ARTICLE
En 1973, alors qu'il recherchait un
facteur stimulant la sécrétion d'hormone de croissance (somathormone
ou GH), le groupe de Roger Guillemin découvrait un tétradécapeptide
hypothalamique ayant des propriétés inhibitrices de la sécrétion
de GH, qui fut donc baptisé somatostatine [1]. Les études
physiologiques réalisées avec le peptide synthétique
montrèrent rapidement que cette substance possédait en outre
de nombreuses autres propriétés, telles que l'inhibition
de la sécrétion de glucagon et d'insuline. Il s'avéra
que la somatostatine était en fait produite dans plusieurs autres
sites que l'hypothalamus, en particulier les cellules delta du pancréas
endocrine. Depuis lors ont été mises en évidence
les propriétés inhibitrices de la somatostatine (SS, ou
SRIF pour somathormone-release-inhibiting factor) sur une grande variété
de cellules neuro-endocrines normales ou tumorales, essentiellement d'origine
hypophysaire ou intestinale, ouvrant la voie à de nombreuses applications
thérapeutiques. La démonstration de la distribution tissulaire
étendue des récepteurs de la somatostatine (SST) [2-4] et
l'identification d'au moins 5 sous-types de ces récepteurs (SST1
à 5) ont confirmé les vastes potentialités de cette
substance [2, 3, 5]. Très tôt, la très courte demi-vie
des peptides naturels (SRIF14 et SRIF28) est apparue comme un facteur
limitant pour une éventuelle utilisation à des fins thérapeutiques.
Ainsi, dès 1978, Wylie Vale et Jean Rivier avaient montré
que des substitutions ou délétions dans la structure du
tétradécapeptide natif pouvaient prolonger la demi-vie des
analogues obtenus [1]. L'ère pharmacologique des agonistes de la
SS (figure 1) était
ainsi ouverte, permettant leur utilisation dans l'acromégalie [6],
les tumeurs endocrines digestives, et dans un nombre croissant d'indications
[7].
Les bases de l'utilisation
thérapeutique
Bases physiologiques
La somatostatine naturelle, très conservée au cours de
l'évolution, est un peptide cyclique de 14 acides aminés
(AA) synthétisé sous forme d'un précurseur (pré-prosomatostatine,
116AA) rapidement clivé en prohormone (prosomatostatine, 96AA).
Celle-ci fait à son tour l'objet de coupures enzymatiques aboutissant
à la somatostatine 14 et à la
somatostatine 28, comprenant 14 résidus supplémentaires
du côté N-terminal. Ces deux ligands endogènes biologiquement
actifs sont issus chez les mammifères d'un gène unique,
qui est exprimé de façon ubiquitaire dans le système
nerveux central et périphérique, le pancréas endocrine,
l'intestin, la glande thyroïde, les reins, les surrénales,
les organes reproducteurs et les cellules immunitaires [3]. La SS est
impliquée dans de nombreuses fonctions biologiques soit localement
en tant que neurotransmetteur ou neuromodulateur, soit de manière
systémique en agissant comme une véritable hormone. Elle
agit de manière inhibitrice sur un grand nombre de sécrétions
endocrines et de processus de prolifération cellulaire. Les effets
de la SS s'exercent par l'intermédiaire de récepteurs membranaires
de haute affinité (SST), qui sont présents en densité
variable dans le cerveau, l'intestin, l'hypophyse, le pancréas
endocrine et exocrine, les surrénales, les poumons, la thyroïde,
les reins et les cellules immunitaires. La répartition tissulaire
des récepteurs recouvre donc en grande partie celle du peptide
lui-même. Des récepteurs ont été identifiés
dans un grand nombre de tumeurs (tableau
1), jetant les bases d'une utilisation à visée antitumorale.
Cinq sous-types de SST ont été clonés et caractérisés.
Les SST appartiennent à la super-famille des récepteurs
à 7 domaines transmembranaires couplés aux protéines
G hétérotrimériques et sont codés par des
gènes situés sur des chromosomes distincts (figure
2). Ils ont en commun 39 à 57 % de leurs séquences
en acides aminés. SST1 et SST3 ont été fréquemment
identifiés dans les tumeurs neuroendocrines, SST2 et SST5 dans
l'hypophyse. Les gènes de SST1, 3, 4 et 5 sont dépourvus
d'introns. Le produit du gène SST2 subit un épissage alternatif
aboutissant à 2 récepteurs (SST2A, dépourvu d'intron
et SST2B) différant par leur extrémité C-terminale.
