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Effets des inhibiteurs de l’aldostérone dans le cœur normal et insuffisant


Médecine thérapeutique Cardiologie. Volume 2, Numéro 5, 317-22, septembre-décembre 2004, Revue


Résumé  

Auteur(s) : Paul Milliez, Johnny Nehme, Marie-Lory Ambroisine, Pascale Mansier, Bernard Swynghedauw, Claude Delcayre , Inserm U572, hôpital Lariboisière, IFR Circulation, Université Denis Diderot, 75475 Paris cedex 10, France.

Résumé : La compréhension des mécanismes impliquant l’aldostérone dans les pathologies cardiovasculaires a beaucoup progressé. Les études expérimentales ont montré qu’à concentration élevée et à long terme, l’aldostérone a des effets délétères sur les vaisseaux, le cœur et le rein, secondaires à l’induction de processus oxydatifs, inflammatoires et de nécrose, qui entraînent une croissance de la matrice extracellulaire. D’autre part, on sait que le cœur et les vaisseaux peuvent synthétiser de l’aldostérone, et que cette synthèse locale est fortement augmentée en conditions pathologiques. Ces observations, ainsi que le phénomène d’échappement de l’aldostérone dans le traitement de certaines formes d’hypertension ou d’insuffisance cardiaque par les IEC, suggéraient l’utilisation clinique des anti-aldostérones. En accord avec les données expérimentales, plusieurs études cliniques ont établi l’intérêt thérapeutique de l’introduction d’antagonistes du récepteur de l’aldostérone dans le traitement de l’insuffisance cardiaque, de la dysfonction ventriculaire gauche après infarctus, de l’hypertension et de la néphropathie diabétique. Enfin, il est important de souligner que ces antagonistes ont des effets bénéfiques indépendamment de leurs propriétés anti-hypertensives, faisant donc appel à des actions de l’aldostérone non uniquement reliées à la régulation volumique.

Mots-clés : aldostérone, antagonistes

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ARTICLE

Auteur(s) :, Paul Milliez, Johnny Nehme, Marie-Lory Ambroisine, Pascale Mansier, Bernard Swynghedauw, Claude Delcayre*

Inserm U572, hôpital Lariboisière, IFR Circulation, Université Denis Diderot, 75475 Paris cedex 10, France

L’insuffisance cardiaque (IC) se traduit par un remodelage et une fibrose myocardique, une dysfonction ventriculaire systolique puis diastolique, et au niveau périphérique par des modifications hormonales majeures en partie responsables des désordres observés : vasoconstriction, rétention hydrosodée, dysfonction endothéliale, activation inflammatoire... La diminution du débit cardiaque entraîne une augmentation de concentration plasmatique de plusieurs hormones, notamment catécholamines, angiotensine, aldostérone, vasopressine, endothéline. Leur action, initialement destinée à maintenir la pression de perfusion périphérique, se révèle dommageable au long terme par les effets pervers qu’elles exercent sur la structure et la fonction cardiaque, contribuant paradoxalement à l’aggravation de la dysfonction cardiaque ( (figure 1) ). Cette activation neuro-hormonale a été reconnue comme un marqueur de la maladie et comme une cible thérapeutique. Parmi ces hormones, l’aldostérone a des effets dont le nombre augmente constamment. Cette revue fait le point sur les connaissances dans ce domaine.

Effet bénéfique des antagonistes de l’aldostérone dans l’insuffisance cardiaque

Plusieurs études cliniques ont établi l’intérêt thérapeutique de l’introduction d’antagonistes du récepteur de l’aldostérone dans le traitement de l’insuffisance cardiaque [1], de la dysfonction ventriculaire gauche après infarctus [2], de l’hypertension [3] et de la néphropathie diabétique [4]. L’aldostérone a été identifiée comme un facteur de risque cardiovasculaire, indépendant de l’angiotensine II (Ang II). Plusieurs travaux ont montré une relation entre le niveau plasmatique d’aldostérone et la mortalité chez les patients en IC, ou avec la masse ventriculaire gauche qui est un bon indice de morbi-mortalité. L’Ang II stimulant la synthèse d’aldostérone, il était logique de penser qu’inhiber l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ECA) aurait la double conséquence de supprimer les effets indésirables de l’Ang II et de l’aldostérone. En réalité, les observations cliniques mettent en évidence un échappement de l’aldostérone sous traitement IEC, se traduisant par une remontée de l’aldostérone plasmatique après 3 mois [5]. Les raisons peuvent être un blocage incomplet du SRAA (échappement de l’Ang II), une synthèse d’Ang II par d’autres voies que l’ECA ou une stimulation de synthèse d’aldostérone par le potassium indépendamment de l’Ang II. Il y a une dizaine d’années, les travaux expérimentaux du groupe de Weber ont mis en évidence la responsabilité de l’aldostérone associée au sel dans l’induction de fibrose cardiaque chez le rat [6]. Ces travaux, et l’échappement de l’aldostérone sous IEC, ont suscité plusieurs études cliniques.

