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XXIV e Journée du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 335-7, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : Didier Dewailly , Service de Gynécologie endocrinienne et de médecine de la Reproduction, hôpital Jeanne de Flandre, Centre hospitalier universitaire de Lille.

ARTICLE

Auteur(s) :, Didier Dewailly

Service de Gynécologie endocrinienne et de médecine de la Reproduction, hôpital Jeanne de Flandre, Centre hospitalier universitaire de Lille

L’insulino-résistance n’entre pas dans la nouvelle définition consensuelle du syndrome des ovaires polymicrokystiques (SOPMK), mais il s’agit d’une anomalie fréquente, délétère pour la maturation folliculaire finale.

Les anomalies de la folliculogenèse dans le SOPMK

L’hyperandrogénie intra-ovarienne entraîne un excès de développement (et/ou un ralentissement de l’atrésie) des petits follicules, aboutissant à un excès du nombre des follicules en croissance, jusqu’au stade 2-5 mm. Cet excès est vraisemblablement responsable d’un blocage de la maturation des follicules antraux et de leur sélection vers le follicule dominant (follicular arrest). L’insulino-résistance (IR) et/ou l’hyperinsulinisme (HI) compensatoire aggravent ce phénomène [1]. L’HI stimule la stéroïdogenèse des cellules thécales, tandis que l’IR amoindrit les effets de la FSH et perturbe l’activité des cellules de la granulosa (CG) [3]. En effet, l’insuline est nécessaire aux CG pour produire des estrogènes [2], ce qui fait défaut dans les PCOS du fait de leur insulino-résistance [4]. L’idée d’utiliser des produits « insulino-sensibi-lisants » comme la metformine repose sur l’hypothèse que la correction de l’HI systémique amoindrit l’hyperandrogénie ovarienne (ce qui est démontré) et que la diminution de l’IR au niveau des CG restaure leur capacité de maturation (ce qui reste à démontrer).

La metformine

La metformine est un anti-diabétique oral appartenant au groupe des biguanides. L’AMM française en restreint l’utilisation au traitement du diabète de type 2. Néanmoins, une bonne partie de l’effet normoglycémiant passant par la réduction de l’HI, cette drogue s’avère aussi très utile chez les patients insulino-résistants non diabétiques. Le risque d’hypoglycémie est nul. Le risque d’acidose lactique ne concerne que les patients âgés et/ou insuffisants rénaux.

La metformine doit être donnée après le repas, avec des doses croissantes jusqu’à 500 mg 3 fois par jour. On peut ensuite prendre le relais avec des comprimés à 850 ou 1000 mg, matin et soir. Les effets secondaires (nausées, diarrhée) sont bénins, mais ils nuisent parfois gravement au confort des patients, ce qui entraîne un risque non négligeable d’abandon du traitement.

Metformine et induction de l’ovulation dans le SOPMK

La metformine est proposée depuis maintenant une dizaine d’années pour le traitement de l’anovulation liée au SOPMK [5], mais son intérêt reste mal cerné. Dans la plupart des études, la metformine permet une diminution des taux circulants des androgènes et facilite une normalisation des cycles en vue de l’obtention d’une grossesse. Cependant, ces études portent sur peu de sujets, très peu sont contrôlées et réalisées en double aveugle.

Une récente méta-analyse [6], incluant 13 études comparant l’efficacité de la metformine à celle d’un placebo, concluait que la metformine était plus efficace que le placebo sur le taux d’ovulation (46 vs 24 %). Cependant, ce taux est très largement inférieur à celui obtenu avec le citrate de clomiphène (CC) donné en première intention (environ 70 %). Il convient donc d’insister sur le constat que la metformine n’est pas en soi un traitement inducteur de l’ovulation car il n’est pas suffisamment efficace à lui seul.

En revanche, son intérêt en tant que traitement d’optimisation du CC paraît beaucoup plus net chez les patientes résistantes au CC, faisant passer le taux d’ovulation de 17 à 74 % [6]. Il n’y a à ce jour que très peu d’études ayant évalué le gain apporté par la metformine lors de l’induction de l’ovulation par gonadotrophines injectables.

Il convient de souligner que la plupart de ces études n’ont pas permis d’évaluer le gain apporté par la metformine en termes de grossesses, car cela n’était pas retenu comme objectif principal. Il apparaît cependant que la probabilité d’une grossesse chez les patientes résistantes au CC est multipliée par 4 en cas de prescription associée de metformine [6].

On sait que la metformine agit rapidement, avant même qu’une réduction pondérale ne soit observée, mais, face à une patiente, il n’est pas possible actuellement de prédire l’efficacité de la metformine. À ce jour, aucun marqueur d’HI ou d’IR ne s’est révélé pertinent. En dehors des situations évidentes (BMI > 30), on doit s’appuyer sur l’existence ou non d’un syndrome métabolique, tel qu’il est défini tableau 1( Tableau 1 ), pour proposer ou non ce traitement. Certains proposent de donner la metformine empiriquement à toute femme résistante au CC, mais n’est-il pas un peu tardif d’attendre ce constat pour prendre conscience de l’existence d’un problème métabolique ?

Car en fait, le vrai débat consiste à savoir si la metformine doit être utilisée comme un traitement « co-inducteur » de l’ovulation, ou s’il s’agit avant tout d’un moyen médicamenteux utile pour la préparation métabolique à la grossesse, en vue de diminuer les complications classiques dans le SOPMK, en particulier les avortements répétés et le diabète gestationnel. Dans cette optique, chez les patientes jugées à risque, il faut alors entreprendre un traitement prolongé, devant parfois précéder de plusieurs mois la mise en route du traitement inducteur de l’ovulation.

