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XXIV e Journée annuelle du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 321-2, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : Bob Wainer , Service de gynécologie obstétrique, CHR de Poissy, 10, rue du champ Gaillard 78300 Poissy.

ARTICLE

Auteur(s) :, Bob Wainer

Service de gynécologie obstétrique, CHR de Poissy, 10, rue du champ Gaillard 78300 Poissy

Plus de 300 000 boîtes de citrate de clomiphène sont prescrites chaque année en France (chiffre publié par le régime général de l’assurance-maladie pour la France métropolitaine) et 145 000 cycles d’induction de l’ovulation hors FIV/ICSI par gonadotrophines sont réalisés annuellement dans notre pays.Il est donc indispensable de bien connaître les risques inhérents à ces thérapeutiques.Nous décrirons ces principaux risques en fonction de leur délai de survenue.

Les risques survenant à court terme

Au cours du traitement proprement dit

Avec le citrate de clomiphène

Les troubles visuels à type de vision trouble ou de scotome doivent conduire à l’arrêt d’utilisation du citrate de clomiphène.

Les pathologies hépatiques graves contre-indiquent le citrate de clomiphène en raison de son métabolisme hépatique.

Enfin l’effet tératogène du citrate de clomiphène a été démontré chez l’animal. Cependant, il n’existe heureusement pas d’augmentation de la fréquence des malformations au cours des grossesses obtenues par CC. Et une prise « accidentelle » de CC en début de grossesse ne doit pas conduire à interrompre celle-ci.

Avec les gonadotrophines

Certaines pathologies rares peuvent être révélées ou aggravées par les gonadotrophines, c’est le cas par exemple de la porphyrie aiguë intermittente.

Au décours immédiat du traitement

La torsion d’annexe : elle doit toujours être évoquée devant un syndrome abdominal aigu et conduira à une cœlioscopie rapide permettant dans la majorité des cas de réaliser une « détorsion ». Tout retard au geste chirurgical peut aboutir à une nécrose ovarienne et à une ovariectomie d’autant plus redoutée dans ce cadre.

L’hyperstimulation ovarienne : c’est la principale complication à court terme des traitements inducteurs d’ovulation. Elle succède le plus souvent à un traitement par gonadotrophines, mais, bien que plus rare et généralement moins grave, elle peut aussi survenir après CC.

Elle peut être légère, modérée ou sévère et conduire, alors, la patiente en unité de réanimation.

L’hyperstimulation ovarienne — d’autant plus qu’elle s’accompagne d’un début de grossesse — peut se compliquer d’accidents thromboemboliques redoutables.

On se méfiera particulièrement des patientes ayant un profil de réponse de type « ovaires micropolykystiques » ainsi que des réponses excessives avec œstradiolémie élevée et réponse échographique multifolliculaire.

L’hyperstimulation ovarienne ne survenant dans l’immense majorité des cas qu’après l’injection déclenchante d’HCG, une situation à risque doit conduire à surseoir à cette injection.

Les risques à moyen terme

Il n’y a pas d’augmentation du risque de fausse couche spontanée (FCS) après traitement inducteur d’ovulation.

Les traitements inducteurs de l’ovulation induisent-ils un excès de pathologie parmi les grossesses uniques obtenues ? L’issue des grossesses après FIV a été beaucoup plus étudiée que celle des grossesses obtenues après induction simple. Dans ce dernier cadre, les résultats sont un peu discordants. Cependant la prématurité, le retard de croissance intra-utérin, le taux de malformations congénitales et la mortalité périnatale sembleraient légèrement augmentés dans la population de grossesses obtenues après induction de l’ovulation. Toutefois, l’ajustement sur l’âge maternel, la parité, le tabagisme et la durée d’infertilité semblent quasiment faire disparaître ce surrisque. D’autre part, les dernières études ne sembleraient pas constater d’augmentation de la fréquence des césariennes dans cette population de grossesse.

Les grossesses multiples

Comme Béatrice Blondel l’a bien montré, il y a 10 ans, l’évolution des courbes de fréquence des grossesses triples et de vente des inducteurs d’ovulation en France est parallèle. Le taux d’accouchements gémellaires en France est passé de 8,8 pour 1 000 en 1972, à 12,1 pour 1 000 en 1990 et à 19,5 pour 1000 en 2001. Le taux de triplés est passé de 0,9 pour 10 000 en 1972, à 4,2 pour 10 000 en 1990 et à 10 pour 10 000 en 2001.

