ARTICLE
Auteur(s) : Pierre-Yves Marie
Service de médecine nucléaire, CHU Nancy-Brabois,
54511 Vandœuvre-lès-Nancy Cedex, France
Le développement actuel des examens d’imagerie par résonance
magnétique (IRM) cardiaque est lié aux possibilités d’imagerie
rapide qu’offrent les appareils à haut champ magnétique de
conception récente. Ces appareils permettent, en effet, d’analyser
la contraction cardiaque (ciné-IRM, tatouage,...), les débits
sanguins des gros vaisseaux, la perfusion tissulaire du tissu
myocardique et la constitution des parois cardiaques (degré de
fibrose, dégénérescence adipeuse, œdème, spectroscopie du pool
énergétique intracellulaire,...).
En pratique médicale et comparativement aux autres techniques
d’imagerie cardiaque, l’IRM constitue déjà la technique de
choix : 1) pour la recherche de séquelles d’infarctus
chez les patients coronariens, même lorsque ces séquelles sont peu
étendues et de siège sous-endocardique, et de plus en plus pour les
bilans de « viabilité myocardique » ;
2) lorsque l’on désire mesurer de manière très précise les
volumes et fractions d’éjection des deux ventricules, ainsi que la
masse myocardique ; 3) dans le bilan diagnostique des
tumeurs, abcès ou thrombus cardiaques ; 4) pour analyser
les atteintes du ventricule droit et du péricarde (dysplasie
arythmogène, péricardite constrictive,...) et 5) pour le bilan
non invasif de cardiopathies congénitales.
L’IRM cardiaque présente aussi un potentiel de développement
très important, en particulier pour l’imagerie de la perfusion
tissulaire et l’angiographie des coronaires. Cependant, elle ne
peut être encore considérée comme une technique tout à fait simple
et routinière. La réalisation des acquisitions nécessite la
participation active d’une équipe de médecins et techniciens
spécialisés à la fois en IRM et en imagerie cardiaque et, pour le
patient, près d’une heure d’une immobilisation assez inconfortable
à l’intérieur de l’aimant. En outre, malgré l’utilisation de
logiciels de plus en plus perfectionnés, l’analyse des résultats
reste encore assez longue et laborieuse (mesures des volumes et des
fractions d’éjection, analyse de la perfusion tissulaire,...).
Cet article décrit les séquences d’IRM cardiaque utilisées en
routine, ainsi que les principales indications et les résultats des
examens. Cette description est précédée d’un paragraphe sur les
principes physiques de l’IRM dont l’objectif est de définir les
paramètres utiles pour caractériser et différencier les séquences
d’IRM cardiaque (résonance, relaxation, pondération T1
ou T2,...).
Principes de l’imagerie par résonance nucléaire
L’IRM est une technique d’exploration non invasive et non
irradiante, basée sur la résonance magnétique des protons de
l’atome d’hydrogène (H+). Comparativement aux autres
techniques d’imagerie, elle présente la propriété de pouvoir faire
varier le signal provenant d’un organe donné, en fonction des
séquences utilisées et de la nature biologique des tissus.
Très schématiquement, l’IRM nécessite deux étapes consécutives
de résonance et de relaxation, qui ne permettent de lire qu’un
nombre limité de « lignes » de l’image et qui doivent
donc être répétées un grand nombre de fois pour obtenir le signal
nécessaire à la réalisation de l’ensemble d’une image.
Résonance
La première étape est celle de la résonance, qui permet de faire
absorber de l’énergie aux tissus d’un volume donné, en y
faisant varier l’aimantation des protons H+. Cette étape
nécessite l’action conjointe, à l’intérieur de l’appareil
d’imagerie :
• d’un champ magnétique intense,
• d’une onde dite de « radio-fréquence », dont les
caractéristiques sont identiques à celles des ondes hertziennes que
reçoivent nos postes de télévision ou de radio, mais dont la
fréquence doit être spécifiquement adaptée aux noyaux
étudiés : ω0 = γ.B0, où
ω0 est la fréquence de résonance (appelée fréquence de
Larmor), γ le rapport gyromagnétique (constante propre à chaque
noyau), B0 l’intensité du champ magnétique.
Pour l’IRM, la fréquence utilisée sera celle permettant de faire
résonner les protons de l’hydrogène, qui sont naturellement
présents en grande quantité dans l’eau des tissus de l’organisme,
mais aussi au sein des tissus adipeux. Cependant, les fréquences de
résonance sont sensiblement différentes entre les H+ de
l’eau et ceux des tissus adipeux, et il sera possible d’obtenir des
images provenant plus spécifiquement de la masse hydrique de
l’organisme, ou bien du tissu adipeux.
Comme nous le verrons plus loin, ceci peut être très utile pour
identifier les foyers adipeux, qui caractérisent certaines tumeurs
ou maladies cardiaques (lipome, dysplasie arythmogène du ventricule
droit,...).
Relaxation
La deuxième étape est celle de la relaxation, à l’arrêt de
l’onde radio-fréquence. Cette étape est caractérisée par un retour
à la situation d’équilibre initiale, avec une restitution de
l’énergie qui a été emmagasinée lors de la résonance. C’est
cette restitution d’énergie qui constitue le signal utilisable pour
la réalisation des images.
