ARTICLE
Modifications des protéines impliquées
dans la voie de signalisation de l'insuline
Récepteur de l'insuline et ses substrats
intracellulaires
L'invalidation globale du récepteur de l'insuline est létale
quelques jours après la naissance chez les souris homozygotes (IR-/-)
[1]. Ces souris présentent un retard de croissance et développent
un diabète sévère avec acidocétose et une
augmentation des triglycérides et des acides gras libres plasmatiques.
Les souris hétérozygotes IR+/- sont normoglycémiques
mais 10 % d'entre elles développent un diabète à
l'âge adulte. Ce premier exemple nous montre les précautions
qu'il faut prendre avant de généraliser à l'homme
les observations obtenues chez la souris. On sait en effet qu'il existe
de très rares mutations du gène de l'insuline qui conduisent
à l'absence de son récepteur comme dans le lépréchaunisme
ou le syndrome de type A et Acanthosis nigricans, mutations associées
à un phénotype est un syndrome d'insulinorésistance
sévère [2]. Les patients souffrant de léprechaunisme
ont un retard de croissance important comme le modèle animal correspondant,
mais ne développent qu'une hyperglycémie modérée.
L'invalidation spécifique du récepteur de l'insuline dans
le muscle par le système Cre-loxP (souris MIRKO) [3] entraîne
une insulinorésistance sévère dans le muscle incubé
in vitro ou lors d'un clamp euglycémique, mais curieusement
un transport de glucose normal lors d'un test de tolérance au glucose.
En revanche, la synthèse de glycogène musculaire est fortement
diminuée chez les souris MIRKO suite à un clamp euglycémique-hyperinsulinémique
ou à la suite d'un test de tolérance au glucose. L'insuline
est donc nécessaire au stockage de glucose sous forme de glycogène
dans le muscle, mais son action via son récepteur n'est
pas essentielle au transport de glucose musculaire in vivo et au
maintien de la glycémie postprandiale. La contraction musculaire
[4] ou une action compensatrice via le récepteur d'IGF-1
pourraient expliquer le maintien du transport de glucose musculaire chez
la souris MIRKO in vivo. En fait, les troubles majeurs observés
chez la souris MIRKO sont une augmentation de la graisse corporelle, des
triglycérides et des acides gras libres conduisant à une
obésité à prédominance viscérale. L'augmentation
de la masse grasse chez la souris MIRKO semble être due à
une sensibilité à l'insuline accrue dans le tissu adipeux,
secondaire à l'insulinorésistance musculaire, suggérant
l'existence d'une communication entre les muscles squelettiques et le
tissu adipeux, qui permettrait une redistribution du flux de glucose vers
le tissu adipeux, conduisant ainsi au maintien de l'homéostasie
glucidique in vivo.
Après liaison de l'insuline à son récepteur, la
transmission des messages mitotiques et métaboliques de l'insuline
est assurée en partie par les substrats intracellulaires tels que
IRS-1 et IRS-2 (figure 2).
Des mutations d'IRS-1, qui ont été retrouvées chez
environ 10 % des patients diabétiques de type 2, peuvent entraîner
une diminution de la phosphorylation de l'IRS-1 dans le muscle des diabétiques
de type 2 [5]. L'invalidation globale d'IRS-1 chez la souris entraîne
un retard de croissance mais pas de diabète franc [6]. Les souris
IRS1-/- développent une hyperplasie des cellules beta
du pancréas, causant une augmentation compensatrice de la sécrétion
d'insuline. IRS-1, dont la distribution est ubiquitaire, jouerait
donc un rôle central dans deux actions majeures de l'insuline dans
le muscle : le transport de glucose et la synthèse des protéines.
L'insulinorésistance des souris IRS-1-/- pourrait être
liée au seul défaut de leur expression dans le muscle squelettique.
