ARTICLE
Fibrates
Les fibrates sont prescrits comme hypolipidémiants, l'effet majeur
de ces molécules étant une baisse de la concentration plasmatique
des triglycérides et une élévation de celle des HDL.
Leur mécanisme d'action est connu depuis seulement quelques années.
Les fibrates agissent en activant des protéines présentes
dans le noyau des cellules, protéines de la famille des récepteurs
nucléaires appelées PPAR (Peroxisome Proliferator-Activating
Receptors) [1]. Comme les PPAR modulent l'expression d'un grand nombre
de gènes, les fibrates vont donc intervenir sur de très
nombreux effecteurs du métabolisme et modifier ainsi un certain
nombre de systèmes métaboliques influençant l'apparition
et le développement de la lésion d'athérosclérose.
Les fibrates sont essentiellement des activateurs d'un sous-type de
PPAR appelé PPARalpha même si certains d'entre eux activent
également un autre sous-type appelé PPARgamma. Après
activation du PPARalpha, celui-ci forme un hétérodimère
avec le RXR (Retinoid X Receptor), lui-même activé
par son ligand, l'acide
9-cis rétinoïque. Cet hétérodimère se
lie à des séquences spécifiques de l'ADN appelées
PPRE (PPAR Response Elements), séquences présentes
dans le promoteur de certains gènes. La liaison de l'hétérodimère
PPARalpha-RXR à ces PPRE va modifier l'expression des gènes
correspondants [2].
L'efficacité des fibrates dépend donc en partie de la
quantité de PPARalpha située dans les cellules. Le PPARalpha
est présent de façon préférentielle dans certaines
cellules comme les hépatocytes et les macrophages. La concentration
intracellulaire et l'activité du PPARalpha sont fonction de plusieurs
facteurs : le niveau d'expression du gène codant le PPARalpha,
la stabilité de la protéine PPARalpha, les modifications
post-translationnelles qui modifient son activité et le recrutement
de co-facteurs qui vont participer à la « machinerie »
intracellulaire permettant la modulation de l'expression des gènes
cibles (figure 1).
Une fois synthétisé, le PPARalpha peut subir une ubiquitination,
modification constituée par la liaison covalente d'une protéine
de 8 000 Daltons, l'ubiquitine, sur les résidus lysine du PPARalpha.
Cette ubiquitination favorise la dégradation du PPARalpha par le
protéasome et donc la diminution de sa concentration intra-nucléaire.
Les fibrates inhibent l'ubiquitination du PPARalpha et ainsi augmentent
la stabilité et le temps de résidence du PPARalpha dans
la cellule. Par ce mécanisme, les fibrates augmentent l'expression
des gènes cibles du PPARalpha [3].
Les fibrates pourraient être transportés dans la cellule
jusqu'à leur cible par des protéines intracellulaires transportant
habituellement les acides gras (FABPs : fatty acid binding proteins).
Ce mécanisme de transport des fibrates du cytoplasme jusqu'au noyau
pourrait moduler l'activation du PPARalpha [4].
Un éventuel effet des fibrates à d'autres niveaux d'efficacité
du PPARalpha comme le niveau d'expression du PPARalpha ou le recrutement
de cofacteurs n'est pas déterminé.
Effet sur le métabolisme des acides
gras et des triglycérides
Le PPARalpha est exprimé préférentiellement dans
les cellules qui catabolisent les acides gras, foie, cur, muscles,
reins [1]. La concentration intracellulaire des acides gras est partiellement
assurée par différents transporteurs comme la FATP1 (fatty
acid transport protein 1) et la FAT (fatty acid translocase).
