ARTICLE
Traitements non pharmacologiques du diabète
sucré de type 2
La diététique constitue toujours la pierre angulaire de
toutes les stratégies thérapeutiques. Chez les patients
obèses, l'objectif est d'obtenir une réduction pondérale
permettant de corriger, du moins partiellement, les anomalies métaboliques
associées au diabète sucré. Afin de réduire
l'hyperglycémie post-prandiale, il est conseillé d'associer
à la diète hypocalorique l'utilisation de glucides d'absorption
lente ainsi qu'un régime riche en fibres [12]. Bien que ces mesures
aient fait la preuve de leur efficacité, de nombreux patients trouvent
ces régimes difficiles à suivre et souvent peu acceptables.
L'exercice physique constitue lui aussi un élément primordial
de la prise en charge des patients. La prescription doit être individualisée
en fonction de chaque cas particulier (exemple : coronaropathie, risque
de mal perforant plantaire, etc.). Bien qu'il soit souvent irréaliste
d'espérer une modification majeure du mode de vie, un simple programme
de marche d'une trentaine de minutes par jour permet d'obtenir une amélioration
métabolique substantielle [13].
Lorsque la diététique et l'exercice ne permettent pas
de corriger l'hyperglycémie, on doit envisager la mise en place
d'un traitement par antidiabétiques oraux. Le choix doit se baser
sur l'efficacité, la sécurité d'emploi et l'absence
de contre-indication.
Les inhibiteurs des alpha-glucosidases
Mode d'action
Les inhibiteurs des alpha-glucosidases sont compétitifs des enzymes
présentes dans les entérocytes de la bordure en brosse,
enzymes nécessaires pour hydrolyser les oligo- et polysaccharides
en monosaccharides afin de permettre leur absorption [14]. L'inhibition
de ces enzymes ralentit l'absorption des glucides, réduisant ainsi
l'hyperglycémie et l'hyperinsulinémie post-prandiale. L'acarbose
(Glucor®) a été le premier inhibiteur des
alpha-glucosidases disponible, le miglitol (Diastabol®)
a été récemment mis sur le marché ; et enfin
le voglibose, lui, n'est disponible qu'au Japon.
L'acarbose est un pseudotétrasaccharide d'origine microbienne
présentant une homologie structurale avec un oligosaccharide issu
de la digestion de l'amidon (figure
1). Son unité acarviosine est responsable de sa très
haute affinité pour le site de liaison des hydrates de carbone
de nombreuses alpha-glucosidases, et la présence d'une liaison
C-N rend impossible l'hydrolyse enzymatique [14] ; cette liaison avec
les alpha-glucosidases est réversible. Ces inhibiteurs sont spécifiques
des alpha-glucosidases, alors que celles du glucose ne sont pas modifiées
par ces médicaments. L'acarbose n'est que très faiblement
absorbé (< 2 %) et est actif tout le long de l'intestin grêle
[14].
Efficacité
En association au régime
En cas d'échec de la diététique, l'ajout d'acarbose
permet, comparativement au placebo, une réduction significative
de la glycémie post-prandiale (~3 mmol/L) ainsi qu'une réduction
de l'HbA1c de l'ordre de 0,7 % (0,5 à 1,4 %). Quant à la
glycémie à jeun, une réduction a été
observée occasionnellement mais rarement supérieure à
1,3 mmol/L [11-15, 23] (tableau
1). Une large étude ouverte non contrôlée
[15] a montré que plus l'HbA1c initiale était élevée,
plus la réduction obtenue sous traitement par acarbose était
importante. L'effet de l'acarbose s'observe dès la première
semaine de traitement et, dans la majorité des études, est
maintenu tout au long de la période d'étude (figure
2). Il existe un effet dose-réponse avec un plateau d'efficacité
aux doses de 50 à 100 mg trois fois par jour [24].
En association ou en comparaison avec d'autres
antidiabétiques oraux
L'efficacité de l'acarbose dans le diabète de type 2 a
été étudiée en comparaison avec celle des
biguanides ou des sulfamides. L'ajout d'acarbose à ces médications
ainsi qu'en cas d'échec secondaire aux sulfamides a aussi été
étudié.
Comparativement aux sulfamides ou aux biguanides, la majorité
des études ont observé que les inhibiteurs des alpha-glucosidases
en monothérapie étaient légèrement moins efficaces
pour réduire l'HbA1c : réduction de l'ordre de 0,7 % pour
l'acarbose comparativement à 1 % pour les sulfamides ou les biguanides
[20-25, 29].
