ARTICLE
Auteur(s) : Pascale Richard 1, Philippe
Charron 2, Michel Komajda 2, Bernard Hainque
1
1 UF cardiogénétique et myogénétique, service de
biochimie B.
2 Département de cardiologie, Assistance Publique-Hôpitaux
de Paris, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 47, boulevard de
l’Hôpital, 75651 Paris cedex 13, France
Cet article a été publié dans STV 2004 ; 16 :
9-15.
Les cardiomyopathies sont des pathologies du muscle cardiaque
associées à une dysfonction cardiaque. Elles sont classées en
quatre groupes selon des critères morphologiques et
fonctionnels : la cardiomyopathie hypertrophique, la
cardiomyopathie dilatée, la cardiomyopathie restrictive et la
dysplasie arythmogène du ventricule droit [1].
Elles peuvent être primitives ou secondaires à une ischémie
myocardique, une hypertension artérielle, une infection, un agent
toxique. Les cardiomyopathies primitives familiales, dont l’origine
génétique est identifiée depuis une dizaine d’années, sont très mal
connues sur le plan de la physiopathogenèse.
Tous les modes de transmission peuvent être observés :
autosomique dominant, autosomique récessif, lié à l’X ou hérédité
mitochondriale. C’est la cardiomyopathie hypertrophique (CMH)
familiale qui a ouvert la voie de la cardiogénétique par la
publication, en 1989, d’un locus génétique associé à la maladie. Un
an plus tard, le premier gène morbide, codant la chaîne lourde β de
la myosine, était identifié [2] par la même équipe. Par la suite,
une très grande hétérogénéité génétique a été mise en évidence.
Beaucoup plus récemment, des locus et des gènes morbides ont été
décrits dans les cardiopathies dilatées, les cardiomyopathies
restrictives et les dysplasies arythmogènes du ventricule droit
[3]. Malgré ces avancées très rapides dans le domaine génétique,
les conséquences fonctionnelles des mutations géniques, et les
mécanismes aboutissant au phénotype d’hypertrophie cardiaque, de
dilatation ou d’insuffisance cardiaque restent à élucider.
Les connaissances génétiques actuelles dans la cardiomyopathie
hypertrophique qui est la plus étudiée sur le plan de la génétique
moléculaire permettent d’en effectuer le diagnostic moléculaire en
pratique quotidienne. Les résultats des analyses génétiques sont
utilisés désormais pour affiner les critères de diagnostic
phénotypique.
Une autre conséquence de ces progrès en génétique cardiaque est
d’avoir conduit à la création d’une consultation multidisciplinaire
(génétique, cardiologique et psychologique) à l’hôpital de la
Pitié-Salpêtrière. Elle a pour objectif de mettre au service des
patients et de leur famille une prise en charge globale comprenant
le rendu de résultat de génétique moléculaire, la prise en charge
psychologique et les conséquences qui en découlent dans leur suivi
cardiologique. Cette consultation permet également de recevoir les
patients en conseil génétique pour des demandes de diagnostic
prédictif, voire prénatal.
Cardiomyopathie hypertrophique primitive
La cardiomyopathie hypertrophique est une pathologie primitive
du muscle cardiaque de transmission autosomique dominante
caractérisée par une hypertrophie des parois du ventricule gauche
atteignant préférentiellement le septum interventriculaire. C’est
une pathologie fréquente puisque la prévalence chez l’adulte est de
1/500 [4]. Histologiquement, la biopsie montre une
hypertrophie des cardiomyocytes, des foyers de désorganisation
myofibrillaire et une fibrose interstitielle.
Cliniquement
La cardiomyopathie hypertrophique se présente comme une
pathologie hétérogène avec des variations inter mais également
intrafamiliales. Les patients peuvent soit être asymptomatiques,
soit présenter des signes cliniques (dyspnée, palpitations,
douleurs thoraciques, syncopes) ou des complications graves
(insuffisance cardiaque, mort subite) [5]. Le diagnostic de la
CMH se fait essentiellement par échocardiographie transthoracique.