L’étude RALES effectuée chez des patients en IC sévère (classe III/IV de la NYHA) a démontré que l’addition de spironolactone au traitement conventionnel diminue le risque de décès toutes causes de 30 %, de décès d’origine cardiaque de 31 %, et les hospitalisations d’origine cardiaque de 30 % [1]. L’étude Ephesus explorait l’effet de l’eplerenone, un antagoniste de l’aldostérone plus spécifique que la spironolactone, chez des patients avec dysfonction ventriculaire gauche suite à un infarctus récent [2]. Ici aussi, les résultats concluaient à un effet bénéfique de cet inhibiteur : diminution de la mortalité totale de 15 % et de la mortalité d’origine cardiaque de 13 %. Les raisons expliquant ce bénéfice sont certainement complexes, mais la faible dose d’antagonistes de l’aldostérone n’influait pas la pression artérielle ce qui suggère une inhibition d’effets « directs » de l’aldostérone. L’examen de ces effets peut aider à comprendre les conséquences bénéfiques du traitement par un anti-aldostérone.

Le récepteur de l’aldostérone

Sécrétée par les cellules glomérulées du cortex surrénalien, l’aldostérone stimule la réabsorption du sodium par le rein et le colon. Deux types d’action de l’aldostérone sont connus : des modifications immédiates (quelques minutes) de conductances ioniques, non inhibées par la spironolactone, et l’induction différée de gènes-cibles après liaison sur son récepteur intra-cellulaire (minéralo-récepteur : MR). Le messager MR est abondant dans le colon, le rein, le cerveau, le cœur, le poumon. Dans le cœur, il est présent dans les myocytes et les fibroblastes, les cellules endothéliales et musculaires lisses des coronaires [7, 8]. Le MR est un facteur de transcription qui augmente la synthèse et l’activité de protéines constituant le canal sodique amiloride-sensible (EnaC) et la Na,K-ATPase membranaire des cellules du tubule contourné distal et du collecteur rénal, pour réabsorber le sodium ultrafiltré. Ces protéines sont les cibles classiques de l’aldostérone, mais d’autres ont été découvertes ces dernières années comme la kinase sgk qui intervient dans le contrôle de l’activité de ENaC. Seules les actions pour lesquelles le MR sert d’intermédiaire sont inhibées par la spironolactone ou l’eplerenone.

Spécificité d’action de l’aldostérone

Les domaines de fixation sur l’ADN et de fixation du ligand du MR et du récepteur des glucocorticoïdes (GR) présentent une forte homologie de séquence qui explique que le MR puisse lier aussi le cortisol ou la dexaméthasone, avec cependant une affinité moindre que pour l’aldostérone. Le MR est activé par l’aldostérone et passe dans le noyau, où il se lie sous forme d’homodimère ou d’hétérodimère MR-GR, à une même séquence GRE (Glucocorticoid Responsive Element) de l’ADN pour déclencher la transcription de gènes cibles, encore mal connus dans le cœur. La concentration plasmatique des glucocorticoïdes est 100 à 1 000 fois supérieure à celle de l’aldostérone. L’inactivation intra-cellulaire des glucocorticoïdes est assurée par la 11-bêta-hydroxystéroïde-deshydrogénase (11-bêta-HSD) de type 2 NAD-dépendante. Ceci suppose la colocalisation de la 11-bêta-HSD et du MR dans les types cellulaires devant répondre spécifiquement à l’aldostérone, ce qui a été vérifié dans le rein. Cette enzyme existe aussi dans le cœur humain et de rat. Cependant, l’activité de la 11-bêta-HSD cardiaque est beaucoup trop faible pour protéger le MR des glucocorticoïdes [9]. Il faut donc invoquer d’autres mécanismes encore mal connus, ou admettre avec John Funder que le MR cardiaque est occupé en majorité par les glucocorticoïdes [10].

