ARTICLE
met.2011.0342
Auteur(s) : Éric Toussirot etoussirot@chu-besancon.fr
CIC-Biothérapies 506 & Rhumatologie, CHU de Besançon,
Besançon, France
Département Universitaire de Thérapeutique & Équipe d’Accueil
4266 « Agents Pathogènes et Inflammation »,
IFR133, Université de Franche-Comté, Besançon, France
Tirés à part : É. Toussirot
Les rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) comportent
différentes affections dont les plus fréquentes sont la
polyarthrite rhumatoïde (PR), la spondylarthrite ankylosante (SA)
et le rhumatisme psoriasique (RPso). La physiopathologie de ces
pathologies est complexe, faisant intervenir différentes cellules
du système immunitaire, lymphocytes T et B ainsi que monocytes et
macrophages. La compréhension de la physiopathologie de ces
rhumatismes inflammatoires a progressé ces 10 dernières années. Le
rôle de certaines populations lymphocytaires n’a ainsi été compris
que récemment (exemple du lymphocyte B dans la PR), tout comme
l’importance des molécules solubles ou cytokines qui permettent la
communication entre les différentes cellules du système
immunitaire. Aussi, à défaut de pouvoir contrôler l’ensemble des
acteurs au sein d’une synoviale pathologique et qui jouent tous un
rôle pathogénique (comme c’est le cas dans la PR), c’est vers le
contrôle des actions biologiques des cytokines que la thérapeutique
des RIC s’est tournée et a fait un bond en avant par
l’intermédiaire des biothérapies.
Un agent biologique ou biothérapie correspond à un agent
thérapeutique qui bloque ou module l’action d’un facteur soluble
(une cytokine impliquée dans la réponse immune et la réaction
inflammatoire), d’un récepteur cellulaire ou soluble (de ces
cytokines), d’une molécule qui régule l’activation des lymphocytes
(exemple des molécules impliquées dans la costimulation ou second
message d’activation cellulaire), ou d’une molécule de la surface
lymphocytaire (exemple de la molécule CD20 exprimée par le
lymphocyte B).
Les biothérapies actuellement utilisées dans le traitement des
RIC peuvent être schématiquement réparties en 2 groupes : les
anti-cytokines : anti-TNFα, anti-IL-1 et anti-IL-6 ; et
les agents anti-cellulaires : anti-lymphocyte B et
anti-lymphocyte T activé. Les outils thérapeutiques utilisés sont
des anticorps monoclonaux (chimérique, humanisé ou totalement
humain) ou des protéines de fusion (fusion du fragment Fc d’une
immunoglobuline [Ig] avec un récepteur soluble d’une cytokine ou
une molécule régulant l’activité d’un type cellulaire). Il existe
une variante de construction immunologique avec un agent anti-TNFα
comportant uniquement le fragment Fab’ de l’anticorps couplé à un
résidu polyéthylène gycol pour des questions de demi-vie de la
molécule (tableau 1).
Tableau 1 Biothérapies actuellement disponibles dans le
traitement des rhumatismes inflammatoires chroniques.
