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Prise en charge actuelle des fausses couches spontanées à répétition


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 309-11, septembre-décembre 2004, Revue



Auteur(s) : P Mares, JC Gris, D Sina, S Ripart-Neveu, R de Tayrac , Service de gynécologie et d’obstétrique, hôpital universitaire, 30029 Nîmes Cedex 9b, Laboratoire d’hématologie, hôpital universitaire 30029 Nîmes Cedex 9b.

Mots-clés : aspirine, fausse couche, héparine, homocystéine, trombophilie

ARTICLE

Auteur(s) :, P Mares1,*, JC Gris2, D Sina, S Ripart-Neveu, R de Tayrac

1Service de gynécologie et d’obstétrique, hôpital universitaire, 30029 Nîmes Cedex 9b
2Laboratoire d’hématologie, hôpital universitaire 30029 Nîmes Cedex 9b

On parle de fausses couches spontanées à répétition après trois avortements ou plus. Cette situation se rencontre auprès de 1 à 3 % des couples.Habituellement, un bilan étiologique s’impose à partir de deux ou trois fausses couches répétitives en fonction de l’âge de la patiente, des antécédents de grossesses menées à terme et des troubles de fertilité associés.À partir de deux fausses couches, le risque de fausse couche ultérieur est compris entre 20 et 30 %. Après trois fausses couches, ce risque est de 30 à 45 %. Dans 50 % des cas, la cause des fausses couches reste inexpliquée.La mise en place de la circulation fœto-placentaire aux alentours de la 8e semaine d’aménorrhée semble correspondre à des pathologies vasculaires distinctes selon que la fausse couche a lieu avant 8 semaines d’aménorrhée ou après 10 semaines. Ceci modifie notre prise en charge actuelle des fausses couches spontanées.

Quel bilan de base classique doit-on effectuer ?

À la recherche d’une cause utérine (16 % des cas), congénitale (cloison, utérus bicorne, exposition au distilbène) ou acquise (polype, fibrome, endométrite, synéchie), l’échographie réalisée dans de bonnes conditions peut être très performante. L’hystérosalpingographie reste l’examen de référence. L’IRM du pelvis apporte une bonne spécificité mais son coût est élevé et sa disponibilité encore insuffisante. L’hystéroscopie peut compléter le bilan à titre diagnostic ou thérapeutique.

Les causes hormonales (20 % des cas), qui représentent les causes les plus classiques sont l’insuffisance lutéale, la dystrophie ovarienne, le diabète, la dysthyroïdie et l’hyperprolactinémie. Mais il faut savoir penser également à l’insuffisance ovarienne débutante. Le bilan hormonal comprendra au 3e jour du cycle un dosage de FSH, d’œstradiol, d’inhibine, de LH, de prolactine, de TSH, de 17-hydroxyprogestérone, de testostérone et de sulfate de DHA et en deuxième partie de cycle, un dosage de progestérone ainsi qu’un dosage de la glycémie.

Les causes cytogénétiques

Les anomalies chromosiques sont présentes dans 50 % des fausses couches mais leur risque de récurrence est faible. Un remaniement chromosique parental est retrouvé dans 3 à 6 % des couples avec fausse couche.

Les causes immuno-hématologiques

La jonction circulatoire materno-fœtale a lieu entre la 8 et la 10e semaine d’aménorrhée. Tout facteur de risque thrombogène maternel durant cette période peut avoir un effet délétère sur l’évolution du conceptus. Le bilan actuellement préconisé est la numération formule sanguine et plaquettaire. Il convient de faire la recherche d’un syndrome des anticorps antiphospholipides avec TCA et recherche d’anticoagulant circulant lupique et dosage d’anticorps anticardiolipine par technique Elisa (dosage à répéter 6 semaines plus tard) et le dosage de l’homocystéinémie.

De nombreuses méta-analyses ainsi qu’une étude actuelle Noha [1-2] effectuée dans notre centre hospitalier sur 3 496 femmes ont montré que la présence du facteur V Leiden et de l’allèle 20210 A du gène de la prothrombine sont associés à une fréquence augmentée des fausses couches après 10 semaines d’aménorrhée. Une patiente porteuse de l’une de ses deux mutations, après une première fausse couche survenue après 10 semaines d’aménorrhée, présenterait un risque multiplié par deux voire trois, de refaire une nouvelle fausse couche (OR = 3,46 en cas de présence de facteur V Leiden, OR = 2,69 en cas de présence de l’allèle 20210 A du gène de la prothrombine). La fréquence de ces deux mutations ne se retrouve, par contre, pas augmentée en cas de fausse couche avant 10 semaines d’aménorrhée.

L’hyperhomocystéinémie prédispose aux fausses couches récidivantes inférieures à 8 semaines mais également aux pertes fœtales à partir de 10 semaines d’aménorrhée et aux morts fœtales in utero. Le risque semble augmenté avec le terme de la grossesse et avec les valeurs d’homocystéine.