Cependant, ce signal présente la particularité de diminuer très
rapidement et de façon variable en fonction de la nature des tissus
analysés. Il s’agit d’une décroissance exponentielle qui est, par
exemple, très rapide pour les tissus fibreux et, à l’inverse,
particulièrement lente pour les tissus très liquidiens, en
particulier pour les tissus œdémateux (inflammation, infection,
cancer,...).
Ainsi, il sera possible d’obtenir, en IRM, des contrastes très
variables, en fonction de la nature biologique des tissus et des
séquences d’imagerie utilisées :
• Les séquences où les images sont réalisées tardivement dans la
relaxation, dites de pondération T2, permettent
une visualisation préférentielle des tissus qui émettent encore
beaucoup de signaux en fin de relaxation, ce qui est le cas des
structures hydriques ou des tissus œdémateux (tissus à temps de
relaxation long). De telles séquences peuvent être très
informatives dans les pathologies cardiaques qui s’accompagnent
d’un œdème (tumeurs malignes, myocardite, infarctus aigu, réaction
de rejet après transplantation,...), mais aussi pour accroître le
contraste entre le sang cavitaire et les parois myocardiques sur
certaines séquences utilisées en ciné-IRM (séquences de
« précession à l’équilibre »).
• À l’inverse, les séquences, dites de pondération
T1, sont conçues pour saturer le signal provenant
des structures qui émettent encore beaucoup de signaux en fin de
relaxation (tissus à temps de relaxation long). Le principe est
alors de raccourcir le délai entre les cycles de
résonance-relaxation ou bien d’accroître le signal absorbé lors de
chaque résonance. Les structures, ayant une relaxation incomplète à
la fin des cycles résonance-relaxation, sont alors incapables
d’absorber une quantité adéquate de signal lors des cycles
suivants, ce qui entraîne une diminution du signal enregistré. En
pratique, il faut noter que les séquences d’IRM cardiaque sont
toutes plus ou moins pondérées en T1. En effet, les
cycles résonance-relaxation sont toujours très rapprochés, de
manière à acquérir rapidement les images et limiter la durée des
apnées lors des acquisitions. D’ailleurs, comme nous le verrons
plus loin, cette pondération T1 est un des mécanismes
essentiels du contraste sang-myocarde obtenu sur les séquences de
ciné-IRM. Les séquences pondérées en T1 sont aussi
utilisées en routine pour faire des images du pool sanguin, après
l’injection de traceurs marqués par le gadolinium ; il s’agit
alors de l’angiographie-IRM. Cependant, comme nous le verrons plus
loin, des séquences utilisant ces produits de contraste permettent
aussi d’analyser la perfusion tissulaire myocardique (technique
d’analyse au premier passage) et, surtout, de détecter et de
quantifier d’éventuelles séquelles d’infarctus myocardique (analyse
de la rétention tardive du traceur).
Ainsi pour l’IRM cardiaque, comme d’ailleurs pour l’IRM des
autres organes, il est possible d’obtenir des images très
différentes en fonction de la nature biologique des tissus (liquide
sanguin, œdème, fibrose, lipides,...) et de certains paramètres
techniques : fréquence de résonance, pondération T1
et/ou T2,... Il est ainsi possible d’obtenir des
contrastes originaux et modulables entre les divers tissus d’un
organe donné, mais aussi entre les tissus sains et pathologiques.
Cette propriété constitue une grande originalité, comparativement
aux autres techniques d’imagerie médicale (radiologie, échographie,
médecine nucléaire...), mais il faut aussi reconnaître qu’elle
n’est pas toujours simple à comprendre et à utiliser !
Particularités techniques de l’exploration cardiaque en
IRM
L’imagerie cardiaque est une imagerie dynamique pour laquelle il
est très souvent nécessaire d’effectuer au moins une vingtaine
d’images consécutives dans le cycle cardiaque (analyse cinétique,
calcul de flux sanguins,). En outre, lorsque cela est possible, il
est toujours préférable d’enregistrer les images en apnée, car les
mouvements respiratoires nuisent à la qualité des images. Le
temps d’acquisition par image doit donc être très court, ce qui
n’est possible qu’en utilisant des séquences d’acquisition rapide
(écho de gradient, fast-spin-echo, séquences de précession à
l’équilibre,...) sur des aimants puissants et de conception
récente. Ainsi, un haut champ magnétique de l’ordre de 1 à
2 Tesla est souhaitable car la quantité de signal enregistré
est proportionnelle au champ magnétique. Par ailleurs, les cycles
résonance-relaxation doivent pouvoir se succéder à une très haute
fréquence, ce qui dépend de la capacité à faire varier rapidement
les gradients de champ magnétique.
D’une manière générale, l’examen d’IRM cardiaque est assez long
(séquences préliminaires d’orientation, nombreuses coupes pour
visualiser l’ensemble du volume cardiaque,...). C’est pourquoi les
paramètres techniques sont généralement choisis de manière à
privilégier la rapidité des acquisitions par rapport à la qualité
intrinsèque des images (rapport signal/bruit, résolutions
temporelle et spatiale) : pas plus de 30 images par cycle
cardiaque, 1 seule « lecture » du plan de l’image
(1 excitation) et utilisation d’une matrice assez limitée (pas
plus de 256 lignes de phase) [1].
Avec les appareils à haut champ magnétique (1 à 2 Tesla) de
conception récente, capables d’effectuer les cycles
résonance-relaxation avec des temps de répétition très courts, une
« coupe » du myocarde en mode cinéma peut être obtenue en
moins de 10 secondes, ce qui autorise la réalisation
d’acquisitions de bonne qualité en apnée et cela, même lorsque les
capacités physiques des patients sont faibles (atteintes cardiaques
sévères).