| Nom (DCI, commercial) |
Classe et mécanisme d’action |
Présentation |
Schéma thérapeutique |
| Infliximab (Rémicade®) |
Anticorps monoclonal chimérique anti-TNFα. |
Amp IV 100 mg |
Injection IV 3 ou 5 mg/kg toutes les 6 - 8
semaines après traitement d’induction délivré aux semaines 0, 2 et
6 |
| Etanercept (Enbrel®) |
Protéine de fusion d’un fragment Fc d’une
immunoglobuline avec 2 récepteurs solubles p75 du TNFα |
Amp SC 25 mg ou 50 mg |
Injections SC 25 mg x 2 / sem ou 50 mg x/sem |
| Adalimumab (Humira®) |
Anticorps monoclonal humain anti TNFα |
Amp SC 40 mg |
Injections SC 40 mg x 1/14 j |
| Certolizumab (Cimzia®) |
Fragment Fab’ d’anticorps monoclonal humanisé
anti-TNFα conjugué à du polyéthylène glycol |
Amp SC 200 mg |
Injections SC 400 mg semaines 0, 2 et 4 puis
200 mg toutes les 2 semaines |
| Anakinra (Kineret®) |
Antagoniste du récepteur de l’IL-1 |
Amp SC 100 mg |
Injections SC quotidiennes
100 mg |
| Rituximab (Mabthera®) |
Anticorps monoclonal chimérique anti-CD20 |
Amp IV 500 mg |
2 Injections IV 1 000 mg J1 J15 tous les
6-8 mois |
| Abatacept (Orencia®) |
Protéine de fusion entre le fragment Fc d’une
immunoglobuline et la molécule CTLA-4 |
Amp IV 250 mg |
Injection IV 500 mg, 750 mg ou
1 000 mg selon le poids tous les mois après traitement
d’induction délivré aux semaines 0, 2 et 4 |
| Tocilizumab (RoActemra) |
Anticorps monoclonal humanisé anti-récepteur de
l’IL-6 |
Amp IV 80, 200 et 400 mg |
Injection IV 8 (ou 4) mg/Kg toutes les 4
semaines |
Chaque agent biologique a ses indications, ses
contre-indications et obéit à des règles de prescription,
d’initiation et de surveillance. L’initiation de ces produits
nécessite un bilan préthérapeutique puis fait l’objet d’une
surveillance particulière. La mise en route de ces traitements se
fait par l’intermédiaire du médecin spécialiste, rhumatologue ou
interniste (et également pédiatre) en charge du patient atteint de
RIC avec une prescription initiale hospitalière d’une durée d’un
an. Le renouvellement peut être assuré par un spécialiste
hospitalier ou libéral, mais le patient devra être revu en milieu
hospitalier passé ce délai d’un an.
Indications des biothérapies dans les rhumatismes
inflammatoires chroniques (tableau
2)
Précisons que 2 agents anti TNFα sont en développement dans la
PR et la SA : il s’agit du certolizumab dans la SA et le RPso
(qui ne bénéficie pour l’instant d’une AMM que dans la PR) et du
golimumab, agent anti TNFα humain administré par voie SC toutes les
4 semaines dont les essais dans la PR, la SA et le RPso sont en
cours.
Ces différentes biothérapies ont fait la preuve de leur
efficacité dans leur indication respective au cours d’essais pivots
de bonne qualité méthodologique. Ces biothérapies peuvent donc être
prescrites dans ces différentes indications selon le libellé de
l’AMM, mais aussi selon des recommandations d’initiation qui ont
été établies par des groupes d’experts. En France, c’est sous
l’égide du Club rhumatismes et inflammation (CRI), sous-section de
la Société Française de Rhumatologie que celles-ci ont été
rédigées. Celles-ci sont disponibles en ligne (www.cri-net.com)
[1]. La Haute Autorité de santé (HAS) a également rédigé par
l’intermédiaire d’experts des recommandations dans la prise en
charge thérapeutique de la PR et de la SA, incluant la place des
biothérapies [2, 3]. D’une façon générale, pour ces différents
rhumatismes inflammatoires, les indications correspondent à des
patients qui échappent aux traitements traditionnels et qui
présentent des signes d’activité ou d’évolutivité de leur maladie.
Les indications détaillées figurent dans le tableau 2.
Concernant la PR, les biothérapies ne s’envisagent qu’après
l’essai du méthotrexate (MTX). Ce dernier reste en effet le
traitement de première intention dans la PR, en l’absence de
contre-indication. Il figure ainsi en bonne place dans les
recommandations de la HAS. Ses alternatives sont le léflunomide ou
la sulfasazine. En cas de réponse insuffisante au MTX ou de signes
de sévérité de la maladie (avec notamment des lésions érosives
précoces ou l’aggravation de lésions érosives pré- existantes), les
recommandations sont de renforcer la thérapeutique en proposant une
combinaison de traitements de fond traditionnels (association MTX
et sulfasazine par exemple) ou de proposer une biothérapie.
