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Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction
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XXIV e Journée du groupe lillois de recherche en médecine de la Reproduction


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 313-4, septembre-décembre 2004, Compte rendu



Auteur(s) : Marie de Crécy , Maternité, CHU La Pitié-Salpêtrière, 105, bd de l’Hôpital, 75013 Paris.

ARTICLE

Auteur(s) :, Marie de Crécy1

Maternité, CHU La Pitié-Salpêtrière, 105, bd de l’Hôpital, 75013 Paris

La pratique de la stimulation de l’ovulation hors FIV -ou dite simple- représente une part importante de l’utilisation des inducteurs de l’ovulation (environ 145 000 cycles par an soit 3 790 000 ampoules de gonadotrophines et 1 873 500 comprimés de citrate de clomiphène).Ces stimulations sont pratiquées aussi bien par des médecins travaillant dans des centres de FIV que par des médecins libéraux « non FIVistes », gynécologues obstétriciens, médicaux, endocrinologues. Les généralistes n’ont, quant à eux, l’autorisation de prescription que pour le citrate de clomiphène. Contrairement à la pratique de la FIV et de l’ICSI soumise à une évaluation annuelle, aucune n’existait actuellement pour les stimulations « simples » ; il nous a paru indispensable de remédier à cette carence nous-mêmes, les professionnels concernés, avant que cela soit imposé par nos tutelles. Cela d’autant que ces stimulations sont régulièrement tenues responsables des syndromes d’hyperstimulation ovarienne et des grossesses multiples (gémellaires et plus) avec toutes leurs conséquences périnatales.L’association Ovustim constituée sous l’égide du CGNOF (collège des gynéco-obstétriciens), de la FNCGM (fédération des gynécologues médicaux), de la SFE (société française d’endocrinologie), de la SMR (société de médecine de la reproduction), s’est formée dans ce but.L’étude Calypso, a été réalisée en 2002 et 2003 grâce au soutien logistique des laboratoires Serono et la compétence statistique de la société Kaliope. La participation à l’étude était sur la base du volontariat des médecins sans aucune indemnité financière ; 8 882 médecins spécialistes ont été contactés par courrier (7 535 gynécologues et 1 346 endocrinologues). Huit cent-neuf médecins, prescripteurs d’inducteurs d’ovulation ont répondu au 1er questionnaire de l’étude ; finalement, 211 ont rempli 871 fiches. Chaque médecin devait remplir au maximum 6 fiches concernant 6 patientes vues consécutivement en consultation (en moyenne 4,1 fiches par médecin).Le profil des médecins était le suivant : 46 % pratiquant la gynéco-obstétrique, 50 % la gynéco médicale, 11 % sont endocrinologues, 69 % sont libéraux dont 43 % exclusifs, 51 % exercent exclusivement ou non en secteur hospitalier public ou privé. 65 % pratiquent également la stimulation pour FIV ; 32 % prennent en charge moins de 10 couples par an, 33 % de 10 à 30 couples, 16 % de 30 à 100, 7 % plus de 100.Comparé au fichier Icomed (souvent employé par l’industrie pharmaceutique), notre fichier de médecin est représentatif sur le plan de la spécialité, du sexe, du mode d’exercice, de la répartition géographique, mais il surreprésente les médecins pratiquant beaucoup d’induction d’ovulation, d’IIU et de FIV. Cependant, le nombre de fiches retournées par les fivistes et non-fivistes est équivalente. Il faudra en tenir compte dans l’interprétation des résultats et dans la mise en place des prochaines enquêtes.

Résultats

Le diagnostic a été établi selon une démarche rigoureuse comportant 6 examens de base réalisés chez 70 % des patientes ; l’hystérosalpingographie pratiquée chez seulement 71 % des patientes et le dosage de progestérone en phase lutéale chez 39 % des femmes ;

La population de femmes traitée pour infertilité est tout à fait représentative : âge moyen 31,5 ans, IMC 22,8, durée d’infertilité 2,9 ans, infertilité primaire dans 2/3 des cas .

La principale étiologie est l’anovulation (67 %), l’infertilité masculine le plus souvent facteur associé (33 %) qu’exclusif (17 %) ; l’activité du praticien FIViste ou non n’influence pas le type d’infertilité prise en charge.

Choix du traitement

Le citrate de clomiphène (CC) seul ou associé à l’HCG est le traitement de première intention dans 70 % des cas :
  • surtout si il y a anovulation (81 %), mais aussi dans 65 % des cas d’infertilité idiopathique et 38 % des infertilités masculines, ce qui ne correspond pas aux recommandations de bonne pratique ;
  • prescrit plus souvent par les médecins ne pratiquant pas de FIV (71 % vs 58 %).