En fait, l'organisme de ces souris s'adapte à l'absence d'IRS-1
et compense en surexprimant IRS-2. L'invalidation d'IRS-2 entraîne
quant à elle une insulinorésistance périphérique
et un déficit de l'insulinosécrétion [7]. Il existe
chez les souris IRS-2-/- une détérioration précoce
et sévère de l'homéostasie glucidique liée
à une insulinorésistance hépatique majeure et à
l'absence d'insulinosécrétion compensatoire par les cellules
beta du pancréas. Le tout conduit à un diabète hyperosmolaire
non cétosique [7]. Bien qu'aucune mutation de IRS-2 n'ait été
mise en évidence chez l'homme, il s'agit du seul exemple de mutation
monogénique entraînant un diabète franc chez la souris,
causé à la fois par une anomalie de l'action de l'insuline
et de sa sécrétion.
Tyrosine phosphatases
L'activité de certaines tyrosine phosphatases (figure
2), LAR (Leucocyte antigen-related phosphatase), SHP2 (Scr
homology phosphatase-2) et PTP-1B, est augmentée dans le muscle
et le tissu adipeux de patients ou d'animaux obèses.
L'invalidation globale du gène LAR chez la souris a donné
un phénotype complexe [8]. A jeun, les souris LAR-/-
sont hypoglycémiques et hypoinsulinémiques et ont une production
de glucose diminuée suggérant une hypersensibilité
à l'insuline. En revanche, lors d'un clamp euglycémique,
elles sont résistantes à l'insuline. La complexité
de ce phénotype a conduit à générer des souris
transgéniques surexprimant LAR spécifiquement dans le muscle
[9]. Chez ces souris, l'autophosphorylation de la sous-unité
beta du récepteur de l'insuline et la phosphorylation d'IRS-1 en
réponse à l'insuline sont inchangées. En revanche,
la phosphorylation d'IRS-2 est réduite de 40 % ainsi que son association
à la PI 3-kinase. Ces souris ont une glycémie normale,
une insulinémie augmentée et une diminution de 45 % de l'utilisation
musculaire du glucose. L'invalidation de la tyrosine phosphatase Syp est
létale [10]. La surexpression d'un dominant négatif de Syp
(amputée du domaine tyrosine phosphatase) entraîne une diminution
de l'association d'IRS-1 avec la tyrosine phosphatase dans les tissus
sensibles à l'insuline (muscle, foie, tissu adipeux). La réduction
de la phosphorylation d'IRS-1 conduit à une diminution de l'activité
PI 3-kinase, de l'Akt et de la MAP kinase en réponse à l'insuline.
Ces souris sont intolérantes au glucose administré par voie
orale, et insulinorésistantes. In vitro, les muscles et
les adipocytes sont résistants à l'action de l'insuline
: une diminution de la synthèse de glycogène dans le muscle
et une diminution du transport de glucose dans l'adipocyte [11].
La tyrosine phosphatase 1B (PTP-1B) est fortement exprimée dans
les tissus sensibles à l'insuline. L'invalidation du gène
PTP-1B induit une légère hypoglycémie postprandiale,
une hypo-insulinémie, une hypersensibilité à l'insuline
et une résistance à l'induction de l'obésité
en réponse à un régime hyperlipidique [12]. Ces études
établissent clairement le rôle modulateur des tyrosine phosphatases
dans la réponse physiologique à l'insuline et suggèrent
que le développement d'inhibiteurs spécifiques de la PTP1B
par exemple pourrait être utile dans le traitement du diabète
de type 2.
Phosphatidylinositide 3-kinase (PI3-kinase)
Une des étapes essentielles à l'action
de l'insuline est l'activation de la PI 3-kinase (figure
2). La PI 3-kinase est une lipide kinase dont l'activation par l'insuline
entraîne la production de phosphoinositides phosphorylés
PIP3 qui agissent comme seconds messagers. Elle est composée d'une
sous-unité régulatrice ayant 3 isoformes (p85alpha, p55alpha
et p50alpha) et d'une sous-unité catalytique (p110). La PI 3-kinase
occupe un rôle central dans la plupart des effets métaboliques
de l'insuline, en particulier le transport de glucose (figure
2). Les souris spécifiquement déficientes en p85alpha
[13] ou globalement déficientes dans les 3 isoformes développent
une hypoglycémie liée à l'augmentation de l'action
de l'insuline [14]. Ainsi, dans les conditions normales, p85alpha présente
en excès dans la cellule empêche l'activation de la sous-unité
régulatrice (p110) et par conséquent l'action de l'insuline.