Jusqu’en 2010, face à cette situation de PR insuffisamment
contrôlée par le MTX, la seule possibilité de biothérapie était un
agent anti TNFα. Les AMM se sont élargies ensuite à 2 autres
classes, anti-IL6 (tocilizumab) et l’inhibiteur de la costimulation
(abatacept). Signalons également que l’anti-IL-1 (anakinra) est peu
utilisé en pratique. Malgré des résultats encourageants lors des
essais cliniques, cet agent biologique est d’une efficacité moindre
comparativement aux autres biothérapies et son schéma thérapeutique
exige une injection SC quotidienne, ce qui est contraignant. Il est
donc peu utilisé et ce quel que soit le stade de la PR.
Concernant la SA, les biothérapies c’est-à-dire les agents
anti-TNFα ne sont indiquées que chez des patients qui ne répondent
pas suffisamment aux AINS. Le libellé de l’AMM étant insuffisamment
précis, le CRI et le groupe d’experts européen ASAS (Assessment of
SpondyloArthritis international Society) ont défini des règles
d’initiation des anti-TNFα dans la SA. Les conditions sont l’essai
de 3 AINS, classe thérapeutique de référence dans la SA, sur une
période de 3 mois avant de conclure à un échec pour les patents
ayant une forme axiale de la maladie, ou l’échec de la
sulfasalazine et de 2 infiltrations cortisoniques pour les patients
avec une forme périphérique. Ces règles s’appliquent également pour
l’initiation des anti-TNFα dans la RPso. Le groupe ASAS a récemment
révisé ses critères d’initiation des anti-TNFα dans la SA en
proposant de tester un AINS sur une période d’un mois avant de
mettre en route les agents biologiques [4]. Rappelons que pour
l’instant seuls l’infliximab, l’étannercept et l’adalimumab ont une
AMM dans la SA et RPso et qu’il n’y a pas de preuve de l’efficacité
des autres classes de biothérapies dans ces pathologies (hormis
l’abatacept pour les formes périphériques de RPso).
Contre-indications des biothérapies dans les rhumatismes
inflammatoires chroniques
Elles sont relativement nombreuses mais certaines sont
communes aux différents agents, notamment les infections et
les néoplasies.
- –. Agents anti-TNFα(infliximab, étanercept,
adalimumab et certolizumab) : un antécédent infectieux sévère,
une tuberculose active, une néoplasie solide ou un lymphome de
moins de 5 ans, une insuffisance cardiaque de stade IV sont des
contre-indications [5].
- –. Anti-CD20 (rituximab) : un antécédent
d’infection sévère, chronique ou récidivante, un antécédent récent
de cancer solide et une insuffisance cardiaque instable sont des
contre-indications [6].
- –. Inhibiteur des voies de costimulation
lymphocytaire (abatacept) : un antécédent d’infection
sévère, chronique ou récidivante, un antécédent récent de cancer
solide, une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sont
des contre-indications [7].
- –. Agent anti -IL6 (tocilizumab) : des
infections sévères ou actives, une hypersensibilité au produit sont
des contre-indications [8].
De plus, ces différentes biothérapies sont contre-indiquées
pendant la grossesse.
Principaux effets secondaires des biothérapies des rhumatismes
inflammatoires
Ils sont nombreux et dominés par les infections.
- –. Agents anti-TNFα (infliximab, étanercept et
adalimumab) : ils peuvent être à l’origine de réactions
locales ou générales lors de l’administration : érythème pour
les produits administrés en SC, réaction allergique lors de
l’administration IV. Le risque infectieux sous anti-TNFα est
désormais bien connu. Ces agents peuvent entraîner des infections
bactériennes, virales ou opportunistes (mycobactéries, infections
fungiques). En pratique, il existe un risque de réactivation d’une
tuberculose latente, notamment sous infliximab et adalimumab. Les
anti-TNFα sont associés à un risque d’induction de maladies
auto-immunes (lupus érythémateux disséminé). Le risque de néoplasie
fait l’objet d’une surveillance étroite depuis la mise à
disposition de ces traitements : le risque de néoplasie solide
ne semble pas augmenté (hormis celui de cancer cutané), alors que
pour le risque de lymphome, la question reste débattue. Ceci impose
une vigilance particulière [5].