Un autre impératif technique est d’obtenir une
synchronisation des acquisitions sur l’électrocardiogramme.
Dans le cas contraire, le flou cinétique et les artefacts liés aux
mouvements cardiaques rendent les images ininterprétables. En
pratique, cette synchronisation n’est pas toujours facile, car il y
a d’importantes interférences du champ magnétique sur le signal
ECG. En respectant certaines précautions (faible distance entre les
électrodes, pas de croisement ou de boucle,...) et en modulant
l’emplacement des électrodes, il est presque toujours possible
d’obtenir un signal ECG adéquat, mais cela peut prendre du
temps !
Principales séquences et les principales indications
Analyse de la cinétique cardiaque : le
ciné-IRM
L’analyse de la cinétique cardiaque, et en particulier celle de
la contraction du ventricule gauche, constitue l’indication la plus
fréquente de l’exploration cardiaque en IRM. En effet, dans la
plupart des maladies cardiaques, le pronostic des patients est très
étroitement lié à l’importance des anomalies de la contractilité du
ventricule gauche.
Depuis quelques années, la qualité des images en mode cinéma
(ciné-IRM) s’est considérablement améliorée [2-9]. Cela est lié au
développement de séquences d’écho de gradient rapides (les
temps de répétition des cycles résonance-relaxation sont très
courts) et qui ont permis l’enregistrement des images en apnée
(figure 1).
Ces séquences produisent des images où les cavités sanguines sont
en hypersignal (white blood) et où les différentes
structures cardiaques sont en hyposignal. Cela est lié au fait que,
restant en permanence dans le plan de coupe, ces différentes
structures sont saturées par les ondes radio-fréquences très
rapprochées (forte pondération T1). Par contre, le sang
situé dans les cavités cardiaques n’est pas saturé puisqu’il est
mobile et ne traverse le plan de coupe que pendant un laps de temps
limité (phénomène « d’entrée de coupe »). De manière
identique à ce qui est observé en angiographie radiologique, après
l’injection de produits de contraste iodés, le sang cavitaire
apparaît donc en hypersignal, avec un assez fort contraste par
rapport aux parois des cavités cardiaques (figure 1).
Ce contraste entre l’hypersignal sanguin cavitaire et
l’hyposignal des parois cardiaques est très important car il
conditionne la capacité à délimiter précisément l’endocarde, qui
constitue la limite externe de la cavité ventriculaire. Cette
délimitation est d’autant plus facile que le ventricule a une
cinétique correcte (la stase du sang liée à un bas débit entraîne
une saturation plus importante du signal cavitaire) et que la coupe
est orientée en incidence « petit axe », perpendiculaire
au grand axe du cœur (le volume sanguin saturé est plus important
dans les incidences « grand-axe », qui sont parallèles au
grand-axe du cœur).
De nouvelles séquences, dites « de précession à
l’équilibre » permettent d’obtenir un état d’équilibre du
signal magnétique et cela, grâce à une « refocalisation des
échos », qui permet de réutiliser le signal résiduel avant
chaque nouveau cycle résonance-relaxation [4, 5]. Cela permet
d’augmenter la quantité de signal enregistré mais aussi d’associer
une pondération T2 supplémentaire à la pondération
T1 du ciné-IRM classique. Le contraste myocarde-sang est
nettement augmenté, en particulier lorsqu’il existe une stase
sanguine (figure
2).
Le gain en qualité d’image est spectaculaire, mais aussi en
résolutions spatiale et temporelle. À plus long terme, ces
séquences offrent de très intéressantes perspectives d’imagerie
dynamique en temps réel. D’ailleurs, ce sont essentiellement ces
séquences « de précession à l’équilibre » qui font
l’objet de travaux de développement pour l’angiographie coronaire,
ainsi que pour l’imagerie des produits de contraste marqués par le
gadolinium (imagerie de la perfusion et des séquelles
d’infarctus).
Cependant, il faut aussi reconnaître que les séquences de
« précession à l’équilibre » présentent encore
l’inconvénient d’une fréquence trop élevée d’artefacts. Ces
artefacts sont liés à une susceptibilité importante aux mouvements
et surtout aux flux sanguins cavitaires [6].
En réalisant plusieurs coupes dans différentes incidences, il
est possible de faire une analyse de la contractilité sur
l’ensemble des deux ventricules et, ainsi, d’identifier les parois
dont la contractilité est anormale (diminution de l’épaississement
pariétal en systole) et les zones de cicatrice fibreuse dont
l’atteinte est irréversible (épaisseur
pariétale < 6 mm en diastole et absence de tout
épaississement systolique [7]) (figure 3).
En outre, en s’aidant de logiciels automatisés, les séquences de
ciné-IRM conventionnelles et surtout celles de « précession à
l’équilibre » permettent de délimiter les contours interne et
externe des parois myocardiques et de calculer la masse
myocardique, ainsi que les volumes diastoliques et systoliques et
les fractions d’éjection des deux ventricules. Cela est
classiquement réalisé sur une dizaine de coupes jointives orientées
en incidence petit-axe et couvrant l’ensemble du volume
ventriculaire [5]. Ces mesures s’avèrent alors très précises et
reproductibles, si bien que l’IRM est actuellement l’examen de
choix pour étudier les médicaments ayant une action sur la masse
myocardique (anti-hypertenseurs) ou sur les volume et fraction
d’éjection du ventricule gauche (traitements proposés dans
l’insuffisance cardiaque).
