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XXIV e Journée du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 315-7, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : Sophie Jonard-Catteau , Service de gynécologie endocrinienne et de médecine de la Reproduction, hôpital Jeanne de Flandre, Centre hospitalier universitaire de Lille.

ARTICLE

Auteur(s) :, Sophie Jonard-Catteau

Service de gynécologie endocrinienne et de médecine de la Reproduction, hôpital Jeanne de Flandre, Centre hospitalier universitaire de Lille

Les anovulations de type 1 de l’OMS correspondent aux anovulations hypogonadiques hypogonadotropes. Il existe donc une hypoestrogénie associée à des taux bas ou normaux de LH et de FSH, et une aménorrhée non réversible lors d’un test au progestatif.Les anovulations de type 2 sont les anovulations normogonadotropes. À J3, l’œstradiolémie, la LH et la FSH sont dosées normalement (la LH peut être modérément augmentée : anovulation de type 2b). Il existe souvent une oligospanioménorrhée voire une aménorrhée réversible sous progestatif.

Induction de l’ovulation chez les patientes présentant un hypogonadisme hypogonadotrope

Il s’agit de l’anovulation de type 1. L’étiologie principale des hypogonadismes hypogonadotropes est représentée par l’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle (AHF). L’AHF est caractérisée par une aménorrhée hypoestrogénique due à l’inhibition de la sécrétion hypothalamique de GnRH, en rapport à des troubles alimentaires et/ou à un stress. Il s’agit d’un diagnostic d’élimination et le recours à IRM cérébrale doit être facile dans le but d’éliminer une pathologie tumorale.

Le traitement de choix des anovulations liées à l’AHF est constitué par l’administration pulsatile de GnRH exogène (acétate de gonadoréline, Lutrelef ®). Cette thérapeutique doit bien sûr s’inscrire dans une prise en charge globale, psychologique et nutritionnelle, et ne pourra être débutée qu’après s’être assuré que la patiente est apte physiquement et psychologiquement à assumer une grossesse.

L’administration du GnRH par la pompe se fait indifféremment par voie intra-veineuse ou sous-cutanée, la première permettant une plus grande autonomie en raison de la plus faible dose de produit nécessaire. La pompe peut être retirée une fois l’ovulation obtenue (déterminée par un dosage de progestéronémie > 5 ng/ml) mais un soutien de la phase lutéale est indispensable au moyen de 3 injections intramusculaires de gonadotrophine chorionique humaine (HCG) 1 500 UI à trois jours d’intervalle.

L’efficacité clinique de la pompe à GnRH est excellente dans les cas d’anovulation d’origine suprahypophysaire. Les taux cumulés de grossesse après 6 cycles avoisinent les 100 % (Leyendecker 1985 ; Martin et al., 1993) (sous réserve bien sûr qu’une autre cause d’infertilité ait été écartée auparavant par la réalisation d’une hystérosalpingographie et d’un spermogramme). Ce traitement, très proche de la physiologie, est d’efficacité supérieure au traitement par gonadotrophines (96 % vs 72 % de taux cumulé de grossesses après 6 cycles) et évite l’obtention d’un nombre élevé de grossesses multiples (8,3 % vs 15 % par gonadotrophines) (Martin et al., 1993).

Ces résultats en font donc le traitement de choix de l’anovulation d’origine suprahypophysaire, bien préférable à l’utilisation des gonadotrophines. Celles-ci pourront cependant être proposées en deuxième intention, dans les cas par exemple de « résistance » à la GnRH. En effet, certains hypogonadismes hypogonadotropes idiopathiques ou liés à une mutation du récepteur du GnRH répondent mal aux doses usuelles de GnRH exogène. L’utilisation de gonadotrophines injectables est alors préférable, en associant systématiquement FSH et LH afin d’obtenir une maturation folliculaire normale chez ces patientes déficientes pour les deux sortes de gonadotrophines.

