ARTICLE
Auteur(s) : Valérie Cattan1, Augustine
Kakou1, Yvonnick Bezie2
1 EA3447, Faculté de médecine, 9 avenue de
la forêt de Haye, 54505 Vandœuvre les Nancy
2 Service de Pharmacie, Fondation hôpital Saint-Joseph,
185, rue Raymond Losserand, 75014 Paris
Les statines, ou inhibiteurs de l’hydroxy-methyl-glutaryl coenzyme
A réductase, représentent la classe thérapeutique de référence pour
diminuer les taux du LDL-cholestérol (LDL-C) plasmatique [1]. Leur
très large prescription repose sur un haut niveau de preuve
clinique concernant leur rôle bénéfique en prévention de la
morbi-mortalité cardiovasculaire [2-5, 6, 7]. Ainsi, les statines
sont les premiers médicaments à avoir apporté la preuve qu’une
baisse du LDL-C réduit le risque de décès coronarien chez les
personnes hyperlipidémiques.
Les stratégies thérapeutiques de leur utilisation reposent sur
des recommandations françaises [8] et internationales [9]. De
nombreux patients n’atteignent pas les objectifs biologiques de
baisse du LDL-C fixés par ces recommandations [10, 11, 12, 13, 14].
Ces objectifs biologiques ne cessent d’évoluer, et suite aux
derniers résultats de plusieurs grandes études internationales, les
dernières recommandations américaines préconisent des taux
plasmatiques de LDL-C encore plus bas pour les patients à haut
risque cardiovasculaire [15]. Dans ce contexte, il apparaît
essentiel de comprendre pourquoi les objectifs de baisse du LDL-C
par les statines ne sont pas toujours atteints en pratique clinique
et d’apporter des éléments de réflexion pour permettre d’y
remédier.
LDL-cholestérol et facteurs de risque cardiovasculaire
Plusieurs études cliniques prospectives ont montré que de hautes
concentrations plasmatiques en LDL-C sont un facteur de risque
majeur de mortalité cardiovasculaire. L’association entre les taux
de LDL-C sériques et les risques coronariens est continue mais non
linéaire, les risques augmentant beaucoup plus pour les taux élevés
de LDL-C [15]. La relation entre ces 2 paramètres est linéaire
après transformation semi-logarithmique.
Pour tout niveau de LDL-C, la diminution de risque relatif
associée à une diminution donnée de LDL-C est constante. Il est
ainsi suggéré que pour toute diminution de LDL-C de 30-mg/dL, le
risque relatif d’accident coronarien diminue d’environ 30 %.
Le seuil de LDL-C en dessous duquel aucune réduction supplémentaire
de risque relatif ne se produirait n’est pas connu, mais pourrait
être très bas (de l’ordre de 40 mg/dL). Il est donc rationnel
de rechercher un taux de LDL-C le plus bas possible chez les
patients à haut risque cardiovasculaire.
Les nouvelles recommandations américaines sont résumées dans le
tableau 1.
Tableau 1. Valeurs cibles de
LDL-cholestérol à atteindre en fonction des niveaux de risque
cardiovasculaire [15]
|
Niveau de risque cardiovasculaire |
Valeur cible de LDL-cholestérol |
|
Risque très élevé1 |
< 70 mg/dL |
|
Risque élevé1 |
< 100 mg/dL |
|
Risque modérément élevé2 |
< 130 mg/dL |
|
Faible risque3 |
< 160 mg/dL |
1 Patients présentant un facteur de risque
coronarien majeur établi ou un autre facteur de risque équivalent
(maladie athéroscléreuse non coronarienne, diabète, et les facteurs
de risques coronariens multiples (2 ou plus) avec un risque
coronarien de plus de 20 % dans les 10 ans). Le risque
très élevé correspond aux préventions secondaires.
2 Patients présentant des facteurs de risques
cardiovasculaires multiples (2 ou plus).
3 Patients ne présentant aucun ou un seul facteur
de risque cardiovasculaire.
Baisses insuffisantes de LDL-C sous statines
L’utilisation des statines repose sur des recommandations
définissant clairement des seuils d’interventions pharmacologiques
en fonction des risques cardiovasculaires avec des objectifs de
baisse de LDL-C précis. Malgré une très large diffusion de ces
recommandations auprès de l’ensemble du corps médical, ainsi que la
mise en place de mesures éducatives auprès des patients, ces
objectifs biologiques ne sont pas toujours atteints [10, 11, 12,
13, 14]. Dans le cadre des nouvelles recommandations américaines où
les nouvelles valeurs de LDL-C préconisées sont encore plus basses
pour les patients à haut risque cardiovasculaire, ce problème
risque encore de s’amplifier dans les prochaines années. De
nombreuses hypothèses sont avancées pour expliquer l’absence
d’atteinte de ces objectifs. Sont ainsi régulièrement
évoquées :
• la non-adhésion de certains médecins aux recommandations
nationales et internationales ;
• la mauvaise observance du patient à son traitement ;
• l’absence de thérapeutiques efficaces ;
• une mauvaise tolérance au traitement ;
• l’existence d’interactions médicamenteuses.