Cependant, il faut reconnaître que, dans l’indication de
l’évaluation du fonctionnement ventriculaire gauche, l’IRM
cardiaque reste de réalisation un peu fastidieuse pour être
parfaitement adaptée à la routine clinique. En échographie, cette
évaluation est certainement moins précise, mais elle a l’avantage
d’être 4 à 5 fois plus rapide !
Enfin, certaines séquences de ciné-IRM permettent de marquer des
structures situées dans un plan de coupe et de suivre le
déplacement du marquage pendant le cycle cardiaque. Il s’agit alors
du tatouage ou tagging, dont le principe est de
saturer, sur la première image du cycle cardiaque, le signal
provenant de tissus localisés sur certaines lignes de l’image [8,
9]. Cette saturation persiste sur les images suivantes du cycle, si
bien qu’il est alors possible de suivre le déplacement des tissus
marqués lors de la contraction puis de la relaxation des parois
cardiaques. Ce mode d’analyse est particulièrement original,
puisqu’il permet de visualiser les déplacements complexes des
faisceaux de fibres musculaires au cours du cycle cardiaque (figure 4).
Cette technique du « tatouage » s’avère très
intéressante pour les études de physiologie ou de physiopathologie
de la contraction cardiaque. Cependant, en routine clinique, elle
n’a pas supplanté le ciné-IRM classique car elle s’accompagne d’un
certain degré de dégradation de la qualité de l’image, en
particulier de la résolution spatiale, et elle ne permet pas de
bien délimiter les contours endocardiques et donc de calculer les
volumes et fraction d’éjection ventriculaires. Surtout, ces
séquences de « tatouage » se heurtent à des problèmes
d’extraction de l’information. Il est, en effet, plus difficile
d’analyser la contractilité de parois en évaluant les déplacements
des structures « tatouées », qu’en mesurant
l’épaississement pariétal en ciné-IRM et cela, aussi bien en
analyse qualitative visuelle qu’en s’aidant de logiciels
automatisés.
Caractérisation tissulaire : les séquences d’écho de
spin et l’utilisation des produits de contraste
vasculaires
Les premières images d’IRM ont été obtenues avec des séquences
d’écho de spin. Comparativement aux séquences d’écho de gradient,
qui sont utilisées en ciné-IRM, ces séquences utilisent une méthode
différente de recueil et d’amplification du signal.
Malheureusement, les séquences d’écho de spin ont l’inconvénient
d’un temps d’imagerie qui est beaucoup plus long. C’est pourquoi
elles ne permettent pas d’obtenir de multiples images dans le cycle
cardiaque, à la différence des séquences d’écho de gradient
utilisées en ciné-IRM.
Les nouvelles séquences de type fast-spin-echo utilisent
le même principe de recueil et d’amplification du signal mais, à la
différence des séquences d’écho de spin conventionnelles, elles
permettent de lire une partie importante de l’image (de 8 à
32 lignes de phase) lors de chaque cycle cardiaque. Elles
peuvent donc être réalisées beaucoup plus rapidement : en 10 à
15 secondes, ce qui permet d’obtenir des images d’excellente
qualité en apnée [10]. Elles ont aussi la particularité d’être de
type « sang noir », sans aucun signal provenant du sang
cavitaire, ce qui permet de s’affranchir des artefacts liés aux
flux sanguins cavitaires.
Avec les séquences fast-spin-echo, on obtient des images
« statiques » bidimensionnelles, qui présentent un
rapport signal/bruit et une résolution spatiale supérieurs à ce qui
est obtenu en ciné-IRM (figure 1). Ces séquences
ont aujourd’hui totalement remplacé les séquences spin-écho
conventionnelles ; elles s’avèrent utiles pour analyser la
morphologie et l’anatomie cardiaque et, surtout, pour caractériser
la nature des tissus anormaux. En effet, elles peuvent être
fortement pondérées en T2, ce qui permet d’identifier
les structures ayant une relaxation très rapide (fibrose) et,
surtout, celles ayant une relaxation anormalement lente, ce qui est
le cas des tissus œdémateux (tumeur maligne, myocardite, infarctus
aigu,...). Elles peuvent être aussi utilisées avec une saturation
du signal provenant des lipides, ce qui peut aider à identifier la
présence de tissu adipeux dans certaines tumeurs et dans les
dysplasies arythmogènes du ventricule droit (figures 5 et 6).
Les agents de contraste vasculaire, marqués par le
gadolinium, sont aussi très utiles dans les études de
caractérisation tissulaire [11]. Il s’agit du bilan diagnostique
des tumeurs cardiaques et, surtout, de la détection des séquelles
d’infarctus, un domaine en pleine expansion car l’IRM s’y avère
particulièrement efficace.
Dans ces indications, les agents de contraste utilisés sont les
mêmes que ceux de l’angiographie-IRM et ils sont constitués d’un
atome de gadolinium qui s’avère très toxique dans l’organisme et
qui doit donc être lié à une molécule vectrice [11]. Le gadolinium
présente la propriété de diminuer très fortement la durée de la
relaxation des protons qui sont situés dans son entourage immédiat.
