ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Noël Hugues, Viriak Kattygnarath,
Isabelle Cédrin-Durnerin
Service de Médecine de la Reproduction, Hôpital Jean-Verdier,
AP-HP, Av du 14 Juillet, 93143 Bondy, France
La fécondation in vitro (FIV) a connu, au début des années
1990, un regain d'intérêt qui a tenu principalement au
développement considérable de la micro-injection de spermatozoïdes
dans l'ovocyte in vitro (ICSI : Intracytoplasmic
sperm injection), technique révolutionnaire pour la prise en
charge de l'infertilité masculine. Parallèlement, les protocoles
d'induction d'ovulation en vue de recueil d'ovocytes ont évolué
durant la dernière décennie, visant globalement à diminuer les
risques de complications et à améliorer le confort général des
patientes. Cette évolution concerne en premier lieu les protocoles
utilisant les analogues du GnRH : les agonistes du GnRH tout
d'abord qui, bien que classiquement utilisés, ont connu quelques
adaptations de posologie, principalement chez les patientes faibles
répondeuses à la stimulation standard. Mais l'évolution la plus
significative a été incontestablement le développement clinique des
antagonistes du GnRH, beaucoup plus récent. En effet, bien que ces
molécules aient été synthétisées dès le début des années 80, leurs
effets secondaires indésirables les ont rendues longtemps inaptes à
la pratique clinique. Ce n'est qu'au début du nouveau millénaire
que la troisième génération d'antagonistes, mieux tolérée, a été
développée en vue d'une utilisation en clinique humaine. Ces
molécules ont incontestablement bouleversé les schémas classiques
de l'induction d'ovulation et sont à l'origine d'une petite
révolution dans le milieu de la FIV, tant les repères classiques du
développement folliculaire ont dû être revisités. Ils ont ouvert la
voie au concept de stimulations plus douces ou mild
stimulations, dans le but, certes, de réduire le risque
d'hyperstimulation mais, également, d'améliorer la qualité des
ovocytes et des embryons et, par conséquent, d'optimiser les
chances d'implantation.
L'utilisation thérapeutique des hormones recombinantes, rendue
possible grâce à l'application des techniques de recombinaison
génétique, constitue la deuxième évolution majeure de la dernière
décennie. Outre une meilleure efficacité et une plus grande
sécurité dans l'administration des gonadotrophines, ce
développement des hormones recombinantes a permis de disposer
d'hormones spécifiques (rFSH, rLH, rhCG) qui peuvent être
dorénavant utilisées de manière plus ajustée aux objectifs de la
stimulation.
Les protocoles utilisant les agonistes du GnRH
Bien qu'issus du même principe de modification de la structure
chimique du GnRH natif, les agonistes du GnRH, à la différence des
antagonistes, ont connu un essor clinique considérable dès le
milieu des années 80. Leur intérêt dans le cadre de la stimulation
pour la FIV a été largement démontré, principalement dans la
prévention du pic endogène de LH. Dans la population générale, le
protocole dit long, c'est-à-dire associant successivement une
désensibilisation hypophysaire avec mise au repos fonctionnelle des
ovaires puis une stimulation ovarienne par les gonadotrophines
exogènes, a été de loin le plus utilisé par les équipes cliniques.
Sensiblement différent, le protocole dit court combine dans la même
période l'effet initial de libération des gonadotrophines endogènes
induit par les premières injections d'agonistes du GnRH (effet
flare-up), relayé immédiatement par les gonadotrophines
exogènes. Ce protocole, potentiellement plus puissant, a été plus
particulièrement réservé aux patientes de plus de 38 ans qui
ont habituellement une réponse ovarienne plus faible (figure 1).
Durant les années 90, quelques aménagements ont été proposés
pour chacun de ces protocoles et ont reposé principalement sur le
principe d'une réduction des doses d'agonistes du GnRH
administrées. Ils relevaient de la même préoccupation :
réduire un potentiel effet délétère des agonistes du GnRH sur la
fonction ovarienne. Il existe, en effet, y compris chez la femme,
des données témoignant de la présence de récepteurs du GnRH dans
l'ovaire (cf. revue) [1]. De plus, des concentrations non
négligeables d'agonistes du GnRH ont été mesurées dans le fluide
folliculaire prélevé au moment de la ponction folliculaire [2, 3].
