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XXIV e Journée du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 326-8, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : François Olivennes, Juliette Guibert , Unité de médecine de la Reproduction, service de Gynécologie-Obstétrique II, hôpital Cochin, Paris.

ARTICLE

Auteur(s) :, François Olivennes, Juliette Guibert

Unité de médecine de la Reproduction, service de Gynécologie-Obstétrique II, hôpital Cochin, Paris

La pratique de la stimulation ovarienne a été enrichie ces dernières années de plusieurs développements concernant les gonadotrophines utilisées, leurs procédés de fabrication ou leur mode d’administration. Il est proposé d’essayer de faire un résumé de ces nouveaux traitements, de leur utilisation, de leurs avantages et inconvénients.

Les gonadotrophines recombinantes

Les gonadotrophines ont été pendant de nombreuses années obtenues par purification à partir d’urines de femmes ménopausées. Le développement des technologies de génie génétique a permis d’obtenir des molécules recombinantes (follitropine α, Gonal-F® et follitropine β, Puregon®) qui offrent plusieurs avantages. Elles permettent une meilleure traçabilité, elles évitent les difficultés liées à la collecte des urines, elles sont une alternative bienvenue aux produits d’origine humaine, les produits injectés sont plus purs du fait de l’absence de protéines parasites et le contrôle de la variabilité interlot de l’activité des molécules est meilleur. De plus, elles sont toutes injectables par voie sous-cutanée. Cependant, ces avancées se sont faites au prix d’un coût plus élevé de ces produits (tableau 1( Tableau 1 )).

Ces gonadotrophines recombinantes font l’objet d’une vive controverse, quant au rapport qualité-prix des produits et à la légitimité du surcoût engagé, dans une période de déficit important de l’assurance-maladie. C’est elle, en effet, qui supporte entièrement ce surcoût puisque les traitements de l’infertilité bénéficient en France de l’exonération du ticket modérateur. Il faut cependant noter que la discussion sur le prix par unité ne tient pas compte de l’activité spécifique des produits : la dose nécessaire pour obtenir un effet comparable est pour certains auteurs plus faible avec les gonadotrophines recombinantes, du fait d’une plus grande activité spécifique. Le prix de revient par cycle en deviendrait alors inférieur. Les études de pharmaco-économie sont rares et controversées, et devraient tenir compte de l’impact du conditionnement dans le coût par cycle, car la présentation en cartouches ou en flacons multidoses peut générer un gaspillage de produit non utilisé, mais facturé et non recyclable lors d’un cycle ultérieur de traitement. A contrario, ces conditionnements offrent un nombre d’unités « gratuites » non négligeable.

Les produits recombinants ont des avantages certains, notamment celui de l’origine du produit. La sécurité sanitaire est l’argument de vente majeur avancé par leurs fabricants et cet avantage théorique reste déterminant pour beaucoup de praticiens dans le choix de ces produits. Cependant, ce point est contesté par les fabricants des produits d’origine urinaire, avec quelques arguments de poids : l’existence de procédés reconnus d’inactivation virale et d’agents transmissibles non conventionnels utilisés dans la fabrication des gonadotrophines urinaires, le recul important de la pharmacovigilance (40 ans) sur ces produits, sans aucun accident rapporté, et l’absence de preuve concrète d’un risque sanitaire. De plus, l’utilisation de protéines bovines dans les processus de fabrication des produits recombinants fait qu’ils ne sont pas épargnés par la « suspicion sanitaire a priori », bien qu’il n’y ait aucune preuve concrète non plus du risque encouru. La traçabilité est sans nul doute un avantage des produits recombinants comparés aux produits urinaires dont les sources de recueil sont multiples. Ce débat n’est donc pas clos, mais l’on peut considérer comme un progrès certain le remplacement des produits d’origine humaine par des produits plus sûrs et aussi efficaces.

La pureté des produits recombinants est aussi mise en avant et a été clairement démontrée. Cependant, tant pour la ménotropine (Menopur®) que pour l’urofollitropine (Fostimon®), de nouvelles méthodes de purification ont permis d’obtenir des préparations très pures, bien que n’atteignant pas la pureté des protéines de synthèse. La persistance de protéines parasites dans les produits d’origine urinaire serait responsable de réactions allergiques au site d’injection chez certaines patientes mais l’incidence d’incidents sérieux est très faible, et d’exceptionnelles intolérances cutanées aux produits recombinants existent également.

