ARTICLE
Auteur(s) : Tiao Virirak Kattygnarath, Jean-Marie
Antoine
Hôpital Tenon, service de Gynécologie-Obstétrique, 4, rue de la
Chine, 75020 Paris
L’International Federation of Fertility Societies (IFFS), fondée en
1968, rassemble des équipes de pays et de cultures différentes,
avec une représentation importante des pays en voie de
développement. L’IFFS se distingue en cela des congrès
« classiques » tels que l’ESHRE ou l’ASRM. Le congrès a
lieu tous les 3 ans et sa 18e session s’est
tenue cette année à Montréal.
Evidence-based infertility (Trilogie I)
Cette trilogie avait pour but de discuter des explorations à
faire chez un couple infertile.
HM. Behre (Allemagne) a souligné plusieurs points à propos de
l’évaluation de l’homme infertile. En ce qui concerne l’analyse de
sperme, la présentation des résultats devrait être standardisée
pour rendre les études comparables entre elles : les critères
de l’OMS constituent une base commune à laquelle devraient se
référer tous les laboratoires. Pour chaque prélèvement
testiculaire, il est nécessaire d’obtenir une analyse histologique,
afin de ne pas ignorer une néoplasie testiculaire. Enfin, la
fréquence d’anomalies génétiques en cas de sperme anormal justifie
dans de nombreux cas une analyse génétique (caryotype,
microdélétions du chromosome Y, mutation du gène CFTR).
JA. Collins (Canada) a traité des explorations à faire chez la
femme infertile. L’évaluation clinique doit en général commencer
après 12 mois d’exposition à la grossesse, 85 % des
couples sans pathologie ayant déjà conçu naturellement pendant cet
intervalle. Les explorations peuvent même commencer plus tôt dans
certaines circonstances, en cas d’aménorrhée ou chez les femmes de
plus de 35 ans notamment.
La progestérone en milieu de phase lutéale reste le meilleur
témoin de la présence d’un corps jaune. Un taux supérieur à
5 ng/mL est suffisant pour affirmer une ovulation sur le cycle
en question. Les tests de réserve ovarienne sont d’une sensibilité
et d’une spécificité limitées, selon les données du NICE [1].
Concernant les dysovulations de type III de l’OMS, un caryotype
doit être fait chez toutes les femmes de moins de 30 ans, afin
de détecter des mosaïques XY ou d’autres anomalies des gonosomes,
telles une translocation ou une délétion du bras court. Les
prémutations du syndrome de l’X fragile sont plus courantes chez
les femmes en insuffisance ovarienne. Pour les dysovulations de
type II de l’OMS (syndrome des ovaires polykystiques ou SOPK), les
critères établis par le consensus de Rotterdam [2] devraient
maintenant être utilisés de façon universelle.
Pour les pathologies tubaires, il préconise une évaluation
cœlioscopique d’emblée chez les patientes à risque. L’examen permet
de détecter la présence d’adhérences péritubaires et de lésions
d’endométriose. Par contre, chez les patientes sans facteur de
risque de pathologie tubaire, l’exploration devrait se limiter dans
un premier temps à une hystérographie et une sérologie de
Chlamydia. Enfin, s’agissant de l’endométriose, on sait
qu’elle est présente chez 5-10 % des patientes infertiles. Le
traitement des lésions par cœlioscopie augmente significativement
le taux de grossesses, avec statistiquement 1 naissance
vivante pour 12 cœlioscopies.
A. Templeton (UK) a parlé de l’infertilité inexpliquée et montré
qu’elle augmente de façon inattendue le taux de complications
obstétricales [3] : hématome rétroplacentaire (OR = 3,05),
pré-éclampsie (OR = 5,61) et césarienne (OR = 1,46). Un problème de
définition sème en fait la confusion sur le plan diagnostic et
thérapeutique. Peut-on qualifier d’inexpliquée l’endométriose
modérée ou la varicocèle avec sperme normal ? Les mêmes
explorations ne sont pas utilisées dans toutes les études pour
qualifier une infertilité « d’inexpliquée ». Leurs
résultats sont donc peu comparables. Le citrate de clomiphène
serait efficace (OR 2,37 vs placebo), mais entraîne un
risque de grossesse multiple [4]. Il est responsable d’un coût
global plus important que pour les gonadotrophines. La fécondation
in vitro (d’emblée ou après échec d’insémination intra
utérine (IIU)) est un traitement validé, bien que les chances de
succès globales ne semblent pas supérieures à celles des IIU
[5].