Induction de l’ovulation chez les patientes présentant une anovulation et étant normogonadotropes

C’est l’anovulation de type 2. La principale étiologie est représentée par le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Le but principal des traitements inducteurs de l’ovulation est alors de reproduire artificiellement l’élévation intercyclique de la FSH, qui fait défaut dans le syndrome des ovaires polykystiques, et de vaincre la résistance de la granulosa à la FSH. La tendance à l’hyperstimulation ovarienne lors de l’induction de l’ovulation traduit bien la richesse excessive en follicules sélectionnables, inefficaces à l’état basal mais devenus compétents sous l’effet du traitement (Van der Meer et al., 1998). Le traitement de l’anovulation et de l’infécondité liées au syndrome des ovaires polykystiques suit maintenant une stratégie bien codifiée (Messinis et al., 1997).

Le citrate de clomiphène

Le citrate de clomiphène (Clomid®, Pergotime®) tient la première place dans la stratégie de stimulation des patientes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques. Son utilisation en première intention est logique. En effet, sur les mécanismes précédemment évoqués, le citrate de clomiphène va pouvoir agir sur le phénomène de rétro-action négative sur l’hypophyse et va surtout permettre de rétablir le pic intercyclique de FSH. On sait maintenant que l’effet anti-œstrogène au niveau hypothalamique consiste en une accélération de la fréquence des pulses du GnRH, favorisant la sécrétion de FSH. Le but d’une séquence brève de citrate de clomiphène en début de cycle est donc de reproduire artificiellement l’élévation intercyclique de la FSH.

Les seuils de sensibilité ne sont pas identiques d’une patiente à l’autre. Il est difficile de connaître à l’avance le seuil pour chaque patiente. Ceci explique le mode d’utilisation de ce produit, par paliers posologiques progressifs, en commençant prudemment par la dose d’un comprimé de 50 mg par jour, pendant les 5 premiers jours du cycle. Cette dose va permettre d’obtenir une ovulation chez la moitié des patientes environ. Le cycle suivant, les patientes qui n’auront pas répondu à 50 mg seront traitées par 100 mg, avec à nouveau une petite moitié de répondeuses. Pour les non-répondeuses à 100 mg, on passera à une troisième étape à 150 mg.

Afin de ne pas perdre trop de temps chez les mauvaises répondeuses, Imani et al. (1998) proposent de prendre en compte une série de facteurs prédictifs de l’efficacité du traitement par citrate de clomiphène pour décider de la durée de traitement des patientes porteuses d’un syndrome des ovaires polykystiques. Ils retiennent comme facteurs prédictifs l’importance du trouble du cycle, le volume ovarien, le taux de testostérone libre, et surtout le poids qui apparaît comme le facteur principal corrélé à la dose efficace. Un diagramme a aussi été publié par cette même équipe néerlandaise. À défaut d’être très utilisable en pratique, ce diagramme a un intérêt pédagogique. Il permet de calculer les chances d’ovulation sous citrate de clomiphène et de naissance pour chaque patiente en fonction de l’importance du trouble des règles (aménorrhée ou oligoménorrhée), du poids (BMI), du taux de testostérone libre et de l’âge de la patiente. En tenant compte de ces 4 paramètres, on peut faire des calculs de probabilité (Imani et al., 2002). D’autres marqueurs prédictifs pourraient être proposés dans les mois à venir, tels que le nombre de follicules en début de phase folliculaire ou encore l’hormone anti-mullerienne. Des facteurs prédictifs fiables seraient en effet fort utiles pour pouvoir « court-circuiter » le traitement par citrate de clomiphène chez les patientes résistantes et passer directement au traitement par gonadotrophines.

La résistance au traitement demeure un concept flou et mal expliqué ; elle peut être définie par l’absence de réponse à 150 mg. La résistance au traitement n’est pas liée à un défaut de réponse hypothalamo-hypophysaire mais reflète, au contraire, la résistance ovarienne à la FSH endogène. Le traitement par citrate de clomiphène échoue dans environ 40 % des cas, soit parce que la patiente n’ovule pas, ou pas de façon suffisamment constante. En cas d’échec, on passe à une deuxième étape, le plus souvent représentée par l’utilisation des gonadotrophines.