Les 5 sous-types de récepteurs lient la SS14 avec la même
affinité (tableau 2).
Les mécanismes de transduction des SST font intervenir plusieurs
voies qui interagissent entre elles. L'activation du récepteur
somatostatinergique par son ligand déclenche principalement une
réduction des taux d'AMP cyclique et des concentrations de calcium
intracellulaire et une stimulation des protéines phosphatases [2,
3].
Bases pharmacologiques
Les situations d'hypersécrétion d'hormones régulées
par la SS ont d'emblée représenté des cibles potentielles
pour l'utilisation thérapeutique de SS. Toutefois, celle-ci est
limitée par la brièveté de la demie-vie de la SS14
(inférieure à 3 minutes), qui nécessite une perfusion
intraveineuse et entraîne, à l'arrêt de l'administration,
un effet rebond sur la sécrétion d'hormones comme GH, glucagon
ou insuline. Afin d'améliorer les propriétés pharmacocinétiques
et de moduler les propriétés pharmacodynamiques, en fonction
de tel ou tel récepteur, une grande variété d'analogues
moléculaires ont donc été développés
au cours des dernières années. La première étape
a consisté à identifier la séquence minimale de la
molécule possédant les effets biologiques. Il s'agit de
la séquence d'acides aminés 7 à 10. (figure
1) maintenue sous une forme cyclique par un pont di-sulfure intrachaîne.
La modification d'acides aminés au niveau des parties C et N terminales
a permis la synthèse d'analogues plus résistants aux peptidases
et possédant ainsi une demi-vie prolongée. L'affinité
de ces analogues pour les différents sous-types de SST est variable
(tableau 2). Octapeptide
de synthèse, l'octréotide a été le premier
analogue de SS utilisé dans des essais cliniques. Son profil pharmacodynamique
est proche de la SS naturelle, avec une affinité prédominante
pour les SST de type 2, 5, et 3 [8] et une demi-vie d'environ 100 min.
après injection sous-cutanée chez l'homme. Il n'entraîne
pas d'effet de rebond sécrétoire à l'arrêt.
Commercialisé en France sous le nom de Sandostatine® (laboratoires
Novartis), ce médicament a été le plus largement
utilisé à ce jour dans de nombreuses indications détaillées
plus loin. La nécessité d'administrations sous-cutanées
répétées (en règle 3 fois par jour) ou de
perfusion continue a néanmoins justifié la mise au point
de médicaments à plus longue durée d'action. Les
formes plus récemment commercialisées font appel à
une technique de libération prolongée à partir de
microsphères de polymère. L'octréotide retard (Sandostatine
LP®) peut ainsi être administré
en intramusculaire tous les 28 jours. Un autre octapeptide, le lanréotide,
est actuellement disponible sous une forme administrée tous les
10 à 14 jours (Somatuline LP® 30 mg, laboratoires
Ipsen Biotech). D'autres agonistes peptidiques ayant des profils d'activité
différents sont actuellement en cours de développement (tableau
2). En outre, des agonistes non peptidiques ont récemment
été développés, en particulier des dérivés
des 2-pyridylthiourées, sélectifs de SST4, laissant entrevoir
la possibilité d'administration non injectable de ces agonistes
[9].
Les tumeurs hypophysaires
Acromégalie
Comme la plupart des tumeurs dérivées de tissus cibles
de la SS, les adénomes somatotropes sont généralement
riches en SST, principalement de type 5 et de type 2 et dans une plus
faible proportion de type 1. Le traitement fait appel essentiellement
aux formes retard de l'octréotide ou du lanréotide [6, 10-12].
L'efficacité du traitement par analogues de la SS dans l'acromégalie
est bien corrélée avec le nombre, la densité, et
la fonctionnalité des SST présents sur les cellules adénomateuses
[13, 14] (figures 3A et 3B).
