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Maturation du squelette au cours de la puberté


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 1, Numéro 3, 273-6, Décembre 1999, Diagnostic


Résumé  

Auteur(s) : Gabriel Kalifa, Valérie Merzoug, Service de radiologie, GH Cochin-Saint Vincent de Paul, Paris, France.

Résumé : Le squelette, comme beaucoup de composants de l’organisme, subit des changements importants lors de la puberté. Ceux-ci portent sur la maturation, la morphologie et la minéralisation. La croissance est très rapide puisqu’on l’estime à 6 à 7cm par an à la phase prépubertaire. Le pic de croissance est atteint chez la fille en moyenne à 11 ans et 6 mois et peut atteindre une vitesse annuelle de 8,3 cm. La croissance est globalement terminée à l’âge de 16 ans. Chez le garçon, ce pic se situe à 13 ans et 6 mois, et peut monter jusqu’à 9,5 cm par an. La croissance est terminée en moyenne à 18 ans. Parallèlement, le poids augmente avec un décalage de quelques mois [1]. La maturation osseuse est légèrement différente selon le sexe. Certes, elle suit l’évolution des caractères sexuels secondaires, mais le stade IV des organes génitaux de Tanner précède le pic de croissance chez le garçon alors qu’il survient après ce pic chez la fille [2]. Le degré de maturation va renseigner sur l’état d’avancement même de la puberté, sur le pronostic de taille de l’enfant, sur les risques orthopédiques, notamment en matière de scoliose.

Mots-clés : Maturation osseuse, âge osseux, puberté.

Illustrations

ARTICLE

Le squelette, comme beaucoup de composants de l'organisme, subit des changements importants lors de la puberté. Ceux-ci portent sur la maturation, la morphologie et la minéralisation.

La croissance est très rapide puisqu'on l'estime à 6 à 7cm par an à la phase prépubertaire. Le pic de croissance est atteint chez la fille en moyenne à 11 ans et 6 mois et peut atteindre une vitesse annuelle de 8,3 cm. La croissance est globalement terminée à l'âge de 16 ans. Chez le garçon, ce pic se situe à 13 ans et 6 mois, et peut monter jusqu'à 9,5 cm par an. La croissance est terminée en moyenne à 18 ans. Parallèlement, le poids augmente avec un décalage de quelques mois [1].

La maturation osseuse est légèrement différente selon le sexe. Certes, elle suit l'évolution des caractères sexuels secondaires, mais le stade IV des organes génitaux de Tanner précède le pic de croissance chez le garçon alors qu'il survient après ce pic chez la fille [2]. Le degré de maturation va renseigner sur l'état d'avancement même de la puberté, sur le pronostic de taille de l'enfant, sur les risques orthopédiques, notamment en matière de scoliose.

Détermination de l'âge osseux

La détermination de l'âge osseux sert donc à apprécier la maturation osseuse. La méthode idéale qui allierait simplicité d'emploi, reproductibilité et précision n'existe pas encore. En fait, on a recours à trois techniques :

* la numération des points d'ossification,

* la cotation, qui consiste à chiffrer les points d'ossification en fonction de leurs dimensions,

* enfin le recours à un atlas. C'est la méthode actuellement la plus utilisée, sous la forme de l'atlas de Greulich et Pyle [3] (figure 1). On peut reprocher à cet atlas d'avoir été établi à la fin des années 50 sur une population qui ne correspond plus tout à fait à celle que nous étudions actuellement. Il peut exister des dissociations entre maturation des doigts et maturation du carpe, mais on donne toujours la priorité aux doigts dans l'appréciation de la maturation. L'important n'est pas la valeur stricte à un moment donné, mais le profil évolutif de l'âge osseux.

Autour de la puberté, des méthodes de cotation comme celle utilisée par Tanner et Sempé reposent sur des clichés de main et de poignet, mais sont de réalisation très longue (au moins 10 minutes par étude) et ne sont pas passées en pratique clinique courante.

La cotation des crêtes iliaques, ou méthode dite de Risser (figure 2), est surtout utilisée pour apprécier le risque potentiel évolutif d'une scoliose, sachant qu'un Risser à 5 signifie la fin de la croissance et donc la fin de la période d'évolutivité majeure de la scoliose.

