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Le point sur l’imagerie interventionnelle : embolisation ou thermocoagulation par ultrasons


MT / médecine de la reproduction, gynécologie et endocrinologie. Volume 11, Numéro 2, 158-63, mars-avril 2009, Revue

DOI : 10.1684/mte.2009.0231

Résumé   Summary  

Auteur(s) : H Marret, F Tranquart, D Herbreteau, J-P Cottier, A Bleuzen, L Benebu, S Fichet, G Body , Service de gynécologie, pôle de gynécologie, obstétrique, médecine fœtale et reproduction humaine, hôpital Bretonneau, 2, boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex France, Service de neuroradiologie interventionnelle, CHU Bretonneau, 37044 Tours cedex 01, France, Groupement d’imagerie médicale et centre d’innovation technologique CIT, CHU Bretonneau, 37044 Tours cedex 01, France.

Résumé : ContexteLe traitement conservateur des fibromes utérins interstitiels symptomatiques par ExAblate ® 2000, permettant d’éviter la chirurgie, est opérationnel à Tours depuis juillet 2007. Ce dispositif non invasif associe l’imagerie par résonance magnétique (IRM) via l’appareil Signa de GE à des ultrasons focalisés (de la société InSightec) pour provoquer la destruction et la réduction de volume des fibromes utérins. Il constitue la seconde alternative à la chirurgie en parallèle à l’embolisation des artères utérines, réalisée à Tours depuis 1997 avec plus de 500 procédures effectuées.MéthodeCette méthode de FUS (focused ultra sound) délivre des faisceaux ultrasonores de haute intensité (100 W/cm 2) à travers la paroi abdominale en un même point situé au sein du fibrome provoquant une concentration locale des ultrasons et un échauffement tissulaire avec mort des cellules du fibrome. Le traitement se réalise sous analgésie et sous surveillance IRM en temps réel, permettant le contrôle de la position du tir et des modifications de température provoquées. Les critères d’inclusion sont rigoureux : les indications actuelles sont celles d’un fibrome utérin symptomatique, localisable en IRM et de signal modéré en T2, d’un fibrome unique non sous-muqueux de plus de 5 cm mais inférieur à 10 cm de diamètre. La patiente ne doit pas avoir de cicatrice abdominale sur le trajet des ultrasons, il faut qu’elle ne soit pas claustrophobe, et il est impératif qu’il n’y est pas d’interposition d’anse digestive devant le fibrome (fibrome très postérieur non traitable). Pour l’embolisation, les indications sont plus larges, avec les utérus polymyomateux et une taille inférieure à 10 cm, pour de myomes non sous-muqueux ni sous-séreux pédiculisé. En revanche, nous ne proposons souvent cette procédure qu’aux patientes multipares.RésultatsSur les 41 patientes sélectionnées et installées dans la machine, trois échecs par impossibilité de réalisation (interposition d’anse digestive, inefficacité des tirs) sont à déplorer, deux ont été rattrapés par une embolisation immédiate, avec un échec précoce constaté par échographie de contraste pour une des patientes. Quarante pour cent (extrêmes : 25-75 %) du fibrome en moyenne a été détruit, permettant d’obtenir un résultat de dévascularisation identique contrôlé en échographie de contraste et IRM postprocédure. En termes de tolérance immédiate, les besoins en antalgiques de type morphinique ont été nuls, autorisant la sortie de la patiente dans les 24 heures suivant l’intervention. Trois patientes ont dû subir une hystérectomie pour échec d’amélioration des symptômes à 3, 7 et 12 mois postthérapeutique, une myomectomie a été nécessaire. Pour l’embolisation des artères utérines, nous avons un taux de réussite à 48 mois de 87 % avec quelques hystérectomies ou myomectomie pour récidive des symptômes, souvent tardivement après deux ou trois ans. Un taux d’aménorrhée pour les patientes de moins de 43 ans de 0,8 % est rapporté. L’embolisation est la référence en matière de traitement conservateur par destruction des myomes.ConclusionMalgré une sélection multidisciplinaire et rigoureuse (plus de 90 % des dossiers présentés étant refusés), nous déplorons au décours de cette phase d’apprentissage 15 % d’échec précoce. La tolérance est cependant excellente pour un taux de destruction de 40 %. Le suivi à six mois permettra de juger de l’efficacité de la procédure sur la symptomatologie des patientes.