Les fibrates induisent l'expression des gènes de FATP1 et FAT,
comme le montre l'augmentation de leurs ARN messagers hépatiques
lors d'un traitement par fibrates [5, 6]. D'autre part, l'expression d'une
protéine responsable du transport des acides gras dans la cellule,
la L-FABP1 (fatty acid binding protein) est augmentée lors
d'un traitement par fibrate [7]. Ainsi, les fibrates favorisent la captation
des acides gras par le foie et le maintien d'une concentration intra-hépatocytaire
élevée en acides gras (figure
2). Dans la cellule hépatique, les acides gras peuvent emprunter
différentes voies métaboliques, soit dégradation
grâce à la beta-oxydation, soit utilisation dans la synthèse
des triglycérides ou de phospholipides. Les fibrates augmentent
la protéine ACS (acyl coenzyme synthétase) qui catalyse
l'estérification des acides gras [8]. C'est à partir de
l'acyl CoA que s'oriente le métabolisme des acides gras. Les fibrates
activent les protéines mitochondriales CPTI (carnitine palmitoyl
transferase I) et CPTII qui permettent le transfert des acyl CoA du
cytoplasme vers les mitochondries [9, 10]. Au sein de celles-ci, le PPARalpha
module positivement les enzymes intervenant dans la beta-oxydation [11].
Les acides gras sont ainsi dégradés dans la mitochondrie
en acétyl CoA, qui va pouvoir être utilisé dans le
cycle de Krebs.
Enfin, l'activation du PPARalpha induit l'augmentation de l'HMGCo synthase
intramitochondriale qui stimule la formation des corps cétoniques
à partir de l'acétyl-CoA dérivé du catabolisme
des acides gras [12]. Les corps cétoniques vont pouvoir être
utilisés comme source d'énergie par d'autres tissus.
Le catabolisme intravasculaire des triglycérides est également
augmenté par les fibrates. Ces médicaments, en activant
le PPARalpha, induisent l'expression de la lipoprotéine lipase
qui catalyse l'hydrolyse des triglycérides des particules riches
en triglycérides, les chylomicrons et les VLDL [13]. Cet effet
est accentué par une diminution de l'expression de l'apoCIII lors
d'un traitement par fibrates [14]. L'apoCIII étant un inhibiteur
de la lipoprotéine lipase, sa diminution augmente encore l'activité
de la lipoprotéine lipase.
L'effet des fibrates est globalement une augmentation du catabolisme
des acides gras et des triglycérides.
Effet des fibrates
sur le transport inverse du cholestérol
Les fibrates augmentent les concentrations plasmatiques du HDL-cholestérol,
de l'apolipoprotéine (apo) AI et de l'apoAII. Ces effets s'expliquent
en partie par la modulation de certains gènes par le PPARalpha
activé. Les gènes des protéines majeures des HDL,
l'apoAI et l'apoAII ont une transcription augmentée par les fibrates,
ces gènes présentant un PPRE dans leurs promoteurs [15,
16]. Cette augmentation de la transcription augmente la synthèse
des protéines correspondantes comme cela a été démontré
in vivo chez l'homme [17].
D'autres étapes du métabolisme des HDL sont modulées
par l'activation du PPARalpha par les fibrates. La première étape
du retour du cholestérol des tissus périphériques
vers le foie est la captation du cholestérol libre cellulaire par
l'apoAI ou par des particules contenant l'apoAI mais très pauvres
en lipides. Ce transfert de cholestérol de la membrane plasmique
vers l'apoAI est contrôlé par un récepteur nucléaire,
appelé ABCA1. Les fibrates augmentent la quantité d'ABCA1
cellulaire par l'intermédiaire du PPARalpha [18]. Le PPARalpha
activé n'a pas une action directe sur le gène de ABCA1,
mais active un autre récepteur nucléaire, le LXR (liver
X receptor) qui module la transcription de ABCA1.
La PLTP catalyse le transfert des phospholipides entre les lipoprotéines,
par exemple entre les VLDL et les HDL. Ainsi, lors de la lipolyse, les
phospholipides deviennent structurellement en excès dans les VLDL
et vont être transférés aux HDL par la PLTP. La PLTP
contribue ainsi à la modification de la structure des HDL qui deviennent
de plus grand diamètre, ce qui induit des modifications métaboliques
de ces lipoprotéines [19].
