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Contraception d’urgence (contraception du lendemain)


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 2, Numéro 1, 45-7, Janvier - Février 2000, Thérapeutique


Résumé  

Auteur(s) : Béatrice Couzinet, Service d'Endocrinologie et des maladies de la Reproduction, Hopital Bicêtre, 94275 Kremlin Bicêtre, France..

Résumé : La contraception d'urgence (postcoïtale ou du lendemain) est définie comme l'utilisation après un rapport sexuel non protégé d'un médicament ou d'un dispositif intra-utérin pour empêcher la grossesse. Elle peut être utilisée dans les 72 heures qui suivent le rapport sexuel à risque (absence de contraception, oubli de contraception orale, ou incident de préservatif). Cette méthode ne doit être prescrite qu'exceptionnellement et doit obligatoirement conduire à l'instauration d'une contraception fiable et adaptée. L'utilisation de la contraception d'urgence permet d'éviter ou de diminuer considérablement les indications de l'IVG et cela constitue un objectif prioritaire. Le retentissement psychologique est par ailleurs moindre. Cette contraception post-coïtale est efficace, et l'utilisation des progestatifs et de l'antiprogestérone a diminué les effets secondaires. Elle devrait rester occasionnelle, mais il est important qu'elle soit dans l'avenir le complément indispensable d'une contraception sans danger.

Mots-clés : contraception post-coïtale, contraception du lendemain, contraception d’urgence, progestatifs, antiprogestatifs, contragestifs, stérilet, dispositif intra-utérin, pilule contraceptive.

Illustrations

ARTICLE

La contraception d'urgence (postcoïtale ou du lendemain) est définie comme l'utilisation après un rapport sexuel non protégé d'un médicament ou d'un dispositif intra-utérin pour empêcher la grossesse. Elle peut être utilisée dans les 72 heures qui suivent le rapport sexuel à risque (absence de contraception, oubli de contraception orale, ou incident de préservatif). Cette méthode ne doit être prescrite qu'exceptionnellement et doit obligatoirement conduire à l'instauration d'une contraception fiable et adaptée.

Les méthodes classiques

Estrogènes et estroprogestatifs

C'est à partir de 1960 que de fortes doses d'estrogènes en période post-ovulatoire immédiate ont été conseillées pour prévenir l'implantation [1]. Les produits utilisés ont été successivement le di-éthylstilbestrol (25-50 mg/jour), l'éthinyl-estradiol (1-5 mg/jour) et les estrogènes conjugués (20-30 mg/jour) pendant 5 jours. Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer le mécanisme d'action. Les estrogènes entraîneraient une accélération du transport tubaire de l'œuf. Surtout, en raison des modifications endomètriales, ils entraveraient l'implantation et la nidation. L'asynchronisme entre le blastocyste et le stade de l'endomètre serait donc l'effet prépondérant. La production locale de prostaglandines sous l'effet des stéroïdes pourrait par ailleurs favoriser l'expulsion. Par cette méthode, l'indice de Pearl était de 0,4 pour 100 années-femmes. Les effets secondaires étaient importants : nausées, vomissements, méno-métrorragies, mastodynies et augmentation du risque thromboembolique.

Une autre méthode d'utilisation des estrogènes a été préconisée par Yuzpe à partir de 1975 [2]. Elle consiste à prescrire dans les 48-72 heures qui suivent le rapport non protégé, 2 comprimés d' une association estroprogestative contenant 50 µg d'éthinyl-estradiol et un progestatif dérivé de la 19-nortestostérone, dose qui sera répétée 12 heures plus tard. En France, jusqu'à récemment, elle consistait en la prise de 2 x 2 cp de Stédiril®. Actuellement, le Tétragynon® repose strictement sur le même principe. Il est présenté sous forme de 4 pilules contenant chacune 50 µg d'éthinyl estradiol et 0,25 mg de levonorgestrel, est délivré sur ordonnance, l'AMM ayant été donnée dans cette indication. L'efficacité est estimée en moyenne à 74 %.

