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XXIV e Journée du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 323-5, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : Jean-Noël Hugues , Service de médecine de la Reproduction, hôpital Jean Verdier, 93143 Bondy Université Paris XIII.

ARTICLE

Auteur(s) :, Jean-Noël Hugues

Service de médecine de la Reproduction, hôpital Jean Verdier, 93143 Bondy Université Paris XIII

La stimulation ovarienne hors FIV est un exercice parfois délicat pour le prescripteur qui ne parvient pas toujours à atteindre les objectifs fixés de la stimulation, c’est-à-dire à obtenir le nombre « optimum » de follicules recrutés et amenés à maturation. Rappelons que ces objectifs doivent être déterminés préalablement à l’initiation du traitement et qu’ils sont fonction du contexte d’infertilité (caractère primaire ou secondaire, durée de l’infertilité, facteurs associés) et du terrain (âge, qualité de la fonction ovarienne, IMC, tabagisme.). Selon la situation, le choix du nombre de follicules souhaités par le clinicien pour une stimulation hors FIV se situe entre 1 et 3 follicules susceptibles d’ovuler.Cet objectif peut être difficile à atteindre et la question du recours à la FIV peut donc être légitimement posée. Dans le contexte de la stimulation hors FIV, où se situe l’échec ? Le plus souvent dans l’inadéquation entre les objectifs fixés en terme de nombre de follicules et la réalité ; plus rarement, dans une perturbation de la cinétique de croissance.Examinons séparément deux situations : la première où l’objectif ne peut être atteint faute d’une réponse ovarienne suffisante ou de qualité, la seconde où l’objectif est, au contraire, dépassé.

Réponse ovarienne quantitativement insuffisante ou qualitativement inappropriée

Écartons d’emblée les cas, peu fréquents mais non exceptionnels, où le diagnostic d’hypogonadisme hypogonadotrope n’a pas été posé par le clinicien. Dans cette situation très caricaturale, l’utilisation de la seule FSH ne permet qu’un recrutement folliculaire apparemment satisfaisant mais sans sécrétion œstrogénique. L’administration conjointe de LH permet, à coup sûr, l’obtention d’une folliculogenèse complète. Le recours à la FIV est, dans ce cas, à l’évidence une faute stratégique induite par une erreur diagnostique.

Une réponse ovarienne quantitativement insuffisante peut se rencontrer, en pratique clinique, dans 2 situations très contrastées : soit chez une patiente présentant un surpoids manifeste, soit lorsque la réserve ovarienne est réduite, en général du fait d’un âge avancé. Les choix thérapeutiques dans ces deux situations sont naturellement bien différents.

  • Un surpoids ou, a fortiori, une obésité sont des facteurs majeurs de réponse insuffisante quel que soit l’agent inducteur utilisé. Le groupe de Rotterdam a, en effet, clairement établi que l’index de masse corporel (IMC) est le principal facteur prédictif de réponse ovarienne après administration de citrate de clomiphène (CC) [1] ou de gonadotrophines exogènes [2]. L’augmentation de la posologie dans des limites connues (150 mg/jour pour le CC, 450 UI pour les gonadotrophines) peut être envisagée mais induit un risque non négligeable d’un développement folliculaire ultérieur non maîtrisable. La logique dans cette situation voudrait donc de proposer d’abord de réduire l’IMC par des mesures hygiéno-diététiques adaptées [3] ou par le recours à des agents insulino-sensibilisants [4]. Ces mesures, qui nécessitent un accompagnement de la patiente, permettent souvent d’améliorer la fonction ovarienne et l’efficacité des traitements inducteurs.
  • La problématique relative à une réserve ovarienne insuffisante est de tout autre nature que celle-ci soit annoncée ou déjà installée.

Il est clairement établi que, lors de la transition ménopausique, l’un des premiers symptômes de l’insuffisance ovarienne « incipiens» est le raccourcissement de la durée du cycle (23-25 jours) lié à une phase folliculaire courte (8-10 jours) [5]. Outre l’analyse clinique du cycle, le diagnostic repose sur un taux anormalement élevé de E2 en début de cycle qui explique que le dosage de FSH soit en général normal. Sur ce terrain, une stimulation ovarienne ne ferait qu’accentuer la réduction de la phase folliculaire qui résulte d’une augmentation prématurée et/ou exagérée de la FSH durant la période prémenstruelle. En faisant l’hypothèse qu’une phase folliculaire courte crée des conditions délétères à une grossesse du fait d’une imprégnation œstrogénique trop brève pour la qualité de la glaire cervicale et de l’endomètre, nous avons testé le bénéfice potentiel d’un allongement de la phase folliculaire. À cette fin, nous avons administré un agoniste du GnRH dès le milieu de la phase lutéale du cycle précédant la stimulation pour s’opposer à l’augmentation intercyclique de FSH. Au 2e jour du cycle, une stimulation par la FSH exogène a été débutée à des doses modérées, variant de 75 à 150 IU/J, de telle sorte que la durée de la phase folliculaire soit significativement allongée [6]. Ce protocole thérapeutique a été associé à un taux tout à fait satisfaisant de grossesse avec, néanmoins, un taux élevé de fausses couches. Il n’y a ainsi aucune raison de recourir à une FIV dans une telle situation.