Le critère majeur est une hypertrophie des parois du ventricule
gauche, le plus souvent asymétrique et prédominant au niveau du
septum interventriculaire dont l’épaisseur en télédiastole est
supérieure à 13 mm [6]. Elle est obstructive dans environ
25 % des cas. L’électrocardiogramme est également un élément
important du diagnostic clinique (tableau
1). C’est une maladie de pénétrance partielle qui augmente
avec l’âge pour devenir complète vers 50 ans. L’évolution de
la maladie se fait parfois vers le développement d’une insuffisance
cardiaque réfractaire avec altération progressive de la fonction
systolique, habituellement après l’âge de 30 ans. L’autre
complication redoutée est la mort subite qui peut être la première
manifestation de la maladie. Elle se manifeste le plus souvent chez
l’adulte jeune (50 % des cas entre 10 et 25 ans) et à
l’occasion d’un effort. La maladie représente d’ailleurs la
première cause de mortalité chez les sportifs de compétition [7,
8]. La mortalité cardiaque globale est évaluée à 1-2 % par an.
Les autres complications sont la fibrillation auriculaire et
l’endocardite, cette dernière étant beaucoup plus rare.
Tableau 1. Critères diagnostiques
utilisés dans les CMH familiales.
|
|
Échocardiographie |
Électrocardiographie |
|
Adulte |
Épaisseur de paroi > 13 mm |
Ondes Q > 40 ms et > 1/3 R |
|
|
|
Hypertrophie ventricule gauche |
|
|
|
(score Romhilt-Estes ≥ 4) |
|
|
|
Ondes T négatives isolées |
|
Enfant |
Épaisseur de paroi supérieure à la valeur théorique (selon l’âge et
la surface corporelle) |
Ondes Q ≥ 40 ms et ≥ 3 mm
SV1 + RV6 > 95e percentile
Ondes T négatives isolées |
Sur le plan génétique
La CMH est une maladie monogénique qui se transmet selon un mode
autosomique dominant. Un contexte familial existe dans 60 %
des cas. Depuis les années 1990, une importante hétérogénéité
génétique a été décrite avec la publication de 11 gènes (tableau 2). Ces gènes codent tous pour
des protéines composantes du sarcomère cardiaque (figure 1). Ce sont, pour le
filament épais, les gènes MYH7 [2] codant la chaîne
lourde β de la myosine (βMHC), MYL3 et MYL2 codant
respectivement les chaînes légères essentielles (ELC) et
régulatrices (RLC) de la myosine [9]. Les composants du filament
fin sont représentés par les gènes TPM1 codant l’alpha
tropomyosine (αTM) [10], ACTC codant l’actine [11],
TNNT2 [10], TNNC1 [12], TNNI3 [13] codant
respectivement les troponines T, I et C. Les protéines du
cytosquelette sarcomérique sont représentées par la protéine C
cardiaque de liaison à la myosine (cMyBP-C) codée par le gène
MYBPC3 [14, 15] et la titine codée par le gène TTN
[16]. Le dernier gène décrit et le seul ne codant pas pour une
protéine du sarcomère est le gène de la sous-unité régulatrice γ de
la protéine kinase A (γPKA) dont les mutations sont responsables
d’un phénotype particulier de CMH associée à un syndrome de
Wolff-Parkinson-White [17, 18].
Tableau 2. Hétérogénéité
génétique des cardiomyopathies hypertrophiques primitives.
|
Gène |
Locus |
Protéine |
Année |
Référence |
|
MYH7 |
14q11 |
Chaîne lourde β-myosine (βMHC) |
1990 |
[2] |
|
TNNT2 |
1q3 |
TroponineT (TnT) |
1994 |
[10] |
|
TPM1 |
15q2 |
α
tropomyosine (αTM) |
1994 |
[10] |
|
MYBPC3 |
11p11.2 |
Protéine C cardiaque (cMyBP-C) |
1995 |
[14] |
|
MYL3 |
3p |
Chaîne légère essentielle (ELC) |
1996 |
[9] |
|
MYL2 |
12q23 |
Chaîne légère régulatrice (RLC) |
1996 |
[9] |
|
TNNI3 |
19p13.2 |
Troponine I (TnI) |
1997 |
[13] |
|
ACTC |
15q14 |
Actine cardiaque |
1999 |
[11] |
|
TTN |
2q24.3 |
Titine |
2000 |
[16] |
|
TNNC1 |
3p21.3 |
Troponine C (TnC) |
2001 |
[12] |
|
PRKAG2 |
7q |
γ
protéine kinase A (γPKA) |
2001 |
[17, 18] |
Apport des analyses génétiques
Les analyses génétiques réalisées jusqu’à ce jour ont permis de
mettre en évidence un très grand nombre de mutations pathogènes
(FHC mutation database :
http://www.angis.org.au/Databases/Heart/heartbreak.html)
[19]. Ces travaux permettent d’évaluer la fréquence et le spectre
des mutations dans les différents gènes (tableau
3), de tenter d’établir des relations entre le génotype et
le phénotype et de proposer une approche d’analyse moléculaire.