Synthèse de l’aldostérone dans le cœur normal et pathologique

La P-450 aldostérone-synthase du cortex surrénalien catalyse la synthèse d’aldostérone à partir de la deoxycorticostérone, sous contrôle de l’Ang II et du potassium, et plus faiblement de l’ACTH et du sodium. Des sites de production extra-surrénaliens (cœur, aorte et artère pulmonaire, cerveau) ont été identifiés, mais il semble que cette aldostérone localement synthétisée ne passe pas dans le courant sanguin. Notre laboratoire a montré que le cœur de rat exprime les enzymes de synthèse de l’aldostérone [11]. L’aldostérone-synthase est exprimée dans les cardiomyocytes, mais son expression n’a pas été explorée dans d’autres types cellulaires. La synthèse dans un cœur normal est très faible, mais elle est augmentée dans la zone saine du cœur un mois après ligature coronaire, parallèlement à la synthèse locale d’Ang II [12, 13]. Les concentrations cardiaques d’Ang II et d’aldostérone augmentent de 2 à 3 fois dans ce modèle. La fibrose ventriculaire associée au post-infarctus a pu être reliée à la production locale de ces deux hormones, et elle est inhibée par le losartan ou la spironolactone. Il existe donc un système rénine-angiotensine-aldostérone autocrine cardiaque dont le rôle en pathologie cardiovasculaire n’est pas totalement évalué.

Dans le cœur humain, il semble établi que la production d’aldostérone est très faible dans le myocarde normal [14], mais qu’elle augmente très fortement dans le cœur insuffisant [15-17] ou cardiomyopathique hypertrophié [18], en relation avec le niveau de dysfonction ventriculaire [15, 16, 18]. En outre, la concentration d’aldostérone était augmentée dans le cœur hypertrophié tandis qu’elle était normale dans le plasma de ces patients cardiomyopathes [18]. Enfin, une augmentation de synthèse d’aldostérone a aussi été décrite dans les ventricules de patients hypertendus [19].

Ainsi, il apparaît qu’une synthèse cardiaque d’aldostérone, très faible en conditions normales (et jouant peut-être une fonction locale mais qui reste hypothétique) peut être stimulée dans certaines circonstances pathophysiologiques pour atteindre un niveau tissulaire très supérieur au niveau plasmatique et ainsi participer « de l’intérieur » à la dégradation du myocarde. L’étude des effets de ce système local est compliquée par son faible niveau d’expression, mais également par la difficulté de distinguer ses effets propres de ceux de l’aldostérone circulante. C’est pour répondre à cette question qu’a été établie une souche de souris transgéniques surexprimant l’aldostérone-synthase dans le cœur, dont les effets sont détaillés plus loin [20].

Effets fibrogène et arythmogène de l’aldostérone

Un des effets les mieux documentés de l’aldostérone est l’induction d’une fibrose cardiaque importante, avec des conséquences défavorables sur la fonction pompe et un effet arythmogène. Expérimentalement obtenue par une surcharge en aldostérone et sel, la fibrose apparaît dans les deux ventricules du rat alors que l’hypertrophie et l’augmentation d’ANP sont restreintes au ventricule gauche, soutenant l’hypothèse que la réponse fibreuse est indépendante des facteurs hémodynamiques. Les rôles respectifs de l’aldostérone et du sel dans l’installation de la fibrose ne sont pas clairement identifiés [21, 22], mais il reste que les antagonistes de l’aldostérone réduisent la fibrose cardiaque dans les situations pathologiques expérimentales et cliniques (revue in 23). En effet, une relation entre la mortalité et le taux de fibrose cardiaque initiale est observée chez un sous-groupe de patients de l’étude RALES [24]. Et surtout, la spironolactone a diminué la fibrose cardiaque, avec l’effet le plus important chez les patients ayant la fibrose la plus élevée en début d’étude.

