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XXIV e Journée du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 318-20, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : Joëlle Belaisch-Allart , Service de Gynécologie obstétrique et Reproduction humaine, CHI Jean Rostand, 92311 Sèvres Cedex.

ARTICLE

Auteur(s) :, Joëlle Belaisch-Allart

Service de Gynécologie obstétrique et Reproduction humaine, CHI Jean Rostand, 92311 Sèvres Cedex

L’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) a publié en juin 2003 des recommandations de bonnes pratiques concernant les inducteurs de l’ovulation.L’Afssaps a rappelé qu’aucune stimulation ne devrait être administrée sans avoir au minimum pratiqué des dosages hormonaux de base, vérifié l’état des trompes et le sperme du conjoint.

Indication de l’association stimulation de l’ovulation-IIU

Infertilité inexpliquée

Plusieurs méta-analyses récentes confirment la supériorité de l’association stimulation de l’ovulation-insémination intra-utérine (IIU) sur la stimulation seule en cas d’infertilité inexpliquée. Hughes en 1997, sur 22 études et 5 214 cycles, relève un effet significativement positif de l’IIU, plus net encore si elle est pratiquée après stimulation par gonadotrophines (tableau 1( Tableau 1 ), [1]). Guzik et al analysant 45 études aboutissent aux mêmes conclusions en faveur de l’IIU associée [2]. Les taux de succès rapportés sont 1,3 % en l’absence de traitement, 3,8 % en cas d’IIU seule, 5,6 % après citrate de clomifène, 8,3 % en cas d’association citrate de clomifène-IIU et 17 % en cas d’association hMG et IIU contre 20 % en cas de FIV (tableau 2( Tableau 2 )). La méta-analyse de Zeyneloglu et al va dans le même sens avec 20 % de grossesse après stimulation-insémination intra-utérine contre 11 % après rapports programmés (tableau 3( Tableau 3 )[3]).

Les recommandations actuelles de l’« Evidence based medecine » préconisent l’association stimulation de l’ovulation–insémination intra-utérine comme premier traitement de l’infertilité inexpliquée [4].

Les gonadotrophines ne doivent donc plus s’utiliser dans l’infertilité inexpliquée qu’associées aux inséminations intra-utérines.

En cas d’infertilité masculine, l’« evidence based medicine » conclut à la supériorité des IIU en cycles stimulés sur les IIU en cycles spontanés et des inséminations sur les rapports programmés [4,5].
Tableau 1 Infertilité persistante. Méta-analyse de Hugues (22 études, 5 214 cycles)

Taux de grossesses

Stimulation

IIU*

RP**

Aucune

80/1 306 (6 %)

27/1 354 (2 %)

Clomifène

42/644 (7 %)

5/54 (9 %)

FSH

171/1 156 (15 %)

47/700 (7 %)

Total

292/3 106 (9,8 %)

79/2 108 (3,7 %)


Tableau 2 Méta-analyse de Guzick et al (45 études)

Stimulation +

Nombre et taux de grossesses

Coût de la grossesse (dollars)

Aucune RP

64/3 539 (1,8 %)

Aucune IIU

15/378 (4 %)

CC + IIU

21/314 (6,7 %)

10 000

Hmg

139/1 806 (7,7 %)

hMG + IIU

207/1 133 (18 %)

17 000

IVF

378/683 (22,5 %)

50 000


Tableau 3 Méta-analyse de Zeyneloglu et al (980 cycles)

Stimulation +

Nombre et taux de grossesses

RP

49/431 (11,37 %)

IIU

110/549 (20,4 %)

Quelle stimulation : mono ou plurifolliculaire ?

Si l’induction de l’ovulation est utilisée en cas d’anovulation, le but est de restaurer une ovulation normale et donc de favoriser le développement d’un follicule.

Si l’induction de l’ovulation est réalisée dans le cadre de l’association à l’insémination intra-utérine en cas d’infertilité inexpliquée ou masculine légère, la situation est totalement différente ! Il est clair qu’il faut à tout prix éviter le recrutement plurifolliculaire hors FIV, source de grossesses multiples mais l’intérêt des stimulations monofolliculaires sur des femmes à ovulation normale est discuté. Si la patiente ovule normalement (ce qui est le cas de la majorité de nos patientes), elle a donc spontanément un follicule par cycle, or, les inducteurs sont administrés pour recruter 2 ou 3 follicules ! Plosker et al [6] ont démontré que le recrutement de 2 follicules au moins est le seuil pour augmenter le taux de succès en stimulation de l’ovulation-IIU (1 follicule, taux de grossesse : 2 % contre 15 % avec 2 ou plus, p < 0,006). De même à Sèvres, nous avons démontré, sur 1 000 IIU, qu’une stimulation paucifolliculaire bien conduite permet d’obtenir un bon taux de grossesses (17 % par cycle) avec 12 % de grossesses gémellaires et 3 % de promesses triples (à l’échographie de 6 semaines) c’est-à-dire moins de grossesses multiples qu’en FIV [7] ! Bronte et al [8], sur plus de 9 000 cycles d’IIU viennent de démontrer que si le premier facteur de succès est l’âge de la femme, le second est le nombre de follicules le jour de l’hCG : avec 1 follicule ils observent 7,6 % de grossesse, avec 2 follicules : 10,1 %, avec 3 follicules : 8,6 % et avec 4 : 14 % (p < 0,001), le taux de grossesses multiples n’est pas significativement différent entre 2 follicules (16 %), 3 follicules (17,1 %) et 6 follicules (27 %). De même, Nuoja-Huttunen et al [9] viennent de rapporter sur 811 IIU que 5 facteurs interviennent sur le taux de succès : le nombre de cycles, la durée d’infertilité, l’âge, le nombre de follicules et l’étiologie de l’infertilité. Ils concluent qu’une réponse multifolliculaire à l’association citrate de clomifène-hMG apporte plus de succès qu’une réponse monofolliculaire et que 97 % des grossesses sont obtenues dans les quatre premiers cycles. La stimulation efficace et non dangereuse en vue d’insémination intra-utérine se doit donc d’être paucifolliculaire.