La levée de cette inhibition améliore alors l'action de
l'insuline. Il pourrait s'agir d'un mécanisme physiologique de
protection contre une stimulation trop forte et prolongée de la
PI 3-kinase par les facteurs de croissance potentiellement générateurs
de tumeurs.
S6 kinase-1
La S6 kinase 1 est une sérine/thréonine kinase activée
par la PI 3-kinase et impliquée dans la traduction des ARNm codant
les composantes de la machinerie contrôlant la synthèse protéique
(figure 2). Les souris
invalidées pour le gène codant la S6 kinase 1 (S6K1) sont
viables et fertiles mais elles sont hypoglycémiques, hypoinsulinémiques
et intolérantes au glucose [15]. In vitro, les muscles isolés
de ces souris ont une sensibilité normale à l'insuline,
ce qui conforte l'idée que la S6K1 n'est pas impliquée dans
la régulation de l'homéostasie glucidique. En revanche,
la sécrétion d'insuline en réponse au glucose par
les cellules beta est réduite. Ceci n'est pas dû à
un défaut de synthèse d'insuline ou des mécanismes
de reconnaissance de glucose comme agent secrétagogue, mais à
une diminution de la masse des cellules beta. Ce modèle animal
ressemble au diabète de type 2 dans sa phase pré-clinique
lorsque la malnutrition entraîne une hypoinsulinémie et une
intolérance au glucose.
Réduction du transport de glucose ou de
la translocation des transporteurs de glucose
Les transporteurs de glucose GLUT4 sont exprimés spécifiquement
dans les tissus adipeux blanc et brun et dans les muscles. En absence
d'insuline, les transporteurs de glucose GLUT4 sont localisés à
l'intérieur de la cellule dans des vésicules spécifiques.
L'insuline induit la translocation de ces transporteurs vers la membrane
plasmique, permettant ainsi d'augmenter de façon considérable
le transport de glucose. La translocation et la fusion des vésicules
à la membrane plasmique mettent en jeu de nombreuses protéines
impliquées dans les mécanismes de l'exocytose, des protéines
associées aux vésicules VAMP et des protéines associées
à la membrane plasmique de type syntaxine-4 [16]. L'invalidation
spécifique de GLUT4 dans le muscle n'est pas létale et entraîne
une insulinorésistance in vivo [17]. L'invalidation de la
syntaxine 4 (Syn4) est létale à un stade embryonnaire très
précoce [18]. Bien que la distribution tissulaire de cette protéine
ne soit pas restreinte aux tissus insulino-sensibles, le phénotype
des souris hétérozygotes Syn4+/- est dû
principalement à une altération du métabolisme musculaire
du glucose. La translocation des transporteurs de glucose GLUT4 ainsi
que le transport du glucose en réponse à l'insuline sont
réduits de 50 % dans les muscles squelettiques des souris Syn4+/-.
Aucune altération du transport de glucose n'a été
mesurée dans le tissu adipeux blanc. Ces deux modèles animaux,
invalidation spécifique dans le muscle de GLUT4 et de la syntaxine
4, démontrent clairement que la stimulation du transport de glucose
musculaire en réponse à l'insuline est indispensable au
maintien de l'homéostasie glucidique in vivo.
Bien que le tissu adipeux blanc soit responsable de 10 % du captage
périphérique de glucose, il ne semble pas jouer un rôle
essentiel dans la régulation du métabolisme énergétique.
Des études récentes ont cependant montré que la cellule
adipeuse n'est pas seulement une cellule de stockage des lipides mais
aussi une cellule qui sécrète des facteurs impliqués
dans le maintien de l'homéostasie glucidique et de l'équilibre
énergétique, tels l'adipsine, le TNFalpha (Tumor necrosis
factor alpha), la leptine et plus récemment la résistine
et l'adiponectine (acrp30). L'expression et la sécrétion
de ces molécules par la cellule adipeuse peuvent être modifiées
dans des situations de dysfonctionnement métabolique comme le diabète
de type 2 ou l'obésité [19]. L'invalidation spécifique
du transporteur de glucose GLUT4 dans le tissu adipeux blanc entraîne
une diminution du transport de glucose, basal et stimulé par l'insuline,
mais elle altère également les effets de l'insuline sur
le foie et les muscles squelettiques, renforçant ainsi l'importance
de ce tissu dans le maintien de l'homéostasie du glucose in
vivo [20] (figure 3).