Néanmoins, les données de la littérature sur d'éventuels effets
néfastes des agonistes sur la fonction ovarienne sont très
contradictoires, qu'il s'agisse de la stéroïdogenèse, de la
folliculogenèse ou de l'ovogenèse (cf. revue) [1]. De plus,
la plupart d'entre elles relèvent de travaux in vitro dont
l'extrapolation à la clinique humaine n'est pas évidente. L'effet
le moins contestable en pratique clinique est la nécessité
d'administrer des doses plus importantes de gonadotrophines
exogènes que lors des protocoles n'utilisant pas d'agonistes du
GnRH [4, 5]. Même si l'on admet dans le cadre des protocoles longs
que la mise au repos fonctionnelle des ovaires préalable à la
stimulation explique en soi le besoin de plus fortes doses de
gonadotrophines, le mécanisme exact n'en est pas connu. Dans ce
contexte, une réduction des doses d'agonistes du GnRH,
principalement chez les patientes répondant insuffisamment à la
stimulation par les gonadotrophines (dites mauvaises répondeuses),
paraissait logique. Cette adaptation posologique a été proposée
pour les protocoles longs pour lesquels la désensibilisation
précède la stimulation mais également pour les protocoles
courts.
Dans le cadre des protocoles longs, le groupe de Ben Rafael [6]
a proposé, chez des patientes faibles répondeuses, une réduction
des doses de triptoréline (de 0,1 mg/j à 0,05 mg/j) dès
la période de désensibilisation, avec des résultats assez probants
sur la réponse ovarienne et sur le nombre d'ampoules de
gonadotrophines exogènes utilisées. Des résultats proches ont été
rapportés chez des femmes qui ne présentaient pas d'insuffisance
ovarienne [7]. Enfin, il a même été proposé d'interrompre
l'administration de l'agoniste du GnRH dès que la désensibilisation
hypophysaire a été obtenue, sans que la survenue d'un pic de LH
endogène ne vienne grever le pronostic du cycle [8].
De la même manière, certains auteurs [9-11] ont montré que
l'utilisation de mini-doses d'agonistes du GnRH en protocole court
permettait d'améliorer significativement la réponse de l'ovaire aux
gonadotrophines exogènes. Ainsi, la réduction des doses d'agoniste
du GnRH, même si elle diminue l'intensité du flare-up qui
est dose-dépendant, paraît être bénéfique pour la réponse ovarienne
aux gonadotrophines exogènes. Cependant, nous avons montré que
l'interruption de l'administration quotidienne de 0,1 mg de
triptoréline au septième jour d'un protocole court pouvait avoir un
effet néfaste en provoquant une réduction immédiate et très marquée
de la LH endogène circulante, nécessitant ainsi l'administration de
doses plus importantes de gonadotrophines exogènes [12]. Cet effet,
attribué à la période réfractaire hypophysaire qui précède sa
reprise fonctionnelle après la désensibilisation, nous conduit à
recommander la poursuite de l'administration de l'agoniste durant
toute la phase de stimulation, du moins chez les patientes
potentiellement faibles répondeuses.
Ces adaptations, bien que mineures en apparence, posent la
question plus fondamentale et non encore complètement élucidée des
effets extra-hypophysaires des agonistes du GnRH. Si des effets
délétères ovariens ont conduit aux réductions posologiques décrites
ci-dessus, il semble également nécessaire de s'interroger sur les
effets, cette fois potentiellement bénéfiques, des agonistes du
GnRH sur le développement embryonnaire et sur l'endomètre où des
récepteurs du GnRH ont été identifiés [13]. Une étude récente a en
effet montré que la poursuite de l'agoniste du GnRH en phase
lutéale permettait d'améliorer le taux d'implantation embryonnaire
[14]. Le débat reste donc ouvert sur les avantages et les
inconvénients respectifs des agonistes du GnRH. Il est clairement
réactualisé ce jour avec l'avènement des antagonistes du GnRH,
comme nous le verrons ci-dessous.
Retenons cependant que les agonistes ont globalement apporté
durant cette dernière décennie des avantages incontestables, tant
dans la sécurité par rapport au risque de pic endogène de LH que
dans l'amélioration du recrutement folliculaire et des taux de
grossesse.
Les antagonistes du GnRH
Comme les agonistes du GnRH, les antagonistes du GnRH
appartiennent à la famille des analogues du GnRH, mais ils s'en
différencient par leur structure et leur mécanisme d'action. En
effet, ils ont été obtenus par substitution d'acides aminés en
position 2 et 3, sites de l'activité biologique de la molécule
native de GnRH. De ce fait, les antagonistes du GnRH agissent par
compétition avec le GnRH endogène et, à la différence des
agonistes, ont un effet de blocage immédiat de la sécrétion
gonadotrope. Bien que potentiellement très attractifs pour la
pratique clinique, les antagonistes du GnRH n'ont pu être utilisés
en clinique humaine que récemment car les premières molécules
présentaient une mauvaise tolérance liée à leur effet
histamino-libérateur. La troisième génération, mieux tolérée, a été
commercialisée au début des années 2000. Il existe actuellement
deux molécules sur le marché : le cétrorelix (Cetrotide®,
laboratoire Serono SA, Boulogne) disponible sous 2 posologies
(0,25 mg et 3 mg) et le ganirelix 0,25mg (Orgalutran®,
laboratoire Organon, Neuilly-sur-Seine). Ces molécules sont
actuellement de plus en plus utilisées car elles présentent de
nombreux avantages. Néanmoins, leur utilisation dans le cadre de la
FIV a conduit à revoir les schémas traditionnels de la stimulation
ovarienne, notamment des critères hormonaux du déclenchement de
l'ovulation.