A l'heure actuelle, un certain nombre de méthodes de reconnaissance automatique de l'âge osseux par étude des contours et analyse électronique de l'image sont à l'étude [4]. Aucune technique ne s'est pourtant imposée jusqu'ici dans la pratique courante. Il a même été proposé des systèmes de « réseaux neuronaux » [5]. La lourdeur de la tâche et les difficultés de réalisation expliquent ce retard, mais on peut espérer que, dans les années qui viennent, ces méthodes deviennent la référence en matière d'âge osseux.

Quelles informations peut-on obtenir ?

Les informations que fournissent la détermination de la maturation osseuse sont multiples et dépassent largement le simple chiffrage de cet âge osseux. En effet, la formule mnémotechnique 3M permet de bien retenir les éléments d'analyse qui sont la Maturation, la Minéralisation et la Morphologie. L'étude de transparence du métacarpien et du rapport cortico-diaphysaire à ce niveau est un bon indicateur de minéralisation osseuse.

Sur le plan morphologique, l'analyse stricte d'un certain nombre de critères permet d'établir un diagnostic précis : dysplasie osseuse, McCune Albright, etc (figure 3).

Quelle valeur accorder aux informations fournies par la détermination de l'âge osseux ?

Il est classique de dire qu'un âge osseux inférieur à l'âge civil est de meilleur pronostic pour la croissance ultérieure qu'un âge osseux correspondant à l'âge réel. Un âge osseux, lui-même inférieur à l'âge statural, est indicateur d'une meilleure chance de rattrapage. La meilleure chance de croissance d'un enfant resterait donc l'adéquation AO < AS < AC, mais, là encore, cette équation connaît ses limites. Autre argument : plus le retard de maturation est marqué, plus la présence d'une maladie générale viscérale est probable, alors qu'un âge osseux correspondant à l'âge chronologique est plus rarement lié à une maladie viscérale.

La détermination de l'âge osseux fournit au clinicien deux types d'informations, quantitatives (un âge osseux, à confronter à d'autres données chiffrées, âge civil, âge statural, taille, ...) et des données qualitatives. La prise de conscience de cette dualité permet de rentabiliser cet examen simple souvent sous exploité.

L'âge osseux, instrument quantitatif ?

La croissance cartilagineuse résulte de l'équilibre entre prolifération des chondrocytes et minéralisation des zones de croissance chondrocytaire. La maturation osseuse est donc sous l'influence de facteurs intrinsèques aux cellules de la trame cartilagineuse et de facteurs hormonaux qui influencent la maturation, à savoir les hormones thyroïdiennes, le couple hormone de croissance-IGF1 et les stéroïdes sexuels. Il est donc classique de considérer que des anomalies quantitatives ou chronologiques de l'exposition des cartilages à ces facteurs hormonaux modifient la vitesse de maturation osseuse [6]. Les stéroïdes sexuels jouent un rôle prépondérant dans cette maturation, à rapprocher des repères radiologiques assez précis et reproductibles qui accompagnent habituellement le début de la puberté (sésamoïde du pouce). Le rôle respectif des oestrogènes [7] et des androgènes a pu être récemment précisé, en analysant les patients ayant un défaut génétique des récepteurs hormonaux. Dans les anomalies de réceptivité aux androgènes (testicules féminisants), la maturation et la minéralisation osseuse sont normales alors que ces patientes ont une production d'œstrogènes normale, la testostérone testiculaire étant en partie convertie en œstrogènes. A l'inverse, dans le rarissime défaut de réceptivité aux œstrogènes chez l'homme, il existe une ostéoporose et un retard de maturation osseuse très importants, se traduisant cliniquement par une croissance persistant bien au delà de l'âge de 25 ans, avec un âge osseux bloqué vers 14 ou 15 ans [8, 9]. De même, le déficit en aromatase, l'enzyme qui convertit les androgènes en œstrogènes, s'accompagne chez l'homme d'une ostéoporose et d'une maturation osseuse incomplète [10]. Ces exemples pathologiques démontrent que, dans les deux sexes, la maturation osseuse est sous la dépendance directe de l'œstradiol. On doit donc s'attendre à une bonne concordance entre développement pubertaire et maturation osseuse chez la fille, moindre chez le garçon.

Principaux repères

En dehors de la mesure propre de l'âge osseux, notamment selon l'étude de Greulich, un excellent indicateur du déclenchement de la puberté est l'apparition du sésamoïde du pouce, en moyenne à 11 ans chez la fille et à 13 ans chez le garçon. Il semble que l'apparition de l'os crochu coïncide bien aussi avec le déclenchement de la puberté.