Enfin, le contenu de ces gonadotrophines fait l’objet d’une controverse. En effet, si la follitropine α, la follitropine β et l’urofollitropine ne contiennent que de la FSH, la ménotropine contient de la LH, dont le niveau serait contrôlé par l’adjonction de petites doses d’hCG (effet LH-like) pour obtenir des activités FSH et LH équivalentes. Cette différence de composition vient s’intégrer dans le débat sur l’intérêt de la supplémentation de la phase folliculaire en LH, voire en petites doses d’hCG. À ce jour, ce débat ne concerne que les cycles de FIV, du fait de la déplétion en LH observée par l’utilisation d’agonistes ou d’antagonistes du GnRH. Là encore, aucune conclusion définitive ne peut être tirée et l’avantage de l’adjonction de LH n’est pas démontré de façon incontestable. Il existe probablement des patientes qui pourraient bénéficier d’une supplémentation en LH, mais nous ne savons pas les identifier à ce jour. Il faut noter l’existence de préparations recombinantes de LH (lutropine α, Luveris®) dont les indications sont mal précisées du fait du débat exposé plus haut.

Il faut réaffirmer qu’aucune étude en FIV ou hors FIV n’a démontré la supériorité de l’une ou l’autre de ces gonadotrophines concernant les taux de succès des traitements, exprimés en taux de grossesse par cycle ou par ponction. Des études ont montré plus de grossesses en additionnant les cycles d’embryons congelés en faveur des recombinants (Puregon®) par rapport au FSH purifié (Metrodine HP®).
Tableau 1 Tableaux comparatifs des prix des gonadotrophines (Vidal® 2004)

Produit

Prix/UI FSH*

Gonal-F®

0,45 à 0,52 €

Puregon®

0,32 à 0,54 €

Menopur®

0,30 €

Fostimon®

0,21 à 0,26 €

Mode de préparation

La technologie principale permettant de standardiser l’activité du contenu des ampoules de gonadotrophines est basée sur des essais biologiques avec mesure du poids des ovaires d’animaux injectés avec un volume défini de la préparation. Une nouvelle méthode de préparation est proposée pour les produits recombinants Serono (follitropine α, lutropine α, choriogonadotrophine α). Cette technologie appelée « fill by mass » consiste, comme son nom l’indique, à mesurer la quantité de produit actif par ampoule ou flacon. Cette méthode permettrait une meilleure uniformité du contenu des ampoules et donc des résultats des traitements. Là encore, les retombées cliniques sur les résultats en terme de taux de grossesse ne sont pas démontrées, même si le procédé semble théoriquement intéressant. La meilleure quantification du produit par ampoule pourrait permettre hors FIV une meilleure constance des résultats en terme de follicules, ce qui a une importance dans le nombre de cycles annulés pour risque de grossesse multiples. Les comparaisons disponibles sont faites entre les produits recombinants du même laboratoire. L’avantage par rapport à l’autre gonadotrophine recombinante n’est pas démontré.

Mode d’administration

En dehors des différents avantages présentés plus haut, la plus importante modification pratique apportée par l’utilisation des produits recombinants est la mise au point de dispositifs d’injection permettant l’auto-administration, semblables aux systèmes utilisés pour le traitement du diabète. Le laboratoire Organon dispose depuis plusieurs années d’un stylo injecteur (Puregon Pen®) qui permet une auto-injection facilitée. Ceci présente un avantage certain pour permettre aux femmes qui en ont envie de se faire elles-mêmes les injections et de ne plus dépendre des infirmières libérales. Le laboratoire Serono doit également disposer fin 2004 d’un dispositif d’auto-injection avec des stylos préremplis jetables. Les deux dispositifs n’ont pas été comparés. L’existence des stylos injecteurs est un avantage déterminant pour les produits recombinants. Ils requièrent une formation minimale des patientes lorsque le mode d’emploi leur semble insuffisant pour se mettre à l’auto-injection. Une solution intéressante peut consister à prescrire les dispositifs d’injection avec le recours à une infirmière libérale pour le premier cycle ou les premières injections, la patiente prenant le relais. Il existe néanmoins certaines patientes qui ne souhaitent pas s’auto-injecter.

Déclenchement de l’ovulation

Le déclenchement de l’ovulation est obtenu depuis toujours par l’administration de gonadotrophine chorionique (hCG) d’origine humaine obtenue par purification à partir des urines de femmes enceintes. Il existe depuis un an une gonadotrophine chorionique obtenue par recombinaison génétique (choriogonadotrophine α, Ovitrelle®). Ce produit est similaire dans son mode de fabrication aux autres gonadotrophines recombinantes, son activité est contrôlée par la technologie « fill by mass ». Son intérêt réside principalement dans la possibilité d’une injection sous-cutanée, donc d’une auto-injection, pour lesquelles le produit urinaire est peu adapté. Ceci est d’autant plus avantageux si l’injection doit être faite tard le soir, les patientes rencontrant de grandes difficultés à solliciter des infirmières libérales après 20 heures. Les résultats obtenus avec Ovitrelle® (dose unique de 250 μg) sont semblables à ceux obtenus avec le produit urinaire (Gonadotrophine Chorionique Endo®). Le prix de Ovitrelle® est de 41,25 €, à comparer aux 6,07 € (pour 5 000 UI) de l’équivalent urinaire, mais Ovitrelle offre un avantage indiscutable pour les patientes.


 

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