Mécanismes d'action et caractéristiques
pharmacologiques
Les antagonistes de la GnRH agissent par inhibition compétitive
du GnRH au niveau des récepteurs hypophysaires, permettant une
diminution rapide et réversible des gonadotrophines endogènes, avec
une action prédominante sur la sécrétion de LH. Leurs
caractéristiques pharmacocinétiques et pharmacodynamiques ont été
tout d'abord étudiées sur des sujets sains en période
pré-ménopausique [15, 16]. On observe principalement une forte
diminution de la LH plasmatique, jusqu'à – 84 % de
la sécrétion basale après administration de cétrorelix 3 mg
par voie sous-cutanée (SC). Le nadir est atteint en 10 heures
en moyenne. Les antagonistes présentent ainsi des caractéristiques
pharmacologiques avantageuses, avec une action rapide, efficace et
réversible sans effet flare-up, à la différence des
agonistes.
Comme nous l'avons indiqué préalablement, la question d'un
éventuel effet sur les tissus extra-hypophysaires, notamment sur
l'ensemble de l'appareil génital féminin, reste posée. En effet,
des récepteurs de la GnRH sont exprimés sur les ovaires mais
également sur le complexe cumulo-ovocytaire, l'endomètre, le
myomètre, la trompe, enfin sur la zone pellucide, voire même sur
l'embryon. La mise en évidence d'un effet facilitateur du GnRH sur
ces cellules ont conduit à évoquer un possible effet délétère des
antagonistes [18], en particulier sur l'implantation bien qu'il n'y
ait plus d'antagoniste détectable dans le sérum au jour du
transfert embryonnaire [19]. Ces effets potentiellement délétères
des antagonistes du GnRH pourraient participer au plus faible taux
de grossesse initialement rapporté [20]. Cependant, aucun lien de
cause à effet n'a pu être formellement établi et les taux de
grossesse actuellement rapportés paraissent équivalents à ceux
obtenus avec les agonistes du GnRH.
Utilisation clinique
Choix des doses
Dès 1991, les premiers essais furent réalisés en utilisant le
Nal-Glu, antagoniste de deuxième génération. L'objectif était de
définir la dose efficace à la prévention du pic endogène de LH dans
des cycles de FIV [21, 22]. Depuis l'apparition des molécules de
troisième génération (cétrorelix et ganirelix), des études ont été
effectuées pour trouver la dose optimale en termes de taux de
grossesse avant leur mise sur le marché.
Deux études de dose ont concerné le cétrorelix. La première a
comparé l'efficacité de faibles doses quotidiennes (0,1 ; 0,25
et 0,5 mg) [23]. Une excellente prévention du pic de LH et un
meilleur taux de clivage embryonnaire ont été observés avec la dose
de 0,25 mg. La deuxième a étudié le cétrorelix en
administration unique, comparant l'efficacité de 3 mg et
2 mg, administrées au 8e jour du cycle. La seule
différence observée a été une inhibition plus longue et plus
efficace du pic de LH avec la dose de 3 mg mais il n'a pas été
observé de différence en terme de grossesse [24].
Concernant le ganirélix, une véritable étude de dose
multicentrique randomisée et en double aveugle a été réalisée en
1998, comparant l'efficacité de différentes doses :
0,0625 ; 0,125 ; 0,25 ; 0,5 ; 1 et 2 mg
[19]. L'injection quotidienne de ganirelix a été débutée au
septième jour de la stimulation. Dans le groupe ganirelix
0,25 mg (qui permet d'obtenir des taux plasmatiques de
1-4 mg/l), seule une patiente sur 69 présentait un taux
plasmatique de LH > 10 UI/l lors du
déclenchement, indiquant que cette dose est nécessaire et
suffisante pour inhiber efficacement, dans l'immense majorité des
cas, le pic de LH. Par ailleurs, cette dose permet d'avoir les
meilleurs résultats, notamment sur le taux de grossesse (tableau 1). Ainsi existe-t-il un large
consensus pour la prescription d'une dose quotidienne de
0.25 mg ou d'une dose unique de 3 mg.