Le transport inverse du cholestérol est ainsi favorisé
par les fibrates.
Fibrates et paroi artérielle
Les essais de régression ont montré que les fibrates diminuent
la progression et augmentent la régression des lésions d'athérosclérose.
Si une partie de l'effet bénéfique d'un traitement par fibrates
est vraisemblablement induite par les modifications des lipides plasmatiques,
un effet direct des fibrates sur la paroi artérielle n'est pas
exclu.
L'apparition et le développement de la lésion d'athérosclérose
est un processus complexe qui débute avec l'activation des cellules
endothéliales artérielles, puis l'attraction de cellules
(monocytes, lymphocytes T) sanguines qui adhèrent aux cellules
endothéliales pour migrer vers l'intima. Les monocytes se différencient
en macrophages qui accumulent des esters de cholestérol grâce
à l'internalisation des LDL oxydées. Les cellules musculaires
lisses de la média sont activées, prolifèrent et
migrent de la média vers l'intima. Ce processus qui aboutit à
la lésion d'athérosclérose apparaît comme un
processus inflammatoire qui met en jeu un nombre important d'acteurs.
Les fibrates jouent un rôle à plusieurs étapes de
ce processus, inhibent l'expression de la molécule d'adhésion
VCAM-1 (vascular cellular adhesion molecule-1) par les cellules
endothéliales [20], molécule qui permet aux monocytes sanguins
de s'attacher aux cellules endothéliales avant de migrer dans l'intima.
Cet effet a lieu en partie grâce à l'inhibition de l'activation
du facteur de transcription NFkappaB. De ce fait, le recrutement des leucocytes
sanguins est diminué. L'endothéline-1 est un peptide vasoconstricteur
qui a des propriétés chémoattractives sur les monocytes
et est un puissant inducteur des molécules d'adhésion à
la surface des cellules endothéliales [21]. En inhibant l'expression
et la production de l'endothéline-1 et celle de VCAM-1 par les
cellules endothéliales, les fibrates inhibent les premières
étapes de l'apparition de la lésion d'athérosclérose.
L'activation des différentes cellules jouant un rôle majeur
dans l'apparition et le développement de la lésion d'athérosclérose
est contrôlée par l'expression et la secrétion de
cytokines pro-inflammatoires qui entretiennent le processus inflammatoire
qui est déclenché par des médiateurs lipidiques provenant
par exemple de l'oxydation des LDL. Les fibrates inhibent l'expression
de l'interleukine 6 par les cellules musculaires lisses [22].
Dans les macrophages, les fibrates induisent le récepteur ABCA1
(voir ci-dessus) [18]. Ainsi, les fibrates, en augmentant ABCA1, favorisent
la sortie du cholestérol des macrophages, diminuant ainsi l'accumulation
du cholestérol dans ces cellules et donc la formation des cellules
spumeuses.
Enfin, les fibrates modulent l'athérothrombose de deux façons.
L'activation du PPARalpha par ces médicaments inhibent l'expression
du facteur tissulaire par les monocytes/macrophages, facteur très
présent au sein de la lésion d'athérosclérose
et qui est un inducteur puissant de la coagulation [23]. De plus, le fénofibrate
et le gemfibrozil diminuent la sécrétion de PAI-1 (plasminogen
activator inihibitor-1) par les cellules endothéliales et celle
de fibrinogène par le foie [24]. Ces actions des fibrates diminuent
la tendance à la coagulation lors de la fissuration de la plaque
dont la conséquence est la formation d'un caillot thrombotique
à l'origine de l'accident ischémique aigu.