Non-adhésion de certains médecins aux recommandations
nationales et internationales
Les statines sont fréquemment prescrites à des posologies
inférieures à celles évaluées dans les essais cliniques en
post-infarctus du myocarde [16]. De plus, les traitements
hypolipémiants ne sont pas systématiquement prescrits chez les
patients à risque [17]. Il apparaît que ce premier point ne
concerne pas uniquement les médecins généralistes, mais également
les cardiologues, notamment aux États-Unis. Aliyu et al. ont
ainsi montré que moins de la moitié des patients coronariens sont
traités par statines [18]. Pour les patients traités, seuls
62 % ont un bilan lipidique conforme aux recommandations
américaines, après un suivi prolongé d’au moins 2 ans.
L’amélioration de l’adhésion médicale aux recommandations repose
sur une information médicale soutenue auprès des médecins visant à
les informer sur les objectifs biologiques des traitements par
statines et sur l’évaluation correcte du niveau de risque
cardiovasculaire du patient. Les cardiologues hospitaliers ont un
rôle majeur dans la prise en charge thérapeutique des patients pour
éviter notamment les « perdus de vue » quittant l’hôpital
sans traitement prescrit.
Observance au traitement
L’observance aux traitements a été largement étudiée dans le
cadre de pathologies chroniques comme le diabète [19], le sida [20]
ou l’hypertension artérielle [21]. D’après les quelques estimations
disponibles, près d’un patient sur deux ne serait pas ou peu
observant vis-à-vis de son traitement hypolipémiant [11, 14,
22].
Les facteurs altérant l’observance aux traitements médicamenteux
sont un nombre élevé de médicaments prescrits, un nombre important
de prises quotidiennes de médicaments, une mauvaise tolérance au
traitement et une mauvaise information du patient sur la
justification du traitement.
Les stratégies thérapeutiques sont parfois lourdes, et
impliquent notamment chez les coronariens diabétiques de nombreux
médicaments (antiagrégants plaquettaires, bêtabloquants, dérivés
nitrés ou agonistes potassiques, statines, antidiabétiques oraux,
inhibiteurs calciques, inhibiteurs de l’enzyme de conversion). À
l'instar des polythérapies du sida, ce nombre imposant de
médicaments est source d’oubli ou de non-prise de certains
médicaments [20]. Il est donc logique de limiter les associations
médicamenteuses pour favoriser les monothérapies chez les patients
polymédiqués. Pour les traitements hypolipémiants, mieux vaut
favoriser l’utilisation de statines puissantes (rosuvastatine,
atorvastatine) pour atteindre les objectifs thérapeutiques plutôt
que des associations qui augmentent encore le nombre de médicaments
à prendre quotidiennement. Les mises à dispositions prochaines
d’associations fixes permettront d’améliorer ce problème.
Les patients polymédiqués favorisent plutôt les thérapeutiques à
visée symptomatique qui soulagent les symptômes que celles à visée
prophylactique [21]. L’éducation du patient (et de sa famille) par
les médecins et les pharmaciens qui délivrent ces médicaments est
donc majeure pour améliorer la prophylaxie de l’athérosclérose.
Les médicaments nécessitant plusieurs prises par jours sont
moins confortables pour les patients et il est classique de
rechercher des formes galéniques autorisant les monoprises
quotidiennes. Toutes les statines disponibles ont soit une demi-vie
d’élimination longue, soit bénéficient de nouvelles formes
galéniques qui permettent une seule prise par jour. Ce dernier
point n’est donc pas discriminatif dans le choix des statines.
Il apparaît donc que le suivi de l’observance au traitement est
un élément clé dans l’atteinte des objectifs biologiques de baisse
du LDL-C. Un renforcement du suivi biologique, l’éducation des
patients, un bon relais d’information auprès des personnels
médicaux impliqués (médecins généralistes, pharmaciens) sont des
éléments clés pour permettre une adhérence optimale des patients à
leur traitement.