Tableau 1. Résultats
comparés des différentes doses de ganirelix lors de l'essai
clinique du Ganirelix Dose Finding Study Group [19].
|
0,0625 |
0,125 |
0,25 |
0,5 |
1 |
2 |
| Ovocytes à la
ponction |
9,0 ± 5,7 |
9,5 ± 5,5 |
10,0 ± 5,4 |
8,8 ± 6,6 |
9,3 ± 6,0 |
8,6 ± 4,4 |
| Embryons |
5,4 ± 3,6 |
5,9 ± 4,3 |
5,4 ± 4,4 |
4,6 ± 4,2 |
5,3 ± 3,9 |
4,9 ± 3,7 |
| Embryons de bonne
qualité |
3,8 ± 2,8 |
3,3 ± 2,6 |
3,3 ± 3,0 |
2,5 ± 2,7 |
3,3 ± 2,7 |
3,5 ± 3,7 |
| Taux
d'implantation (%) |
14,2 |
16,6 |
21,9 |
9,0 |
8,8 |
1,5 |
| Taux de FCS |
0 |
3,3 |
1,6 |
3,7 |
8,5 |
13,0 |
| précoce/transfert
(%) |
(0/27) |
(2/60) |
(1/62) |
(2/54) |
(5/59) |
(3/23) |
| Taux de grossesse
avec activité cardiaque |
|
|
|
|
|
|
| par
tentative (%) |
23,3 |
26,2 |
36,8 |
11,6 |
14,1 |
3,8 |
|
(7/30) |
(17/65) |
(25/68) |
(8/69) |
(9/64) |
(1/26) |
| par
transfert (%) |
25,9 |
28,3 |
40,3 |
14,8 |
15,3 |
4,3 |
|
(7/27) |
(17/60) |
(25/62) |
(8/54) |
(9/59) |
(1/23) |
| Taux de grossesse
évolutive > 12 SA |
|
|
|
|
|
|
| par
tentative (%) |
23,3 |
23,1 |
33,8 |
10,1 |
14,1 |
0 |
|
(7/30) |
(15/65) |
(23/68) |
(7/69) |
(9/64) |
(0/26) |
| par
transfert (%)} |
25,9 |
25,0 |
37,1 |
13,0 |
15,3 |
0 |
|
(7/27) |
(15/60) |
(23/62) |
(7/54) |
(9/59) |
(0/23) |
Protocoles
Comme indiqué sur la figure 2, il existe
2 schémas d'utilisation des antagonistes. Ils sont ainsi
utilisés soit à faible dose avec injections quotidiennes multiples
(0,25 mg) soit à dose forte et unique car à action prolongée
(3 mg), au cours d'une stimulation par gonadotrophines
exogènes de type FSH ou HMG. Dans le schéma classique, les
injections de gonadotrophines sont débutées au début d'un cycle
spontané. Selon les protocoles initialement décrits, les
antagonistes sont introduits le 6e jour de la
stimulation (7e jour pour la dose unique) et les
injections quotidiennes sont poursuivies jusqu'au déclenchement de
l'ovulation. En cas de l'utilisation de dose unique (cetrorelix
3 mg), l'injection permet d'inhiber le pic de LH pendant
4 jours, tout jour supplémentaire de stimulation nécessitant
une injection de 0,25 mg.
Efficacité globale
Une méta-analyse de la Cochrane Database [20] parue en
2002 regroupe les données des 5 premiers essais
randomisés comparant l'efficacité des protocoles avec antagonistes
à celle du protocole gold standard actuel, le protocole long
avec agoniste du GnRH. Ces études utilisaient des doses de
0,25 mg de ganirelix ou de cetrorelix, à l'exception d'une
étude où une dose unique de cetrorelix 3 mg a été utilisée.
Cette analyse a concerné 1 796 patientes, 1 211 en
protocole antagoniste et 585 en protocole agoniste. Les résultats
sont présentés dans le tableau 2.
L'utilisation des antagonistes permet de diminuer la dose de
gonadotrophines exogènes, du fait probablement de l'absence de
désensibilisation hypophysaire préalable. Les taux de grossesse
sont légèrement plus faibles dans le groupe antagoniste, phénomène
expliqué en partie par le plus faible nombre d'ovocytes obtenus à
la ponction. Cependant, les études les plus récentes tendent à
conclure que le taux de grossesse est identique avec les protocoles
agonistes et antagonistes, du moins pour les équipes qui ont acquis
une certaine expérience dans l'utilisation des antagonistes
[25-26].