En pratique

Toute prise en charge d’un désir d’enfant chez une patiente avec SOPMK jugée à risque métabolique débutera par la mise en place de mesures hygiéno-diététiques : activité physique régulière, régime adapté, perte de poids.

Si ces mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, on peut instituer un traitement par la metformine (si la fonction rénale est normale).

Ce traitement permettra parfois d’obtenir une ovulation, mais s’il n’est pas efficace en ce sens, il faut ajouter du CC. Si l’association metformine et CC ne permet pas d’obtenir de grossesse au bout de 6 mois, il faut envisager soit un drilling ovarien [7], soit un recours aux injections de gonadotrophines ou à l’assistance médicale à la procréation, tout en poursuivant la metformine.
Tableau 1 Définition du syndrome métabolique

1. Obésité abdominale

Tour de taille (femme)

> 88 cm

2. Triglycérides

≥ 1,50 g/l

3. HDL-C (femme)

< 0,50 g/l

4. Pression artérielle

≥ 130/ ≥ 85 mmHg

5. Intolérance aux hydrates de carbone :

Glycémie à jeun

Comprise entre 110 et 126 mg/dl

et/ou à 2h de l’HPO

Comprise entre 140-199 mg/dl

Metformine et grossesse

Si une grossesse survient, il faut arrêter immédiatement la metformine. En effet, on dispose actuellement de très peu de données sur l’innocuité de la metformine en début de grossesse. Un dépistage du diabète gestationnel sera réalisé plus tard dans la grossesse.

Quelques études non randomisées suggèrent que la metformine poursuivie pendant la grossesse diminue le taux de fausses couches du premier trimestre chez les femmes avec SOPMK, et que ce traitement n’est pas tératogène [8][9]. Il semble aussi qu’elle diminue l’incidence du diabète gestationnel chez ces femmes [10]. Il convient cependant d’attendre la caution des grands essais prospectifs actuellement en cours avant de généraliser cette attitude.

Conclusion

Le traitement par metformine est efficace pour rétablir une ovulation chez les femmes affectées d’un syndrome des ovaires polykystiques, surtout celles qui sont résistantes au CC. Même s’il semble que la metformine puisse diminuer la survenue de fausses couches chez ces patientes, d’autres études seront nécessaires pour déterminer si ce traitement est bien inoffensif pour le fœtus.

Ce traitement ne doit pas être utilisé uniquement comme un inducteur de l’ovulation, mais aussi comme un régulateur métabolique dans le cadre d’un projet de « grossesse avec enfant ramené vivant à la maison ».

Enfin, ce traitement ne doit pas être envisagé sans les règles hygiéno-diététiques tout aussi indispensables.

Références

1 Jonard S, Robert Y, Cortet-Rudelli C, Pigny P, Decanter C, Dewailly D. Ultrasound examination of polycystic ovaries: is it worth counting the follicles? Hum Reprod 2003 ; 18 : 598-603.

2 Mason HD, Willis DS, Holly JM, Franks S. Insulin preincubation enhances insulin-like growth factor-II (IGF-II) action on steroidogenesis in human granulosa cells. J Clin Endocrinol Metab 1994 ; 78 : 1265-7.

3 Coffler MS, Patel K, Dahan MH, Yoo RY, Malcom PJ, Chang RJ. Enhanced granulosa cell responsiveness to follicle-stimulating hormone during insulin infusion in women with polycystic ovary syndrome treated with pioglitazone. J Clin Endocrinol Metab 2003 ; 88 : 5624-31.

4 Wu XK, Zhou SY, Liu JX, et al. Selective ovary resistance to insulin signaling in women with polycystic ovary syndrome. Fertil Steril 2003 ; 80 : 954-65.

5 Velazquez EM, Mendoza S, Hamer T, Sosa F, Glueck CJ. Metformin therapy in polycystic ovary syndrome reduces hyperinsulinemia, insulin resistance, hyperandrogenemia, and systolic blood pressure, while facilitating normal menses and pregnancy. Metabolism 1994 ; 43 : 647-54.

6 Lord JM, Flight IH, Norman RJ. Metformin in polycystic ovary syndrome : systematic review and meta-analysis. BMJ 2003 ; 25(327) : 951-3.

7 Donesky BW, Adashi EY. Surgically induced ovulation in the polycystic ovary syndrome : wedge resection revisited in the age of laparoscopy. Fertil Steril 1995 ; 63 : 439-63.

8 Glueck CJ, Phillips H, Cameron D, Sieve-Smith L, Wang P. Continuing metformin throughout pregnancy in women with polycystic ovary syndrome appears to safely reduce first-trimester spontaneous abortion : a pilot study. Fertil Steril 2001 ; 75 : 46-52.

9 Jakubowicz DJ, Iuorno MJ, Jakubowicz S, Roberts KA, Nestler JE. Effects of Metformin on Early Pregnancy Loss in the Polycystic Ovary Syndrome. J Clin Endocrinol Metab 2002 ; 87 : 524-9.

10 Glueck CJ, Goldenberg N, Wang P, Loftspring M, Sherman A. Metformin during pregnancy reduces insulin, insulin resistance, insulin secretion, weight, testosterone and development of gestational diabetes : prospective longitudinal assessment of women with polycystic ovary syndrome from preconception throughout pregnancy. Hum Reprod 2004 ; 19 : 510-21.


 

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