L’Ang II est sans doute impliquée aussi dans l’installation de la fibrose puisque l’aldostérone augmente la densité cardiaque des récepteurs AT1 [23], et l’expression de l’ECA dans le cardiomyocyte de rat [25]. Nous avons vu plus haut que la fibrose ventriculaire associée au post-infarctus était aussi en partie reliée à l’aldostérone. Cependant, il reste des interrogations sur les mécanismes puisque l’inactivation du MR cardiaque par expression d’un ARNm antisens inductible chez la souris entraîne, de manière surprenante, une IC avec fibrose cardiaque majeure [26]. Une explication possible serait que l’action de l’aldostérone (et des glucocorticoïdes) dans le cœur peut reposer sur un équilibre entre MR et GR, et que certains des effets jusqu’ici attribués à l’aldostérone peuvent être médiés par d’autres récepteurs comme le GR.

Un rôle pro-arythmique de l’aldostérone, qui pourrait dépendre partiellement de la fibrose, est suggéré par plusieurs observations. En effet, le travail de Ramires et al. décrit chez des patients en IC une réduction de 74 % des extrasystoles ventriculaires et de 80 % des épisodes de tachycardie ventriculaire non soutenue sous spironolactone [27]. D’autre part, chez des patients hypertendus, et pour un même niveau d’hypertension, la fibrillation auriculaire est beaucoup plus fréquente chez ceux ayant un hyperaldostéronisme primaire [28]. L’étude de la variabilité de la fréquence cardiaque pourrait également apporter des informations pertinentes, puisque l’équipe de Struthers observe un effet de la spironolactone sur ce paramètre dans l’IC, avec une influence du rythme circadien [29]. Des résultats non publiés du laboratoire obtenus chez le rat insuffisant, indiquent que la spironolactone diminue l’ensemble des facteurs arythmogènes que sont le taux de catécholamines et la fibrose cardiaques, et l’excitabilité ventriculaire. D’autres effets peuvent être invoqués, qui peuvent aussi avoir des conséquences sur la fonction cardiaque. Vassort et al. ont observé une augmentation du courant calcique lent ICaL et une diminution du courant transitoire potassique Ito [30]. Ces effets, visibles en 24-48 h, sont inhibés par la spironolactone et les inhibiteurs de la synthèse protéique, et pourraient modifier les caractéristiques électriques des cardiomyocytes.

Effets vasculaires de l’aldostérone

Au niveau artériel, six semaines d’hyperaldostéronisme expérimental chez le rat induisent une hypertrophie pariétale, sans fibrose de la média. Seule l’adventice de l’aorte et de l’artère pulmonaire montre une augmentation de collagène. Une diminution de rigidité artérielle par diminution du collagène artériel est observée chez le rat âgé normotendu traité par la spironolactone [31] ou chez le rat hyperaldostronémique traité par l’éplérénone [32]. L’augmentation de rigidité des grosses artères est la cause majeure de l’élévation des pressions systolique et pulsée et a été identifiée comme un marqueur indépendant de risque cardiovasculaire [33]. S’il était montré que la rigidité artérielle est augmentée par l’aldostérone et normalisée par son antagoniste, ce serait un argument pour ajouter un effet vasculaire à la liste des effets bénéfiques de la spironolactone. Dans cet esprit, il a déjà été montré que la dysfonction endothéliale associée à l’IC était améliorée par la spironolactone, en rétablissant la réponse artérielle à l’acétylcholine [34]. Enfin, rappelons qu’une synthèse d’aldostérone a été démontrée dans l’artère mésentérique de rat et l’artère pulmonaire humaine, et qu’elle augmente chez le rat spontanément hypertendu [35]. Ces auteurs ont d’autre part suggéré un rôle pour cette aldostérone localement produite puisqu’elle renforçe l’effet trophique de l’Ang II sur les cellules musculaires lisses en culture. La coopération entre aldostérone et Ang II joue également dans la néovascularisation observée dans un modèle d’ischémie fémorale chez la souris [36].

