ARTICLE
Auteur(s) :, Patrick Fénichel
Service d’Endocrinologie et médecine de la Reproduction, hôpital
de l’Archet, CHU de Nice
Les endocrinopathies sont des situations privilégiées, complexes et
spécifiques chez la femme enceinte. Elles font appel à une
connaissance physiologique particulière. En effet, le
fonctionnement des glandes endocrines se modifie considérablement
chez la mère tandis que chez le fœtus, les glandes endocrines se
mettent en place progressivement et il est très sensible au cours
de son développement à toute variation de l’homéostasie. Enfin, il
faut tenir compte de l’apparition d’une entité endocrinienne
nouvelle, transitoire et spécifique, le placenta, qui, bien plus
qu’un filtre sélectif, représente une glande endocrine sophistiquée
capable de remplacer entre autres le corps jaune et l’hypophyse.
Sur le plan physiopathologique, l’aggravation possible chez la
mère, du fait de la gestation et les risques potentiels pour
l’enfant d’insuffisance ou d’excès de sécrétion maternelle et/ou
placentaire confèrent à chaque situation sa spécificité, qu’il
conviendra de prendre en charge, en collaboration avec les
différents spécialistes concernés, endocrinologues, gynécologues
obstétriciens et pédiatres. Un des exemples le plus frappant est
celui de la grossesse diabétique, comme le rappelle Sylvie
Hiéronimus, à la fois endocrinologue et gynécologue, qui s’appuie
sur une longue expérience, dans notre service, de la mise en place
d’une prise en charge multidisciplinaire de cette grossesse à haut
risque où le fœtus est menacé par l’embryofœtopathie diabétique.
Les modifications chez la mère sont bien illustrées par l’hypophyse
gravide et les difficultés qu’elles peuvent entraîner, comme
l’explique Jean-Louis Sadoul, dans la prise en charge des adénomes
à prolactine au cours de la grossesse. L’insuffisance endocrinienne
et/ou métabolique maternelle, même modérée, peut avoir des
conséquences graves chez le fœtus, comme l’illustre de façon
démonstrative Françoise Brucker-Davis, dans le cadre d’une étude
systématique que nous avons réalisée en collaboration avec la
maternité du CHU de Nice. Cela confirme, si cela était encore
nécessaire, que même dans notre pays, plus de 50 % des femmes
enceintes sont carencées en iode ; une simple mesure de
supplémentation pourrait prévenir les troubles du développement
neurologique chez l’enfant. La prise en charge d’un couple désirant
un enfant, dont la mère est porteuse d’une hyperplasie congénitale
des surrénales, rassemble toutes les difficultés de cette situation
et illustre de façon historique comment se sont développées les
connaissances physiopathologiques et la prise en charge
multidisciplinaire à l’aide de la génétique moléculaire, du
diagnostic prénatal et des traitements in utero. Personne, mieux
que Yves Morel, Véronique Tardy et l’expérience lyonnaise
n’auraient pu clarifier cette situation et proposer une conduite à
tenir simple, précise et efficace. Enfin, les fausses couches
spontanées à répétition, idiopathiques, sont une situation
irritante depuis de nombreuses années. Les causes immunologiques
ont eu le vent en poupe. Aujourd’hui, les conséquences du syndrome
inflammatoire et les troubles de la coagulation sont sous les feux
de l’actualité. Pierre Marès nous fait part des travaux
passionnants de l’équipe nîmoise, impliquant l’homocystéine, qui
ouvre de nouvelles perspectives pour de nouveaux traitements.
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