Evidence-based surgery (Trilogie II)
J. Evers (Pays-Bas) a abordé la question difficile du traitement
de l’endométriose. Les lésions visibles en cœlioscopie ne seraient
que la partie visible de l’iceberg et leur destruction qu’un
traitement partiel de la maladie. Après blocage médical, il existe
une réapparition fréquente des lésions après arrêt du traitement.
Pour une meilleure analyse, l’endométriose devrait être vue sous
deux aspects différents : douleurs pelviennes et infertilité.
Le traitement des douleurs est difficile : le traitement
médical n’est efficace que de façon temporaire, la chirurgie
représente le traitement de choix mais ne semble donner des
résultats que chez 1 patiente sur 3 dans son expérience.
Concernant l’infertilité, le traitement médical n’augmente pas le
taux de grossesses. Le traitement chirurgical a été évalué par deux
grandes études, l’une canadienne [6], l’autre italienne. On
retrouve un effet positif significatif mais limité [7] (OR
1,64 ; IC 95 % [1,05-2,57]). L’orateur a calculé que pour
obtenir une grossesse supplémentaire, il faudrait pratiquer
20 à 40 cœlioscopies avec ablation totale des implants
péritonéaux, associée à une adhésiolyse complète.
H. Déchaud (France) a présenté une revue de la littérature sur
le traitement chirurgical des pathologies tubaires. Peu d’études
ont un niveau de preuve élevé. Les résultats en terme de fertilité
dépendent de l’état tubaire, mais aussi de la formation du
gynécologue dans cette chirurgie spécialisée. Concernant la
reperméabilisation tubaire (1-2 % de demandes après ligature),
aucune étude prospective randomisée ne compare les résultats de la
cœlioscopie vs laparotomie. Les résultats semblent
similaires, mais la laparoscopie offre les avantages que l’on
connaît. Quant aux occlusions tubaires proximales pathologiques,
elles doivent être traitées préférentiellement par chirurgie
(laparotomie ou coelioscopie) plutôt que par cathétérisme tubaire.
Les adhérences péritubaires, quant à elles, sont au mieux évaluées
par un score. L’adhésiolyse augmente significativement le taux de
grossesses. H. Déchaud
a rappelé que la récidive postopératoire n’est évitée par aucun
agent anti-adhérence [8]. Concernant les phimosis tubaires, aucune
étude prospective n’a comparé la fimbrioplastie à la FIV d’emblée.
Il y a également peu de données concernant la voie d’abord
chirurgicale idéale (laparoscopie ou microchirurgie). Le traitement
de choix semble tout de même la fimbrioplastie par cœlioscopie,
moins invasive que la laparotomie. Une FIV est indiquée lorsqu’il
n’y a toujours pas de grossesse 12 mois après une chirurgie
tubaire réparatrice. Enfin, les hydrosalpinx diminuent de façon
certaine le taux d’implantation embryonnaire [9]. Sur quel critère
pratiquer la salpingectomie bilatérale ? On se base
classiquement sur les données de l’échographie, mais celle-ci ne
détecte que les hydrosalpinx à parois fines.
T. Falcone (USA) a présenté les innovations technologiques en
chirurgie : robots, analyse cognitive, télémédecine et
simulation chirurgicale.
Syndrome des ovaires polykystiques
RJ. Norman (Australie) a exposé les nouveaux critères
diagnostiques du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) du
consensus ASRM-ESHRE de Rotterdam [2]. Il a fait remarquer qu’ils
sont tirés d’études faites sur des populations occidentales en
général. Il n’est pas exclu qu’ils doivent varier si l’on tient
compte des populations du Moyen et Extrême-Orient.