L’aldostérone a des effets délétères sur la structure et les propriétés vasculaires. Deux équipes ont observé l’induction d’un phénotype inflammatoire péricoronaire dans le cœur de rats traités par l’aldostérone-sel [37, 38]. L’augmentation des marqueurs d’inflammation Cox-2 et MCP-1 est observée dès la première semaine, faisant de la prolifération de cellules inflammatoires autour des artères coronaires l’un des premiers événements conduisant à la fibrose [39]. Le rôle causal du stress oxydatif dans ces altérations vasculaires médiées par l’aldostérone est fortement suggéré par le fait que la spironolactone et les antioxydants préviennent indépendamment ces changements dans les artères coronaires [38] ou périphériques [40], et que l’aldostérone stimule l’expression de la NADPH-oxydase des macrophages [41]. Ici encore, une coopération aldostérone-Ang II est retrouvée dans la libération de radicaux libres pouvant mener à une altération des cellules musculaires lisses artérielles [42]. Enfin, dans des souris transgéniques surexprimant l’aldostérone-synthase dans le cœur, notre laboratoire a observé des effets inédits sur la vasomotricité coronaire [20]. Dans ce modèle caractérisé par une augmentation modérée (1,7 fois) d’aldostérone intra-cardiaque sans changement du niveau plasmatique, la réponse vasodilatatrice à l’acétylcholine ou à la bradykinine des souris transgéniques mâles est abolie. De manière intéressante, la fonction et la structure cardiaques restent normales et cette altération coronaire est la seule manifestation potentiellement délétère. En effet, elle suggère qu’une concentration d’aldostérone faiblement augmentée (d’un niveau observé en situation pathologique) peut induire un défaut d’adaptation silencieux, mais rendant ces animaux fragiles face à une augmentation de travail cardiaque.

Pour conclure, s’il semble établi que les effets délétères de l’aldostérone à forte concentration se concentrent sur les vaisseaux, il reste à en comprendre les toutes premières étapes. Weber et ses collègues ont décrit une diminution précoce des concentrations de magnésium et de calcium intracellulaire dans les monocytes et lymphocytes de rats traités par l’aldostérone-sel [43]. Plusieurs marqueurs de stress oxydatif étaient augmentés dans le plasma (activité alpha-1-antiprotéinase) et le cœur (sous-unité gp91phox de la NADPH-oxydase et 3-nitrotyrosine) de ces animaux. Si de tels changements ioniques n’ont pas été observés dans les cellules cardiaques, ce travail suggère qu’ils peuvent aussi y exister et induire la libération de radicaux libres, les lésions coronaires et enfin la fibrose périvasculaire puis interstitielle.

Adaptation du traitement

La spironolactone a des effets secondaires (gynécomastie, impuissance..) expliqués par sa liaison sur d’autres récepteurs que le MR. L’éplérénone présente une liaison au MR beaucoup plus spécifique que la spironolactone. In vitro, son affinité pour le MR est 20 fois moindre, mais étant moins captée par les protéines du plasma et les autres récepteurs, elle bloque identiquement les effets de l’aldostérone. Les études cliniques ont montré que cette molécule a un avenir dans plusieurs pathologies incluant l’IC, l’hypertension, la néphropathie diabétique, et peut-être les coronaropathies [44]. Il est nécessaire, enfin, de souligner que la spironolactone a montré son efficacité dans les stades les plus graves de l’IC, c’est-à-dire chez des patients hospitalisés et dont les paramètres biologiques était contrôlés. Cette indication ne s’étend donc pas forcément à l’IC de stade I ou II et certainement pas sans surveillance afin d’éviter l’hyperkaliémie.

Conclusion

Les études récentes ont permis d’avancer dans la connaissance des effets de l’aldostérone sur le cœur et les vaisseaux. L’inhibition des effets de l’aldostérone a prouvé son efficacité dans l’insuffisance cardiaque puis dans d’autres pathologies cardio-vasculaires majeures. Si l’induction d’une fibrose cardiaque et d’une dysfonction vasculaire dans plusieurs situations pathologiques semble établie, il reste à en comprendre tous les mécanismes et à préciser les interactions avec d’autres hormones, notamment l’Ang II. La découverte de sites extra-surrénaliens de synthèse d’aldostérone, dont la fonction probablement paracrine ou autocrine reste à identifier, est un fait intéressant. Surtout, une augmentation de cette synthèse locale lors de différentes pathologies, est un facteur qui est sans doute sous-estimé et qui peut permettre d’expliquer des effets jusqu’ici mal compris.

Remerciements

Ces études étaient financées par l’Inserm, le Cnrs et la Fondation de France.

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