Si de nombreux effets et mécanismes d'action des fibrates ont
été mis en évidence ces dernières années,
cela est surtout le fait d'études réalisées chez
l'animal de laboratoire (essentiellement la souris) et/ou lors d'études
d'incubation de cellules en présence de fibrates. Les conséquences
de ces effets sont parfois déterminées in vivo chez
l'homme, laissant supposer que les mécanismes décrits existent
réellement chez l'homme. Ainsi, les effets des fibrates sur les
lipides sont parfaitement expliqués et l'effet anti-inflammatoire
est suggéré par la diminution des concentrations plasmatiques
d'interleukine 6, CRP et fibrinogène [22]. Cependant, beaucoup
d'études sont encore à réaliser pour en avoir la
preuve formelle.
Statines
La découverte des statines est la conséquence de la recherche
d'inhibiteurs de l'enzyme clé de la synthèse du cholestérol,
l'HMGCoA rédustase. Les statines sont donc d'abord des inhibiteurs
de cet enzyme. Les conséquences de cet effet sont une diminution
de la concentration du LDL-cholestérol plasmatique. La diminution
du LDL-cholestérol explique vraisemblablement une large part de
l'effet bénéfique observé lors des essais cliniques
cardio-vasculaires utilisant les statines. Cependant, les statines peuvent
avoir d'autres effets, conséquence soit de la diminution de la
concentration des LDL, soit de l'inhibition de l'HMGCoA réductase
qui affecte, outre la production de cholestérol, celle de plusieurs
molécules biologiquement importantes.
Diminution du LDL-cholestérol
L'effet le plus évident des statines est la diminution du LDL-cholestérol.
Les travaux récents permettent de comprendre de façon plus
en plus approfondie les mécanismes moléculaires responsables
de l'inhibition de la synthèse du cholestérol par les statines
(figure 3). De nombreuses
étapes du métabolisme du cholestérol dans la cellule
sont régulées par le transport d'une protéine appelée
SREBP2 (sterol regulatory element binding protein 2) du réticulum
endoplasmique vers l'appareil de Golgi. Le SREBP2 est un facteur de transcription
qui, une fois synthétisé par le réticulum endoplasmique,
se lie à une autre protéine appelée SCAP (SREBP
cleavage activating protein), elle-même liée à
la protéine INSIG-1 ou à la protéine INSIG-2, deux
protéines membranaires situées dans le réticulum
endoplasmique [25]. La liaison entre INSIG-1 (ou 2) et SCAP est dépendante
de la concentration locale en cholestérol. Si la concentration
en cholestérol est élevée, la liaison INSIG-1(ou
2)-SCAP est stable et le SREBP reste dans le réticulum. Aucune
modification du métabolisme cellulaire n'apparaît (figure
3A). À l'inverse, si la concentration en cholestérol
diminue, comme par exemple lors de l'inhibition de l'HMGCoA réductase
par une statine, la liaison entre les deux protéines INSIG et SCAP
est rompue. Le complexe SCAP-SREBP peut alors migrer vers l'appareil de
Golgi où le SCREB subit deux protéolyses successives catalysées
par deux protéases membranaires golgiennes appelées S1-P
et S2-P [26]. Cette protéolyse libère la partie N-terminale
de SREBP qui va alors migrer vers la noyau de la cellule (figure
3B). Ce fragment se lie à des parties spécifiques de
l'ADN appelées SRE (sterol response element) présentes
dans une vingtaine de promoteurs de gènes. Cette liaison augmente
l'expression de ces gènes et la concentration des protéines
correspondantes [27]. Parmi ces gènes figure celui codant pour
le récepteur des LDL dont la concentration à la surface
des cellules va donc augmenter. L'inhibition de l'HMGCoA réductase
par une statine augmente donc la concentration du LDL-récepteur,
et en conséquence la captation cellulaire des LDL présentes
dans le milieu extra-cellulaire. La conséquence finale est donc
une baisse de la concentration du LDL-cholestérol.
Autres effets des statines
Les effets des statines ne correspondant pas à la diminution
du LDL-cholestérol sont appelés les effets pléiotropes.