Tableau 3. Répartition des gènes
morbides dans un groupe de 124 patients génotypés (63 %
des cas index analysés) et analyse du pronostic dans les formes
familiales en fonction des gènes mutés (d’après Richard et
al. [20]).
| Gène |
Total CMH
% |
Forme familiale
% |
Âge du diagnostic |
Septum (mm) |
Pronostic (%) |
|
Bénin |
Intermédiaire |
Malin |
|
Total |
n = 124 |
n = 109 |
|
|
n = 51 |
n = 22 |
n = 22 |
|
MYBPC3 |
42 |
41 |
40 ± 18 |
15,8 ± 6,1 |
45 |
70 |
18 |
|
MYH7 |
40 |
41 |
39 ± 17 |
16,2 ± 6,8 |
43 |
25 |
45 |
|
TNNT2 |
6,5 |
4,5 |
33 ± 12 |
14,8 ± 3,9 |
4 |
5 |
9 |
|
TNNI3 |
6,5 |
7 |
46 ± 14 |
16,2 ± 3,3 |
6 |
0 |
14 |
|
MYL2 |
4 |
4,5 |
36 ± 18 |
17,9 ± 8,0 |
2 |
0 |
14 |
Fréquence et spectre des mutations
Dans notre expérience, une mutation est identifiée chez
63 % des cas index testés, qu’ils soient issus de formes
familiales ou de cas isolés. Les 37 % de patients qui restent
non génotypés peuvent s’expliquer par la sensibilité incomplète des
techniques utilisées, par des mutations dans des régions géniques
non explorées (régions 5’ et 3’ non traduites, introns), par des
mutations dans des gènes non encore identifiés ou par des erreurs
de diagnostic initial [20]. L’analyse des résultats montre que les
mutations identifiées sont essentiellement des mutations
« privées », ce qui signifie que, à l’exception de
quelques « points chauds » de mutations retrouvés dans
chacun des gènes, chaque famille possède une mutation différente.
Ceci rend complexe les analyses génétiques en impliquant de tester
toute la séquence codante des gènes. Les résultats obtenus montrent
que, parmi les familles génotypées, 82 % présentent une
mutation dans l’un ou l’autre des gènes MYH7 ou
MYBPC3 avec 40 % de mutations dans MYH7 et
42 % de mutations dans MYBPC3 (tableau
3). L’analyse du spectre des mutations a permis de
constater que la nature des mutations identifiées était différente
dans ces deux gènes majeurs. Dans le gène MYH7, les
mutations sont de type faux-sens, ce qui a pour conséquence
d’aboutir à la synthèse d’une protéine de taille normale dans
laquelle un acide aminé est substitué par un autre. Dans le gène
MYBPC3, deux tiers des mutations sont de type non-sens
(codon stop, petites insertions ou délétions, mutations de sites
consensus d’épissage, etc.). Ces mutations ont pour conséquence
présumée un décalage du cadre de lecture lors de la traduction,
aboutissant soit à la synthèse de protéines tronquées, soit, par un
mécanisme complexe, à la dégradation rapide des ARN messagers ou
des protéines. Dans les autres gènes, la majeure partie des
mutations est constituée de mutations faux-sens mais quelques
mutations non-sens sont également identifiées.
Relations entre le génotype et le phénotype
L’analyse des phénotypes associés aux gènes et aux mutations
permet, malgré la grande hétérogénéité phénotypique et le peu de
patients porteurs d’une même anomalie génétique, d’observer
certaines relations. Les mutations du gène MYH7 conduisent à
des phénotypes très variables, mais sont en général associées à un
phénotype plus sévère avec un âge de début des symptômes plus
précoce que les mutations du gène MYBPC3 qui sont plus
homogènes, avec une pénétrance plus faible et un pronostic moins
sévère. Les mutations du gène TNNT2 sont associées à un
phénotype homogène caractérisé par une hypertrophie ventriculaire
modérée mais avec une forte proportion de morts subites avant
30 ans.
Stratégie d’approche du diagnostic moléculaire
Avant toute demande d’analyse moléculaire, le phénotype du cas
index doit être établi le plus complètement possible et tout
facteur secondaire pouvant induire une hypertrophie doit être
écarté (hypertension artérielle, rétrécissement aortique, etc.).