Mots-clés : embolisation, ultrason, fibrome, IRM, échographie

ARTICLE

Auteur(s) : H Marret1, F Tranquart1,3, D Herbreteau1,2, J-P Cottier1,2, A Bleuzen1,3, L Benebu1, S Fichet1, G Body1

1Service de gynécologie, pôle de gynécologie, obstétrique, médecine fœtale et reproduction humaine, hôpital Bretonneau, 2, boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex France
2Service de neuroradiologie interventionnelle, CHU Bretonneau, 37044 Tours cedex 01, France
3Groupement d’imagerie médicale et centre d’innovation technologique CIT, CHU Bretonneau, 37044 Tours cedex 01, France

Les traitements non invasifs sont de plus en plus souvent proposés pour détruire tumeurs ou lésions internes. Il faut pour cela soit une énergie traversant la paroi sans l’abîmer, détruisant la cible désignée, soit couper tout apport permettant la croissance, mais aussi la survie tumorale. Un contrôle de destruction de la lésion interne en temps réel pour éviter les complications est également souhaitable. Les ultrasons sont cette énergie pour la première solution, permettant de détruire par la chaleur lorsqu’ils sont concentrés ou focalisés [1-8]. L’embolisation des artères utérines (UAE) et des vaisseaux nutritifs des fibromes par des microparticules constitue la seconde possibilité [9-12] ; nous pourrons y rattacher quelques autres techniques comme l’occlusion des artères utérines de type Gynocclud. L’IRM permet un contrôle parfait du traitement de par la détection de la chaleur au sein des tissus pour la thermodestruction par ultrasons, l’échographie Doppler avec contraste est aussi une bonne technique pour valider les résultats ou pour visualiser les artères utérines. Si l’embolisation existe depuis plus de dix ans en France, nous disposons, depuis juillet 2007, en France d’une méthode de destruction par ultrasons.

Environ 30 % des patientes en âge de procréer présentent un ou plusieurs fibromes, et un tiers d’entre elles sont symptomatiques, avec bien souvent nécessité de réaliser un traitement soit pour diminuer les saignements, soit pour soulager des douleurs ou diminuer une gêne, soit enfin pour améliorer la fertilité ou réduire les risques obstétricaux des fibromes. De multiples traitements médicamenteux ou chirurgicaux sont disponibles ou en cours d’évaluation pour prendre en charge cette pathologie que tous les gynécologues ou médecins traitent au quotidien, mais tous ces traitements sont agressifs ou présentent des effets secondaires réels ou potentiels à plus ou moins long terme.

L’hystérectomie totale demeure pour les femmes gênées par les fibromes et qui ont accompli leur désir de fertilité une solution radicale et salvatrice. Il y a, en France, près de 70 000 hystérectomies chaque année, et les fibromes en demeurent la principale indication ; néanmoins cette intervention n’en reste pas moins mutilante, et nombre de patientes y compris en l’absence de désir de grossesse préfèrent une solution conservatrice. La myomectomie est alors une solution conservatrice mais source de cicatrice, de douleur, de potentielle fragilité utérine et autres complications pendant la grossesse [13]. Selon leur souhait de contraception ou d’absence de récidive ou, à l’inverse, de demande de grossesse et selon la taille, le nombre et la localisation des fibromes, le praticien va pouvoir sélectionner les meilleures prises en charge et séquence thérapeutique. L’objectif est alors d’améliorer les symptômes et la qualité de vie de la patiente tout en limitant le plus possible le caractère invasif et la durée du traitement. L’ablation ou la destruction du fibrome s’opposent alors à la simple diminution de taille de cette tumeur bénigne hormonodépendante.