Ainsi, sur des séquences très fortement pondérées en T1
et où il y a une importante saturation du signal provenant des
tissus biologiques, seuls les protons situés au voisinage immédiat
des atomes de gadolinium auront une relaxation complète entre les
cycles de résonance-relaxation et pourront générer un signal
adéquat sur les images. En angiographie-IRM, ces séquences très
fortement pondérées en T1, sont réalisées au moment de
l’injection du traceur marqué par le gadolinium. Dans ces
conditions, le signal enregistré provient presque exclusivement du
pool sanguin et il est alors possible de visualiser l’intérieur des
vaisseaux et des cavités cardiaques, avec un contraste équivalent à
celui obtenu avec les produits de contraste iodé en imagerie
radiologique.
Ces séquences, réalisées après l’injection du traceur,
permettent aussi d’identifier les thrombus intracardiaques, qui ne
sont pas vascularisés et qui ne présenteront donc pas
l’augmentation du signal tissulaire liée au gadolinium
intravasculaire (figure
7). À l’inverse, la constatation de foyers d’hypersignal,
imputables à une très forte vascularisation tissulaire, constitue
un argument en faveur de la nature maligne d’une formation
tumorale.
Par contre, pour l’identification et l’évaluation des
séquelles d’infarctus, les images ne sont pas réalisées au
moment de l’injection du traceur mais 10 à 15 minutes plus
tard [12, 13]. L’image caractéristique est alors celle d’un
hypersignal limité à la zone d’infarctus et qui témoigne d’une
rétention tardive du traceur dans l’interstitium du tissu nécrosé
(figures 3, 7 et
8). En effet, les agents de contraste actuellement
commercialisés, tel que le gadolinium-DTPA, ont une distribution
extracellulaire : leurs tailles sont suffisamment faibles pour
franchir la membrane capillaire mais ils ne peuvent alors que
diffuser dans le liquide interstitiel (ils sont hydrophiles et ne
peuvent franchir les barrières phospholipidiques des membranes
cellulaires). Normalement, cette diffusion est quantitativement
limitée par un faible volume de distribution dans le liquide
interstitiel (15 à 20 % du volume myocardique total) et elle
est rapidement réversible car une rétro-diffusion apparaît dès que
les concentrations en traceur diminuent dans le sang
capillaire.
En fait, les images de rétention tardive traduisent un
accroissement de ce volume de distribution interstitiel car cet
accroissement induit à la fois : une augmentation de la
quantité de traceur diffusant initialement du sang capillaire vers
l’interstitium et un ralentissement de la clairance interstitielle
qui s’effectue ensuite par rétro-diffusion vers le sang
capillaire.
Ainsi, les images de rétention tardives traduisent des
situations où le volume de distribution interstitiel du traceur est
augmenté, ce qui est essentiellement observé : quelques jours
ou semaines après des destructions cellulaires, la rupture des
membranes cellulaires permettant alors au traceur de diffuser dans
l’espace cellulaire, à plus long terme, lorsque la fibrose
cicatricielle remplace l’espace cellulaire, et lorsqu’il existe une
réaction inflammatoire œdémateuse avec augmentation du volume
liquidien interstitiel.
En pratique, les séquences de caractérisation tissulaire sont
surtout utiles pour : 1) le bilan des tumeurs et/ou
thrombus cardiaques, 2) la détection des foyers adipeux
intrapariétaux des dysplasies ventriculaires droites,
3) l’évaluation des séquelles d’infarctus chez les patients
coronariens, 4) la détection des réactions œdémateuses qui
accompagnent un grand nombre de maladies du myocarde (myocardite,
infarctus aigu, réactions de rejet après transplantation
cardiaque,...).
L’IRM est, actuellement, la technique la plus performante pour
le bilan des tumeurs cardiaques [14-17]. Les tumeurs
bénignes (myxome, rhabdomyome,...) ou malignes (sarcomes,...) sont
assez rares au niveau cardiaque. Cependant, les tumeurs
médiastinales ou bronchopulmonaires, qui sont beaucoup plus
fréquentes, ont souvent une extension cardiaque, qui peut être
précisée en IRM cardiaque [14, 15].
Les séquences anatomiques de type fast-spin-echo
permettent de déterminer, de manière très précise, la localisation
de la tumeur, son extension et ses limites anatomiques. En outre,
le retentissement sur le fonctionnement du cœur peut être évalué en
ciné-IRM. Surtout, il est possible d’obtenir d’importants
renseignements sur la nature tissulaire de la tumeur, en
particulier en fonction des intensités du signal recueilli sur les
séquences pondérées en T1 et en T2
[14-17] :
• la présence d’un œdème tissulaire intra et/ou péritumoral est
responsable d’un hypersignal sur les séquences très pondérées en
T2 ;
• l’importance de la vascularisation tumorale peut être évaluée
sur les séquences pondérées en T1 et réalisées après
injection de gadolinium-DTPA ;
• la présence de tissu adipeux est responsable d’un hypersignal
sur les séquences pondérées en T2 et ce signal disparaît
sur les séquences où le signal provenant des lipides est aboli (le
plus souvent, le signal est alors saturé sur la fréquence de
résonance correspondant aux protons des lipides) (figure 5) ;
• la présence de tissu fibreux est caractérisée par un
hyposignal, quelle que soit la pondération de la séquence, et par
une faible vascularisation sur les séquences utilisant le
gadolinium-DTPA ;
• la présence de calcifications peut être suspectée devant un
foyer d’absence complète de signal, quelle que soit la séquence
utilisée ;
• la présence de thrombus intracavitaire péritumoral, qui est
une éventualité assez fréquente, est généralement caractérisée par
un signal assez intense sur les séquences pondérées en
T2, ainsi que par un hyposignal sur les séquences
pondérées en T1, qui ne se modifie pas après injection
de gadolinium-DTPA (absence de vascularisation
intra-tissulaire).