En ajoutant un inhibiteur des alpha-glucosidases à un traitement
sulfamide, on obtient une baisse supplémentaire de l'HbA1c de 0,5
à 1,2 % [11, 24, 27], et cet effet persiste au bout de trois ans
si les patients sont observants [21]. Sur une année, un effet comparable
a été obtenu en adjoignant un traitement par acarbose à
la metformine [11] (tableau 1,
figure 2).
Pour les patients en échec secondaire aux sulfamides hypoglycémiants,
l'adjonction d'un traitement par inhibiteur des alpha-glucosidases permet
d'obtenir une amélioration métabolique [25, 27, 28, 30].
Dans cette situation, comparativement à la metformine, le rajout
de l'acarbose chez des patients en échec secondaire aux sulfamides
permet une baisse comparable de l'HbA1c avec un meilleur contrôle
de l'hyperglycémie post-prandiale [30].
Il existe peu d'études s'intéressant à l'adjonction
d'acarbose à un traitement combiné par sulfamides et biguanides.
Une étude française n'a rapporté aucun bénéfice
chez des patients qui présentaient de nombreux critères
d'insulino-requérance [31], alors qu'une étude ouverte thaïlandaise
a rapporté une réduction significative de l'HbA1c [32].
Néanmoins, dans cette dernière étude, la perte de
poids était également significative, rendant difficile l'interprétation
de ce résultat favorable. Sur un petit groupe de patients, Kaye
[33] a montré une réduction significative de l'HbA1c, mais
sans atteindre les critères de bon équilibre. Enfin, l'étude
UKPDS démontre un effet bénéfique dans un sous-groupe
de patients randomisés à l'acarbose ( 0,32 % d'HbA1c
; p < 0,003) [21]. La mise en place d'une triple thérapie antidiabétique
orale pourrait constituer un compromis pour les patients refusant la mise
en place d'une insulinothérapie. Le coût de cette triple
association, ainsi que la moindre efficacité de l'acarbose dans
ces conditions comparativement à l'insulinothérapie pour
améliorer l'équilibre glycémique rendent toutefois
cette indication rare [22, 28].
Chez les patients diabétiques de type
2 insulinotraités
Chez les patients insuffisamment contrôlés par l'association
diététique, sulfamides et biguanides, l'introduction d'une
insulinothérapie sous forme d'une insuline NPH (Neutral protamine
Hagedorn) au coucher constitue un choix thérapeutique fréquent
[34]. Dans cette situation, l'ajout de l'acarbose à la bithérapie
antidiabétique orale a été comparé à
l'introduction de l'insuline. Bien que l'acarbose ait montré une
amélioration de l'équilibre métabolique comparativement
au placebo, cette amélioration était moindre que celle observée
sous insuline [28]. Dans cette situation, l'acarbose ne peut constituer
qu'une alternative pour les patients refusant l'insulinothérapie.
Lorsque l'acarbose est associé à l'insulinothérapie
chez des patients diabétiques de type 2, il permet, comparativement
au placebo, une amélioration métabolique significative avec
une baisse de l'HbA1c comprise entre 0,4 et 1,9 % (tableau
1, figure 2) [11, 22, 25, 35, 36]. L'introduction de l'acarbose
ne modifie pas la fréquence des hypoglycémies et s'associe
souvent à une réduction des besoins en insuline [21].
Les études à long
terme
Il n'existe que deux études publiées sur l'intérêt
de l'acarbose pris sur une période d'un an ou plus. Chiasson et
al. [11] ont étudié sur une période d'un an l'intérêt
de l'adjonction d'acarbose chez 354 patients insuffisamment contrôlés
par régime seul, régime et sulfamides, régime et
biguanides ou régime et insuline. Les résultats indiquent
que l'acarbose améliore l'équilibre glycémique, quel
que soit le traitement en place avec une baisse de l'HbA1c, allant de
0,4 à 0,9 % (figure 2).
Dans cette étude, 27 % des patients ne prenait plus leur acarbose
à un an comparativement à 23 % des patients sous placebo
(p = NS).
L'étude UKPDS a permis d'avoir des résultats avec 3 ans
de suivi dont l'interprétation est difficile, en raison d'un nombre
très important d'arrêts de traitement sous acarbose. À
un an, il n'y a déjà plus que 50 % des patients qui prennent
encore la médication, et ce chiffre descend à 39 % au bout
de trois ans, comparativement à 58 % pour le placebo. L'analyse
en intention de traiter montre que l'acarbose améliore de façon
significative mais très modeste l'HbA1c ( 0,2 %) ; les résultats
étaient toutefois bien meilleurs chez les patients prenant effectivement
le traitement assigné, avec une baisse de 0,5 % [21].