Parmi les méthodes de destruction des fibromes, l’embolisation des artères utérines (UAE, uterine artery embolisation) est, à ce jour, l’une des techniques les plus développées et désormais validées à long terme. Elle permet par une voie d’abord fémorale une embolisation sélective des artères utérines entraînant une ischémie puis une nécrose des myomes présents lors de la procédure [9, 12]. D’autres techniques plus ou moins invasives, réalisables par cœlioscopie, provoquent une myolyse (laser, énergie bipolaire ou cryothérapie) et permettent de réduire les symptômes dans les trois mois suivant la procédure.

C’est dans ce contexte qu’est apparue la thermodestruction des fibromes par ultrasons focalisés (FUS). Mise au point depuis le début des années 2000, cette technique est utilisée dans plusieurs centres pionniers depuis 2004, et sa diffusion a récemment démarré dans plusieurs pays européens, en Asie, aux États-unis, au Canada et aussi en Amérique du Sud [1-8].

Thermocoagulation par ultrasons

Comment cela marche ?

Le traitement par thermocoagulation par ultrasons (focused ultrasound-FUS) est un parfait exemple de traitement non agressif parfaitement sécurisé et contrôlé : aucun matériel n’est introduit dans le patient, et la totalité de la procédure est guidée par imagerie.

Un dépôt énergétique est observé au cours de la propagation d’ondes acoustiques dans un tissu. En imagerie échographique, les ondes acoustiques présentent une faible intensité et n’entraînent qu’un dépôt énergétique négligeable si les consignes de sécurité sont respectées.

En thérapie par FUS au contraire, l’objectif est de maximiser le dépôt énergétique pour élever localement la température dans un territoire ciblé. Deux paramètres doivent être adaptés : intensité acoustique et focalisation du faisceau ultrasonore. En ce qui concerne l’intensité acoustique, une puissance voisine de 100 W/cm2 est requise. Cela est obtenu par utilisation de transducteurs spécifiques associés à une électronique de puissance. L’usage de transducteurs multiples, convergents permet une focalisation active du faisceau ultrasonore, et donc une concentration énergétique au point focal qui produira l’effet ablatif. Une zone de traitement efficace dont la taille peut varier de quelques millimètres à 30 ou 40 mm de long et de 7 à 8 mm de diamètre est ainsi obtenue.

À chaque cycle thérapeutique, une énergie voisine de 2 000 à 4 000 J est délivrée, amenant un échauffement conséquent au point focal. Une température locale supérieure à 55 °C et maximale de 75 °C, en une durée brève (20 secondes), entraîne une thermocoagulation des protéines et, de ce fait, une destruction cellulaire. Cette méthode est très précise ; les tissus distants de 0,3 mm du point focal sont laissés intacts.

Comment réaliser ce traitement ?

Le transducteur d’ultrasons focalisés est positionné en regard de la zone à traiter localisée par ultrasons ou par imagerie par résonance magnétique (IRM). Le guidage par IRM est employé en raison de sa capacité à localiser la zone à traiter mais surtout à mesurer l’échauffement thermique obtenu et à calculer une dose thermique. Celle-ci permet de cartographier les territoires traités. La sécurité du patient dérive aussi de cette mesure précise de température, au degré près, permettant l’identification spatiale de dépôts énergétiques non souhaités dans la peau ou des tissus situés dans la trajectoire incidente du faisceau d’ultrasons.

L’absence d’anesthésie générale est un bénéfice majeur ainsi que démontré dans les études coûts-bénéfices en Angleterre. Pour le traitement des fibromes, la patiente est couchée sur le transducteur et dans l’IRM. La durée de la procédure est variable selon la taille du fibrome, mais il faut compter trois heures de traitement pour un fibrome de 8 cm.

Quelles sont les contre-indications et les indications ?