Absence de thérapeutiques efficaces
Pour un certain nombre d’hypercholestérolémies sévères,
l’utilisation des statines actuellement disponibles aux posologies
recommandées ne permet pas toujours d’obtenir une baisse suffisante
de LDL-C [11]. Le doublement de la posologie d’une statine ne
permet d’obtenir en moyenne qu’une diminution supplémentaire de
6 % de LDL-C [23]. En l’absence d’efficacité suffisante sur
les taux de LDL-C, les options thérapeutiques sont d’opter pour une
autre statine plus puissante et/ou d’associer les statines à un
autre hypolipémiant. Les associations sont recommandées lors
d’échec thérapeutique ou lorsque les posologies des statines ne
peuvent pas être augmentées pour des raisons d’intolérance au
traitement [24]. Parmi les associations actuellement disponibles,
celle associant une statine à l’ézétimibe apparaît la plus
prometteuse [11].
Tolérance au traitement
Peu d’effets indésirables sont décrits avec les statines
utilisées en monothérapie. Lorsqu’ils sont présents, ces effets
indésirables sont souvent source de mauvaise adhérence, d’arrêt au
traitement ou d’impossibilité d’augmentation de doses si
nécessaire.
Les effets les plus fréquemment rapportés sont des troubles
digestifs, céphalées et insomnies. Au niveau hépatique, 1 %
des patients traités par une statine présentent une élévation
asymptomatique des transaminases sériques. Cette légère atteinte
hépatique est dose-dépendante et réversible à l’arrêt du
traitement.
Toutes les statines sont susceptibles d’entraîner des troubles
musculaires. Les facteurs favorisant une augmentation des enzymes
musculaires liée à la prise de statines sont divers (hypothyroïdie,
effort musculaire intense, insuffisance rénale chronique,
insuffisance hépatique, abus d’alcool) et reposent essentiellement
sur des interactions médicamenteuses. La myotoxicité (myopathie et
rhabdomyolyse) des statines reste peu fréquente (1 % des
patients) [25]. Beaucoup plus rarement (1 cas sur
105 patients-années) survient une rhabdomyolyse
(destruction massive des cellules musculaires) associée ou non à
une insuffisance rénale aiguë [26]. Cette rhabdomyolyse apparaît en
quelques jours, généralement en début de traitement de façon
imprévisible avec une élévation majeure des CPK (30 à 40 fois
la normale) conduisant à une myoglobinurie. Aucun élément ne permet
toutefois d’orienter vers une différence notable en terme de
fréquence d’effets indésirables musculaires graves entre les
5 statines disponibles sur le marché français [27].
Des troubles de comportement très sévères (pulsion de meurtre,
conduites dangereuses sur la route, torture des membres de la
famille) viennent d’être décrits dans la littérature.
L’imputabilité des statines semble bien établie [28].
Dans l’étude Prosper, une augmentation de la fréquence des
cancers a été retrouvée dans le groupe traité par pravastatine
[29]. Ce résultat n’a pas été retrouvé après une méta-analyse de
l’ensemble des essais cliniques impliquant la pravastatine. À noter
toutefois que l’étude Prosper a inclus des patients plus âgés que
dans les autres études avec la pravastatine. Une même tendance est
retrouvée après réanalyse des résultats de l’étude Lipid chez les
patients de plus de 65 ans [30]. En revanche, les patients
âgés de l’étude HPS (plus de 70 ans), ne présentent pas
d’augmentation de fréquence de cancers dans le groupe simvastatine
par rapport au placebo [7].
Il est important de noter que les tolérances au traitement ont
été largement étudiées au travers des études cliniques où les
posologies quotidiennes des statines utilisées étaient généralement
inférieures ou égales à 40 mg. Compte tenu des objectifs
biologiques de baisse du LDL-C de plus en plus drastique, il est
clair que l’utilisation des statines à des posologies élevées est
une source potentielle d’augmentation d’effets indésirables [31].
Dans le cadre de l’étude Prove-it, comparant un traitement modéré
par statine (pravastatine 40 mg) à un traitement intensif
(atorvastatine 80 mg), la tolérance est apparue un peu
meilleure dans le groupe traité par la pravastatine à dose standard
[32]. À haute posologie (80 mg/jour) la tolérance de la
fluvastatine apparaît correcte [4].
La rosuvastatine a généré quelques controverses sur sa sécurité
d’emploi. Elle présente un profil de tolérance identique aux autres
statines pour les posologies inférieures ou égales à
40 mg/jour. Aux posologies supérieures, la relation
dose-toxicité de la rosuvastatine reste identique à celle des
autres statines [33]. Comme cette dernière est la plus puissante
actuellement disponible sur le marché, il est cohérent de
l’utiliser lorsque des posologies élevées de statines sont requises
(tableau 2).