Ces effets peuvent cependant être une conséquence de la diminution
de la concentration des LDL. Ces effets sont suggérés par
les résultats de certains essais cliniques. Les statines diminuent
l'incidence des accidents vasculaires cérébraux, alors qu'aucune
relation n'existe sur le plan épidémiologique entre cholestérol
et incidence des accidents vasculaires cérébraux laissant
supposer que la diminution des AVC n'est pas due à celle du LDL-cholestérol.
Les statines diminuent également l'incidence des récidives
ischémiques dans le territoire coronarien après seulement
16 semaines de traitement (MIRACL : Myocardial Ischemia Reduction with
Aggressive Cholesterol Lowering). Ce délai apparaît court
pour obtenir une stabilisation des lésions en relation avec la
baisse du LDL-cholestérol même si celle-ci est importante
(40 %).
Ce concept est cependant difficile à définir. Lors des
essais cliniques, les patients recevant des statines ont quasiment tous
une diminution du LDL-cholestérol et il est souvent difficile de
séparer les effets cliniques dus à cette diminution de ceux
qui ne le seraient pas. Beaucoup des effets observés lors d'un
traitement par statines, tels que l'amélioration de la fonction
endothéliale, la diminution du phénomène inflammatoire,
l'augmentation de la stabilité de la plaque d'athérosclérose,
peuvent tous être au moins en partie expliqués par la diminution
du LDL-cholestérol. D'autre part, les effets pléiotropes
sont démontrés par des expérimentations utilisant
des cultures de cellules ou des animaux de laboratoire traités
avec des doses de statines souvent supérieures aux doses utilisées
en clinique humaine. Enfin, toutes les statines montrent des effets pléiotropes
similaires malgré leur pharmacologie différente, que la
statine soit hydrophile, ce qui la rend imperméable aux cellules
de la paroi vasculaire, ou hydrophobe, pénétrant alors facilement
dans les cellules artérielles.
La liste des effets pléiotropes potentiels des statines est importante
[28]. Les statines agissent au niveau de tous les types de cellules de
la paroi artérielle, cellules endothéliales, monocytes/macrophages,
lymphocytes T et cellules musculaires lisses (figure
4).
Effets cellulaires
Les statines améliorent la fonction endothéliale. La conséquence
d'un traitement par statine est l'augmentation de la synthèse de
NO qui améliore la fonction vasomotrice de la paroi artérielle.
Cette augmentation peut être liée à un effet direct
de la diminution du LDL-cholestérol puisque la vasomotricité
artérielle s'améliore après quelques semaines de
LDL-aphérèses, c'est-à-dire en l'absence de traitement
par statine, mais les statines pourraient directement inhiber la production
de l'anion superoxide, ce qui a pour effet d'augmenter l'expression et
la stabilité de l'ARN messager de l'enzyme responsable de la production
de NO, la eNOS (endothelial nitric oxide synthase). L'augmentation
du NO sous l'effet des statines augmente le flux sanguin cérébral
et améliore les fonctions neurologiques. Le rôle du NO synthétisé
par la eNOS apparaît crucial dans cet effet puisque cet effet favorable
n'apparaît pas chez les souris déficientes en eNOS [29].
Cet effet existe probablement chez l'homme puisque les satines augmentent
le débit sanguin, effet qui est inexistant lorsqu'un inhibiteur
de la production du NO est simultanément utilisé [30]. Des
études chez le singe confirment que cet effet est indépendant
de la baisse du LDL-cholestérol.
À côté du NO qui joue vraisemblablement un rôle
considérable dans l'apparition de la lésion d'athérosclérose,
d'autres molécules ont une fonction importante dans la vasomotricité
artérielle. L'endothéline-1 est l'une d'entre elles. L'endothéline-1
est un très puissant agent vasoconstricteur et est réduit
lors de l'incubation de cellules endothéliales avec la simvastatine
et l'atorvastatine.