Il est donc important de déterminer l’âge exact de la fausse couche et donc de déterminer les fausses couches avant et après 10 semaines d’aménorrhée. On n’explorera une fausse couche inférieure à 10 semaines d’aménorrhée que si elle s’est répétée deux à trois fois et il faudra par contre proposer un bilan à visée vasculaire dès la première fausse couche, si celle-ci est survenue après 10 semaines d’aménorrhée.

En effet, les causes vasculaires semblent beaucoup plus fréquentes dans les fausses couches au-delà de 10 semaines. Une étude récente de cohorte indique en effet que la thrombophilie maternelle est rarement associée à des fausses couches précoces antérieures à 10 semaines d’aménorrhée [3].

Qui doit-on explorer sur le plan immuno-hématologique ?

On doit intervenir :
  • dès le premier épisode, en cas de fausse couche supérieure à 10 semaines d’aménorrhée, de pertes fœtales plus tardives ou de mort in utero ;
  • après deux ou trois épisodes (en fonction de l’âge maternel, du degré d’infertilité et de la notion de grossesse menée à terme antérieurement) ;
  • en cas de fausse couche inférieure à 8 semaines d’aménorrhée.

Quel bilan doit-on effectuer ?

On effectuera la recherche du syndrome des anticorps antiphospholipides, de l’homocystéine, de l’antithrombine, du facteur V Leiden et de la mutation du facteur 20210 A de la prothrombine et en cas de contexte familial, celle des protéines C et S.

Quel traitement ?

En cas d’hyperhomocystéinémie supérieure à 10 mmol, un traitement par acide folique, 5 mg par jour, doit être proposé avec contrôle du dosage d’homocystéine. Le traitement sera poursuivi pendant toute la grossesse.

En cas de syndrome des anticorps antiphospholipides, un traitement associant Aspégic® 100 mg et héparines de bas poids moléculaire (HBPM) et le traitement communément admis. Les héparines de bas poids moléculaire ne franchissant pas la barrière placentaire sont sans danger pour le fœtus [4, 5]. Le traitement doit être débuté le plus rapidement possible dès le test de grossesse. L’aspirine à faible dose est arrêtée à 32 semaines. Le traitement par HBPM est poursuivi jusqu’à l’accouchement et doit être prolongé les six premières semaines du post-partum.

Quant aux mutations du facteur V Leiden et à la présence d’une mutation de la protéine 20210 de la prothrombine, un traitement par héparine de bas poids moléculaire est préconisé et semble plus efficace que l’aspirine à faible dose [6].

Conclusion

À côté des étiologies classiques des fausses couches à répétition, il faut actuellement penser à explorer une première fausse couche apparue après 10 semaines d’aménorrhée en recherchant tout particulièrement des anomalies hématologiques de type syndrome des anticorps antiphospholipides, la recherche d’un facteur V Leiden ou d’une mutation du facteur de 20210 A de la prothrombine et une hyperhomocystéinémie. Le dosage de l’antithrombine et celui de la protéine C et de la protéine S peuvent également être effectués.

En effet, un traitement à visée vasculaire de type héparine à bas poids moléculaire peut être préconisé devant la présence de l’une de ces anomalies après une fausse couche intervenant au-delà de 10 semaines et permettre une évolution favorable de la grossesse à venir.

Références

1 Gris JC, Quéré I, Sanmarco M, et al. Antiphospholipid and antiprotein syndromes in non-thrombotic, non-autoimmune women with unexplained recurrent primary early fœtal loss. The Nîmes Obstetricians and Haematologists stud. Thromb Haemost 2000 ; 84 : 228-36.

2 Gris JC, Perneger TV, Quéré I, et al. Antiphospholipid / antiprotein antibodies, hemostasis-related autoantibodies and plasma homocystéine as risk factors for a first early pregnancy loss : a matched case-control study. Blood 2003 ; 102 : 3504-13 ; Étude NOHA 5 - Thrombosis Hemostasis - 1999 - 81.891.9.

3 Roqué H, Paidas MJ, Funai EF, Kuczynski E, Lockwood CJ. Maternal thrombophilias are not associated with early pregnancy loss. Thromb Haemost 2004 ; 91 : 290-5.

4 Foidart JM, Schaaps JP. La prise en charge immunologique et hématologique de la maladie abortive d’origine maternelle. La lettre du gynécologue 2001 ; 259 : 21-6.

5 Belaish-Allart J. Les traitements médicaux des avortements spontanés à répétition. Gynecol Obstet Fertil 2002 ; 30 : 532-8.

6 Gris JC, Mercier E, Quéré I, et al. Low molecular weight heparin versus low-dose aspirin in women with one fœtal loss and a constitutional thrombophilic disorder. Blood 2004 ; 103 : 3695-9.


 

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