La nature du signal sécrété par la cellule adipeuse,
mettant en communication les cellules musculaires et hépatiques,
reste à être identifiée.
Acides gras et insulinorésistance
L'implication des acides gras libres dans le développement de
l'insulinorésistance et du diabète de type 2 a été
suggérée il y a plus de 35 ans par Randle [21]. Cette hypothèse
a été de nouveau testée grâce à l'analyse
de deux modèles de souris transgéniques surexprimant la
lipoprotéine lipase, enzyme qui contrôle l'hydrolyse des
triglycérides circulants et le captage des acides gras libérés,
dans les muscles squelettiques et dans le foie. Les souris qui surexpriment
la lipoprotéine lipase dans les muscles squelettiques sont résistantes
à l'action de l'insuline [22] en raison d'une part, d'une réduction
du transport de glucose stimulé par l'insuline et d'autre part
d'une altération des mécanismes de signalisation de l'insuline
[23]. L'insulinorésistance des souris qui surexpriment la lipoprotéine
lipase dans le foie est causée par une diminution de l'action de
l'hormone, en particulier au niveau du contrôle de la production
hépatique de glucose. D'autre part, les accumulations paradoxales
d'acides gras intracellulaires entraînent des altérations
de la signalisation de l'insuline dans le foie. Il est intéressant
de noter que l'insulinorésistance de ces souris se développe
sans modification des concentrations circulantes des hormones dites adipocytaires,
telle la leptine. Ces modèles animaux démontrent très
clairement qu'il existe une relation directe entre accumulation excessive
d'acides gras et résistance à l'insuline.
Hyperproduction de glucose par
le foie
L'hyperglycémie à jeun rencontrée au cours du diabète
de type 2 est causée par une augmentation de la production hépatique
de glucose, liée à une néoglucogenèse non
inhibée par l'insuline. L'importance du foie dans le maintien de
la glycémie et dans le développement de l'hyperglycémie
a été étudiée par différentes approches
in vivo.
Invalidation du récepteur de l'insuline
dans le foie
Contrairement au phénotype modéré associé
à l'invalidation du récepteur de l'insuline dans le muscle
squelettique [3], l'invalidation tissu-spécifique du récepteur
de l'insuline dans le foie (souris LIRKO) entraîne des anomalies
sévères de la tolérance au glucose et une résistance
à l'insuline injectée à doses physiologiques (figure
4AB) [24]. Ces résultats indiquent que le foie joue un rôle
primordial, plus important que précédemment suggéré,
dans le maintien de la glycémie postprandiale et qu'une partie
importante de l'effet hypoglycémiant de l'insuline est due à
une suppression de la production hépatique de glucose [24] plutôt
qu'à une augmentation du captage musculaire [3]. Le foie semble
donc être important dans la genèse du diabète de type
2, du moins chez la souris. Ce modèle animal démontre d'autre
part que la capacité des cellules beta à inhiber la production
hépatique de glucose, même en l'absence d'anomalie génétique
affectant l'insulinosécrétion, est limitée. Par ailleurs,
l'hyperinsulinémie compensatrice qui se développe au cours
des syndromes d'insulinorésistance pourrait aggraver l'insulinorésistance
hépatique en diminuant l'expression (mécanisme de downregulation)
des molécules impliquées dans la cascade de signalisation
de l'insuline, comme c'est le cas pour les souris LIRKO. Ainsi, des souris
qui surexpriment le gène de l'insuline dans le foie se caractérisent
par une hyperinsulinémie mais développent avec l'âge
une intolérance au glucose causée par une diminution de
l'expression du récepteur hépatique de l'insuline sans anomalie
d'insulinosécrétion [25].
