’endomètre est transformé en « autoroute » lors de la fenêtre implantatoire, les cellules immunitaires voyagent. Alors que les cellules classiques de l’immunité à médiation humorale (principalement les lymphocytes B) semblent fuir l’endomètre au moment de la fécondation, d’autres cellules immunitaires appartenant préférentiellement à l’immunité innée affluent [16]. Les nouveaux arrivants sont principalement des cellules uNK, particulières de la déciduale (CD16–, CD56+), des cellules T-régulatrices sous l’influx du liquide séminal et des cellules dendritiques.

Ces cellules, en état d’hyperactivation (par un déséquilibre de leur environnement), sont toxiques aussi bien pour l’embryon que pour le placenta, c’est le classique effet Th1 [17]. Mais il faut aussi entendre que si l’environnement est favorable, leur rôle physiologique est constructif et nécessaire. Les cytokines témoignent de cet environnement et seront à l’origine d’un dialogue continuel entre conceptus (embryon et placenta) et système immunologique maternel [18].

Nous avons corrélé, de manière claire, par PCR quantitative l’expression des transcrits de l’interleukine-15 avec le flux vasculaire subendométrial. Cette cytokine est impliquée dans le recrutement et la maturation des cellules uNK déciduales. Les événements immunologiques ont donc une traduction clinique que l’on peut aborder, de manière non invasive, l’équilibre local [19].

Le premier enjeu est la construction de la matrice nourricière, le placenta et donc les artères spiralées qui devront obligatoirement être envahies.

La première traduction clinique de la réceptivité utérine est la trophicité et l’angiogenèse locale en fenêtre implantatoire

On peut aborder cette réceptivité utérine dans la maladie abortive de manière non invasive par une échographie 3-D avec une analyse de la vascularisation endométriale (sub-endometrial vascular flow index) (figure 1). La documentation locale au-delà d’une échographie standard de dépistage peut s’avérer informative et orienter la prise en charge.

Le volume endométrial est important en phase lutéale moyenne. En effet, il apparaît comme un indice plus sensible de la trophicité endométriale que l’épaisseur endométriale classiquement évaluée en deux dimensions et permet de prendre en compte la grandeur de la cavité utérine en compte [20, 21]. Les publications actuelles donnent un cut-off de volume entre 2 et 2,5 mL. Cette information est particulièrement importante dans le contexte des fausses couches à répétition, car il s’agit de patientes susceptibles d’avoir eu des curetages répétés, et donc un facteur de risque de muqueuse fine. Or, un endomètre fin (initialement ou après les curetages répétés) pose un problème et est un facteur de fausse couche à part entière [22, 23]. Il convient donc de la détecter dans l’orientation diagnostique globale.

La conduite à tenir devant un endomètre fin ne fait pas l’objet d’un consensus pour l’instant. Plusieurs auteurs rapportent un bénéfice de l’association de vitamine E-pentoxifylline [24, 25]. Mais aucune étude randomisée n’a été effectuée [26]. L’aspirine est également en débat dans ce contexte.

L’angiogenèse en fenêtre implantatoire informe sur l’état de réceptivité utérine. Les explorations en dehors de cette période ne s’appuient pas sur une rationalité physiologique et ne semblent pas être prédictives en termes d’implantation sur de large effectif, notamment lors d’évaluation lors de la ponction d’ovocyte ou le transfert d’embryon [27].

La réaction vasculaire locale nous renseigne sur l’état du trafic immunologique local en fenêtre implantatoire, et, comme tout équilibre, une absence comme un excès de vascularisation témoignent d’une inadaptation des conditions de base à une bonne gestation.

Plus largement, la compréhension de cet équilibre subtil doit être un des éléments de base chez des patientes présentant une maladie abortive. Brièvement, la cellule uNK va devenir le pivot cellulaire du processus implantatoire. Le site d’implantation est infiltré par un très grand nombre d’uNK qui arrivent en fenêtre implantatoire au niveau de l’endomètre et vont conditionner toute l’angiogenèse placentaire et la réaction locale d’immunotrophisme aboutissant à la croissance du conceptus [28].