Le tableau 1 rappelle les principales dates de soudure des cartilages de conjugaison selon le sexe. La connaissance des variations est importante lorsqu'on choisit une méthode de détermination de l'âge osseux.

Contenu minéral osseux - Masse calcique et puberté

Les méthodes de détermination de la masse osseuse, qu'il s'agisse d'absorptiométrie biphotonique ou de densitométrie au scanner, montrent une augmentation de la masse osseuse lors de la puberté. L'augmentation est beaucoup plus marquée chez le garçon que chez la fille [11]. Cela tient essentiellement à une maturation plus prolongée dans le sexe masculin avec un épaississement cortical plus important et une augmentation plus notable de la taille de l'os [12]. En effet, la puberté affecte davantage la taille de l'os que la densité en contenu minéral proprement dite. Lors de la puberté, la densité minérale moyenne, aussi bien au niveau du rachis lombaire que du col fémoral, augmente de 4 à 6 fois en 3 ans chez la fille et 4 ans chez le garçon. Le contenu minéral osseux moyen augmente moins au niveau du squelette périphérique des os longs. Il y a un certain asynchronisme entre la croissance en hauteur et l'augmentation de la masse osseuse. Ceci peut expliquer l'existence d'une période transitoire de relative fragilité osseuse pendant l'adolescence, qui explique, outre l'agitation propre à cet âge, un taux de fractures un peu plus élevé.

A titre indicatif, le tableau 2 propose les moyennes de densité minérale osseuse en g/cm2 (en absorptiométrie Norland XR-26) d'après [13].

REFERENCES

1. Behrman R.E., Kliegman R.M., Arvin A.M. 1996. Nelson textbook of pediatrics 15th edition Saunders, Philadelphia. pp. 58-63.

2. Frank G.R. 1995. The role of estrogen in pubertal skeletal physiology : epiphyseal maturation and mineralization of the skeleton. Acta Paediatr 84 : 627-630.

3. Greulich W.W., Pyle S.I. 1959. Radiographic atlas of skeletal development of the hand and wrist, 2nd edn. Stanford University Press, Stanford, California.

4. Frisch H., Riedl S., Waldhör T. 1996. Computed-aided estimation of skeletal age and comparison with bone age evaluations by the method of Greulich-Pyle and Tanner-Whitehouse. Pediatr Radiol 26: 226-231.

5. Gross G.W., Boone J.M., Bishop D.M. 1995. Pediatric skeletal age : determination with neural networks. Radiology 195: 689-695.

6. Carel J.C., et al. 1999.The French triptorelin study group. Final height after slow-release triptorelin treatment for precocious puberty: implications for the age at discontination of treatment. J Clin Endocrinol Metab 6 : 1973-1978.

7. MacGillivray M.H., Morishima A., Conte F., Grumbach M., Smith E.P. 1998. Pediatric endocrinology update : an overview. The essential roles of estrogens in pubertal growth, epiphyseal fusion and bone turnover : lessons from mutations in the genes for aromatase and the estrogen receptor. Horm Res 49 suppl 1 : 2-8.

8. Federman D.D. 1994. Life without estrogen. N Engl J Med 331: 1088-1089.

9. Smith E.P., et al. 1994. Estrogen resistance caused by a mutation in the estrogen-receptor gene in a man. N Engl J Med 331: 1056-1061.

10. Morishima A., Grumbach M.M., Simpson E.R., Fisher C., Qin K. 1995. Aromatase deficiency in male and female siblings caused by a novel mutation and the physiological role of estrogens. J Clin Endocrinol Metab 80: 3689-3698.

11. Ilich J.Z., Hangartner T.N., Skugor M., Roche A.F., Goel P.K., Matkovic V. 1996. Skeletal age as a determinant of bone mass in preadolescent females. Skeletal Radiol 25 : 431-439.

12. Bonjour J.P., Theintz G., Law F., Slosman D., Rissoli R. 1994. Peak bone mass. Osteoporos Int 4 suppl 1 : 7-13.

13. Zanchetta J.R., Plotkin H., Alvarez Filgueira M.L. 1995. Bone mass in children : normative values for the 2-20 year-old population. Bone 14 : 3S-399S.


 

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