Surexpression des enzymes de la néoglucogenèse
La surexpression de la phosphoénolpyruvate carboxykinase
(PEPCK) ou de la glucose-6-phosphatase (G6Pase) chez la souris, deux enzymes
clefs de la néoglucogenèse, entraîne une augmentation
de la production hépatique de glucose non régulée
par l'hyperinsulinémie, confirmant le rôle central du foie
dans le développement de l'hyperglycémie à jeun du
diabétique de type 2 [26, 27]. Néanmoins, ces souris ne
deviennent jamais diabétiques. Ceci est en accord avec l'idée
que le diabète ne se développe que lorsqu'il existe à
la fois une résistance musculaire ou hépatique à
l'insuline et un défaut d'insulinosécrétion.
Surexpression de la glucokinase hépatique
La glucokinase (GK) joue un rôle clef dans le maintien de l'homéostasie
glucidique en catalysant la première étape du métabolisme
du glucose, la phosphorylation du glucose en glucose 6-phosphate (G-6-P)
dans les hépatocytes et les cellules beta du pancréas (figure
5) où elle est principalement exprimée. La surexpression
de GK dans le foie corrige le diabète de la souris injectée
de streptozotocine [28]. De plus, le développement de l'hyperglycémie
et de la résistance hépatique à l'insuline, en réponse
à une alimentation riche en lipides, est prévenu par la
surexpression de la GK dans le foie [29].
Déficits de la sécrétion
d'insuline
Le diabète de type 2 se caractérise par une diminution
quantitative et qualitative (phase précoce) de la sécrétion
d'insuline. Certains des modèles animaux discutés dans ce
paragraphe ont permis de mettre en évidence certains des gènes
impliqués dans le défaut de sécrétion compensatoire
de l'insuline caractéristique du diabète de type 2.
Invalidation du récepteur de l'insuline
dans les cellules beta du pancréas
L'invalidation spécifique du récepteur de l'insuline dans
les cellules beta du pancréas (souris betaIRKO) cause un phénotype
sévère chez la souris, se caractérisant par une altération
de la tolérance au glucose et par la perte de la première
phase de la sécrétion de l'insuline lors d'un test de tolérance
au glucose [30]. La sécrétion d'insuline en réponse
à l'arginine est normale, indiquant que le récepteur de
l'insuline est indispensable au sensing du glucose dans les cellules
beta du pancréas (figure
6). Ce modèle animal démontre que l'insuline joue donc
un rôle très important dans la fonction de la cellule beta
et suggère qu'une insulinorésistance présente au
niveau de la cellule beta, peut elle-même contribuer à l'altération
caractéristique de la sécrétion d'insuline du diabète
de type 2. Les souris betaIRKO qui présentent une intolérance
au glucose en rapport avec une perte du pic d'insulinosécrétion
précoce n'évoluent pas vers le diabète si elles restent
maigres et sensibles à l'insuline [30]. En revanche, chez les animaux
qui deviennent obèses, l'hyperplasie beta insulaire et la sécrétion
d'insuline sont insuffisantes pour faire face à l'insulinorésistance,
et un diabète franc se développe chez 20 % des animaux.
Invalidation du canal potassique ATP dépendant
La régulation de la sécrétion d'insuline stimulée
par le glucose est liée à l'activité électrique
de la cellule beta contrôlée par différents canaux
ioniques présents à la surface membranaire de la cellule
(figure 5). En particulier,
les canaux potassiques dépendants de l'ATP présents dans
la cellule beta sont indispensables à la bonne corrélation
entre métabolisme du glucose et activité électrique
de la cellule. Ces canaux potassiques dépendants de l'ATP sont
composés de deux unités : une sous-unité beta (Kir6.2)
et le récepteur aux sulfonylurées (SUR-1).
