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Pourquoi une revue sur le syndrome de résistance aux hormones thyroïdiennes ?


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 4, Numéro 1, 19, Janvier - Février 2002, Editorial


Résumé  

Auteur(s) : Patrice Rodien, Endocrinologie CHU d'Angers 4, rue Larrey 49033 Angers cedex 01.

Résumé : Pourquoi une revue sur le syndrome de résistance aux hormones thyroïdiennes ? Il s'agit d'un syndrome rare, une curiosité qui intéresse quelques endocrinologues et quelques chercheurs. La plupart du temps, le diagnostic est sans conséquence, les sujets sont asymptomatiques, et les divers traitements proposés ont une efficacité relative. L'abstention thérapeutique est d'ailleurs souvent prônée...

ARTICLE

Pourquoi une revue sur le syndrome de résistance aux hormones thyroïdiennes ? Il s'agit d'un syndrome rare, une curiosité qui intéresse quelques endocrinologues et quelques chercheurs. La plupart du temps, le diagnostic est sans conséquence, les sujets sont asymptomatiques, et les divers traitements proposés ont une efficacité relative. L'abstention thérapeutique est d'ailleurs souvent prônée.

Le syndrome est rare, oui, mais pas exceptionnel. La fréquence en est évaluée à 1 pour 50 000 naissances. La classique notion de bonne tolérance du syndrome ne prend pas en compte le retentissement cardiaque, jusqu'à 6 % de fibrillation auriculaire, avec parfois décompensation cardiaque chez des sujets jeunes. Le retentissement neurosensoriel de la résistance aux hormones thyroïdiennes ne doit pas être sous-estimé. On décrit en effet une fréquence accrue des cas de surdité ou d'hypoacousie, lorsque l'on prend la peine de les rechercher systématiquement. Le syndrome d'hyperactivité-trouble de l'attention chez l'enfant, éventuellement aggravé par une hypoacousie, peut être un obstacle aux acquisitions de la petite enfance, à la scolarité, et finalement à une insertion socioprofessionnelle correcte. Le retentissement osseux de la résistance aux hormones thyroïdiennes est variable, en particulier la maturation osseuse au cours de la croissance est parfois altérée. La taille finale est dite normale, mais volontiers en-deçà de la taille cible.

Le syndrome de résistance aux hormones thyroïdiennes offre un modèle d'étude des récepteurs des hormones thyroïdiennes, et plus largement des récepteurs nucléaires. On peut avec ce syndrome suivre l'histoire de l'exploration en thyroïdologie. Les investigations sont passées du stade de la mesure de l'iode lié aux protéines, à l'étude des modifications conformationnelles des récepteurs nucléaires, de leurs partenaires de dimérisation, et de leurs cofacteurs en réponse à la T3. La connaissance des mécanismes d'action des récepteurs nucléaires a largement bénéficié de l'étude des mutations identifiées chez les patients atteints du syndrome, comme en témoigne l'article du groupe de Paolo Beck-Peccoz.

Dans l'intervalle, l'évaluation de la réponse tissulaire périphérique et hypophysaire à la T3 a souvent été le moyen indirect de démontrer l'état de résistance. Ces explorations du métabolisme de base, de la sécrétion de TSH après stimulation par la TRH, des modifications des «marqueurs» sériques d'imprégnation en T3, souvent considérées comme peu contributives, voire désuètes, face à la toute-puissante génétique moléculaire, retrouvent leur place avec l'exploration des cas de résistance où aucune mutation du récepteur beta des hormones thyroïdiennes n'est identifiée. La recherche d'anomalies des partenaires de dimérisation, des coactivateurs ou corépresseurs des récepteurs nucléaires, exposée ici par l'inventeur du syndrome, Samuel Refetoff, peut être aidée par une étude phénotypique précise, à la recherche de résistances multiples partielles, au-delà de la simple constatation de la sécrétion inappropriée de TSH qui constitue l'élément central du diagnostic.

Les modèles animaux, présentés ici par le groupe de Jacques Samarut, ont apporté une compréhension de la physiopathologie du syndrome ; ils ont aussi et surtout permis de disséquer méthodiquement les voies de signalisation des hormones thyroïdiennes, organe par organe, et au final, de regarder avec un œil neuf et réapprendre ce qui fait l'endocrinologie quotidienne : le rétrocontrôle négatif exercé par les hormones thyroïdiennes sur la sécrétion de TSH.

Et la prise en charge thérapeutique est-elle bouleversée par ces découvertes ? Non, pas encore.

Ces données de biologie moléculaire et de physiologie, en précisant les modes d'action et les cibles de telle isoforme de récepteur des hormones thyroïdiennes ou de telle autre, ont conduit récemment à l'élaboration d'agonistes ou d'antagonistes de la T3 spécifiques d'isoforme, bientôt spécifique de cible ? Il y a là, peut-être, pour certains patients, un espoir d'accéder à un traitement efficace. La question principale, restera alors: qui, quand, pour quel symptôme traiter ? Ou comment ne pas nuire à un équilibre général spontané, pour traiter un symptôme précis ?


 

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