En dehors de celles liées à l’IRM, ce sont celles résultant de la présence de structures absorbant les FUS sur le trajet incident. Une cicatrice cutanée ou une anse intestinale ne doivent pas croiser le faisceau de FUS sous peine de brûlures cutanées ou de perforations intestinales graves. La présence de structures osseuses entraîne une concentration énergétique et une élévation régionale de température ; des atteintes de structures nerveuses longeant l’os sont alors possibles. Des modèles de dissipation thermique intégrés aux logiciels de planification de l’intervention imposent des distances de sécurité entre le trajet du faisceau et les structures à risque. Il est donc nécessaire de récuser pour le procédé les patientes ayant des cicatrices médianes ou des transversales hautes, les patientes ayant des fibromes très postérieurs avec des utérus rétroversés où des anses intestinales s’interposent même en procubitus et à vessie pleine, les fibromes trop volumineux avec une distance peau limite postérieure du fibrome de plus de 12 cm ou des fibromes trop proches des vertèbres en arrière. L’absence de vascularisation ou la nécrobiose sont aussi des contre-indications et imposent une échographie de contraste ou une IRM avec injection de gadolinium préalable à la procédure.

Les bonnes indications retenues sont celles de fibromes uniques interstitiels, non hypervascularisés (hypo-intenses en pondération T2), de 4 à 10 cm. Il est possible de précéder la procédure par un traitement antihormonal pour les fibromes de plus de 10 cm de diamètre ou hyperintenses en T2, les analogues de la LHRH sont possibles dans ce cas [6].

En pratique, il faut plus de trois heures de temps pour traiter un fibrome de 8-10 cm afin d’en détruire au moins 60 %, la taille est donc un facteur limitant. De plus, le nombre de fibromes et leur localisation avec la symptomatologie présentée sont aussi des paramètres dont nous devons tenir compte. Nous ne traitons qu’un seul fibrome à la fois ou deux au maximum, il doit être principalement sous-séreux, non pédiculé ou interstitiel et non intracavitaire ou sous-muqueux prédominant, avec une taille entre 4 et 10 cm de plus grand diamètre. En présence d’un utérus polyfibromateux, il est possible d’associer les traitements en retirant un fibrome sous-muqueux par hystéroscopie et en détruisant par ultrasons un fibrome interstitiel.

Enfin, il y a peu d’article, à ce jour, sur les grossesses après traitement par ultrasons, et s’il n’y a pas de contre-indication théorique, il convient d’être prudent, faute de données importantes sur le sujet, des anomalies de placentation restant possible même si, à ce jour, l’on peut être rassurant. Un seul papier est publié et a rapporté une cinquantaine de grossesses dans Fertility and sterility en 2008, sans aucune complication [15].

De même une surcharge pondérale est un facteur limitant : éloignant la cible, il diminue l’efficacité thérapeutique ; une limite de poids est justifiée pour la plupart des IRM.

Efficacité

Dans la littérature

Existant depuis 2002 et testée depuis dans plusieurs pays, la thermodestruction des fibromes par FUS a permis de traiter plus de 3 000 personnes à ce jour. Une des premières séries publiées sur 108 patientes retrouvait 79 % de satisfaction en termes de symptôme (hystérectomie évitée) ne traitant que 25-30 % du volume du fibrome avec contrôle de dévascularisation en postopératoire, obtenant une réduction de taille de 13 % [8] à six mois. Depuis, les résultats sont progressivement améliorés en traitant de plus en plus complètement les fibromes avec un résultat obtenu dès trois mois et stable à un an, permettant d’éviter une hystérectomie ou un autre traitement dans près de 75 % des cas, si plus de 50 % du volume initial du fibrome est traité [2]. Le ratio fibrome dévascularisé sur fibrome vascularisé semble être le bon paramètre, et celui permettant une corrélation avec la clinique et le taux de nécessité de second traitement pour le ou les fibromes traités [14]. Néanmoins, il semble possible d’avoir un bon résultat symptomatique avec une destruction modeste du myome et de même un gros volume détruit pour un résultat médiocre en termes de symptômes. Très peu d’effets secondaires sont rapportés, il y a peu de douleur en postopératoire immédiat, ce qui montre une très bonne tolérance de la technique par les patientes.

À Tours

Nous disposons, depuis juillet 2007, d’un dispositif ExAblate® 2000 qui associe l’IRM via l’appareil Signa de GE à des FUS (de la société InSightec) pour détruire les fibromes.