Des mutations des gènes de SUR-1 ou de Kir6.2 sont à l'origine
d'un syndrome d'hyperinsulinisme et d'hypoglycémie chez l'enfant
(PHHI) qui se caractérise par une sécrétion importante
d'insuline malgré une hypoglycémie persistante [31]. Afin
de déterminer le rôle des canaux potassiques dépendants
de l'ATP dans le maintien de l'homéostasie glucidique et dans la
régulation de la sécrétion d'insuline, Takashi et
al. ont crée deux modèles de souris génétiquement
modifiées : des souris qui expriment spécifiquement dans
les cellules b du pancréas une forme dominante négative
du Kir6.2 (Kir6.2G132s) et des souris invalidées pour
ce même gène (souris Kir6.2-/-). Les souris qui
surexpriment Kir6.2G132s sont hypoglycémiques à
la naissance mais développent au cours du temps une hyperglycémie
secondaire à la destruction des cellules beta [32]. Les souris
Kir6.2-/- développent une intolérance au glucose
modérée car elles maintiennent une sensibilité normale
à l'insuline et ceci malgré des anomalies sévères
de l'insulinosécrétion induite par le glucose [33]. En revanche,
chez les souris qui deviennent obèses avec l'âge et donc
insulinorésistantes, un diabète de type 2 apparaît
[34]. Ce modèle de souris génétiquement modifiées
est typique du diabète de type 2 au cours duquel l'hyperglycémie
résulte d'une interaction entre un déficit de l'insulinosécrétion
génétiquement déterminé et une insulinorésistance
acquise due à des facteurs environnementaux. L'influence néfaste
de l'environnement et en particulier de la sédentarité et
de l'obésité joue un rôle majeur dans le développement
du diabète de type 2. L'obésité, par le biais de
l'insulinorésistance et de l'hyperlipidémie qui lui sont
associées, peut précipiter l'évolution vers le diabète.
Les souris SUR1-/- ont une sensibilité à l'insuline
diminuée due à une perte du pic précoce d'insulinosécrétion
[35]. En conditions post-absorptives, elles sont normoglycémiques
mais sont en revanche plus hyperglycémiques que les témoins
après une charge de glucose.
Invalidation du transporteur de glucose GLUT-2
En raison de ses caractéristiques cinétiques, un Km
de 20 mM pour le glucose, GLUT2 a été considéré
comme un des glucose-sensor des cellules beta, pouvant être
impliqué dans la régulation de la sécrétion
d'insuline (figure 5).
L'invalidation globale du transporteur de glucose GLUT2 entraîne
chez les souris un diabète qui se caractérise par une hyperglycémie,
une hypoinsulinémie et des concentrations élévées
de glucagon, entraînant la mort des souris 3 semaines après
la naissance [36]. Leur hypoinsulinémie est causée par une
perte de la première phase de la sécrétion de l'insuline
des cellules beta en réponse au glucose [37]. La composition cellulaire
des îlots de Langerhans est également modifiée, avec
une inversion du rapport entre le nombre de cellules beta et de cellules
alpha. La ré-expression sélective du transporteur de glucose
ubiquitaire, GLUT1 au Km pour le glucose plus faible que celui
de GLUT2, dans les cellules beta du pancréas des souris GLUT2-/-
restaure la viabilité des souris et leur capacité
à sécréter de l'insuline en réponse au glucose
[38]. La composition cellulaire du pancréas endocrine reste cependant
altérée. Bien que vital, le transporteur de glucose GLUT2
n'est donc pas indispensable aux fonctions de glucose sensor
de la cellule beta.
Invalidation de la glucokinase (GK) pancréatique
Des mutations du gène de la GK chez l'homme sont à l'origine
des formes modérées de diabète non insulinodépendant,
le diabète MODY-2. Celui-ci se caractérise par un défaut
primaire de l'insulinosécrétion. Une centaine de mutations
du gène de la GK ont été identifiées chez
environ 42 familles différentes. Afin d'élucider les bases
de la physiopathologie de cette forme de diabète, le gène
de la GK a été invalidé de manière globale
ou spécifiquement dans les cellules beta du pancréas. L'inactivation
de GK dans les cellules beta du pancréas est associée à
un diabète sévère, causant la mort des souris quelques
jours après la naissance. Les souris hétérozygotes
pour la délétion de la GK pancréatique sont aussi
hyperglycémiques et présentent un défaut d'insulinosécrétion
en réponse au glucose, phénotype similaire au diabète
MODY-2 de l'homme [39].