Ces deux études indiquent que l'ajout de l'acarbose permet d'obtenir
une amélioration significative de l'équilibre glycémique
à long terme pour les patients diabétiques de type 2, quel
que soit le type de traitement en place. La fréquence des effets
secondaires digestifs ainsi que la nécessité de trois prises
quotidiennes limitent néanmoins l'observance à long terme
[21].
Chez les patients diabétiques de type
2 âgés
Johnston et al. [37] ont étudié l'effet du miglitol
sur le contrôle glycémique chez des sujets diabétiques
âgés, comparativement au glyburide. Bien que le glyburide
soit plus efficace que le miglitol pour abaisser l'hémoglobine
glyquée ( 0,93 versus 0,50 %) sur une période
d'un an, cet avantage s'obtenait au prix d'une augmentation du poids,
de l'insulinémie et des hypoglycémies. Plus récemment,
nous avons étudié l'effet de l'acarbose pour améliorer
le contrôle glycémique chez des sujets âgés
sous contrôle suboptimal par régime seul dans une étude
randomisée contrôlée [38]. Après un an de traitement
avec l'acarbose 100 mg 3 fois par jour, l'hémoglobine glyquée
était significativement abaissée comparativement au groupe
placebo ( 0,58 % ; p < 0,0001). Nous avons également démontré
que, chez ces personnes âgées, l'acarbose diminuait de façon
significative la résistance à l'insuline [39]. Dans ces
deux études faites chez des personnes diabétiques de type
2 âgées, les inhibiteurs des alpha-glucosidases étaient
efficaces et bien tolérés. Les données disponibles
indiquent que les inhibiteurs des alpha-glucosidases ont de larges indications
dans cette population. Ils peuvent êtres considérés
en première intention pour les patients nouvellement diagnostiqués,
de même que chez les patients insuffisamment contrôlés
par les autres traitements antidiabétiques. Ils peuvent procurer
un bénéfice métabolique sans risque additionnel.
Enfin, ils peuvent constituer une bonne alternative dans le cas ou les
sulfamides ou les biguanides deviennent contre-indiqués [40].
Chez les patients diabétiques de type
1
Pour les patients diabétiques de type 1, l'association d'un traitement
par inhibiteur des alpha-glucosidases à l'insulinothérapie
peut être utile dans certaines situations. Hollander et al.
[41] ont montré, dans un protocole placebo-contrôlé
sur 24 semaines, une réduction de 0,48 % de l'HbA1c sans modification
de la fréquence des hypoglycémies ou de la dose totale d'insuline.
Une prise de 100 mg avec le repas du soir permet de réduire la
fréquence des hypoglycémies nocturnes [42]. Au cours de
la journée, l'utilisation de l'acarbose permet de réaliser
l'injection d'insuline rapide pendant le repas sans conséquence
métabolique néfaste [43] ou de supprimer les collations
[44]. Enfin, au cours de l'exercice, plusieurs études ont montré
que l'utilisation de l'acarbose avec le repas pré-exercice ou avec
les collations en cours d'exercice réduisait le risque d'hypoglycémie
per-exercice [45-47]. Pour les patients diabétiques de type 1,
les inhibiteurs des alpha-glucosidases peuvent donc être un appoint
utile dans certaines situations.
Tolérance
L'acarbose est un médicament sûr, non toxique, avec peu
ou pas d'effets secondaires graves (tableau 2).
Le principal effet secondaire est constitué par des troubles
digestifs se manifestant par un météorisme, des flatulences
et/ou de la diarrhée qui peuvent survenir chez près de 50
% des patients. Ces symptômes proviennent de la fermentation intracolique
des glucides qui n'ont pas été absorbés au niveau
de l'intestin grêle [40]. Dans la mesure où ces effets secondaires
sont dose-dépendants et où ils diminuent progressivement
avec le temps [48], la meilleure stratégie pour les minimiser est
de débuter avec une faible dose en l'augmentant très progressivement
[23, 49]. Plusieurs études ont montré que l'acarbose à
la dose de 50 mg trois fois par jour permettait d'obtenir un contrôle
métabolique comparable à celui obtenu avec des doses plus
importantes tout en minimisant les effets secondaires [40]. Les essais
pharmacologiques (antibiotiques, antiacides, fibres, etc.) visant à
réduire l'incidence de ces effets secondaires ont échoué
[48].
Une augmentation des enzymes hépatiques a été rarement
rapportée chez des patients prenant un fort dosage (900 mg/jour).