Sur les 41 patientes installées dans la machine, entre juillet 2007 et août 2008, et malgré une sélection multidisciplinaire rigoureuse (plus de 90 % des dossiers présentés étant refusés), nous déplorons au décours de cette phase d’apprentissage :

  • trois échecs par impossibilité de réalisation (interposition d’anse digestive, inefficacité des tirs), deux des trois patientes ont été traitées par une UAE immédiate ;
  • quatre échecs de la technique à court terme, trois ayant entraîné une hystérectomie pour persistance des symptômes à 2, 7 et 12 mois. L’analyse histologique a montré une petite réduction de taille des fibromes de 10 % et une nécrose correspondant à peine au volume de traitement. L’utérus était, par ailleurs, polyfibromateux, et seuls le ou les deux plus volumineux fibromes avaient été partiellement détruits. Une myomectomie a été réalisée 12 mois après la procédure, après un bon résultat initial, et une revascularisation du myome après deux tentatives de FIV.

Pour les patientes ayant un recul de plus de six mois (n = 17), 50 % ont une disparition ou une amélioration importante des symptômes suffisante pour ne pas nécessiter d’autre traitement, et elles sont satisfaites de la procédure. Pour les autres, l’amélioration est moindre ou n’a pas été durable, mais elles n’ont pas encore demandé de traitement autre que médicamenteux.

De manière plus globale, 40 % (extrêmes : 0-75 %) du fibrome en moyenne a été détruit, permettant d’obtenir un résultat de dévascularisation identique contrôlée en échographie de contraste et IRM postprocédure. Cette quantité de pourcentage de fibrome détruit est probablement insuffisante pour permettre d’obtenir des résultats satisfaisants en termes d’efficacité à moyen terme pour l’ensemble des patientes. Les patientes ayant en moyenne plus de 50 % du fibrome détruit ont, presque toutes, une amélioration des symptômes décrits avant la procédure. Une destruction de moins de 40 % du volume du fibrome explique les réductions minimes de volume de fibrome et l’absence de réduction suffisante des symptômes. Il est noté qu’à trois mois la diminution du volume des myomes est moitié moindre que le volume détruit. À six mois, le volume de nécrose n’est plus que de 8 %. La nécrose par thermocoagulation diminue avec le temps, se résorbant plus vite que celle par ischémie. Il faut traiter un volume suffisant du myome pour observer une dévascularisation suffisante pour empêcher une reprise de croissance du myome.

Toutes les procédures ont été effectuées sous rémifentanil (Ultiva®) qui permet une tolérance vigile parfaite et confortable de la procédure. En termes de tolérance postinterventionnelle immédiate, les besoins en antalgiques de type morphinique ont été nuls, autorisant la sortie de la patiente dans les 24 heures suivant l’intervention et permettant pour le futur une prise en charge ambulatoire.

Il est nécessaire de correctement évaluer l’efficacité sur les symptômes avec un questionnaire de qualité de vie et de le corréler à l’efficacité en imagerie (IRM ou échographie de contraste). À l’heure actuelle, l’ensemble paraît dissocié avec des réductions de taille de fibrome modestes malgré une symptomatologie très améliorée. Il est important de bien informer les patientes de ce type de résultats qui doit être comparé aux traitements conservateurs actuellement validés de type myomectomie ou UAE.

Une autre possibilité est d’associer un traitement médical comme des analogues de la LHRH qui ont l’AMM dans cette indication. Pour certains fibromes d’un volume important ou qui sont assez hétérogènes et hyperintenses en T2, cela permet de diminuer la taille et l’œdème du myome concentrant les cellules de celui-ci avant de les détruire par thermocoagulation. Nous avons essayé cette thérapeutique pour l’instant avec succès pour plusieurs patientes.

L’embolisation des artères utérines

L’UAE pour traitement des fibromes utérins a ainsi été proposée, en 1995, par Ravina et al. comme alternative au traitement chirurgical [16]. L’intérêt principal de cette technique est de pouvoir proposer aux patientes un traitement complet des fibromes en préservant leur intégrité physique, associé à l’avantage d’une convalescence brève.