Les gonadotrophines injectables

D’importants progrès ont été réalisés dans les années 1980 et 1990 quant à l’utilisation des gonadotrophines injectables. D’après les méta-analyses disponibles, les données de la Cochrane Database ne montrent aucune différence significative entre hMG ou FSH urinaire purifiée ou FSH recombinante (Bayram et al., 2001). C’est néanmoins à l’utilisation de la FSH pure que l’on doit la mise au point des protocoles step-up low dose (White et al., 1996) ou step-down (Fauser, 1994), adaptés à la problématique du syndrome des ovaires polykystiques.

Le protocole step-up

C’est le protocole step-up low dose qui domine actuellement les habitudes des prescripteurs. Sa base rationnelle est de laisser jouer un phénomène ovarien de sélection naturelle, partant du principe que la stimulation chronique par FSH, à une dose insuffisante pour établir la dominance, lève l’auto-inhibition des follicules de la cohorte. Elle les amène donc lentement au seuil de dominance, auquel les follicules les plus aptes à répondre à la FSH, arriveront les premiers. S’ils ont suffisamment d’avance sur les suivants, ils établiront leur dominance et éviteront une maturation multifolliculaire. À ce stade, leur évolution se poursuivra jusqu’au stade pré-ovulatoire, sous l’effet de la FSH exogène et de la LH endogène.

Le principe du protocole step-up est de commencer avec une dose standard de 50 unités par jour. Il faut cependant noter que cette dose standard n’est pas forcément efficace chez toutes les patientes, avec là encore une sensibilité individuelle variable. On est parfois tenté de commencer avec des doses plus fortes lorsqu’il existe des facteurs de moins bonne réponse, ou au contraire avec des doses plus faibles, chez les patientes minces par exemple.

Les résultats de la stimulation par le protocole step-up des patientes ayant un syndrome des ovaires polykystiques ont été largement publiés. Bien utilisé, il donne un taux d’ovulation de plus de 70 %, un taux de grossesse à 6 mois de 50 % et un taux très faible de complications tels que le syndrome d’hyperstimulation ovarienne et les grossesses multiples.

Le protocole step-down

Le principe du protocole step-down est d’utiliser au départ de fortes doses (100 à 150 unités de FSH), pour un temps bref (5 jours maximum). L’apport brutal de FSH permet de dégager les follicules les plus vifs de la cohorte, de les rendre rapidement dominants, empêchant ainsi la maturation des autres follicules. En jouant sur cet effet ainsi que sur celui induit par la diminution rapide de la dose de FSH, on évite la maturation multifolliculaire. Le protocole step-down donne des résultats strictement identiques au protocole step-up. Même si la durée de la stimulation est plus courte lors d’un protocole step-down avec un profil de FSH en fin de phase folliculaire plus proche de la physiologie, ce sont plus des raisons de maniabilité et de sécurité qui font que beaucoup préfèrent le step-up. En effet, un taux plus élevé d’annulation de cycle pour hyperstimulation a été constaté dans le step-down : 38 % vs 15 % (Christin-Maitre et al., 2003). Ce risque d’hyperstimulation pourrait être diminué par une adaptation de la dose de départ en fonction de la réponse à un premier cycle en step-up. Van Santbrink (2003) propose de démarrer le step-down à une dose supérieure de 37,5 UI à la dose nécessaire pour induire une réponse folliculaire lors du step-up. La durée du traitement par gonadotrophines (3 à 6 cycles) dépendra des paramètres de réponse précédemment décrits et sera déterminée au cas par cas.

L’algorithme thérapeutique classique proposé dans les infertilités par anovulation normogonadotrophique (WHO 2), incluant citrate de clomiphène en première intention puis gonadotrophines injectables, permet d’obtenir un taux cumulé de naissances uniques de 71 % à 2 ans (Eijkemans et al., 2003). Par ces très bons résultats, ce schéma thérapeutique est actuellement à respecter dans la majorité des indications. Les thérapeutiques alternatives telles que le drilling ovarien, la FIV ou encore la maturation ovocytaire in vitro semblent donc être réservées pour le moment aux échecs des premiers traitements. Il n’est bien sûr pas exclu qu’on les propose prochainement en première intention aux patientes que l’on aura pu identifier comme ayant un mauvais pronostic de grossesse avec le schéma classique. Restent à trouver des marqueurs prédictifs fiables de mauvaise réponse aux traitements de première intention.