De plus, le freinage aigu de la GH par l'octréotide est indicatif
de la réponse thérapeutique à long terme dans la
majorité des cas [6, 15, 16]. Toutefois, ce traitement n'ayant
qu'un effet suspensif, le traitement chirurgical reste indiqué
pour tenter d'obtenir chaque fois que possible une guérison par
l'exérèse totale de l'adénome. Cet objectif ne peut
cependant être atteint que chez 60 % des patients en moyenne [6].
Les agonistes somatostatinergiques ont leur place en cas de contre-indication
chirurgicale et surtout en cas de persistance d'un résidu post-chirurgical
sécrétant. Dans certains cas, ils permettent d'attendre
les effets d'une éventuelle radiothérapie hypophysaire.
Le bénéfice d'un traitement médical préoperatoire
n'est pas encore définitivement évalué. Globalement,
une minorité des acromégales traités par agonistes
de la SS retrouvent des concentrations moyennes de GH < 2,5 µg/L
et des concentrations normales d'IGF1 [17]. On observe néanmoins
une amélioration des symptômes sous traitement dans la majorité
des cas (60 à 80 %) : réduction des arthralgies, de l'hypersudation,
des céphalées. Ces effets ne sont pas toujours parallèles
à la baisse des valeurs de GH ou d'IGF1. Le volume tumoral n'est
réduit que chez moins d'un tiers des patients par diminution du
volume des cellules inhibées par l'agoniste [12]. L'utilisation
des agonistes de la SS comme traitement de première intention est
parfois proposée dans l'acromégalie, en particulier chez
des sujets âgés [7]. Au total, les agonistes de la SS représentent
un apport majeur dans le traitement de l'acromégalie en complément
de la chirurgie.
Adénomes thyréotropes
Les analogues de la SS peuvent réduire les concentrations de
TSH et d'hormones thyroïdiennes chez des patients porteurs d'adénomes
thyréotropes [18]. L'effet antitumoral est inconstant.
Adénomes non-sécrétants
Plus de la moitié des adénomes hypophysaires cliniquement
non fonctionnels et gonadotropes expriment des SST [3]. La plupart des
études ont cependant été décevantes, que ce
soit en termes d'efficacité antisécrétoire ou antitumorale.
Une amélioration occasionnelle des fonctions visuelles altérées
par compression chiasmatique a été rapportée à
un effet vasculaire rétinien ou nerveux des somatostatinergiques
[19].
Adénomes lactotropes
Malgré la présence de SST sur les cellules lactotropes
adénomateuses, principalement des sous-types 5 et 1 [20, 21], l'octréotide
s'est révélé inefficace dans ces tumeurs [22]. Un
agoniste préférentiel des SST5 n'a pas permis d'obtenir
in vitro une meilleure inhibition que celle obtenue par des dopaminergiques
[20].
Adénomes corticotropes
En règle, les agonistes de la SS n'ont pas d'effet inhibiteur
de l'hypersécrétion d'ACTH dans la maladie de Cushing [23].
Tumeurs neuroendocrines
Tumeurs endocrines gastro-entéro-pancréatiques
La grande majorité des tumeurs endocrines gastro-entéro-pancréatiques
expriment des SST (tableau 1).
Malgré leur vitesse de croissance lente, ces tumeurs sont souvent
découvertes à un stade métastatique devant des manifestations
cliniques liées à une hypersécrétion hormonale
(gastrine, insuline, glucagon, VIP ou vasoactive intestinal peptide) (figures
4A et 4B). Les objectifs du traitement somatostatinergique sont
l'amélioration des symptômes par blocage de l'hypersécrétion
hormonale, l'inhibition éventuelle de la croissance tumorale et
l'amélioration de la qualité de vie [24]. Dans les tumeurs
endocrines pancréatiques métastatiques, un soulagement des
symptômes a été rapporté initialement chez
50 à 85 % des patients, même si un échappement est
ensuite observé avec la poursuite de la croissance tumorale [7,
25]. Ce phénomène n'est que transitoirement compensé
par l'augmentation des doses, l'échappement étant rapporté
à l'apparition de clones tumoraux dépourvus de SST fonctionnels
plutôt qu'à un mécanisme de désensibilisation
[7]. L'association à un traitement par alpha interféron,
en cours d'évaluation, pourrait être utile [24]. En revanche,
l'efficacité de l'octréotide est inconstante dans les insulinomes
[2].