Invalidation de l'UCP2
Les protéines découplantes (UCP) de la membrane interne
des mitochondries permettent la fuite de protons à travers la membrane
mitochondriale et découplent ainsi la synthèse d'ATP des
phosphorylations oxydatives. Les UCP entraînent donc une diminution
de la synthèse d'ATP. Il existe plusieurs isoformes des UCP. Contrairement
à l'UCP1, principalement impliquée dans les processus de
thermogenèse dans le tissu adipeux brun des rongeurs, l'UCP2 est
exprimée dans de nombreux tissus et en particulier dans les cellules
beta du pancréas et sa concentration est augmentée dans
les cellules beta du pancréas des souris obèses et diabétiques
ob/ob. La surexpression d'UCP2 dans les îlots de Langerhans pourrait
par conséquent conduire à une diminution de la synthèse
d'ATP en réponse au glucose et à une réduction de
l'insulino-sécrétion liée à réduction
de l'activité du canal potassique dépendant de l'ATP. L'invalidation
de l'UCP2 produit une augmentation de la sécrétion de l'insuline
en réponse au glucose et améliore le diabète chez
la souris ob/ob [40]. En effet, les souris UCP2-/- ont des
concentrations d'ATP intracellulaire élevées dans les îlots
[40]. L'autre fonction de l'UCP2 pourrait être la régulation
de la production mitochondriale de radicaux libres et donc dans la régulation
de l'apoptose des cellules beta du pancréas.
Invalidation de l'ADN mitochondrial
Environ 0,5 à 1 % des diabètes sont dus à des mutations
de l'ADN mitochondrial mais les mécanismes responsables de ces
diabètes restent encore mal connus. Les patients qui présentent
un diabète mitochondrial sont porteurs de mutations ponctuelles
ou de délétions de l'ADN mitochondrial et ont une hétéroplasmie
avec une fréquence importante dans des îlots de Langerhans
[41]. Des études récentes réalisées sur des
souris dont l'ADN mitochondrial a été invalidé spécifiquement
dans les cellules beta du pancréas [42] ont apporté
des informations importantes sur le diabète mitochondrial humain.
Le gène invalidé est le facteur de transcription Tfam, codé
par un gène nucléaire et importé dans la mitochondrie
où il est essentiel à la réplication de l'ADN mitochondrial
[43]. L'analyse en microscopie électronique des cellules beta des
souris Tfam-/- révèle une accumulation anormale
de mitochondries de taille importante avec des cristae tubulaires, signe
typique de mitochondries présentes dans les tissus d'animaux souffrant
d'un dysfonctionnement de la chaîne respiratoire. Les souris Tfam-/-
sont également intolérantes au glucose administré
intrapéritonéalement et développent un diabète
franc à partir de 5 semaines (hyperglycémie, hypoinsulinémie).
Comme ces souris présentent une sensibilité à l'insuline
normale, le défaut de sécrétion de l'insuline observé
semble être l'unique raison de l'apparition de leur diabète.
Ces études mettent en évidence le rôle crucial de
la chaîne respiratoire dans les mécanismes de couplage entre
le métabolisme du glucose et la sécrétion d'insuline.
Invalidation de facteurs de transcription
HNF-1alpha
Le diabète MODY-3 chez l'homme est dû à des mutations
du facteur de transcription HNF-1alpha (Hepatocyte nuclear factor-1alpha)
[44] et se caractérise par des hyperglycémies franches et
un défaut de l'insulinosécrétion. Les souris déficientes
en HNF-1alpha présentent un déficit de l'insulinosécrétion
en réponse au glucose et à l'arginine mais sécrètent
de l'insuline normalement en réponse à des insulinosécrétagogues
non métaboliques comme le chlorure de potassium [45, 46]. Ces anomalies
ne s'accompagnent pas d'altération de la masse des cellules beta
suggérant que le diabète de type MODY-3 se caractérise
par un déficit majeur de l'insulinosécrétion, sans
anomalie, au moins initialement, de la masse des cellules beta.