Tableau 2. Résultats de la
méta-analyse de la Cochrane Database [20].
| |
Oddsratio |
Intervalle
de confiance à 95 % |
|
| Nbe d'ampoules de
gonadotrophines (amp. 75UI) |
– 3,34 |
– 5,29 à – 1,47 |
|
| Durée de la stimulation
(j) |
1,12 |
– 1,45 à – 0,8 |
ns |
| Taux d'œstradiol à J HCG
(pg/mL) |
– 570,25 |
– 662,95 à – 477,54 |
| Nombre d'ovocytes à la
ponction |
– 1,86 |
– 2,47 à – 1,25 |
|
| Pic prématuré de LH |
1,76 |
0,75 à
4,16 |
ns |
| Annulations |
0,88 |
0,56 a
1,40 |
ns |
| Grossesses cliniques par
tentative |
0,79 |
0,63 à
0,99 |
|
| Grossesses cliniques par
ponction |
0,77 |
0,61 a
0,96 |
|
| Grossesses cliniques par
transfert |
0,76 |
0,60 à
0,97 |
|
| FCS |
1,03 |
0,52 à
2,04 |
ns |
| Grossesse multiple |
0,74 |
0,48 à
1,16 |
ns |
| HSO sévère |
0,47 |
0,18 à
1,25 |
ns |
ns = non significatif. FCS = fausse couche
spontanée.
Avantages des antagonistes de la GnRH
L'utilisation des antagonistes présente de nombreux avantages,
que ce soit en termes de confort, de risque ou de coût.
Confort pour la patiente
L'utilisation des antagonistes permet un gain évident de confort
pour les patientes, du moins si l'on compare un protocole
antagoniste avec le protocole classique utilisant l'administration
quotidienne d'un agoniste du GnRH. En effet, ils permettent une
diminution du nombre d'injections en supprimant la première phase
de mise au repos des ovaires, réduisant ainsi la durée d'injection
à une dizaine de jours (par rapport aux 4 semaines du
protocole par agoniste). L'absence de mise au repos des ovaires a
également pour avantage la disparition des symptômes liés au
blocage hypophyso-ovarien : bouffées de chaleur, sécheresse
vaginale, diminution de la libido et dyspareunie. Les effets
secondaires propres des antagonistes sont minimes, à type de
réactions légères et transitoires au site d'injection (érythème,
démangeaisons, réaction œdémateuse). Les réactions systémiques
peuvent être à type de céphalées ou nausées, voire sensations
vertigineuses, asthénie et malaises, mais ces effets sont peu
fréquents (< 1 %). Les antagonistes présentent ainsi
beaucoup moins d'effets secondaires et une meilleure tolérance que
les agonistes de la GnRH [27].
Risques liés à la stimulation ovarienne
Certaines études rapportent une diminution des syndromes
d'hyper-stimulation ovarienne (HSO) au décours des cycles stimulés
par les antagonistes [28], bien que la diminution des cas d'HSO
sévère ne soit pas statistiquement démontrée dans la méta-analyse
[20]. Il est probable, bien que non démontré, que cette diminution
de la fréquence de l'HSO soit liée à la moindre stimulation
ovarienne, comme en atteste le taux plasmatique plus faible
d'œstradiol le jour du déclenchement. Une application immédiate
pourrait être leur utilisation dans les cas d'ovaires
polykystiques, source majeure d'HSO. Cette perspective est d'autant
plus séduisante que les protocoles antagonistes ont réouvert la
voie du déclenchement de l'ovulation par un agoniste de la GnRH. En
effet, l'idée de déclencher par un agoniste avait été abandonnée
avec l'utilisation des protocoles agonistes qui provoquent une
désensibilisation de l'hypophyse qui devient réfractaire à l'effet
du GnRH. Tel n'est pas le cas avec l'usage des antagonistes dont
l'affinité pour les récepteurs du GnRH est plus faible que celle
des agonistes et qui peuvent, par conséquent, être déplacés des
récepteurs à condition d'injecter une forte dose d'agoniste.
Celle-ci permet une libération aiguë de LH reproduisant un pic
ovulatoire efficace bien que de durée plus brève que celui obtenu
par l'injection d'HCG [29-31]. Ce type de déclenchement présente
plusieurs avantages : (1) une maturation finale des follicules
plus physiologique avec un pic simultané de LH et de FSH, (2) une
réduction des syndromes de non-rupture folliculaire (LUF syndrome),
(3) une réduction du risque d'HSO, (4) une absence d'interférence
de l'hCG exogène avec le test de grossesse [31]. Ce type de
déclenchement n'est pas encore fréquemment utilisé et son intérêt
pour réduire le risque d'HSO doit être confirmé sur des séries plus
larges.