L'exposition aux fortes doses d'estrogène étant brève, aucune modification des facteurs de la coagulation n'a été mise en évidence. Les nausées (50 %) et les vomissements (20 %) sont les effets secondaires principaux, qui en théorie peuvent interférer avec la seconde prise et en réduire l'efficacité [3].

Progestatifs

Les progestatifs dérivés de la 19-nortestostérone peuvent également être utilisés seuls. La prise de deux comprimés de levonorgestrel à 0,75 mg à 12 heures d'intervalle a donné des résultats similaires à celle des estro-progestatifs (2,6 % d'échecs avec les estroprogestatifs vs 2,4 % pour le levonorgestrel) mais avec beaucoup moins d'effets secondaires [4]. Dans une étude récente, randomisée, contrôlée, multicentrique (21 centres du monde entier), organisée par l'OMS, portant sur 1998 femmes et au cours de laquelle les 2 méthodes ont été comparées, il est même apparu que le taux de grossesse avec levonorgestrel (deux comprimés de levonorgestrel à 0,75 mg à 12 heures d'intervalle) n'était que de 1,1 %, alors qu'il était de 3,2 % avec l'administration classique (méthode de Yuzpe) d'estroprogestatifs. Les nausées (23,1 vs 50,5 %) et les vomissements (5,6 vs 18,8 %) étaient également statistiquement bien moins fréquents [3] (figure 1). Cette méthode était peu utilisée jusqu'à présent car il fallait prendre 2 fois 25 comprimés de Microval® (0,03 mg de levonorgestrel par comprimé). La commercialisation récente d'un dosage à 0,75 mg, NorLevo®, avec un conditionnement de 2 comprimés pour la contraception d'urgence devrait permettre une plus large utilisation [5].

Le danazol, Danatrol® a également été utilisé dans les 72 heures à la dose de 2 fois 400 mg ou 600 mg à 12 heures d'intervalle. Mais le taux d'échec serait important.

Insertion postcoïtale d'un dispositif intra-utérin (DIU)

Cette méthode, très efficace (taux d'échecs < 1 %) a été proposée par Tatum et Lippes en cas de contre-indication aux estrogènes ou chez les femmes désirant utiliser ultérieurement ce moyen contraceptif [6]. Le stérilet est inséré après un rapport non protégé en période ovulatoire et permet d'empêcher l'implantation de l'œuf. Il peut être posé en l'absence d'infection locale dans un délai de 7 jours. L'insertion du DIU contamine la cavité utérine, et l'infection bactérienne serait un des mécanismes invoqué dans l'action contragestive. La concentration en cuivre contenue dans le dispositif intra-utérin est également responsable d'un effet embryotoxique. L'insertion postcoïtale d'un DIU est un moyen d'interception de la grossesse lorsque les 48-72 heures limites pour la méthode hormonale sont depassées. Mais le risque majeur est celui d'endométrite post-insertion qui est de l'ordre de 3 %. Le risque potentiel de stérilité secondaire domine donc les préoccupations, et doit faire contre-indiquer cette méthode chez les nullipares [4].

Les antiprogestérones

La progestérone est indispensable pour permettre l'implantation de l'œuf fécondé au niveau de l'endomètre et pour maintenir la grossesse. Les médicaments de type antiprogestérone agissent directement par compétition au niveau du récepteur des tissus cibles, donc de l'endomètre, et présentent donc un grand intérêt pour réaliser une contragestion. La mifépristone (RU 486), Mifégyne®, est pour l'instant le seul antiprogestérone disponible en clinique humaine [7]. Il est utilisé depuis environ 10 ans lorsque l'interruption de grossesse est souhaitée, en association avec des prostaglandines. La mifépristone, à la dose de 600 mg, associée aux prostaglandines, est efficace dans 97,6 % des cas. Cette approche thérapeutique présente un intérêt majeur car les effets secondaires sont beaucoup moins fréquents. D'autre part, on a vu que les estroprogestatifs et progestatifs devaient obligatoirement être prescrits avant la 72ème heure, donc sans vérification du diagnostic de grossesse. De même la pose rapide d'un stérilet est souvent non souhaitable, notamment chez les adolescentes. C'est la raison pour laquelle, si la femme est vue plus tard, l'antiprogestérone peut être utilisé. Son efficacité est certaine après l'implantation, soit après le 9ème jour. Son emploi présente donc un double intérêt : il laisse au médecin le temps d'obtenir une confirmation biologique de la grossesse ; il laisse à la femme le délai nécessaire à la réflexion pour confirmer ou non son désir d'interruption.