L'amélioration rapide de la perfusion tissulaire en particulier
myocardique lors d'un traitement par statine est un argument pour un traitement
sans délai après un accident ischémique coronarien.
Cependant, aucune preuve d'un avantage clinique à un traitement
immédiat n'existe, les résultats des études disponibles
étant divergents. Les résultats d'études réalisées
rigoureusement sont ainsi attendus.
Les statines diminuent le nombre de macrophages et de lymphocytes T
dans les plaques d'athérosclérose. Cet effet est lié
à une diminution de la sécrétion de MCP-1 (monocyte
chemotactic protein-1) [31] et de certaines intégrines permettant
la capture des monocytes circulants par les cellules endothéliales.
Les statines ont également un effet sur le troisième type
de cellules de la paroi artérielle, les cellules musculaires lisses.
Les statines diminuent la prolifération de ces cellules et augmentent
la synthèse du collagène tout en diminuant la sécrétion
de métalloprotéases. La stabilité ou la fragilité
de la plaque athéroscléreuse étant en partie liée
à un bilan entre synthèse de collagène et destruction
de la partie fibreuse, les statines ont ainsi tendance à stabiliser
la lésion et à éviter la fissuration de la plaque
même si sa taille n'est pas fondamentalement modifiée (du
moins à court terme).
Les effets des statines sur les cellules de la paroi artérielle
ont plusieurs conséquences.
Effet anti-inflammatoire
Le processus inflammatoire est un des éléments de l'apparition
et du développement de la lésion d'athérosclérose.
Des marqueurs d'inflammation comme la CRP (C-reactive protein) sont
maintenant reconnus comme des marqueurs indépendants du risque
coronarien. Dans l'étude CARE, un essai thérapeutique utilisant
la pravastatine chez des sujets coronariens, le risque de récidive
dans le groupe de sujets prenant un placebo est 2 fois plus élevé
chez ceux ayant une CRP élevée que chez ceux ayant une CRP
basse, mais cette différence de risque est largement atténuée
chez les sujets prenant la pravastatine. Le bénéfice clinique
de la pravastatine est beaucoup plus élevé chez les sujets
ayant un phénomène inflammatoire, et ceci indépendamment
de l'effet sur les lipides [32]. De plus, les statines diminuent la concentration
plasmatique de la CRP, et dans ce cas aussi sans relation avec l'effet
sur les lipides plasmatiques. Ainsi, les statines paraissent avoir un
effet anti-inflammatoire. Il a été suggéré
que la diminution de la CRP pourrait être due à celle de
son principal stimulus, l'interleukine 6 dont la synthèse par le
tissu vasculaire est diminuée par les statines [33]. Les statines
diminuent en effet la concentration des ARN messagers de cytokines ou
d'enzymes pro-inflammatoires synthétisées par les cellules
endothéliales : interleukine 1beta, interleukin 6, cyclooxygénase
2 [34].
Effet anti-thrombotique
Les statines diminuent le PAI1 (plasminogen activator inhibitor-1)
qui est un inhibiteur de la fibrinolyse, chez les sujets coronariens
ou non. L'activité fibrinolytique globale des cellules endothéliales
est augmentée par les statines. D'autre part, le facteur tissulaire
situé au sein des lésions d'athérosclérose
et qui joue un rôle important dans la formation du thrombus à
la suite de la fissuration d'une plaque d'athérosclérose
a une expression inhibée dans les macrophages incubés en
présence de statines et est diminué au sein des lésions
athéroscléreuses carotidiennes. L'effet global des statines
est donc de diminuer la coagulation sanguine.
Effet anti-oxydant
L'oxydation des lipoprotéines joue un rôle essentiel dans
le déclenchement du processus inflammatoire et donc dans l'apparition
et le développement de la lésion d'athérosclérose.
Les statines inhibent l'oxydation des LDL par les macrophages, mais cet
effet est variable suivant la statine utilisée et peut être
différent entre la molécule mère et ses métabolites.