Tableau 2. Effets des différentes
statines sur les profils lipidiques [52]
|
Molécules |
Posologie maximale journalière |
Modification maximale
du LDL-C |
Modification maximale
des TG |
Modification maximale
du HDL-C |
|
• Atorvastatine |
80 mg |
-
60 % |
– 29 % |
+ 6 % |
|
• Fluvastatine |
80 mg |
-
24 % |
– 10 % |
+ 8 % |
|
• Pravastatine |
40 mg |
-
34 % |
– 24 % |
+ 12 % |
|
• Simvastatine |
80 mg |
-
47 % |
– 18 % |
+ 12 % |
|
• Rosuvastatine |
40 mg |
-
65 % |
– 35 % |
+ 14 % |
LDL-C : LDL-cholestérol ; TG : triglycérides ;
HDL-C : HDL-cholestérol
Interactions médicamenteuses
Le mécanisme des interactions médicamenteuses pharmacocinétiques
avec les statines se situe principalement au niveau de leur
métabolisme hépatique et intestinal par les CYP 3A4 [34, 35, 36,
37, 38]. Les deux statines largement métabolisées par le CYP 3A4
sont la simvastatine et l’atorvastatine. Les médicaments inducteurs
enzymatiques du CYP 3A4, comme les barbituriques et la rifampicine
vont en accélérer le métabolisme hépatique, en réduire les
concentrations plasmatiques et donc créer un sous-dosage [39]. Les
inhibiteurs de ces cytochromes (fibrates, érythromycine, vérapamil,
antifongiques azolés) sont en revanche susceptibles de créer des
surdosages de ces statines au bloquant leur métabolisme et donc
accentuer leur toxicité dose-dépendante [40].
La fluvastatine et la rosuvastatine, principalement métabolisées
par le cytochrome 2C9 et la pravastatine non métabolisée au niveau
hépatique et intestinal, présentent un moindre risque
d’interactions médicamenteuses pharmacocinétiques [41, 42]. En cas
de prescription d’une statine chez un patient déjà traité par un
médicament métabolisé par le CYP 3A4, il est logiquement recommandé
d’utiliser une statine non métabolisée par ces isoenzymes
(pravastatine, fluvastatine et rosuvastatine) ou de renforcer le
suivi biologique du LDL-C et des enzymes hépatiques pour détecter
tout sous-dosage ou surdosage plasmatique de la statine
utilisée.
Comment atteindre les objectifs de LDL-C ?
Respect des règles hygiénodiététiques
Le respect des règles hygiénodiététiques demeure la
thérapeutique de première intention pour la prise en charge de
toute dyslipidémie. Lorsque l’instauration d’un traitement
pharmacologique est nécessaire, les règles hygiénodiététiques
doivent bien sûr être maintenues [8].
Cibler sur les différents composants des cycles du
cholestérol
En monothérapie, l’utilisation des statines reste le traitement
de référence pour diminuer le LDL-C. Quand des diminutions
importantes de LDL-C sont attendues, il est licite de prescrire les
plus puissantes (atorvastatine et rosuvastatine) pour atteindre les
objectifs. Si ces objectifs ne sont pas atteints, il est possible
d’augmenter les posologies jusqu’à 80 mg par jour
(40 mg/jour pour la rosuvastatine et la pravastatine).
En cas d’échec ou d’intolérance au traitement, des associations
des statines avec d’autres hypolipémiants doivent être envisagées.
Ces associations utilisent deux ou plusieurs molécules, chacune
avec un mécanisme d’action différent mais complémentaire dans le
but d’atteindre les objectifs thérapeutiques tout en améliorant la
tolérance du traitement [43]. Les mécanismes d’action des
différentes classes d’hypolipémiants sont rapportés dans le tableau 3. Il faut toutefois noter, que
comme déjà évoqué, la prescription de plusieurs médicaments est
toujours source de mauvaise observance au traitement, surtout
lorsque les patients sont déjà polymédiqués.
Tableau 3. Mécanismes d’action
des différents hypolipémiants [48, 49]
| Classe thérapeutique |
Mécanisme d’action
|
| Statines |
Blocage de l’activité de l’enzyme HMG-CoA réductase,
une étape essentielle de la synthèse de novo du cholestérol.