Coût global
Une analyse de coût en matière de FIV est toujours un exercice
délicat. Elle exige de dresser une liste exhaustive de nombreux
paramètres : le prix des médications certes, mais aussi le
coût des consultations, des examens échographiques et hormonaux,
des soins infirmiers, des conséquences sur la vie professionnelle,
des accidents de la stimulation (HSO en particulier). Dans le cas
présent, les coûts induits par la surveillance et des accidents de
la grossesse et de l'accouchement ne sont pas pris en compte car il
n'y a pas de raison de penser qu'ils soient différents. Bien que
nous manquions du recul nécessaire, nous pouvons faire une première
approximation sur la base des données fournies dans la méta-analyse
[20]. La réduction du nombre d'injections des analogues est
clairement à l'avantage des antagonistes mais leur coût supérieur
réduit l'avantage financier. La nécessité de doses plus faibles de
gonadotrophines et le moindre nombre d'examens de surveillance sont
les facteurs les plus apparents de réduction des coûts. Il est
encore prématuré de conclure, même si cette première évaluation
plaide en faveur d'un coût inférieur pour les cycles de FIV avec
antagoniste du GnRH.
Des ajustements à venir
La mise sur le marché des antagonistes est récente et
l'expérience des cliniciens reste encore limitée. Ainsi, la période
de learning curve est encore de mise pour de nombreux
centres d'assistance médicale à la procréation. Bien que leur
potentiel d'utilisation soit certain, l'utilisation optimale des
antagonistes nécessite encore de nombreux ajustements. En effet, de
nombreuses questions restent posées : elles concernent
notamment les conséquences de la déplétion en LH endogène qu'ils
induisent en fin de phase folliculaire, le choix de la date
d'administration à partir des critères de stimulation, ainsi que
les modalités de programmation des cycles.
Conséquences de la déplétion en LH endogène en phase
folliculaire tardive
L'administration d'un antagoniste induit souvent une diminution
des taux plasmatiques d'œstradiol, liée à une chute rapide et
profonde de la LH et, à un moindre degré, de la FSH plasmatique. De
ce fait, les repères hormonaux classiques de déclenchement
d'ovulation sont différents. En effet, la baisse de l'œstradiol
plasmatique est d'environ 25 % selon les données des études
pharmacodynamiques. Bien qu'on ne constate pas de rupture dans la
cinétique de croissance des follicules en développement, il existe
probablement une atrésie des petits follicules qui pourrait
contribuer à la réduction du risque d'HSO, par diminution de
substances vaso-actives. Quelles sont les conséquences de la chute
de la LH et de l'œstradiol plasmatiques en termes de qualité
ovocytaire et embryonnaire
? Il est difficile de le dire car les connaissances
physiologiques sont limitées. Une manière indirecte de répondre à
cette question est d'examiner les effets de l'adjonction de LH
exogène, sous forme de HMG ou de LH recombinante. Il a été démontré
qu'une dose quotidienne de 75 UI de LH est indispensable dans
les cas d'hypogonadisme hypogonadotrope [33] mais ce modèle n'est
pas comparable à la situation induite par les antagonistes. Une
seule étude [34] a comparé l'utilisation de l'HMG et de la FSH
recombinante dans un protocole antagoniste (cetrorelix 3 mg).
Aucune différence significative n'a été observée entre les deux
groupes, qu'il s'agisse du taux d'œstradiol plasmatique, du nombre
d'ovocytes ou d'embryons, ou du taux de grossesse. Dans une étude
prospective randomisée pour l'adjonction de LH recombinante, les
résultats préliminaires montrent que l'adjonction de LH améliore le
taux plasmatique d'œstradiol sans changer significativement les
taux de grossesse [35].
Début de l'administration de l'antagoniste
Dans les études initiales, les antagonistes ont été introduits à
jours fixes, au 6e jour de la stimulation pour les
protocoles à doses multiples et au 7e pour les
protocoles à dose unique. Il n'existe pourtant pas d'arguments
définitifs pour initier l'administration d'antagoniste à jours
fixes dans la mesure où seule la prévention d'un pic de LH endogène
importe. Une étude récente [36] a comparé les conséquences d'une
administration à jour fixe de cetrorelix 0,25 mg à une
approche plus personnalisée, adaptée à la maturation ovarienne. En
effet, l'administration de l'antagoniste (dose unique ou multiple)
était débutée sur un critère échographique, c'est-à-dire quand un
follicule d'au moins 14 mm de diamètre était présent. Les
auteurs rapportent une amélioration significative du nombre
d'ovocytes dans le groupe bénéficiant d'un protocole personnalisé.
Ces résultats demandent confirmation mais il semble que le schéma
classique d'administration des antagonistes du GnRH puisse être
avantageusement révisé.