L’étiologie du SOPK reste à ce jour obscure. On reconnaît le
rôle de deux facteurs majeurs, l’hyperandogénie et
l’hyperinsulinémie. Les cellules de la thèque en culture
maintiennent une surproduction d’androgènes malgré des doses
normales de gonadotrophines. Ces cellules sont porteuses
d’altérations intrinsèques de la stéroïdogenèse, surtout dans les
expressions des gènes impliqués. Des anomalies en aval seraient
également présentes, sur la 5-alpha-réductase ou l’aromatase. On
connaît également le rôle de l’hyperinsulinémie. Agissant sur le
foie, l’insuline inhibe la production du SHBG et IGFBP-1,
entraînant une augmentation de la biodisponibilité des androgènes.
L’IGF-1, quant à elle, aurait une action directe sur les cellules
de la granulosa et de la thèque.
B. Fauser (Pays-Bas) a parlé du traitement du SOPK. Les
anti-estrogènes représentent le traitement de choix. Le drilling
ovarien permet uniquement de réduire les réponses
multifolliculaires hors FIV [10]. Les données actuelles sur les
insulino-sensibilisants montrent une action favorable sur le taux
de grossesse [11]. La stimulation de l’ovulation en
step-down s’avère difficile en pratique et n'est maîtrisée
que par peu d’équipes. Les critères de réussite en stimulation de
l’ovulation dépendent de plusieurs critères prédéfinis, qui ont
fait l’objet de nomogrammes [12], afin d’adapter au mieux le
traitement au profil de la patiente (âge, poids,
ovulatoire/anovulatoire, hyperandrogénie).
À propos des risques à long terme du SOPK, E.Talbott (USA) a
présenté les chiffres d’une série de 244 cas comparés à
244 témoins. On observe à l’âge de 20 ans un taux de
LDL-cholestérol supérieur aux témoins, mais qui reste relativement
stable. À 40 ans, ce taux est le même chez les sujets témoins.
Par contre, le HDL-cholestérol, identique dans les deux groupes à
l’âge de 20 ans, devient nettement inférieur à l’âge de
40 ans chez les SOPK. Il en est de même pour l’athérosclérose
carotidienne, avec un risque supérieur à la population générale dès
45 ans. Le SOPK doit donc être considéré comme facteur de
risque cardio-vasculaire. Concernant le diabète type II, on sait
que ces patientes sont également à risque, avec déclaration à un
âge plus jeune que chez les autres sujets. L’équipe de Pittsburgh a
relevé 12,6 % vs 1,4 % de DNID sur une cohorte de
patientes âgées de 42-43 ans. Les patientes SOPK doivent donc
faire l’objet, en dehors de tout contexte de désir de grossesse,
d’une surveillance médicale rapprochée.
Ménopause : que faire de l’étude du Women Health
Initiative ?
À l’occasion d’une session plénière, I. Schiff (Boston, USA) a
réouvert le débat du traitement hormonal substitutif (THS) et de
l’étude du Women Health Initiative (WHI) [15]. Il rappelle que
l’augmentation du risque de pathologie coronarienne après
estrogénothérapie a historiquement été constatée surtout sur des
études observationnelles. Outre leur manque de puissance
statistique, leur principal écueil était celui de ne pas prendre
suffisamment en compte les femmes sans facteur de risque. Sous
l’impulsion de l’industrie pharmaceutique et de la Food and Drug
Administration (FDA) ont été débutées des études prospectives
comparatives randomisées. La première surprise est venue de la HERS
[13,14] qui montrait un risque augmenté dès les deux premières
années. À 5 ans cependant, aucune différence n’était
retrouvée, ce qui a poussé les investigateurs à vouloir poursuivre
l’étude, espérant observer une diminution du risque. L’étude de la
WHI a également montré une augmentation du risque cardiaque après
THS [15]. D’après I. Schiff, les divergences entre les études
prospectives et observationnelles peuvent s’expliquer par les
points suivants.