La mifépristone a été également proposée comme contraception postcoïtale immédiate à la dose de 600 mg. L'antiprogestérone, dont la 1/2 vie est longue, laisse un endomètre impropre à la nidation. Cette méthode d'une grande innocuité a le même pourcentage de succès que l'utilisation des estroprogestatifs vus plus haut.

En pratique, que proposer ?

Une attitude pratique tenant compte de la parité, des contre-indications à telle ou telle méthode et surtout du délai après le rapport sexuel non protégé et potentiellement fécondant est donnée, à titre indicatif, dans la figure 2.

Diffusion de la contraception d'urgence

Elle reste peu utilisée car mal connue des femmes. De plus, il s'agit d'une contragestion et certains l'assimilent à l'avortement. Malgré la fréquence des incidents de préservatif, le recours à cette méthode reste faible, en partie à cause de la difficulté d'obtention des produits nécessaires. Le délai de 72 heures impose une consultation en urgence. La fréquence de survenue pendant le week-end ou les vacances, en particulier chez les jeunes, compliquent le problème. Cette méthode devrait être systématiquement expliquée lors de la première consultation pour contraception. L'automédication et la disponibilité dans les pharmacies rendront ces méthodes plus accessibles dans l'avenir. En effet, il a bien été démontré qu'un accès libre à ces contraceptions du lendemain n'empêchait pas, dans 98 % des cas, une utilisation parfaitement conforme à ce qui avait été recommandé et ne s'accompagnait pas d'effets secondaires graves. Bien plus, l'efficacité est apparue semblable chez les femmes prenant cette contraception du lendemain en automédication et chez les femmes l'utilisant après ordonnance [8]. Il est impératif de revoir la patiente à la fin du cycle à risque et de prescrire un dosage de betahCG, voire une échographie endovaginale si un doute persiste sur l'efficacité de la méthode.

CONCLUSION

L'utilisation de la contraception d'urgence permet d'éviter ou de diminuer considérablement les indications de l'IVG et cela constitue un objectif prioritaire. Le retentissement psychologique est par ailleurs moindre. Cette contraception post-coïtale est efficace, et l'utilisation des progestatifs et de l'antiprogestérone a diminué les effets secondaires. Elle devrait rester occasionnelle, mais il est important qu'elle soit dans l'avenir le complément indispensable d'une contraception sans danger.

REFERENCES

1. Haspels A.A. 1969. The morning after pill : a preliminary report. IPPF Med Bull 3 : 6-10.

2. Yuzpe A.A., Smith R.P., Rademaker A.W. 1982. A multicenter clinical investigation employing ethinyl estradiol combined with dl-norgestrel as postcoital contraceptive agent. Fertil Steril 37: 508-513.

3. 1998. Randomised controlled trial of levonorgestrel versus the Yuzpe regimen of combined oral contraceptives for emergency contraception. Task force on postovulatory methods of fertility regulation. Lancet 352: 428-433.

4. Glasier A. 1997. Emergency postcoital contraception. N Engl J Med 337: 1058-1064.

5. Guillebaud J. 1998. Time for emergency contraception with levonorgestrel alone [comment]. Lancet 352: 416-417.

6. Lippes J., Malik T., Tatum H.J. 1976. The post-coïtal copper T. Adv Planned Parenth 11: 24-32.

7. Couzinet B., Le Strat N., Ulmann A., Baulieu E.E., Schaison G. 1986. Termination of early pregnancy by the progesterone antagonist RU 486 (Mifepristone). N Engl J Med 315: 1565-1570.

8. Glasier A., Baird D. 1998. The effects of self-administering emergency contraception. N Engl J Med 339 : 1-4.


 

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