Au passage on notera qu’aux Etats-Unis, les taux de grossesses multiples sont le double de ceux constatés en France. Pour notre pays, on peut estimer que le risque de grossesses multiples est 7 fois plus élevé en cas de traitement d’infertilité (15 % contre 2,1 % en l’absence de traitement).

Ce risque est d’autant plus élevé que la stimulation est « agressive ». Il justifie toute la rigueur à apporter à la surveillance de la stimulation ovarienne par les dosages hormonaux et surtout l’échographie.

Rappelons que toutes grossesses multiples, y compris les gémellaires présentent un accroissement très significatif des complications pour les enfants et les mères. La prématurité (naissance < 37 SA) est multipliée par 5,5 et la mortalité périnatale par 5 à 10 pour les jumeaux par rapport aux enfants uniques. La mortalité maternelle (x 2,5), l’hémorragie de la délivrance (x 4), l’hypertension artérielle gravidique (x 2,5) sont, entre autres, plus fréquentes en cas de grossesses multiples.

Pour les grossesses multiples faisant suite à un traitement de stérilité, on estime actuellement que les traitements d’induction de l’ovulation seraient responsables de 60 % de ces grossesses multiples alors que les FIV ne seraient impliquées que dans 40 %.

L’inquiétude occasionnée par la fréquence des grossesses multiples conduit depuis quelques années à la diminution du nombre d’embryons transférés en FIV. Cette prise de conscience aura-t-elle une incidence sur les traitements d’induction de l’ovulation ?

Les risques psychologiques. Ils sont multiples : dévalorisation de soi en rapport avec l’annonce de la stérilité, angoisse de l’échec de traitements complexes, perturbations affectives et sexuelles au sein du couple, troubles du comportement mère-enfant.

Les risques à long terme

Cancer et inducteurs de l’ovulation

Les traitements inducteurs de l’ovulation étant utilisés depuis une quarantaine d’années, leur incidence sur la fréquence de survenue de cancers, en particulier hormonodépendants devrait aujourd’hui pouvoir être appréhendée.

Cependant, les études sur ce sujet doivent tenir compte de nombreux biais possibles (étiologie de la stérilité, gestité, antécédents familiaux, utilisation d’autres traitements hormonaux CO ou THS, caractéristiques du traitement inducteur d’ovulation : type, dose, durée,…), de la nécessité d’une large population étudiée et d’un suivi très prolongé. Aucune étude à ce jour ne réunit ces différents critères de qualité.

Dans une première approche, on peut considérer que si l’élévation du risque carcinologique avec les traitements inducteurs de l’ovulation était sensible, les études déjà réalisées même imparfaites auraient mis ce risque en évidence.

On retiendra que les cancers de l’ovaire, du sein, et de l’endomètre sont plus fréquents chez les femmes hypofertiles, qu’elles aient ou non bénéficié d’un traitement inducteur de l’ovulation.

Cependant, des études récentes sembleraient observer une augmentation significative du risque carcinologique chez les femmes ayant utilisé un traitement inducteur d’ovulation et pour lesquelles le suivi est ≥ à 20 ans.

Ce risque n’est donc pas démontré, à ce jour, mais la possibilité qu’une relation significative existe entre ces traitements et certains cancers est possible. Ceci doit nous faire intégrer cet élément de réflexion dans notre calcul bénéfice-risque lors de nos prescriptions, en particulier en cas de traitements répétitifs.

Ménopause précoce et inducteurs de l’ovulation

Certains auteurs ont évoqué un épuisement précoce de la fonction ovarienne au décours des traitements répétés d’induction de l’ovulation, aboutissant chez ces patientes à la survenue plus fréquente d’une ménopause précoce.

Il semble cependant que la précocité de la ménopause soit plutôt liée à l’état ovarien préexistant qu’aux stimulations elles-mêmes. On peut toutefois se demander si la sommation d’une anomalie fonctionnelle ovarienne initiale à des hyperstimulations répétées ne pourrait être à l’origine d’une insuffisance ovarienne prématurée.

L’hyperstimulation ovarienne et la survenue d’une grossesse multiple constituent les deux principaux risques des traitements inducteurs de l’ovulation. Une prise en charge adaptée et prudente doit permettre d’éviter ces écueils dans la très grande majorité des cas.


 

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