PDX-1
Chez l'homme, des mutations du gène du facteur de transcription
PDX-1 causent le diabète de type MODY-4 [47]. L'invalidation globale
du gène de PDX-1 chez la souris [48] entraîne une absence
totale de développement du pancréas, indiquant le rôle
crucial joué par ce facteur de transcription dans le développement
de l'organe. La délétion sélective de PDX-1 dans
les cellules beta du pancréas entraîne un diabète
lié à une diminution de l'expression de l'insuline et du
transporteur de glucose GLUT-2 chez les souris invalidées hétérozygotes
[49]. Il en résulte une détérioration progressive
de la tolérance au glucose liée à des anomalies de
plasticité des cellules beta. Contrairement aux diabétiques
de type MODY-3, les patients atteints de MODY-4 développent un
diabète caractérisé par un déficit de l'insulinosécrétion,
associé à défaut du nombre des cellules beta.
CONCLUSION Quelle
la cause de l'insulinorésistance dans le diabète de type 2
? Un grand nombre de gènes candidats pour le métabolisme du
glucose et des lipides, comme les protéines de la signalisation de
l'insuline, ont été testés, mais jusqu'à présent
aucun gène majeur de susceptibilité pour le diabète
de type 2 n'a pu être clairement identifié. L'utilisation de
souris génétiquement modifiées s'est avérée
un outil puissant pour identifier les anomalies qui, in vivo, peuvent
entraîner une insulinorésistance, un déficit de l'insulinosécrétion,
et donc le développement d'un diabète. L'étude des
modèles monogéniques affectant la cellule beta a apporté
des éléments de compréhension aux déficits de
l'insulinosécrétion qui caractérisent en particulier
les diabètes de type MODY. Les modèles mono- et polygéniques
d'insulinorésistance ont précisé le rôle des
molécules de la cascade de signalisation de l'insuline et ont conforté
l'idée que des anomalies touchant la sécrétion ou l'action
de l'insuline peuvent agir de manière synergique pour entraîner
un diabète lorsqu'elles sont combinées. L'invalidation tissu-spécifique
du récepteur de l'insuline a montré qu'une insulinorésistance
touchant le muscle, le foie, le tissu adipeux, la cellule beta ou le cerveau
pourrait agir de façon synergique pour reconstituer le phénotype
métabolique complet de diabète de type 2 (figure
7). Une des notions importantes qui découle de ces différents
modèles animaux, et en particulier de celui récemment décrit
par Abel et al. [20], est qu'il existe des mécanismes de communication
entre les tissus. Ainsi, lorsque le gène du transporteur de glucose
GLUT4 est spécifiquement invalidé dans le tissu adipeux, les
effets de l'insuline dans le muscle squelettique et dans le foie sont également
affectés, suggérant que les cellules adipeuses communiquent
avec les cellules musculaires et hépatiques. Ces données impliquent
la sécrétion d'un facteur par les cellules adipeuses qui bloquerait,
par un mécanisme qui reste à être identifié,
les réponses à l'insuline dans les muscles et le foie [50].
L'investigateur doit néanmoins rester prudent avant d'extrapoler
trop hâtivement les résultats des souris génétiquement
modifiées à la pathologie humaine. L'exemple des mutations
du récepteur de l'insuline en est la preuve : létale chez
la souris, l'absence de récepteur de l'insuline n'entraîne
que rarement un diabète chez l'homme. Les modifications de l'expression
des gènes qui s'opèrent au cours de la vie embryonnaire masquent
certainement les déficits occasionnés par l'invalidation du
gène et ces adaptations peuvent être différentes chez
l'homme et l'animal. Le développement d'approches de recombinaison
conditionnelle permet déjà de résoudre une partie de
ces limitations [51]. Pour ces inactivations conditionnelles, où
l'inactivation peut être contrôlée à la fois dans
le temps et l'espace, les souris expriment une recombinase Cre chimérique
(Cre-ERT, par exemple), dont l'activité est inductible
par un ligand spécifique, le tamoxifène. L'inactivation du
gène est déclenchée à un moment choisi du développement,
permettant ainsi de limiter la mise en place d'adaptations compensatrices
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