Programmation
Un des reproches faits aux protocoles antagonistes a été que la
stimulation ovarienne débute en cycle spontané, ce qui ne permet
pas de programmation de la ponction ovarienne en jour ouvrable. Il
est néanmoins possible de proposer une programmation des cycles
grâce à un pré-traitement par pilule œstro-progestative,
progestative seule ou par des œstrogènes naturels. Cette approche
permet de profiter de l'effet rebond des gonadotrophines endogènes
à l'arrêt du pré-traitement, mimant ainsi l'effet flare-up
des agonistes en protocole court.
Les œstroprogestatifs de synthèse provoquent par leur composante
œstrogénique un blocage de la sécrétion de FSH, avec un rebond
maximum au 7e jour du PFI (pill-free interval),
simulant celui observé physiologiquement lors de la transition
lutéo-folliculaire. Ce rebond peut bien sûr être mis à profit dans
les situations où la réponse ovarienne risque d'être insuffisante.
Bien que de nombreux cycles soient actuellement programmés avec les
œstroprogestatifs, la période optimale séparant l'arrêt de la
pilule et le début de la stimulation ovarienne n'est pas clairement
définie (3 ou 5 jours).
Les progestatifs seuls, en particulier la noréthistérone qui est
le plus antigonadotrope, ont été utilisés pour la programmation des
cycles stimulés par le citrate de clomiphène et les
gonadotrophines, et pour celle des protocoles agonistes courts.
Cependant, les progestatifs sont plus inhibiteurs de la LH que de
la FSH, ce qui explique l'absence de rebond très significatif en
FSH à l'arrêt de la noréthistérone [37].
À l'inverse, les œstrogènes naturels permettent d'obtenir un
rebond rapide et significatif de la FSH et des études sont
actuellement en cours pour juger de l'intérêt de ce type de
programmation.
Le concept de friendly IVF et de mild stimulation
La fécondation in vitro en cycle spontané a été proposée
pour limiter les risques de grossesses multiples. Cette approche a
été abandonnée du fait du nombre important d'annulations
(30 %), liées à la survenue de pic prématuré de LH endogène.
La mise sur le marché des antagonistes de la GnRH a permis de
réaliser des cycles spontanés en totale sécurité et avec des taux
de grossesse satisfaisants. Proche du concept de cycles spontanés
[38], les stimulations a minima, avec utilisation de faibles
doses de gonadotrophines et/ou de citrate de clomifène [39, 40] ont
trouvé un certain écho chez les cliniciens conscients que la
qualité des ovocytes et les chances de grossesse ne sont pas
corrélées à l'intensité de la stimulation. L'introduction du
cetrorelix (0,25 ou 3 mg) après obtention d'un follicule de
14 mm sur cycle spontané a permis d'obtenir des résultats
satisfaisants [39]. Ces concepts de friendly IVF et de
mild stimulation méritent à l'évidence d'être mieux
évalués.
Ainsi, l'utilisation récente des antagonistes du GnRH a fait
évoluer radicalement la conduite de la stimulation ovarienne en vue
de la FIV. Les adaptations actuelles montrent qu'il s'agit d'un
modèle thérapeutique encore en pleine évolution. Alors que son
efficacité doit être mieux précisée, il a dès à présent permis de
faire évoluer la conduite et les objectifs des stimulations et
d'améliorer le confort des patientes.
L'ère nouvelle des hormones recombinantes
L'extraction et la concentration des gonadotrophines (FSH et LH)
issues des urines de femmes ménopausées ont permis d'assurer,
pendant les 4 dernières décennies, la production des
gonadotrophines exogènes utilisées en clinique humaine. L'immense
service qu'ont rendu les hormones d'origine urinaire ne doit pas
masquer les imperfections de ces produits, même récemment
purifiés : faible fiabilité du matériel d'origine urinaire,
liée à l'extrême hétérogénéité protéique et au risque viral, mais
surtout, très grande variabilité du produit fini d'un lot à
l'autre, comme l'ont montré les analyses chromatographiques. Le
développement des techniques de recombinaison génétique a permis la
production des hormones gonadotropes, molécules complexes de par
leur nature glycoprotéique, nécessitant le recours à des cellules
de mammifères (cellules ovariennes CHO de hamster chinois) pour
assurer la glycosylation finale des chaînes peptidiques.
La FSH a été la première hormone gonadotrophique produite par
génie génétique (rhFSH). Il existe actuellement deux molécules sur
le marché : la follitropine α (Gonal F®, laboratoire Serono
SA, Boulogne) et la follitropine β (Puregon®, laboratoire Organon,
Neuilly-sur-Seine). D'une extrême pureté, le profil iso-électrique
de la FSH recombinante est sensiblement plus basique que celui de
l'hormone d'origine urinaire, ce qui lui confère une demi-vie plus
brève et une activité biologique in vitro plus marquée [41].