Syndrome carcinoïde
La correction du syndrome clinique (bouffées vasomotrices et
diarrhée) est obtenue chez 70 à 90 % des patients porteurs
de tumeurs neuroendocrines métastatiques, parallèlement
à une diminution de l'excrétion de 5-HIAA. Un effet antitumoral
de l'octréotide a été décrit chez environ
20 % des patients, en particulier sur les métastases hépatiques.
En outre, les analogues de la SS sont utiles en périopératoire
pour le contrôle d'éventuelles complications aiguës
telles que l'hypotension artérielle [26].
Autres applications en
pathologie digestive
Hémorragies digestives
La SS et ses analogues, en réduisant le flux sanguin splanchnique,
ont une efficacité sur les hémorragies aiguës de varices
oesophagiennes au moins équivalente à celle de la sclérothérapie
[7], avec une moindre incidence de complications [27]. L'association des
deux approches semble prometteuse [27, 28]. Les analogues de la SS peuvent
également avoir un intérêt dans le traitement d'hémorragies
du tractus digestif supérieur d'autre origine, telles certaines
formes graves d'hémorragies par ulcère [29].
Fistules digestives et diarrhées sécrétoires
Par inhibition des sécrétions gastriques, pancréatiques
et intestinales, la SS et ses agonistes peuvent réduire certaines
diarrhées sécrétoires réfractaires ou fistules
digestives. Ainsi, les fistules intestinales pouvant compliquer une intervention
abdominale représentent une pathologie grave et de traitement délicat.
Malgré des effets positifs dans certains essais contrôlés,
l'octréotide ne modifie pas radicalement le pronostic de cette
pathologie [30]. L'octréotide a également été
utilisé dans le traitement de différents types de diarrhées
rebelles aux autres thérapeutiques, telles que celles induites
par les chimiothérapies, le syndrome de l'intestin court, certaines
diarrhées accompagnant le SIDA ou la maladie du greffon contre
l'hôte. Les résultats des différentes études
restent controversés en l'absence d'essais contrôlés
portant sur un grand nombre de patients [31].
Pathologie pancréatique
Certaines formes de pancréatites aiguës sont caractérisées
par un taux élevé de morbidité et mortalité
justifiant l'essai de thérapeutiques capables de freiner l'hyperactivité
enzyma-tique secondaire à la pancréatite. Les essais cliniques
utilisant l'octréotide ont été décevants dans
cette indication [32]. De même, ce médicament n'est pas recommandé
pour le traitement des douleurs de pancréatite chronique. Un rôle
de prévention des complications de la chirurgie pancréatique
a néanmoins été constaté [32, 33].
Dumping syndrome
Par son effet inhibiteur sur la motilité digestive, l'octréotide
sous-cutanée est capable de soulager le dumping syndrome
survenant après gastrectomie. L'efficacité de l'octréotide
dans cette indication, lorsque les conseils diététiques
s'avèrent insuffisants, a été démontrée
dans plusieurs essais contrôlés [34].
Pathologie tumorale non endocrine
Un grand nombre d'études se sont intéressées au
rôle bénéfique potentiel des agonistes de la SS dans
différents types de cancers. Un tel rôle peut être
direct (tumeurs porteuses de récepteurs de la SST) ou indirect,
par inhibition de facteurs stimulant la croissance de certaines tumeurs
(IGF-1 par exemple) ou par effet inhibiteur sur l'angiogénèse.
Malgré la présence de SST (tableau
1) sur de nombreux tissus tumoraux (adénocarcinomes du
sein, du rein, du foie, du côlon, des ovaires, méningiomes,
gliomes), l'hétérogénéité de leur distribution
ne permet pas le plus souvent d'obtenir des résultats satisfaisants.
Des résultats décevants ont ainsi été obtenus
dans les gliomes et glioblastomes [35] pourtant riches en SST de type
2 [36]. L'octréotide a été également utilisé
comme traitement de certaines hypercalcémies malignes pour son
rôle inhibiteur possible de la sécrétion de PTH (parathormone)
ou de PTH-rP (PTH-related peptide) [7]. En outre, par l'inhibition de
la sécrétion de substance P, cet agoniste pourrait avoir
un effet analgésique central dans certains cancers. Cette action
antalgique est observée sur les céphalées accompagnant
certains adénomes hypophysaires [7].