Up-régulation également des récepteurs du LDL-C aboutissant à la
réduction du cholestérol plasmatique. |
| Résines |
Elles augmentent l’élimination fécale des acides
biliaires en réduisant fortement leur circulation
entéro-hépatique. |
Inhibiteurs de l’absorption
du cholestérol |
Inhibition de l’absorption épithéliale du cholestérol
et des acides biliaires par l’intestin. |
| Fibrates |
Influence de l’activité des gènes impliqués dans le
métabolisme des lipoprotéines via les récepteurs PPAR. |
| Niacine |
Inhiberait la mobilisation des acides gras libres des
tissus périphériques, et réduirait donc ainsi la synthèse hépatique
des triglycérides. |
L’ézétimibe (Ezétrol®), est le premier inhibiteur
spécifique de l’absorption intestinale du cholestérol et des
phytostérols [44, 45, 46]. L’ézétimibe inhibe jusqu’à 50 % de
l’absorption intestinale du cholestérol sans modifier l’absorption
des triglycérides et des vitamines liposolubles [47]. Il est
indiqué en association avec une statine comme traitement adjuvant
au régime chez les patients ayant une hypercholestérolémie primaire
(familiale hétérozygote et non familiale) et qui ne sont pas
contrôlés de façon appropriée par une statine seule. L’association
de 10 mg d’ézétimibe et de 10 mg par jour de simvastatine
est d’une puissance équivalente à 80 mg de simvastatine [44].
Les effets secondaires de cette association sont comparables à ceux
des statines en monothérapie. À noter toutefois que des réactions
d’hypersensibilité, incluant des angio-œdèmes et des rashs ont été
rapportées depuis sa commercialisation [48]. Une association fixe,
déjà disponible aux États-Unis devrait l’être prochainement en
France.
L’acide nicotinique ou vitamine B3 par inhibition de la synthèse
des lipoprotéines de très faibles densités (VLDL) semble également
avoir un effet bénéfique en association aux statines sur le niveau
de LDL-C, triglycérides et HDL-C. Des effets secondaires sérieux
(risque de myopathie) ont été rapportés lors de cette association
[48].
Quant aux fibrates, ils présentent un effet complémentaire aux
statines sur le LDL-C et surtout sur les triglycérides [49]. Cette
association est donc réservée aux hyperlipidémies mixtes. Suite à
de graves problèmes de pharmacovigilance ayant entraîné le retrait
mondial de la cérivastatine, cette association reste déconseillée
en raison du risque accru de myopathies et rhabdomyolyse [26].
De nouvelles résines chélatrices des acides biliaires sont en
développement. Elles présentent une meilleure tolérance digestive
que la colestyramine. L’hydrochloride de colesevelam est déjà
commercialisé aux États-Unis. Il est indiqué en association aux
statines dans les hypercholestérolémies pures sévères. L’effet de
cette résine est additif à celui de la simvastatine. Ainsi,
l’association de 10 mg de simvastatine et 3,8 mg de
colesevelam permettrait d’obtenir une diminution du LDL-C de
l’ordre de 42 % [50]. Par ailleurs, l’association du
colesevelam 3,8 mg avec l’atorvastatine 10 mg induit une
diminution du LDL-C du même ordre que celle obtenue avec 80 mg
d’atorvastatine seule [48].
Les PPARs (proliferator peroxysome activated receptors)
sont des facteurs de transcription dont l’activation conduit à des
effets sur le métabolisme lipidique et glucidique. Les PPARs alpha
sont bien connus et correspondent aux fibrates. La recherche
d’agonistes activant simultanément les PPAR alpha et gamma ouvre
des perspectives thérapeutiques intéressantes pour le diabète de
type 2 et/ou les hyperlipidémies combinées.
D’autres classes de médicaments sont en développement notamment
les inhibiteurs de l’ACAT (Cholesterol acyl transferase)
participant au processus d’absorption intestinale du cholestérol et
la formation de cellules spumeuses, les inhibiteurs de la MTP
(microsomal triglyceride transfer protein) ayant un rôle
dans l’assemblage des lipoprotéines contenant l’apoB et les
inhibiteurs de la CETP (cholesteryl ester transfer protein)
ayant un rôle clé dans le transport du cholestérol et le
métabolisme du HDL [51].
Conclusion
Une meilleure prise en charge des dyslipidémies est un enjeu
majeur de santé publique. Elle doit reposer sur une bonne
information de l’ensemble du corps médical (cardiologues et
endocrinologues, médecins généralistes, pharmaciens), des patients
et de leur entourage pour améliorer l’observance des patients à
leur traitement. Les outils pharmacologiques actuellement
disponibles doivent permettre d’atteindre les objectifs de baisse
du LDL-cholestérol tel que définis par les recommandations
internationales. Les statines restent actuellement la classe
thérapeutique de référence pour diminuer le LDL-C. Leur association
à de nouvelles molécules (ézétimibe) va permettre d’en renforcer
encore la puissance tout en améliorant la tolérance du
traitement.
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