L’âge d’apparition des signes, l’épaisseur septale, les antécédents
de syncopes ou de mort subite récupérée, d’éventuels troubles de
conduction doivent être signalés chez le patient et ses apparentés
éventuels. Les deux gènes majeurs sont systématiquement analysés
dans leur totalité mais le choix du gène à tester en priorité
dépend du phénotype. Ainsi, devant un début précoce avec un septum
épais, MYH7 sera analysé en priorité alors que, devant un
début plus tardif avec une symptomatologie plus bénigne, l’analyse
commencera par MYBPC3. Devant une épaisseur septale normale
mais des troubles du rythme ou des antécédents de syncopes ou de
mort subite dans la famille, le gène TNNT2 sera testé en
premier. Enfin, il faut garder à l’esprit que, dans environ
5 % des familles dans lesquelles un individu présente un
phénotype particulièrement sévère, deux mutations transmises
chacune par un des parents peuvent être retrouvées (patient
hétérozygote composite, double hétérozygote voire homozygote).
Physiopathologie
Les mécanismes physiopathologiques aboutissant au phénotype sont
encore mal connus. L’hypertrophie ventriculaire gauche n’est pas la
manifestation primaire de la maladie mais se développe comme un
phénomène compensatoire résultant d’un dysfonctionnement des
sarcomères [21]. De nombreuses études in vivo et in
vitro sur des modèles animaux ont été réalisées (études
d’interaction entre actine et myosine, calcul de la vitesse de
raccourcissement des sarcomères, etc.) mais les résultats sont
souvent discordants.
Dans le cas de la βMHC, protéine majeure du filament épais
responsable du raccourcissement des sarcomères par glissement du
filament fin d’actine sur le filament épais de myosine, 85 %
des mutations identifiées sont localisées dans la partie globulaire
(tête) de la protéine où sont situés les domaines d’interaction
avec l’actine, de liaison à l’ATP et de liaison aux chaînes légères
essentielles et régulatrices. Le mécanisme physiopathologique
évoqué conduisant à la désorganisation des sarcomères est celui du
« peptide poison » dans lequel la protéine mutée
s’incorpore dans les sarcomères en formation et exerce un effet
dominant négatif.
Dans le cas de la cMyBP-C, les mutations non-sens conduisent à
la synthèse présumée d’une protéine tronquée de sa partie
carboxyterminale, contenant les sites d’interaction avec la myosine
et la titine. Le mécanisme alors évoqué est celui de
l’haplo-insuffisance ou « allèle nul » conduisant à un
déséquilibre stoechiométrique des protéines sarcomériques où seul
l’allèle normal est incorporé dans les sarcomères.
Quel que soit le mécanisme physiopathogénique en cause, les
mutations auraient pour conséquence un défaut d’utilisation de
l’ATP, perturbant le raccourcissement des sarcomères lors de la
contraction et entraînant une hypertrophie compensatoire [22].
La désorganisation de l’architecture cellulaire associée à une
fibrose favoriserait une instabilité électrique et serait à
l’origine des tachycardies et fibrillations ventriculaires, soit
primitives, soit déclenchées par un facteur intrinsèque, et
responsables de la mort subite.
Conseil génétique dans la cardiomyopathie hypertrophique
L’analyse génétique ne représente pas un apport majeur pour le
diagnostic des personnes phénotypiquement atteintes, exception
faite du sportif de haut niveau chez qui le risque de mort subite
peut être diminué par un dépistage précoce ; l’ECG et
l’échographie sont de sensibilité incomplète et ne permettent pas
toujours de distinguer la CMH de l’hypertrophie physiologique du
cœur d’athlète.
La plupart du temps, la demande de recherche de mutations chez
un patient est essentiellement motivée par une demande de conseil
génétique chez les apparentés. Le risque de recevoir une mutation
d’un parent atteint ou de transmettre une mutation à sa descendance
est de 50 %. Aussi, très souvent, l’analyse génétique permet
d’apporter une réponse au besoin de savoir et un conseil génétique
adapté. Il permet une identification précoce des porteurs
présymptomatiques, une évaluation du risque en fonction des
antécédents familiaux et la mise en place d’un suivi pour prévenir
ou atténuer l’évolution du phénotype. Cette approche permet
également d’éviter une surveillance cardiologique inutile chez les
sujets génétiquement normaux [23].
Prise en charge médicale
Les technologies actuelles ne permettent pas de corriger les
effets du défaut génétique.