Autres indications
Les agonistes de la SS ont été proposés dans de
nombreuses autres indications pour lesquelles il manque le plus souvent
des données d'évaluation à long terme. A titre d'exemple,
dans le psoriasis en plaque, le blocage de GH et IGF-1 pourrait exercer
des effets bénéfiques [7]. Dans l'orbitopathie de la maladie
de Basedow, des études préliminaires encourageantes suggèrent
que les agonistes de la SS pourraient représenter une alternative
thérapeutique utile à la corticothérapie [37]. Dans
le diabète sucré, l'élévation de GH et de
glucagon a un effet délétère sur l'équilibre
glycémique. Les analogues de la SS ont donc été testés
dans différents types de diabètes mais surtout dans le type
1, et permettent de réduire l'hyperglycémie post-prandiale,
les besoins en insuline et les valeurs moyennes de glycémie [7].
La place des analogues de la SS dans le contrôle métabolique
du diabète sucré reste toutefois à définir.
Une évaluation des effets de ces médicaments sur la rétinopathie
diabétique est en cours. En cas d'hyperinsulinisme chez l'enfant
en rapport avec une nésidioblastose, l'octréotide peut permettre
d'éviter une pancréatectomie, au prix d'un retentissement
éventuel sur la croissance [38].
Imagerie et radiothérapie métabolique
Le marquage radioisotopique d'agonistes des SST a permis le développement
de scintigraphies spécifiques de ces récepteurs [39] utilisant
l'indium 111 pentétréotide (Octréoscan®).
Ce traceur dérivé de l'octréotide marque principalement
les SST de type 2. Les sites physiologiques de marquage sont, à
des degrés divers, l'hypophyse, la thyroïde, les seins, le
foie, la rate, et les reins. Cet examen est utilisé pour la détection
de différents types de tumeurs neuroendocrines ou de leurs métastases,
avec une sensibilité de 50 à 100 % [39]. Certaines tumeurs
autres que neuroendocrines peuvent également être détectées
par cette technique : carcinomes mammaires, lymphomes, cancers thyroïdiens,
mélanomes. Certaines études ont souligné l'intérêt
fonctionnel de ce type de scintigraphie pour prédire l'effet anti-sécrétoire
ou éventuellement antitumoral du traitement somatostatinergique
[39, 40]. Toutefois, une telle corrélation est loin d'être
constante [41]. Enfin, la démonstration d'une internalisation des
SST dans certaines tumeurs a ouvert la voie de la radiothérapie
métabolique [42]. En effet, la possibilité de délivrer
une dose radioactive toxique de manière spécifique sur un
tissu tumoral riche en SST est actuellement en cours d'étude [35].
Effets secondaires
Les principales manifestations d'intolérance sont représentées
par les douleurs au point d'injection et les troubles digestifs à
type de nausées, douleurs abdominales, diarrhée ou selles
molles, météorisme abdominal. Ces symptômes d'intensité
variable selon la dose administrée prédominent en début
de traitement. Malgré les effets sur le métabolisme glucidique,
hypoglycémie ou hyperglycémie posent rarement un problème
en pratique. En cas d'administration prolongée (plusieurs mois),
on note une augmentation de l'incidence des lithiases biliaires, observées
chez 20 à 30 % des patients, mais le plus souvent asymptomatiques
[7].
CONCLUSION Après
deux décennies d'utilisation pharmacologique, les agonistes de la
SS ont prouvé leur efficacité dans plusieurs pathologies dans
lesquelles ils représentent une arme thérapeutique essentielle
: acromégalie et tumeurs neuroendocrines digestives en particulier.