Où et comment réaliser les stimulations de l’ovulation ?

Les centres d’AMP représentent certes un endroit idéal pour pratiquer les stimulations de l’ovulation hors FIV, car tout est organisé pour réaliser au même endroit, le matin, dosages plasmatiques et échographie et permettre à la patiente d’aller ensuite travailler et d’obtenir par téléphone l’après-midi les consignes sur la poursuite du traitement. La pratique de stimulation de l’ovulation reste cependant tout à fait réalisable en cabinet à la condition sine qua non que soit mis au point un système pour récupérer 7 jours sur 7 les résultats des patientes et que soit possible toujours 7 jours sur 7 une communication avec la patiente. Le monitorage de l’ovulation doit, de préférence, associer dosage plasmatique et échographie. Le dosage de LH vise à dépister le pic de LH qui ferait avancer l’insémination intra-utérine. Le dosage d’œstradiol seul ne suffit pas, un dosage à 400 pg/ml pouvant aussi bien correspondre à un follicule unique préovulatoire qu’à 4 ou 5 petits follicules. L’échographie seule est utilisée par certains mais il n’existe pas de taille standard du follicule préovulatoire (variable de 18 à 25 mm), et il est démontré que le même follicule mesuré par deux échographistes différents ou par le même échographiste sur deux machines différentes n’a pas la même mesure.

Peut-on vraiment prévenir les grossesses multiples dans les stimulations non suivies de ponction folliculaire ?

Comment prévenir l’hyperstimulation ?

Les travaux de Blondel et al. [10] montrent que la majorité des grossesses multiples proviennent des stimulations hors FIV et non des FIV comme on l’a longtemps cru. Il serait donc fondamental de réussir à limiter, sinon à prévenir, ces grossesses multiples par le bon choix des médicaments utilisés et de leur dose, et par une surveillance de la stimulation de l’ovulation adaptée aux thérapeutiques utilisées. Il est élémentaire de rappeler qu’il ne devrait plus exister de prescription d’hMG ou de FSH sans dosages hormonaux, ni échographies, afin de n’administrer l’hCG que si le nombre de follicules est inférieur à 3 ou 4 et le taux d’œstradiol plasmatique inférieur à 1000-1200 pg/ml, sauf exception, et que seule l’association des dosages rapides d’œstradiol plasmatique et l’échographie permet de surveiller correctement une stimulation de l’ovulation par les gonadotrophines seules ou associées au citrate de clomifène. Un monitorage précoce permet non seulement d’adapter les doses d’inducteur utilisées, mais aussi d’arrêter la stimulation en cas de recrutement folliculaire excessif, et de ne pas administrer d’hCG pour éviter la survenue d’une hyperstimulation ovarienne (HSO).

Les critères cités ci-dessus peuvent être modifiés dans certains cas : trompe unique perméable, échecs répétés de stimulations.

L’association stimulation de l’ovulation-IIU est actuellement remise en cause par certains auteurs en raison des risques des grossesses multiples. Si le monitorage est soigneux, si l’on sait arrêter les cycles à risques élevés de grossesses multiples, ce risque est réel mais limité comme l’attestent nos chiffres à l’hôpital de Sèvres où les taux de grossesses multiples par IIU sont inférieurs à ceux observés en FIV en France dans les données Fivnat.

Références

1 Hughes S. The effectiveness of ovulation induction and intra uterine insemination in the treatment of persistent infertility: a meta analysis. Hum Reprod 1997 ; 12 : 1865-72.

2 Ghazi H, Spielberger C, Kallen B. Delivery outcome after infertility a registry study. Fertil Steril 1991 ; 55 : 726-32.

3 Zeyneloglu H, Arici A, Olive D, Duleba A. Comparison of intra uterine insemination with timed intercourse in superovulated cycles with gonadotrophins : a meta-analysis. Fertil Steril 1998 ; 69 : 486-91.

4 Cohlen B. Intra uterine insemination and controlled ovarian hyperstimulation. In : Templeton A, Cooke I, O’Brien P.M, Shaugh N. (eds). Evidence based fertility treatment. London : RCOG Press, 205–216.

5 Duckitt C. Infertility and Subfertility–Unexplained infertility. In : Clinical Evidence. 1999 : 718-9.

6 Plosker S, Jacobson W, Amato P. Predicting and optimising success in an intra uterine stimulation programme. Hum Reprod 1994 ; 9 : 2014-21.

7 Belaisch-Allart J. Infertilité et malformation. Reproduction Humaine et Hormones 1989 ; 2 : 21-6.

8 Bronte A, Vargyas J, Ringler G, Stein A, Marss R. Determinant of the outcome of intra uterine insemination : analysis of outcome of 9963 consecutive cycles. Am J Obstet Gynecol 1999 ; 180 : 1522-34.

9 Nuoja-Huttunen S, Tomas C, Bloigu R, Tuomivaara L. Martikainen H. Intra-uterine insemination treatment in subfertility : an analysis of factors affecting outcome. Hum Reprod 1999 ; 14 : 698-703.

10 Blondel B, Tuppin B, Kaminski M, Breart G. Les grossesses multiples. Evolution de la fréquence et risque prénatal. Reproduction Humaine et Hormones 1994 ; 1-2 : 9-16.


 

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