Bien différente est la situation d’insuffisance ovarienne déclarée avec une élévation de la FSH de base et un nombre réduit de follicules détectables sur l’échographie de début de cycle. Il est classique d’entendre ou de constater que la FIV est l’« ultime recours » pour tenter d’obtenir quelques follicules, quelques ovocytes, éventuellement quelques embryons… et donc d’espérer améliorer le pronostic de fertilité alors même qu’il n’y a pas, par ailleurs, de raisons tubaires ou masculines de recourir à cette AMP lourde. On comprend difficilement la logique d’une telle démarche. En effet, si l’utilisation de doses optimales de gonadotrophines n’a pas permis d’atteindre l’objectif de 3 follicules, comment imaginer l’obtenir dans un cycle programmé pour FIV ? D’ailleurs, aucune étude expérimentale ou clinique n’a, à ce jour, permis d’étayer cette hypothèse. Au contraire, il y a tout lieu de penser que la qualité des ovocytes se dégradant de façon parallèle à l’insuffisance ovarienne quantitative, le recours à la FIV sera un échec. Ceci est évident avec l’avancement de l’âge maternel mais semble l’être également quel que soit l’âge dès qu’une insuffisance ovarienne s’annonce. En effet, une analyse rétrospective, effectuée chez des faibles répondeuses à une stimulation ovarienne en FIV (moins de 4 follicules matures), nous a montré que, si le pronostic de fertilité est préservé chez les femmes jeunes sans insuffisance ovarienne, il est, au contraire, catastrophique dès qu’une insuffisance ovarienne est détectée, quel que soit l’âge de la patiente.

Ainsi, il ne semble exister aucun argument scientifique pour encourager un recours à la FIV en cas de stimulation ovarienne inadéquate du fait d’une insuffisance ovarienne « incipiens » ou installée. Il n’y a donc pas d’indication « ovulatoire » de FIV sur un terrain de réponse ovarienne insuffisante ou inadéquate à une stimulation simple.

Réponse ovarienne quantitativement excessive

La tentation est évidemment plus grande, devant une réponse ovarienne quantitativement excessive à une stimulation initialement prévue hors FIV, de recourir à la FIV ne serait-ce que pour prévenir le risque d’hyperstimulation ou de grossesse multiple. C’est, en particulier, le cas chez les femmes jeunes présentant un SOPK. Néanmoins, les données de la littérature montrent que, sur un tel terrain, la qualité des ovocytes est médiocre et le pronostic du cycle mauvais [7]. De plus, le recours « en catastrophe » à la FIV est souvent mal ressenti par le couple et est difficilement compatible avec les exigences légales d’une telle pratique (information préalable du couple, contrôles sérologiques et infectieux). L’alternative la plus logique consiste, par conséquent, à annuler le cycle de stimulation en cours et à entreprendre une autre stimulation dans un contexte différent : meilleure adaptation de la dose de départ, respect d’un protocole step-up chronic low dose  dans le cadre d’une stimulation par la FSH. Le rôle des thérapeutiques adjuvantes doit être aussi considéré : administration d’agents insulino-sensibilisants qui semblent réduire le risque de réponse excessive en diminuant le taux d’insuline, qui agit comme une véritable co-gonadotrophine [8]. La place des inhibiteurs de l’aromatase doit être également discutée si des études complémentaires confirment son intérêt potentiel pour réduire la taille de la cohorte en préservant le feed-back hypothalamo-hypophysaire (principalement le rétrocontrôle de la sécrétion de FSH par l’œstradiol).

Ainsi, il semble que, là aussi, le recours à la FIV ne puisse être conseillé, en dehors de situations extrêmes prévues par le clinicien.

Conclusion

La stimulation d’ovulation hors FIV ne permet pas toujours d’atteindre les objectifs initialement fixés en terme de nombre de follicules. C’est principalement le terrain sur lequel la stimulation est entreprise qui conditionne la réponse ovarienne. Il faut donc l’analyser avec soin et choisir le protocole de stimulation, notamment la dose de départ la plus adaptée. Il n’existe pas de preuve scientifique à ce jour pour penser que le recours à la FIV soit bénéfique ni pour le devenir du cycle ni pour le pronostic de fertilité du couple lorsque la réponse ovarienne à la stimulation est inadaptée.

Références

1 Imani B, et al. Predictors of patients remaining anovulatory during clomiphene citrate induction of ovulation in normogonadotropic oligoamenorrheic infertility. J Clin Endocrinol Metab 1998 ; 83 : 2361-5.

2 Mulders A, et al. Prediction of chances for success or complications in gonadotrophin ovulation in normogonadotropic anovulatory infertility. Reprod BioMed Online 2003 ; 7 : 170-8.

3 Huber-Bucholz MM, et al. Restoration of reproductive potential by lifestyle modification in obese polycystic ovary syndrome : role of insuline sensitivity and LH. J Clin Endocrinol Metab 1999 ; 84 : 1470-4.

4 Massin N, et al. Faut-il traiter par Metformine les femmes infertiles présentant un syndrome des ovaires polykystiques? Gynecol Obstet Fertil 2003 ; 31 : 265-74.

5 Van Zonneveld P, et al. Do cycle disturbances explain the age-related decline of female infertility? Cycle characteristics of women aged over 40 years compared with a reference population of young women. Hum Reprod 2003 ; 18 : 495-501.

6 Cedrin-Durnerin I, et al. Beneficial effects of GnRH agonist administration prior to ovarian stimulation for patients with a short follicular phase. Reprod Biomed Online 2003 ; 7 : 57-62.

7 Plachot M, et al. Qualité des ovocytes et embryons dans le syndrome des ovaires polykystiques. Gynecol Obstet Fertil 2003 ; 31 : 350-4.

8 De Leo V, et al. Effects of metformin on gonadotropin-induced ovulation in women with polycystic ovary syndrome. Fertil Steril 1999 ; 72 : 282-5.


 

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