En raison de la très large distribution tissulaire des SST, un grand
nombre d'indications thérapeutiques ont été proposées
pour ces agents. Pour certaines, les résultats ont été
décevants, d'autres sont en cours d'évaluation. Le progrès
galénique constitué par l'obtention de formes à libération
prolongée a facilité la mise en uvre de ces traitements
et le développement d'agonistes non peptidiques pourrait encore améliorer
cet aspect. Les progrès sont attendus aussi de nouveaux agonistes
plus spécifiques de certains sous-types de SST afin de mieux maîtriser
les cibles thérapeutiques, et peut-être de stratégies
de thérapie génique visant à restaurer une régulation
inhibitrice somatostatinergique dans certaines tumeurs. REFERENCES
1. Guillemin R. 1992. Somatostatin: the early days. Metabolism:
clinical & experimental 41: 2-4.
2. Patel Y.C. 1999. Somatostatin and its receptor family. Frontiers
Neuroendocrinol 20: 157-198.
3. Patel Y.C. 1997. Molecular pharmacology of somatostatin receptor
subtypes. J Endocrinol Invest 20: 348-367.
4. Reisine T., Bell G.I. 1995. Molecular biology of somatostatin
receptors. Endocrine Rev 16: 427-442.
5. Hoyer D., et al. 1995. Classification and nomenclature
of somatostatin receptors. Trends Pharmacol Sci 16: 86-88.
6. Jaquet P., Morange-Ramos I., Janand B., Moatti P., Brue T.
1998. Agonistes dans le traitement de l'acromégalie. Ann Endocrinol
59: 301-304.
7. Farooqi S., Bevan J.S., Sheppard M.C., Wass J.A.H. 1999. The
therapeutic value of somatostatin and its analogues. Pituitary
2: 79-88.
8. Weckbecker G. 1998. Expression des récepteurs de la
somatostatine : considérations thérapeutiques. Ann Endocrinol
59: 6-7.
9. Liu S., et al. 1999. 2-pyridylthioureas: novel nonpeptide
somatostatin agonists with SST4 selectivity. Current Pharmaceutical
Design 5: 255-263.
10. Morange I.,et al. 1994. Slow release lanreotide treatment
in acromegalic patients previously normalized by octreotide. J Clin
Endocrinol Metab 79: 145-151.
11. Caron P., Morange-Ramos I., Cogne M., Jaquet P. 1997. Three
year follow-up of acromegalic patients treated with intramuscular slow-release
lanreotide. J Clin Endocrinol Metab 82: 18-22.
12. Ezzat S., et al. 1992. Octreotide treatment of acromegaly.
A randomized, multicenter study. Ann Intern Med 117: 711-718.
13. Reubi J.C., Landolt A.M. 1989. The growth hormone responses
to octreotide in acromegaly correlate with adenoma somatostatin receptor
status. J Clin Endocrinol Metab 68: 844-850.
14. Barlier A., et al. 1999. Impact of gsp oncogene on
the expression of genes coding for Gsalpha, Pit-1, Gi2alpha, and somatostatin
receptor 2 in human somatotroph adenomas: involvement in octreotide sensitivity.
J Clin Endocrinol Metab 84: 2759-2765.
15. Lamberts S.W. 1988. The role of somatostatin in the regulation
of anterior pituitary hormone secretion and the use of its analogs in
the treatment of human pituitary tumors. Endocrine Rev 9 : 17-436.
16. Lamberts S.W., Uitterlinden P., Schuijff P.C., Klijn J.G.
1988. Therapy of acromegaly with sandostatin: the predictive value of
an acute test, the value of serum somatomedin-C measurements in dose adjustment
and the definition of a biochemical 'cure'. Clin Endocrinol 29:
411-420.
17. Ezzat S., Redelmeier D.A., Gnehm M., Harris A. 1995. A prospective
multicenter octreotide dose response study in the treatment of acromegaly.
J Endocrinol Invest 18: 364-369.
18. Chanson P., Weintraub B.D., Harris A.G. 1993. Octreotide
therapy for thyroid-stimulating hormone-secreting pituitary adenomas.
Ann Intern Med 119: 236-240.
19. Warnet A., et al. 1997. A prospective multicenter
trial of octreotide in 24 patients with visual defects caused by nonfunctioning
and gonadotropin-secreting pituitary adenomas. French Multicenter Octreotide
Study Group. Neurosurg 41: 786-795.
20. Jaquet P., et al. 1999 Quantitative and functional
expression of somatostatin receptor subtypes in human prolactinomas. J
Clin Endocrinol Metab 84: 3268-3276.