In vivo, l'activité biologique est toujours à ce jour
évaluée par le test de Steelman-Pohley [42] dont la sensibilité est
insuffisante pour comparer des variations mineures d'une activité
biologique et qui, du fait des marges considérables admises par la
pharmacopée européenne, conduit à la mise sur le marché de lots
extrêmement hétérogènes (de 48 à 117 UI dans un lot étiqueté
75 UI). C'est la raison pour laquelle le calibrage des lots de
FSH recombinante selon un référent pondéral (gonal F® filled by
mass) tend à remplacer le mode classique des unités
internationales [43].
Les études cliniques comparant l'efficacité et la sécurité de la
FSH recombinante et de la FSH urinaire purifiée ont été publiées
dès 1997 [44-47]. Toutes ces études étaient prospectives mais une
seule fut réalisée en double aveugle [46]. Elles tendent dans
l'ensemble à démontrer la supériorité de la FSH recombinante en
termes de nombres d'ovocytes recueillis et d'efficacité, puisque
des doses moindres de FSH étaient nécessaires pour une période
d'administration plus courte. Les taux de grossesse étaient
équivalents car le nombre d'embryons transférés était comparable.
Ces résultats en faveur de la FSH recombinante ont été confirmés
dans une méta-analyse récente [48]. Ainsi, en dépit d'un coût
supérieur, les hormones recombinantes sont actuellement
majoritairement prescrites en Europe. Les études de coût global des
cycles de FIV tendent à montrer une équivalence, si l'on tient
compte des grossesses obtenues après décongélation embryonnaire
[49]. Très récemment, une étude prospective randomisée, utilisant
une des hormones recombinantes actuellement sur le marché (Gonal
F®, Laboratoire Serono SA, Boulogne), a permis de montrer l'intérêt
potentiel d'un calibrage de la FSH par mesure pondérale par rapport
au référent classique en unités internationales [50]. En effet, la
comparaison de l'ensemble des paramètres ovariens montre une
variabilité significativement moindre lors d'un traitement
utilisant le Gonal F® 5,5 µg par rapport au Gonal F®
75 UI. Il semble logique à ce jour, de prévoir une
généralisation des processus de mesure pondérale des hormones
utilisées pour la FIV, tant la constance du produit d'un lot à
l'autre est essentielle pour réduire la variabilité de la réponse
clinique d'un cycle à l'autre.
De manière comparable à la FSH, d'autres hormones ont été
produites en utilisant les techniques de génie génétique : la
LH et l'hCG recombinantes sont actuellement disponibles sur le
marché. Elles présentent le même intérêt que la FSH recombinante,
c'est-à-dire une très grande pureté et d'une grande constance d'un
lot à l'autre. La LH recombinante (Luveris®, laboratoire Serono,
Boulogne) a été testée dans le déclenchement de l'ovulation pour
FIV avec des résultats satisfaisants avec de fortes doses [51].
L'autre intérêt de cette molécule est de pouvoir être utilisée,
cette fois à plus faible dose, à titre de complément de la FSH lors
de la stimulation ovarienne. Il a été montré que seule une faible
partie des patientes pouvait en bénéficier : celles dont le
taux résiduel de LH pendant l'administration d'un agoniste du GnRH
était en dessous d'un seuil estimé à 0,5 UI/l [52].
En ce qui concerne l'hCG recombinante (Ovitrelle®, laboratoire
Serono SA, Boulogne), les études cliniques montrent de façon
homogène que la molécule recombinante est d'efficacité comparable à
l'hormone produite par extraction urinaire mais est beaucoup mieux
tolérée au plan local (administration sous-cutanée) [53-55].
Ainsi, les techniques de recombinaison génétique ont permis, ces
cinq dernières années, de produire des hormones recombinantes
pures, efficaces, plus reproductibles et mieux tolérées. Nous
disposons dorénavant d'un arsenal thérapeutique complet pour que le
clinicien puisse utiliser en thérapeutique la FSH et la LH
séparément et selon des ratios posologiques ajustés aux besoins de
la stimulation.
Conclusion
Cette dernière décennie a été riche en innovations
thérapeutiques. Elles ont permis d'élargir la gamme des protocoles
mis à la disposition des cliniciens qui peuvent ainsi choisir le
protocole le plus adapté au profil hormonal de leurs patientes.
Elles ont également apporté une plus grande sécurité et un confort
supérieur dans la conduite des traitements. L'allégement des
stimulations et la simplification des protocoles contribuent ainsi
à réduire les contraintes dans la réalisation de ces techniques de
fécondation in vitro.
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Dose journalière de ganirelix (mg)
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