Ces élévations enzymatiques ont été généralement
modérées et ont disparu avec l'arrêt du traitement
[48]. Une étude récente, conduite sur l'intérêt
de l'acarbose chez les patients présentant une cirrhose hépatique,
démontrait un bénéfice métabolique sans effet
délétère sur les fonctions hépatiques [50].
Chez les patients japonais, quelques rares cas d'iléus ont été
rapportés, sans qu'il soit possible d'établir un lien de
cause à effet [51].
Plus récemment, de possibles cas d'interaction médicamenteuse
avec l'acétaminophène et la digoxine ont été
rapportés [6].
L'acarbose utilisé en monothérapie ne donne pas d'hypoglycémie.
Par contre, il peut potentialiser l'action hypoglycémiante de l'insuline
ou des sulfamides pouvant nécessiter une modification de leur dosage
lors de l'introduction de l'acarbose [40]. Les hypoglycémies survenant
sous acarbose doivent êtres traitées avec du glucose dans
la mesure où l'absorption des sucres complexes est retardée
; les patients doivent être bien informés sur ce point.
L'acarbose est contre-indiqué en cas de malabsorption intestinale,
de pathologie digestive inflammatoire, d'obstruction digestive ou de maladie
hépatique sévère, bien que dans ce dernier cas des
travaux récents indiquent que l'acarbose pourrait être utile
sans toxicité [50]. En raison du peu de données disponibles
pour ces groupes de patients, l'acarbose est également contre-indiqué
en cas d'insuffisance rénale sévère (clairance de
la créatinine < 25 ml/min), chez la femme enceinte ou allaitante
et chez l'enfant de moins de 12 ans.
La qualité de vie des patients ne semble pas être altérée
par la mise en place d'un traitement par inhibiteurs des alpha-glucosidases
[51]. Toutefois, bien que les taux d'arrêt de traitement lors des
études contrôlées durant un an et moins aient été
le plus souvent inférieurs à 10 %, plusieurs études
ouvertes ou plus longues ont rapporté des taux d'arrêt nettement
supérieurs. Dans l'étude UKPDS, l'observance a été
particulièrement faible sous acarbose (39 %). Les causes principales
étaient les effets secondaires digestifs, mais aussi la grande
difficulté à prendre 3 fois par jour une médication
qui vient se rajouter aux multiples prises déjà en place
[21] ; en effet, l'observance sous placebo était de 58 % seulement.
Autres effets et bénéfices
Effets potentiels sur les complications microvasculaires
Chez l'animal, des études ont montré un effet favorable
de l'acarbose dans la prévention des complications néphrologiques,
rétiniennes et neurologiques [40]. Dans la mesure où les
inhibiteurs des alpha-glucosidases abaissent l'HbA1c, ils devraient avoir
un effet bénéfique sur la prévention des complications
spécifiques du diabète.
Effets potentiels sur les facteurs de risques
cardiovasculaires
Les patients diabétiques de type 2 étant à très
haut risque de complications macrovasculaires, les inhibiteurs des alpha-glucosidases
pourraient favorablement influencer certains facteurs de risque cardiovasculaire,
et donc présenter un intérêt chez ces patients [40].
Dans un modèle animal d'athérosclérose, le traitement
par acarbose s'associe à une réduction des lésions
d'athérosclérose [52]. Cet effet pourrait être lié
à une réduction de la lipémie post-prandiale, car
dans les modèles animaux de diabète de type 2 et/ou de dyslipidémie,
l'acarbose diminue de façon dose-dépendante les concentrations
post-prandiales de triglycérides, de cholestérol et d'acides
gras libres [53].
Chez l'homme, une réduction des triglycérides plasmatiques
à jeun a été observée dans certaines études
mais pas dans d'autres. Toutefois, l'acarbose réduit de façon
significative leur augmentation post-prandiale [53, 54]. Dans la mesure
où il existe de plus en plus d'arguments indiquant que la lipémie
post-prandiale participe de façon importante au processus d'athérosclérose,
une telle réduction présente de nombreux intérêts
potentiels [40]. Parallèlement à la lipémie, l'hyperglycémie
post-prandiale est également considérée comme un
facteur de risque des maladies cardiovasculaires et de mortalité
après ajustement pour les autres facteurs de risque [55, 56]. L'hyperglycémie
et l'hyperinsulinémie post-prandiales sont corrélées
à une augmentation de l'épaisseur intima-média au
niveau des artères carotides [57], même chez les sujets non
diabétiques [58]. En réduisant l'hyperglycémie, l'hyperinsulinémie
et les triglycérides post-prandiaux, l'acarbose pourrait participer
à la prévention des complications macrovasculaires chez
les patients diabétiques de type 2. Cette hypothèse constitue
un objectif secondaire de l'étude The STOP-NIDDM trial
(The study to prevent non-insulin-dependent diabetes mellitus)
actuellement en cours dans une population de patients intolérants
aux hydrates de carbone [59].