Les premières séries de plus de 100 patientes ont été publiées avec un recul d’un à deux ans. La symptomatologie était améliorée de manière significative ou avait totalement disparu dans 85 à 95 % des cas. Le volume moyen des myomes était réduit de 50 à 60 %. Enfin, plus de 90 % des patientes étaient satisfaites du traitement. Le taux de complications à court terme était faible autorisant le développement de la technique.

Comment fait-on ?

L’embolisation a lieu en salle d’angiographie dans le service de neuroradiologie.

L’UAE est réalisée dans le service de radiologie par les radiologues interventionnels sous diazanalgésie qui combinent l’injection de lidocaïne à 2 % (Xylocaïne®) dans le pli inguinal et par voie intraveineuse de midazolam (Hypnovel®).

Après ponction de l’artère fémorale droite, une sonde 4 French est conduite par voie rétrograde dans les artères utérines. Une première cartographie artériographique est réalisée pour caractériser le mode de vascularisation des fibromes utérins : unilatéral ou bilatéral. Une embolisation bilatérale est effectuée à chaque fois qu’elle est techniquement réalisable. Des particules de tailles croissantes (500–700 puis 700–900 μm, parfois 900–1 200 μm), calibrées de triacryl gélatine microsphères (Embosphères®), sont injectées en flux libre en intratumoral ou le plus distal possible, jusqu’à observation d’une stase sanguine dans le territoire cible ou jusqu’à l’observation de l’ouverture des voies artérielles à destinées ovariennes.

Le geste est complété par une embolisation proximale et temporaire des artères utérines par des particules à résorption rapide (Spongel®, Curaspon®).

En fin d’intervention, le cathéter est retiré, et une compression du point de ponction est effectuée. La surveillance postopératoire est faite dans le service de gynécologie. Les douleurs postopératoires sont contrôlées par la technique PCA (patient controlled analgesia) de morphine (Morphine®), du paracétamol (Perfalgan®) et des anti-inflammatoires non stéroïdiens : kétoprofène (Profénid®) en l’absence de contre-indications. Un relais per os est effectué à 24 heures par dextropropoxyphène-paracétamol (Di-Antalvic®) et éventuellement kétoprofène (Bi-Profénid®) pour une à deux semaines. La patiente quitte l’hôpital en général à j1 ou j2 après réalisation d’une échographie de contraste. L’arrêt de travail est de sept jours.

Toutes les patientes sont suivies à six mois par IRM et échographie de contraste, et toutes sont rappelées régulièrement au téléphone dans le cadre d’un suivi de cohorte.

Indications et contre-indications

L’indication est portée après consultation avec un gynécologue du CHU et un radiologue interventionnel. Le but de ces consultations est également d’informer la patiente sur la technique, mais aussi de rechercher des contre-indications. Nous embolisons à Tours des fibromes jusqu’à 10-12 cm interstitiels ou sous-séreux non pédiculés et non intracavitaires ou majoritairement sous-muqueux. Les utérus polymyomateux ne sont pas une contre-indication, mais l’ensemble de la taille des myomes ne doit pas dépasser les 12 cm. Une IRM avec injection de gadolinium préopératoire permet de sélectionner les patientes susceptibles d’avoir accès à la technique. Toutes les patientes sont suivies à six mois par IRM et échographie de contraste, et toutes sont rappelées régulièrement au téléphone dans le cadre d’un suivi de cohorte.

Les fibromes sous-muqueux intracavitaires purs ou prédominants, les fibromes sous-séreux pédiculés ne sont pas embolisés. Vis-à-vis de la grossesse, comme pour le traitement par ultrasons, il y a peu d’article, à ce jour, sur les grossesses après traitement par ultrasons, regroupant au total une centaine de cas, et s’il n’y a pas de contre-indication théorique, il convient d’être prudent, faute de données suffisantes sur le sujet, des anomalies de placentation semblent possibles avec majoration des placentas praevia ou acreta. Nous limitons l’embolisation aux patientes qui ont déjà des grossesses ou qui ont déjà eu des myomectomies si elles sont nullipares : le risque d’aménorrhée par atteinte ovarienne avant 40 ans est très faible mais non nul, de 0,8 % dans notre série.