Enfin, la prise en charge des autres facteurs d’hypofécondité dans les anovulations de type 2 est fondamentale. En particulier, le risque nettement accru de fausses couches précoces est lié à l’obésité qui accompagne souvent le SOPK. La seule prévention efficace repose sur l’amaigrissement préalable et la réduction de l’hyperinsulinisme (entre autres, par la metformine) qui améliorent significativement les conditions du traitement inducteur de l’ovulation et ses résultats en termes d’enfants nés à terme en bonne santé.

Références

B12518113 520 112., 2001 Bayram N, Van Wely M, Van Der Veen F. Recombinant FSH versus urinary gonadotrophins or recombinant FSH for ovulation induction in subfertility associated with polycystic ovary syndrome. Cochrane Database Syst Rev 2001 ; 2 ; CD002121.

Christin-Maitre et Hugues, 2003 Christin-Maitre S, Hugues JN, on behalf of the Recombinant FSH Study Group. A comparative randomized multicentric study comparing the step-up versus step-down protocol in polycystic ovary syndrome. Hum Reprod 2003 ; 18 : 1626-31.

Eijkemans et al, 2003 Eijkemans MJC, Imani B, Mulders AGMGJ, Habbema JDF, Fauser BCJM. High singleton live birth rate following classical ovulation induction in normogonadotrophic anovulatory infertility (WHO 2). Hum Reprod 2003 ; 18 : 2357-62.

Fauser, 1994 Fauser BCJM. Step down follicle stimulating hormone regimens in PCOS. In : Filicori M, Flamigni C, eds. Ovulation Induction : Basic Science and Clinical Advances. Amsterdam : Excerpta Medica, 1994 : 153-62.

Imani et al, 1998 Imani B, Eijkemans MJ, Te Velde ER, Habbeba JD, Fauser BC. Predictors of patients remaining anovulatory during clomiphene citrate induction of ovulation in normogonadotropic oligoamenorrheic infertility. J Clin Endocrinol Metab 1998 ; 83 : 2361-5.

Imani et al, 2002 Imani B, Eijkemans MJ, Te Velde ER, Habbeba JD, Fauser BC. A normogram to predict the probability of live birth after clomiphene citrate induction of ovulation in normogonadotropic oligomenorrheic infertility. Fertil Steril 2002 ; 77 : 91-7.

Leyendecker et Wildt, 1985 Leyendecker G, Wildt L. Induction of ovulation and pregnancy by pulsatile administration of GnRH : an analysis of 213 treatment cycles. In : Coelingh Bennink HJT, et al., eds. Pulsatile GnRH 1985-Proceedings of the 3rd Ferring Symposium. Noordwijk- September 11-13. 1985.

Martin et al, 1993 Martin KA, Hall JE, Adams JM, Crowley WF. Comparison of exogenous gonadotropins and pulsatile gonadotropin-releasing hormone for induction of ovulation in hypogonadotropic amenorrhea. J Clin Endocrinol Metab 1993 ; 77 : 125-9.

Messinis et Milingos, 1997 Messinis IE, Milingos SD. Current and future status of ovulation induction in polycystic ovary syndrome. Human Reproduction Update 1997 ; 3 : 235-53.

Van der meer et al, 1998 Van der meer M, Hompes PGA, De Boer JAM, Schats R, Schoemaker J. Cohort size rather than follicle-stimulating hormone threshold level determines ovarian sensitivity in polycystic ovary syndrome. J Clin Endocrinol Metab 1998 ; 83 : 423-6.

Van Santbrink et Fauser, 2003 Van Santbrink EJP, Fauser BCJM. Is there a future for ovulation induction in the current era of assisted reproduction? Hum Reprod 2003 ; 18 : 2499-502.

White et al, 1996 White DM, Polson DW, Kiddy D, et al. Induction of ovulation with low-dose gonadotropins in polycystic ovary syndrome : an analysis of 109 pregnancies in 225 women. J Clin Endocrinol Metab 1996 ; 81 : 3821-4.


 

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