L’analyse des transcrits endométriaux par microarray révèle des dérégulations majeures préconceptionnelles

Pour évaluer de manière globale les dysfonctionnements préconceptionnels chez des patientes présentant des fausses couches à répétition, nous avons effectué un microarray endométrial prélevé en fenêtre de réceptivité utérine (49 000 transcrits) chez des femmes fertiles, en échec d’implantation, et présentant des fausses couches à répétition, et dont le bilan général était négatif. Il apparaît qu’en préconceptionnel, les femmes souffrant d’une maladie abortive présentent une dysrégulation de milliers de gènes, dysrégulations différentes de celles en échec d’implantation (figure 2). Cette étude met notamment en lumière de multiples dysrégulations immunologiques et vasculaires avant même que la conception n’ait eu lieu. La figure 3 est un exemple de nombreux pathways dysrégulés propres à la maladie abortive. Une telle approche illustre le chemin à parcourir. On pourrait en effet concevoir dans un avenir proche un diagnostic personnalisé des dysrégulations ciblées au plan endométrial. En fonction de celles-ci, une orientation thérapeutique s’imposerait et serait préventivement administrée.

Références

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9 Giacomini G, Tabibzadeh SS, Satyaswaroop PG, et al. Epithelial cells are the major source of biologically active granulocyte macrophage colony-stimulating factor in human endometrium. Hum Reprod 1995 ; 10 : 3259-63.

10 Duan JS. Production of granulocyte colony stimulating factor in decidual tissue and its significance in pregnancy. Osaka City Med J 1990 ; 36 : 81-97.

11 Miyama M, Umesaki N, Kawabata M. Identification of the granulocyte colony-stimulating factor (G-CSF) producing cell population in human decidua and its biological action on trophoblast cell. Osaka City Med J 1998 ; 44 : 85-96.

12 Calhoun DA, Donnelly Jr. WH, Du Y, Dame JB, Li Y, Christensen RD. Distribution of granulocyte colony-stimulating factor (G-CSF) and G-CSF-receptor mRNA and protein in the human fetus. Pediatr Res 1999 ; 46 : 333-8.

13 Yanagi K, Makinoda S, Fujii R, et al. Cyclic changes of granulocyte colony-stimulating factor (G-CSF) mRNA in the human follicle during the normal menstrual cycle and immunolocalization of G-CSF protein. Hum Reprod 2002 ; 17 : 3046-52.

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15 Psychoyos A. Hormonal control of ovoimplantation. Vitam Horm 1973 ; 31 : 201-56.

16 Loke YW, King A, Burrows TD. Decidua in human implantation. Hum Reprod 1995 ; 10 (Suppl 2) : 14-21.

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21 Dmitrovic R, Vlaisavljevic V, Ivankovic D. Endometrial growth in early pregnancy after IVF/ET. J Assist Reprod Genet 2008 ; 25 : 453-9.

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25 Ledee-Bataille N, Olivennes F, Lefaix JL, Chaouat G, Frydman R, Delanian S. Combined treatment by pentoxifylline and tocopherol for recipient women with a thin endometrium enrolled in an oocyte donation programme. Hum Reprod 2002 ; 17 : 1249-53.

26 Senturk LM, Erel CT. Thin endometrium in assisted reproductive technology. Curr Opin Obstet Gynecol 2008 ; 20 : 221-8.

27 Ng EH, Chan CC, Tang OS, Yeung WS, Ho PC. Changes in endometrial and subendometrial blood flow in IVF. Reprod Biomed Online 2009 ; 18 : 269-75.

28 Kwak-Kim J, Gilman-Sachs A. Clinical implication of natural killer cells and reproduction. Am J Reprod Immunol 2008 ; 59 : 388-400.


 

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