La prise en charge médicale dépend de la symptomatologie et du
bilan pronostique. Chez les patients à risque de mort subite,
l’activité physique et notamment sportive sera restreinte
(entraînant une possible réorientation professionnelle). Sur le
plan médical, l’implantation d’un défibrillateur automatique peut
être envisagée [5]. Les patients présentant des symptômes tels que
dyspnée, syncope, palpitations, douleurs thoraciques, sont traités
par β-bloquants ou par vérapamil. Dans les formes sévères, et s’il
existe une obstruction, la chirurgie de myotomie-myectomie se
discute, de même que l’alcoolisation coronaire septale ou la
stimulation par pace-maker double chambre. Chez les patients ayant
évolué vers l’insuffisance cardiaque, un traitement médical
symptomatique est proposé. Dans les formes les plus sévères, la
transplantation cardiaque est discutée.
Perspectives d’avenir
Développement de méthodes de diagnostic
Les résultats des analyses génétiques permettent d’évaluer la
valeur diagnostique de divers examens cardiologiques comme le
Tissue Doppler Imaging (TDI) qui semble détecter des
anomalies de la contraction et de la relaxation cardiaque avant
même le développement de l’hypertrophie. Cet examen pourrait
devenir un moyen précoce et non invasif pour identifier les
porteurs de mutations [24].
Recherche de gènes modificateurs
L’hétérogénéité phénotypique pourrait être la conséquence de
facteurs génétiques et/ou environnementaux associés à un génotype
morbide. Certains polymorphismes sont décrits comme étant
modificateurs du phénotype et de nombreuses études sont
actuellement à la recherche de ces gènes [25].
Développement de modèles animaux
Un modèle de cardiomyopathie a été développé chez le lapin
porteur de la mutation R403Q dans MYH7 et des essais de
médicaments sont en cours. Ainsi, la simvastatine (inhibiteur de
HMG-CoA réductase) induit une régression de l’hypertrophie
cardiaque et de la fibrose et améliore la pression de remplissage
du ventricule gauche. De même, des agents bloqueurs du récepteur de
l’angiotensine II réduisent la fibrose interstitielle chez des
souris transgéniques mutées dans la troponine. Les résultats dans
ces modèles animaux laissent espérer qu’une intervention
médicamenteuse précoce chez l’homme pourrait prévenir le
développement et l’évolution du phénotype cardiaque.
Conclusion
La CMH est une pathologie fréquente, parfois gravissime dont les
bases moléculaires ont été récemment posées grâce à la génétique.
La prévalence exacte reste inconnue. Cette détermination
nécessiterait de très importantes études dans la population
générale sans considération du phénotype.
Le test génétique devient accessible en pratique clinique et la
question est de préciser qui analyser et comment ? L’analyse
génétique doit être motivée par un bénéfice direct pour le patient
et/ou ses apparentés et être encadrée par un conseil génétique
délivré par un généticien clinicien. Ce sont des analyses très
longues et coûteuses et l’identification d’une anomalie n’est
actuellement couronnée de succès que dans 65 % des cas.
L’absence d’identification d’une mutation ne doit donc pas conduire
à l’exclusion du diagnostic.
L’une des perspectives est de voir se développer des
technologies diagnostiques plus sensibles permettant de dépister
précocement les patients asymptomatiques. Une autre perspective est
le développement de nouvelles thérapeutiques. En attendant, il est
essentiel d’informer les cliniciens et les patients quant aux
bénéfices à attendre des tests génétiques en l’état actuel des
technologies et des connaissances.
Références
1. Report of the 1995 World Health
Organisation/International Society and Federation of Cardiology
Task force on the definition and classification of
cardiomyopathies. Circulation 1996 ; 93 :
841-2.
2. Geisterfer-Lowrance AA, Kass S, Tanigawa G, et
al. A molecular basis for familial hypertrophic cardiomyopathy:
a beta cardiac myosin heavy chain gene missense mutation.
Cell 1990 ; 62 : 999-1006.
3. Fatkin D, Graham RM. Molecular mechanisms of
inherited cardiomyopathies. Physiol Rev 2002 ;
82 : 945-80.
4. Maron BJ, Gardin JM, Flack JM, et al.
Prevalence of hypertrophic cardiomyopathy in a general population
of young adults: echocardiographic analysis of 4,111 subjects
in the Cardia study. Circulation 1995 ; 92 :
785-9.
5. Maron BJ. Hypertrophic cardiomyopathy : a
systematic review. JAMA 2002 ; 287 : 1308-20.
6. Charron P, Dubourg O, Desnos M, et al.
Diagnostic value of electrocardiography and echocardiography for
familial hypertrophic cardiomyopathy in a genotyped adult
population. Circulation 1997 ; 96 : 214-9.