L’IRM s’avère aussi particulièrement performante pour les
examens du péricarde ou du ventricule droit
[18-20] :
• Un domaine où l’IRM pourrait devenir rapidement indispensable
est celui de la détection des dysplasies ventriculaires droites
arythmogènes (figure
6). Cet examen est capable d’identifier, au niveau de la
paroi libre du ventricule droit, les anomalies de la contraction
(en ciné-IRM), ainsi que les foyers de dégénérescence adipeuse du
myocarde qui caractérisent cette maladie (séquences
fast-spin-echo pondérées en T2, séquences de
saturation des lipides) [18]. Il s’agit d’une maladie
potentiellement grave puisque la complication redoutée est celle de
la mort subite, qui est alors liée à des troubles du rythme graves
(tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire). Cependant,
l’IRM pourrait être trop sensible dans cette indication car une
assez forte proportion des patients, qui ont des foyers adipeux
dans la paroi libre du ventricule droit, pourrait ne pas avoir de
trouble du rythme grave à long terme [19].
• Lorsqu’il y a un épanchement liquidien du péricarde, l’IRM
permet d’en faire le diagnostic et de rechercher des signes
d’intolérance (tamponnade), mais il faut reconnaître que
l’échographie est tout aussi capable de donner ces
informations.
• Par contre, le diagnostic de la péricardite chronique
constrictive [20] est une situation où l’IRM est très certainement
plus informative que l’échographie. La gravité de cette maladie est
liée à une gêne plus ou moins importante au remplissage des cavités
cardiaques. Dans ce cas, il n’y a généralement pas d’épanchement
liquidien, mais des anomalies touchant les deux feuillets
péricardiques, dont l’origine est infectieuse ou post-radique et
dont le traitement est chirurgical (péricardectomie).
• Comme pour tous les tissus fibreux, les enveloppes
péricardiques qui entourent le cœur sont facilement identifiables
en IRM (hyposignal, quelle que soit la séquence utilisée). Avec les
séquences statiques (fast-spin-echo) et les images de
ciné-IRM, il est alors possible de visualiser et de localiser
l’ensemble des zones où le péricarde est lésé. Ces zones sont, en
effet, caractérisées par une épaisseur anormalement importante des
feuillets péricardiques (> 3 mm) et par une adhérence
des deux feuillets péricardiques (synéchie), qui entraîne une perte
des mouvements de glissement de ces feuillets lors de la
contraction cardiaque [20].
Chez les patients coronariens ayant une dysfonction cardiaque
sévère, l’IRM est de plus en plus utilisée, pour évaluer
l’importance des séquelles irréversibles d’infarctus et le degré
de viabilité résiduelle du tissu myocardique [7, 12, 13,
21-23]. Chez ces patients, le pronostic est particulièrement
sombre, alors que la dysfonction cardiaque ne traduit pas toujours
la présence de séquelles irréversibles d’infarctus. En effet, cette
dysfonction peut être liée à une ischémie tissulaire sévère
(hibernation myocardique, sidération myocardique répétée) et, dans
ce cas, le fonctionnement cardiaque et le pronostic peuvent être
améliorés par une intervention de revascularisation coronaire
(angioplastie coronaire, pontage aorto-coronaire).
Comme nous l’avons précédemment vu, l’IRM permet d’analyser très
précisément la cinétique de contraction des parois cardiaques
(ciné-IRM), mais elle permet aussi d’identifier les cicatrices
fibreuses et irréversibles d’infarctus sur des critères purement
morphologiques (épaisseur pariétale très
faible < 6 mm et absence de tout épaississement
en systole [7]) (figure
3). En outre, comme cela a été déjà mentionné, l’analyse de
la rétention tardive du gadolinium peut être très informative pour
détecter des séquelles d’infarctus et les images pondérées en
T1 sont alors réalisées assez tardivement, de 10 à
20 minutes après l’injection de gadolinium-DTPA, car elles
utilisent la propriété de ce traceur à être retenu dans
l’interstitium du tissu nécrosé (figures 3, 7 et 8). Avec
cette technique, il a été montré qu’il était possible de détecter
les zones d’infarctus, même lorsqu’elles étaient d’étendue très
limitée et de siège sous-endocardique (figure 8) [12]. Cette
technique est même capable de détecter les micro-infarctus de moins
d’un gramme, qui sont induits par l’angioplastie coronaire, ce
qu’aucune autre méthode d’imagerie médicale n’avait encore permis
[13].