21. Shimon I., et al. 1997. Somatostatin receptor (SSTR)
subtype-selective analogues differentially suppress in vitro growth hormone
and prolactin in human pituitary adenomas. Novel potential therapy for
functional pituitary tumors. J Clin Invest 100: 2386-2392.
22. Lamberts S.W., et al. 1986. The sensitivity of growth
hormone and prolactin secretion to the somatostatin analogue SMS 201-995
in patients with prolactinomas and acromegaly. Clin Endocrinol
25: 201-212.
23. De Herder W., Lamberts S. 1996. Is there a role for somatostatin
and its analogs in Cushing's syndrome ? Metabolism Clin Exp
45:83-85.
24. Degen L., Beglinger C. 1999. The role of octreotide in the
treatment of gastroenteropancreatic endocrine tumors. Digestion
60: 9-14.
25. Bajetta E., et al. 1996. The role of somatostatin
analogues in the treatment of gastro-enteropancreatic endocrine tumors.
Digestion 57: 72-76.
26. Bax N., Woods H., Batchelor A., Jennings M. 1996. Octreotide
therapy in carcinoid disease. Anti-Cancer Drugs 7: 17-22.
27. Hadengue A. 1999 Somatostatin or octreotide in acute variceal
bleeding. Digestion 60: 31-41.
28. Burroughs A., Planas R., Svoboda P. 1998 Optimizing emergency
care of upper gastrointestinal bleeding in cirrhotic patients. Scand
J Gastroenterol 226: 14-24.
29. Jenkins S., Poulianos G., Coraggio F., Rotondano G. 1998.
Somatostatin in the treatment of non-variceal upper gastrointestinal bleeding.
Digest Dis 16: 263-265.
30. Dorta G. 1999. Role of octreotide and somatostatin in the
treatment of intestinal fistulae. Digestion 60: 53-56.
31. Fried M. 1999. Octreotide in the treatment of refractory
diarrhea. Digestion 60: 42-46.
32. Uhl W. 1999. The role of octreotide and somatostatin in acute
and chronic pancreatitis. Digestion 60: 23-31.
33. Berberat P.O., Friess H., Uhl W., Buchler M.W. 1999. The
role of octreotide in the prevention of complications following pancreatic
resection. Digestion 60 Suppl 2: 15-22.
34. Scarpignato C. 1996. The place of octreotide in the medical
management of the dumping syndrome. Digestion 57 Suppl 1: 114-118.
35. Robbins R.J. 1996. Somatostatin and cancer. Metab Clin
Exp 45: 98-100.
36. Lamszus K., Meyerhof W., Westphal M. 1997. Somatostatin and
somatostatin receptors in the diagnosis and treatment of gliomas. J
Neuro-oncol 35: 353-364.
37. Krassas G.E. 1998. Somatostatin analogues in the treatment
of thyroid eye disease. Thyroid 8: 443-445.
38. Barrons R.W. 1997. Octreotide in hyperinsulinism. Ann
Pharmacotherapy 31: 239-241.
39. Mure A., Lebtahi R., de Labriolle-Vaylet C., Askienazy S.
1998 Imaging of somatostatin receptors in gastroenteropancreatic neuroendocrine
tumors. Gastroenterol Clin et Biol 22: 809-818.
40. Duet M., et al. 1999 Somatostatin receptor scintigraphy
in pituitary adenomas: a somatostatin receptor density index can predict
hormonal and tumoral efficacy of octreotide in vivo. J Nuclear Medicine
40: 1252-1256.
41. Vallette S., et al. 1997. Syndrome de Cushing révélateur
d'un carcinome neuroendocrine bronchique: intérêt de la scintigraphie
à l'octréotide. Rev Med Int 18: 138-143.
42. Berelowitz M. 1995 The somatostatin receptor a window
of therapeutic opportunity? Endocrinology. 136: 3695-3697.
43. Shimon I., et al. 1997. Somatostatin receptor subtype
specificity in human fetal pituitary cultures. Differential role of SSTR2
and SSTR5 for growth hormone, thyroid-stimulating hormone, and prolactin
regulation. J Clin Invest 99: 789-798.
|