– Le healthy user effect : les études
observationnelles ne prennent en compte qu’une partie des
utilisatrices non porteuses de facteurs de risque, mais ce biais
n’aurait eu qu’un effet minime n’expliquant pas les différences
observées.
– Une différence dans la compliance au traitement :
celle-ci était probablement meilleure chez les patientes ayant des
facteurs de risques, en plus grand nombre dans les études
observationnelles. Cette explication n’est que partielle également,
puisque l’on n’observe pas de divergence de résultats pour d’autres
pathologies (accidents vasculaires cérébraux par exemple).
– Les études observationnelles n’ont en général évalué les
femmes qu’après 2 ans de traitement, avec une très probable
perte d’information quant au développement de pathologies durant
cette première période de traitement.
– On remarque une différence entre les deux types d’études,
tant dans le protocole de traitement (THS combiné en continu
vs séquentiel), que sur le BMI (24,3 dans la Nurses
Health Study [16] et 28,5 dans l’étude de la WHI). On peut
supposer que l’effet protecteur sur les pathologies coronariennes
n’intervient que sur des patientes à BMI faible.
Concernant le cancer du sein, la WHI confirme les résultats
d’études précédentes, mais suggère une augmentation du risque plus
précoce (3 ans vs 5 ans pour la Nurses Health
Study).
Enfin, l’estrogénothérapie a largement démontré son efficacité
dans la prévention de l’ostéoporose, mais au vu des effets
indésirables préalablement discutés, l’utilisation d’autres
thérapeutiques est préférable, avec un meilleur rapport
bénéfice/risque.
Après une longue analyse statistique, l’orateur suggère que l’on
puisse proposer le THS aux patientes qui le désirent (en général
pour l’amélioration de la qualité de vie), à condition qu’elles
soient entièrement conscientes du risque encouru. On retrouve ici
le concept « d’autonomie de la patiente » cher aux
Nord-Américains. Selon I. Schiff, l’Evidence-Based
Medicine ne doit rester qu’un outil et non une fin en soi, afin
de proposer le meilleur traitement à la patiente, qui sera d’autant
plus sûr et efficace s’il existe une bonne collaboration
médecin-malade.
Cellules souches embryonnaires
Encore interdite en France, la recherche sur l’embryon humain
est tolérée dans de nombreux pays.
B. Reubinoff (Israël) a discuté des problèmes techniques actuels
limitant l’utilisation des cellules souches embryonnaires humaines.
Ces cellules sont porteuses d’espoir pour de nombreuses
pathologies. Elles permettraient des transplantations de tissu,
cultures de tissu et des thérapies géniques. Cependant, de
nombreuses difficultés ne sont pas encore maîtrisées à l’heure
actuelle. La culture de cellules souches pluripotentes se heurte à
un certain degré d’autodifférenciation empêchant l’obtention d’un
stock purifié de cellules souches. Par ailleurs, des
difficultés persistent pour obtenir des cohortes spécifiques de
chaque tissu. Ceci pourrait être résolu par une connaissance plus
approfondie des voies de signalisation intracellulaire dépendant
des facteurs de croissance. Par ailleurs, se pose comme pour toute
transplantation la question du rejet de greffe, bien les cellules
souches aient une faible expression du MHC I. Ceci pourrait être
contourné par un lignée MHC-knock-out afin d’améliorer la
tolérance immunitaire. On se heurte également à l’apparition de
tumeurs, notamment de tératomes, chez le sujet receveur. Ainsi,
malgré des perspectives séduisantes, de nombreux problèmes
persistent, y compris éthiques.
Cette session 2004 a également été l’occasion d’une
passation de pourvoir entre RD. Kempers, ancien président, et B.
Hédon (Montpellier), actuel président de l’IFFS. La prochaine
réunion est prévue pour 2007 à Durban en Afrique du Sud.
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