Effets potentiels sur le poids
Les inhibiteurs des alpha-glucosidases n'ont pas d'effets délétères
sur la prise de poids. Au contraire, quelques études ont même
rapporté une diminution modérée (1 à 2 kg)
mais significative chez les patients sous acarbose comparativement aux
patients sous placebo [60].
Effets potentiels chez les patients intolérants
aux hydrates de carbone
Dans la tranche d'âge de 65 à 74 ans, 23 % des sujets présentent
une intolérance aux hydrates de carbone [61]. Cette anomalie de
la tolérance glucidique constitue un facteur de risque du diabète
de type 2 et de complications macrovasculaires [56, 61]. Dans cette population,
l'acarbose réduit les excursions glycémiques et insulinémiques
post-prandiales tout en améliorant la sensibilité à
l'insuline [62]. L'acarbose constitue donc un candidat potentiel à
la prévention du diabète sucré de type 2 dans cette
population à haut risque. Cette hypothèse constitue l'objectif
principal de l'étude de prévention The STOP-NIDDM trial
actuellement en cours dont les résultats sont attendus en 2001
[59].
Indications thérapeutiques
Les études cliniques disponibles permettent de proposer l'utilisation
des inhibiteurs des alpha-glucosidases chez les patients diabétiques
dans les situations suivantes :
* En traitement de première intention :
patients avec glycémie à jeun normale et hyperglycémie
post-prandiale [11] ;
patients asymptomatiques insuffisamment contrôlés
par le régime seul avec une glycémie à jeun inférieure
à 10 mmol/L [11, 26] ;
alternative aux autres agents hypoglycémiants lorsque
ceux-ci sont contre-indiqués ou qu'ils présentent un risque
élevé (exemple : hypoglycémie avec les sulfonylurées
ou acidose lactique avec les biguanides). Les personnes âgées
constituent à ce titre une population privilégiée
[56].
* En association avec les autres antidiabétiques oraux :
lorsque ceux-ci ne permettent pas d'obtenir un contrôle
métabolique suffisant [11] ;
en association avec l'insulinothérapie si les besoins
en insuline sont très importants [11] ;
en association avec une insuline rapide qui pourra être
ainsi réalisée à la fin du repas [43], cette association
peut être utile chez les patients débilités où
la quantité d'hydrates de carbone absorbés ne peut être
anticipée ;
chez les patients sous sulfamides ou insuline présentant
des hypoglycémies post-prandiales tardives résistant aux
mesures thérapeutiques habituelles [40] ;
comme une alternative chez les patients refusant l'insuline
et insuffisamment contrôlés par l'association sulfamides-biguanides.
Pour être efficaces, ils devront être administrés
au début d'un repas contenant des hydrates de carbone en débutant
par une faible dose, soit 25 ou 50 mg, qui sera progressivement augmentée
de semaine en semaine en se basant sur l'efficacité thérapeutique
jugée sur la glycémie post-prandiale ainsi que sur les effets
secondaires digestifs.
CONCLUSION Les
inhibiteurs des alpha-glucosidases permettent une réduction importante
de la glycémie, de l'insulinémie et des triglycérides
post-prandiaux avec une baisse significative de l'HbA1c. Par
contre, à jeun, la glycémie, l'insulinémie, le cholestérol
total ou les triglycérides ne sont pas ou peu influencés.
Bien que les inhibiteurs des alpha-glucosidases ne corrigent qu'une partie
des anomalies métaboliques fréquemment associées avec
le diabète sucré de type 2, ils ne sont pas associés
à un gain pondéral. Ils constituent donc des agents utiles
sans effet secondaire grave qui peuvent être utilisés en monothérapie
ou en association avec les autres antidiabétiques oraux ou l'insuline.
La diminution attendue de l'HbA1c est modérée mais
constante, maintenue à long terme et devrait permettre une diminution
substantielle des complications microvasculaires chez les patients diabétiques
de type 2. La fréquence des effets secondaires digestifs peut néanmoins
limiter leur utilisation ; il est donc recommandé de débuter
le traitement à faible dose et d'augmenter la posologie très
progressivement en se basant à la fois sur l'efficacité clinique
et sur les effets secondaires digestifs. Les inhibiteurs des alpha-glucosidases
présentent enfin des intérêts potentiels dans la prévention
de la progression de l'intolérance aux hydrates de carbone vers le
diabète sucré ainsi que dans la prévention de l'athérosclérose.
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