À Tours

Nous avons effectué plusieurs études sur notre série de patientes traitées, depuis 1997, par deux types de particules, la première avec des particules de polyvinylalcool et la seconde avec des embosphères. Pour la série la plus récente concernant 157 patientes sur cinq ans, nous avons pu vérifier la bonne sélection des fibromes : les fibromes responsables des symptômes étaient dans 94 % des cas de localisation interstitielle, dans 3,3 % des cas sous-séreux et dans 2,7 % des cas sous-muqueux. Le nombre moyen de fibromes était de 2,61 ± 1,97 (extrêmes : 1-10). Le volume moyen du fibrome dominant était de 133 ± 121 cm3 (1,8 à 678) pour une taille moyenne de 6 cm. Le volume utérin moyen était de 331 ± 210 cm3 (39–1 281).

Les résultats montrent que 18 femmes ont eu des complications. Il s’agissait à 50 % de simples douleurs mal soulagées par les antalgiques habituels ; six patientes ont dû être réhospitalisées dont trois pour une expulsion de fibromes ; nous déplorons une endométrite, une pyélonéphrite et un curetage hémostatique dans un contexte d’expulsion.

Nos résultats sont bons et concordent avec ceux de la littérature avec 86 % de bons résultats ou guérison à 32 mois pour 5 % d’échec et 9 % de récidive. Seules deux patientes en échec ont eu une hystérectomie, et quatre présentant des récidives ont demandé un second traitement : hystérectomie, myomectomie ou seconde embolisation. Nous n’avons retrouvé aucun facteur de risque de récidive, mais lors de la première étude le nombre de fibromes et la taille étaient les deux facteurs susceptibles de favoriser une récidive.

Ces chiffres sont très concordants avec ceux de la littérature et, en particulier, des grandes séries américaines. Près de 25 000 embolisations sont réalisées actuellement chaque année dans le monde avec un taux de succès proche des 90 %, sachant que la moyenne d’âge est de près de 43 ans. Néanmoins si les échecs sont rares, les récidives sont parfois tardives, plus de 50 % d’entre elles surviennent à plus de trois ans, et, de ce fait, il est conseillé un suivi au long cours.

Notre taux d’embolisation augmente régulièrement chaque année avec actuellement près de 100 procédures représentant, en associant le traitement par ultrasons, 38 % des traitements des fibromes par une procédure non médicamenteuse. Il s’agit du traitement conservateur le plus pratiqué, et l’embolisation devient la technique de référence pour éviter la chirurgie lorsque cela est possible.

Conclusion

L’introduction de l’embolisation a permis d’accéder à une thérapeutique peu invasive avec un fort taux de succès. Le traitement par FUS représente une opportunité exceptionnelle avec des résultats déjà obtenus tout à fait encourageants et une innocuité complète. Si la thérapie guidée par l’image est une pratique connue, la possibilité de traitement par voie extracorporelle, sans cicatrice ni produit radioactif et ni matériel introduit, est une nouveauté qui était du registre de la science fiction, il y a encore quelques années. Une sélection des patientes est indispensable et constitue la clé de la prise en charge des fibromes par FUS ou par embolisation ; à peine 10 % des fibromes sont accessibles à la technique par ultrasons si l’on veut obtenir un taux de succès convenable. Cette nouvelle technique est une alternative aux traitements existants et devra être comparée en efficacité aux techniques validées mais plus agressives comme l’UAE qui de ce fait devient la référence en matière de traitement conservateur non chirurgical ; mais il est d’ores et déjà acquis que l’HIFU (high intensity focused ultrasound) sera adapté pour des patientes bien sélectionnées et souhaitant conserver leur utérus avec un probable intérêt chez les femmes désirant une grossesse.

Références

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