7. Maron BJ. Risk stratification and prevention of
sudden death in hypertrophic cardiomyopathy. Cardiol Rev
2002 ; 10 : 173-81.
8. Drezner JA. Sudden cardiac death in young
athletes. Causes, athlete's heart, and screening guidelines.
Postgrad Med 2000 ; 108 : 37-44, 47-50.
9. Poetter K, Jiang H, Hassanzadeh S, et al.
Mutations in either the essential or regulatory light chains of
myosin are associated with a rare myopathy in human heart and
skeletal muscle. Nat Genet 1996 ; 13 : 63-9.
10. Thierfelder L, Watkins H, MacRae C, et
al. Alpha-tropomyosin and cardiac troponin T mutations cause
familial hypertrophic cardiomyopathy: a disease of the sarcomere.
Cell 1994 ; 77 : 701-12.
11. Mogensen J, Klausen IC, Pedersen AK, et
al. Alpha-cardiac actin is a novel disease gene in familial
hypertrophic cardiomyopathy. J Clin Invest 1999 ;
10 : R39-43.
12. Hoffmann B, Schmidt-Traub H, Perrot A, Osterziel
KJ, Gessner R. First mutation in cardiac troponin C, L29Q, in a
patient with hypertrophic cardiomyopathy. Hum Mutat
2001 ; 17 : 524.
13. Kimura A, Harada H, Park JE, et al.
Mutations in the cardiac troponin I gene associated with
hypertrophic cardiomyopathy. Nat Genet 1997 ; 16 :
379-82.
14. Watkins H, Conner D, Thierfelder L, et
al. Mutations in the cardiac myosin binding protein-C gene on
chromosome 11 cause familial hypertrophic cardiomyopathy.
Nat Genet 1995 ; 11 : 434-7.
15. Bonne G, Carrier L, Bercovici J, et al.
Cardiac myosin binding protein-C gene splice acceptor site mutation
is associated with familial hypertrophic cardiomyopathy. Nat
Genet 1995 ; 11 : 438-40.
16. Satoh M, Takahashi M, Sakamoto T, Hiroe M,
Marumo F, Kimura A. Structural analysis of the titin gene in
hypertrophic cardiomyopathy: identification of a novel disease
gene. Biochem Biophys Res Commun 1999 ; 262 :
411-7.
17. Blair E, Redwood C, Ashrafian H, et al.
Mutations in the gamma(2) subunit of AMP-activated protein kinase
cause familial hypertrophic cardiomyopathy: evidence for the
central role of energy compromise in disease pathogenesis. Hum
Mol Genet 2001 ; 10 : 1215 -20.
18. Gollob MH, Green MS, Tang AS, et al.
Identification of a gene responsible for familial
Wolff-Parkinson-White syndrome. N Engl J Med 2001 ;
344 : 1823-31.
19. Fung DC, Yu B, Littlejohn T, et al. An
online locus-specific mutation database for familial hypertrophic
cardiomyopathy. Hum Mutat 1999 ; 14 : 326-32.
20. Richard P, Charron P, Carrier L, et al.
Hypertrophic cardiomyopathy: distribution of disease genes,
spectrum of mutations, and implications for a molecular diagnosis
strategy. Circulation 2003 ; 107 : 2227-32.
21. Bonne G, Carrier L, Richard P, et al.
Familial hypertrophic cardiomyopathy: from mutations to functional
defects. Circ Res 1998 ; 83 : 579-93.
22. Crilley JG, Boehm EA, Blair E, et al.
Hypertrophic cardiomyopathy due to sarcomeric gene mutations is
characterized by impaired energy metabolism irrespective of the
degree of hypertrophy. J Am Coll Cardiol 2003 ;
41 : 1776-82.
23. Charron P, Heron D, Gargiulo M, et al.
Genetic testing and genetic counselling in hypertrophic
cardiomyopathy: the French experience. J Med Genet
2002 ; 39 : 741-6.
24. Nagueh SF, Bachinski LL, Meyer D, et al.
Tissue Doppler imaging consistently detects myocardial
abnormalities in patients with hypertrophic cardiomyopathy and
provides a novel means for an early diagnosis before and
independently of hypertrophy. Circulation 2001 ;
104 : 128-30.
25. Marian AJ. Modifier genes for hypertrophic
cardiomyopathy. Curr Opin Cardiol., 2002 ; 17 :
242-52, [review].
|