Surtout, pour les évaluations de la viabilité résiduelle et du
potentiel de récupération fonctionnel, l’analyse de la rétention
tardive permet d’obtenir des résultats équivalents à ceux des
techniques de médecine nucléaire (tomoscintigraphie, PET-scan) et
cela, aussi bien chez les patients coronariens chroniques qu’à
court terme après infarctus myocardique aigu. Cette technique
permet alors d’identifier [21-23] : 1) les territoires
viables et à très fort potentiel d’amélioration qui sont ceux pour
lesquels la rétention tardive est limitée au sous-endocarde et
touche moins de 25 % de l’épaisseur pariétale ;
2) les territoires non viables et à faible potentiel
d’amélioration qui sont ceux pour lesquels la rétention tardive
touche plus de 50 à 75 % de l’épaisseur pariétale et
3) les territoires dont la viabilité est intermédiaire et dont
le potentiel d’amélioration est alors beaucoup plus variable. Il
est intéressant de noter que ce mode d’analyse est proche de celui
communément utilisé pour les techniques de médecine
nucléaire : la viabilité est alors définie par un niveau de
fixation des traceurs supérieur à 60 %, l’absence de viabilité
par un niveau inférieur à 40 % et les cas intermédiaires par
un niveau situé entre 40 et 60 %.
Ainsi, l’IRM permet d’obtenir des renseignements très originaux
sur la différenciation entre tissus viables et tissus nécrosés et
c’est pourquoi son utilisation se développe très rapidement dans
cette indication. En outre, chez ces patients, la réalisation d’une
IRM permettra aussi : d’évaluer précisément la fonction
cardiaque globale et segmentaire, de détecter les principales
complications mécaniques du post-infarctus et d’identifier les
thrombus muraux avec des performances nettement supérieures à
celles de l’échographie transthoracique (figure 7) [24].
Comme nous l’avons déjà vu, l’IRM présente l’originalité de
permettre la réalisation d’images où il est assez facile
d’identifier l’œdème tissulaire myocardique (séquences
pondérées en T2). Appliquées aux patients transplantés
cardiaques, ces séquences s’avèrent assez efficaces pour détecter
les réactions de rejet aigu, en particulier lorsqu’elles sont de
type sang noir (sans artefact lié au signal sanguin cavitaire)
[25]. Mais il est aussi possible de détecter les œdèmes associés à
des pathologies plus courantes, telles que les myocardites, les
cardiomyopathies aux anthracyclines et, bien sûr, les infarctus
myocardiques aigus [26, 27]. Bien qu’il n’y ait eu encore que des
études pilotes, cette détection des réactions œdémateuses
myocardiques pourrait devenir une indication fréquente de l’IRM
cardiaque. C’est particulièrement le cas pour les diagnostics de
myocardite ou de rejet aigu qui sont actuellement très difficiles à
affirmer, sans avoir recours à la biopsie endomyocardique.
Calcul des débits sanguins : détermination du débit
cardiaque et bilan des cardiopathies congénitales
En IRM cardiaque, il est aussi possible d’obtenir une mesure
précise du débit sanguin des gros vaisseaux avec les séquences
dites de « contraste de phase ». Il s’agit de
séquences en écho de gradient de type ciné-IRM mais qui ont été
modifiées de manière à mesurer la vitesse des protons
H+, en particulier pour les déplacements s’effectuant
perpendiculairement au plan de coupe (figure 9). En pratique, un
gradient de champ magnétique supplémentaire est appliqué dans la
direction perpendiculaire au plan de coupe, afin de faire varier
l’aimantation des protons (déphasage). Cette variation est alors
d’autant plus importante que les protons sont éloignés du plan de
coupe. Après un très court laps de temps, un gradient inverse est
appliqué, ce qui permet un retour à la normale de l’aimantation des
protons (rephasage) mais cela, uniquement lorsque l’emplacement de
ces protons ne s’est pas modifié entre les deux gradients. Par
contre, pour les protons s’étant déplacés entre les deux gradients,
ce qui est le cas des protons du sang circulant, il persiste un
déphasage dont l’importance dépend directement de la distance
parcourue entre les deux impulsions, et donc de la vitesse de
déplacement (figure
9).
Ces séquences sont maintenant suffisamment rapides pour être
réalisées en apnée (elles durent de 10 à 18 secondes). Sur des
coupes perpendiculaires à l’aorte thoracique ascendante, elles
permettent de mesurer précisément le débit cardiaque (figure 9). Cette
mesure peut être très utile chez les patients ayant une dysfonction
cardiaque sévère et, auparavant, elle ne pouvait être obtenue que
lors d’un cathétérisme cardiaque invasif ou bien en
échographie-Doppler mais alors, avec une bien moins bonne
précision.
D’autre part, la comparaison des débits entre l’aorte thoracique
ascendante et le tronc de l’artère pulmonaire s’avère très utile
pour apprécier la sévérité des shunts gauche-droit que l’on
observe dans les cardiopathies congénitales les plus
courantes (communications inter-auriculaires ou
inter-ventriculaires) [28-30]. En effet, ces débits correspondent
aux volumes éjectés par unité de temps et par chacun des deux
ventricules, et leur rapport est normalement très proche de 1. Par
contre, lorsqu’il existe une communication anormale entre les deux
oreillettes ou les deux ventricules, le rapport débit
pulmonaire/débit aortique augmente d’autant plus que le
shunt est important et la valeur de ce rapport est un
critère essentiel pour décider de l’utilité d’une correction
chirurgicale.
Dans les cardiopathies congénitales complexes, ces séquences de
« contraste de phase » offrent aussi la possibilité de
faire des mesures multiples au niveau de l’ensemble des connections
veineuses et artérielles du cœur (veines caves, branches veineuses
et artérielles pulmonaires). Un tel bilan hémodynamique global peut
être très utile pour apprécier le fonctionnement cardiaque avant ou
après certaines interventions palliatives, en particulier dans les
cœurs univentriculaires (anastomoses cavo-pulmonaires).