Les LDL de sujets traités par des statines ont une réduction
de leur susceptibilité à être oxydées ex
vivo. Cet effet paraît être en relation avec la concentration
de la statine. Enfin, les statines diminuent la captation des LDL oxydées
par les macrophages en diminuant l'expression du récepteur scavenger
CD36 et d'un autre récepteur des LDL oxydées, le LOX-1
(lectin-like oxidized LDL receptor-1).
Mécanismes responsables des effets
pléiotropes
Il est possible que les statines aient une action directe sur certaines
étapes biologiques - effet anti-oxydant ou effet sur l'expression
des gènes - ou que les effets pléiotropes soient la
conséquence de la diminution de la concentration plasmatique des
LDL. Cependant, il est probable que la plupart des effets pléiotropes
soient la conséquence de l'inhibition de l'activité de l'HMGCoA
réductase. Les statines diminuent donc les concentrations de toutes
les substances intermédiaires de cette synthèse, c'est-à-dire
du mévalonate au cholestérol. Parmi ces substances se trouvent
le FPP (farnésyl pyrophosphate) et le GGPP (géranylgéranyl
pyrophosphate). Ces substances se lient (isoprénylation) à
de nombreuses protéines cellulaires (en particulier les protéines
des familles Ras et Rho) qui jouent un rôle important dans la vie
cellulaire.
L'inhibition de l'isoprénylation de RhoA explique en particulier
l'augmentation de l'expression de la eNOS [35]. Cet effet est probablement
la cause de la diminution de la sévérité de l'ischémie
cérébrale dans un modèle d'ischémie cérébrale
chez la souris [29]. L'inhibition de la modification de RhoA par le GGPP
a d'autres effets : diminution du PAI1, diminution de la synthèse
de l'endothéline-1. Ce même mécanisme semble concerner
dans la réduction de la migration et de la prolifération
des cellules musculaires lisses, dans la réduction de l'accumulation
du cholestérol dans les macrophages, dans l'induction de l'apoptose
des cellules musculaires lisses.
Il a été remarqué que les statines augmentaient
le HDL-cholestérol et l'apoAI, même si cet effet est modéré.
L'augmentation des HDL est la conséquence de la diminution de la
synthèse de GGPP qui a pour conséquence une baisse de l'activité
de la protéine Rho. Or cette protéine diminue l'activité
du PPARalpha, facteur de transcription qui jour un rôle fondamental
dans l'expression du gène de l'apoAI. L'effet des statines est
donc d'augmenter l'activité du PPARalpha et donc l'expression du
gène de l'apoAI et la synthèse de la protéine correspondante
[36].
Malheureusement, ni les études in vitro, ni les essais
cliniques ne peuvent établir l'impact d'un effet pléiotrope
donné des statines sur l'athérosclérose. En effet,
les études in vitro ne peuvent refléter la complexité
des interactions entre la paroi artérielle, les cellules sanguines,
le système de coagulation, ni l'influence d'un organe sur un autre,
et les essais cliniques n'apprécient que l'effet global des statines
sur un type d'événement clinique donné.
CONCLUSION L'étude
approfondie du mécanisme d'action des médicaments et, en particulier
des hypolipidémiants, est intéressante à plus d'un
titre. Elle permet de mieux comprendre les effets cliniques observés
et d'améliorer la connaissance des mécanismes complexes à
l'origine de la lésion d'athérosclérose, mais surtout
elle ouvre des voies de recherche pour la découverte de molécules
ayant une action soit plus spécifique, soit un effet plus puissant
sur de nouvelles cibles thérapeutiques visant à éviter
l'accident ischémique aigu coronarien ou cérébral.
Un exemple est donné par l'élucidation du mécanisme
d'action des fibrates qui a permis la mise au point de molécules
en cours de développement clinique activant le PPARalpha de façon
beaucoup plus puissante que les fibrates actuellement commercialisés.
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