Les gonadotrophines de type FSH sont prescrites de première intention :

  • dans les infertilités masculines (62 %), dans 19 % des anovulations ;
  • dans 35 % des infertilités idiopathiques ;
  • plus par les FIVistes 35 % vs 22 % non-FIVistes.

Le type de surveillance :

  • courbe de température dans 45 % des cas ;
  • l’échographie largement prescrite (> 90 %), plus dans les traitements par gonadotrophines que CC (100 % vs 83 %) ;
  • les dosages hormonaux sont plus souvent prescrits dans le traitement par FSH (100 % vs 50 %), plus par les FIVistes (82 % vs 67 %), dans le cadre des IIU.

Les objectifs de la stimulation :

  • recherche d’un recrutement monofolliculaire : 47 % chez les non-FIVistes vs 33 % chez les FIVistes ;
  • recherche d’un recrutement bifolliculaire : 45 % chez les non-FIVistes vs 56 %;
  • annulation du déclenchement : 82 % annulent à 3 follicules et plus, mais 23 % à 4 follicules et plus, et d’autant plus que les femmes sont traitées par FSH et en prévision d’IIU, ce qui ne correspond pas aux recommandations de bonne pratique.

La décision de passer du CC à la FSH est liée au désir d’obtenir plus de follicules matures mais pas à l’âge, ni à l’étiologie de l’infertilité, ni au nombre de cycles de CC, ce qui est surprenant.

Commentaires

En juillet 2003, l’Afssaps a publié des recommandations de bonne pratique pour l’induction d’ovulation, auxquelles nous avons déjà fait allusion.

Globalement, sur le principe général, les recommandations sont respectées : le bilan est fait correctement sauf pour les 30 % de médecins qui stimulent sans vérification de la perméabilité tubaire. La preuve de l’anovulation n’étant faite par les dosages hormonaux que dans 39 % des cas .

Usage du CC. « L’efficacité du CC n’a pas été démontrée dans les infertilités inexpliquées ». Cette recommandation n’est pas suivie (65 % sont traitées par CC). « La posologie du CC doit être adaptée au poids sans dépasser 150 mg/j, le nombre de cycles devrait être limité car la majorité des succès survient dans les 4 premiers cycles. Le suivi : courbe de température dans tous les cas, échographie et test de Huhner au moins au premier cycle ». Il faut noter que volontairement il n’y a pas eu de chiffre exact sur le nombre de cycles de traitement ; les médecins de l’enquête ont globalement bien respecté les règles de suivi. Malheureusement, ni la posologie ni le nombre de cycles de CC n’étaient précisés dans le questionnaire. Les résultats publiés par la Cnam de Toulouse sont beaucoup plus pessimistes quant à la bonne pratique des médecins mais il faut faire deux remarques : d’une part, les généralistes étaient inclus dans cette étude, d’autre part, elle fut faite d’après l’interrogatoire des patientes et non des médecins. Les médecins ayant répondu à notre enquête sont des médecins spécialisés en fertilité .

Usage des gonadotrophines. Indications et suivi sont parfaitement en accord avec les recommandations. Par contre, la décision de déclenchement montre une divergence entre les recommandations Afssaps selon lesquelles « la décision de déclenchement doit tenir compte du nombre de follicules et du terrain » et les recommandations OMS 2002 qui donnent un chiffre de deux au maximum. Il faut cependant noter que la majorité des médecins annule le déclenchement à 3 follicules .

Stratégie thérapeutique. Les recommandations insistent sur l’analyse des différents facteurs à prendre en compte : « La stratégie thérapeutique devra tenir compte de l’âge de la femme, de la durée d’infécondité et des facteurs associés ». Or, l’analyse multivariée ne met pas du tout en évidence ces facteurs lors du changement de traitement. C’est plus le profil du médecin pratiquant parallèlement des FIV ou non. Mais ceci peut être dû à la présentation du questionnaire.

Conclusion

Globalement, le choix et la surveillance des traitements inducteurs de l’ovulation hors FIV est exercé de façon tout à fait satisfaisante pour une grande majorité des spécialistes qu’ils soient gynécologues-obstétriciens, gynécologues médicaux, ou endocrinologues, libéraux ou hospitaliers. La pratique de la FIV et d’un grand nombre de stimulations modifiant sensiblement mais significativement les comportements thérapeutiques. Il faut ajouter que, lors de cette enquête, les recommandations n’étaient pas encore publiées et que l’on peut espérer qu’elles contribueront à améliorer encore cette pratique.

Bien sûr, Ovustim compte continuer son travail et d’autres projets d’études sont en cours.

1 Au nom de l’association Ovustim (Didier Dewailly, Suzanne Dat, Jean–Noël Hugues, Robert Wainer, Jacques de Mouzon, Éric Setbon).


 

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