Enfin, l’IRM est aussi capable d’analyser l’ensemble des flux
sanguins, grâce à un système de cartographie qui n’a rien à envier
au mapping Doppler couleur que connaissent bien les
échographistes. Une étude utilisant cette technique vient
d’ailleurs de montrer que l’IRM était à la fois très sensible et
très spécifique pour détecter les sténoses des veines pulmonaires
chez les jeunes enfants, alors que ce diagnostic est beaucoup plus
difficile à obtenir en échographie transthoracique [31].
Dans les cardiopathies congénitales, l’IRM peut parfois
permettre de s’affranchir des bilans invasifs par cathétérisme
cardiaque. En effet, en plus des mesures des débits des vaisseaux
connectés sur le cœur, les séquences de ciné-IRM et les images
statiques de type fast-spin-echo permettent d’obtenir un
bilan complet des anomalies de l’anatomie et du fonctionnement
cardiaques (figure
10). Une importante limite est alors l’âge et l’émotivité
des jeunes enfants : en dessous de 7 à 8 ans, il est
difficile d’obtenir des images en apnée et le confinement dans
l’aimant peut être assez anxiogène.
Perspectives d’avenir : analyse de la perfusion
myocardique, imagerie des artères coronaires et imagerie en temps
réel
Ce domaine fait l’objet d’une très importante activité de
recherche et il n’est pas impossible que, dans l’avenir, l’IRM
puisse donner : des informations identiques à ce qui est
obtenu en tomoscintigraphie myocardique sur la perfusion tissulaire
et une imagerie des coronaires équivalente à celle obtenue par
l’angiographie radiologique traditionnelle.
Bien que la résolution spatiale soit encore trop faible pour
permettre la réalisation de véritables angiographies IRM des
coronaires, cette thématique fait l’objet de très grands
investissements de la part des industriels [32-35]. Les séquences
développées dans cette indication sont essentiellement de type
« précession à l’équilibre » et elles présentent
l’avantage de ne nécessiter aucune injection de produit de
contraste. Un certain nombre de travaux a été aussi réalisé avec
des séquences de type « sang noir », qui permettent
d’obtenir des images statiques anatomiques de bonne qualité mais
aussi d’analyser le contenu en lipide de la paroi artérielle [33].
Pour l’instant, il s’agit surtout d’expérimentations animales, mais
il est d’ores et déjà possible d’obtenir, chez l’homme, une assez
bonne visualisation des portions proximales des trois artères
coronaires, et cela grâce aux nombreux progrès techniques réalisés
(acquisitions en compensation respiratoire, technique Sense,
systèmes de double champ magnétique de type « twin »,
acquisitions de type VCATS,...) [34]. En raison de l’augmentation
constante de la puissance des aimants, en particulier de leurs
champs magnétiques, il est possible que dans un avenir plus ou
moins proche, l’angiographie IRM des coronaires aura une résolution
spatiale suffisante pour remplacer la méthode radiologique
conventionnelle. Cependant, il faut aussi reconnaître qu’il s’agit
là d’un domaine où la concurrence du scanner radiologique est
particulièrement forte.
L’évaluation de la perfusion myocardique fait aussi l’objet
d’assez nombreuses études en IRM [36, 37]. C’est alors le transit
myocardique du traceur injecté en bolus qui est analysé sur des
séquences très fortement pondérées en T1. Dans cette
indication, l’IRM possède une résolution spatiale nettement
supérieure à celle des techniques conventionnelles de médecine
nucléaire, ce qui permet de détecter les zones d’ischémies limitées
au sous-endocarde [36, 37]. Malheureusement, l’imagerie de la
perfusion en IRM garde encore de trop nombreux facteurs limitants
tels que la nécessité d’une apnée prolongée (de l’ordre de 20 à
30 secondes), les difficultés de la surveillance ECG lors des
stress pharmacologiques, l’impossibilité d’étudier la perfusion
lors d’un stress physiologique comme l’effort, le nombre restreint
de coupes enregistrées, l’absence de linéarité entre le signal du
traceur et sa concentration sanguine, etc.
Dans cette thématique, la nouveauté est très certainement
l’apparition de séquences permettant d’analyser la perfusion
myocardique en l’absence d’injection de tout produit de contraste
et en utilisant le phénomène « d’entrée de coupe » sur
des séquences très pondérées en T1. Puisque cela marche
chez le rat, il n’est pas impossible que cela puisse aussi marcher
un jour chez l’homme ? Si cela était le cas, les possibilités
d’utilisation clinique seraient particulièrement importantes
[38].
Enfin, il devient possible d’obtenir des images d’une assez
bonne qualité, en l’absence de toute synchronisation sur l’ECG,
lors d’apnées de durée très limitée ou même lors d’une respiration
spontanée. Cela est lié à l’utilisation des nouvelles séquences de
« précession à l’équilibre », mais aussi à l’augmentation
du signal recueilli à l’aide de systèmes multicanaux associés à des
antennes spécifiques. Dans un avenir proche, il est possible que
l’IRM cardiaque devienne une technique d’imagerie instantanée,
comme l’échocardiographie, ce qui constituerait alors une véritable
révolution pour l’imagerie cardiaque [39, 40].
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