- –. Agent anti-CD20 (rituximab) : le risque
principal est celui de réactions à la perfusion (fièvre, frissons,
érythème, modifications tensionnelles). Elles sont prévenues par la
prémédication. Le rituximab, du fait de son mécanisme d’action,
peut entraîner certaines infections, respiratoires ou urinaires.
Des cas d’insuffisance cardiaque congestive ont été signalés sous
rituximab [6].
- –. Inhibiteur des voies de costimulation
lymphocytaire (abatacept) : il existe sous ce traitement
une augmentation du risque d’infections des voies aériennes
supérieures ou des voies urinaires. Un nombre limité de cas de
tuberculose a été observé sous abatacept. Les réactions à la
perfusion sont peu fréquentes (céphalées, vertiges, fièvre,
frissons, érythème) [7].
- –. Agent anti IL-6 : les risques sont les
infections, des perforations digestives sur diverticulite, des
réactions à la perfusion et des lésions cutanées. Il existe
également une élévation des lipides, cholestérol et triglycérides
[8].
Bilan préthérapeutique à réaliser lors de l’initiation
d’une biothérapie pour un rhumatisme inflammatoire chronique
(tableau 3)
Il dépend de la classe thérapeutique envisagée :
- –. anti-TNFα (infliximab, étanercept, adalimumab)
: il comporte un interrogatoire sur les antécédents (infections
sévères, tuberculose, abcès dentaire, insuffisance cardiaque,
néoplasies, état des lieux concernant les vaccins, désir de
grossesse), un bilan biologique (comportant hémogramme, sérologies
des hépatites B et C, sérologie du VIH, une recherche d’anticorps
antinucléaires et d’anti-ADN), ainsi qu’une radiographie thoracique
et une intradermoréaction à la tuberculine [5]. Ces deux derniers
examens permettent d’évaluer, avec l’examen clinique et
l’interrogatoire, le risque de réactivation tuberculeuse. L’Afssaps
a publié des recommandations pour évaluer ce risque et en fonction
de ces données, le patient pourra recevoir une couverture
antituberculeuse 3 semaines avant de débuter l’agent anti-TNFα et
ce pour une durée de 3 mois [9].
- –. agent anti-CD20 (rituximab) : il comporte
un interrogatoire sur les antécédents (insuffisance cardiaque,
infections sévères chroniques ou récidivantes, état des lieux des
vaccinations), un examen clinique (recherche de signes d’infection,
d’insuffisance cardiaque), un bilan biologique (comportant
hémogramme, électrophorèse des protides et dosage pondéral des IgG,
IgA, IgM, les sérologies des hépatites B et C, une sérologie du
VIH, un typage lymphocytaire [sous populations lymphocytaires T
CD4+, T CD8+ et B CD20+), une radiographie thoracique. Il est
conseillé de vacciner le patient à titre systématique contre le
pneumocoque [6].
- –. inhibiteur des voies de costimulation
lymphocytaire (abatacept) : il comporte un interrogatoire
sur les antécédents (infections sévères, chroniques ou
récidivantes, de tuberculose, de néoplasie, de BPCO, état des lieux
des vaccinations), un examen clinique à la recherche de signes
d’infection, un bilan biologique (comportant hémogramme,
électrophorèse des protéines sériques), une radiographie thoracique
ainsi qu’une intradermoréaction à la tuberculine. Ces 2 derniers
examens ont pour but d’évaluer le risque de réactivation d’une
tuberculose latente, comme cela se pratique avec les agents
anti-TNFα. La vaccination anti-pneumococcique est également
recommandée [7].
- –. agent anti IL-6 : il comprend hémogramme,
transaminases, un bilan lipidique avec cholestérol total, LDL et
HDL cholestérol ainsi que triglycérides, une électrophorèse des
protides, une sérologie du VIH, et celles des hépatites A et B. Une
radiographie thoracique est également requise [8].
Tableau 3 Bilan préthérapeutique à réaliser avant
d’initier une biothérapie (VHB : virus de l’hépatite B ;
VHC : virus de l’hépatite C ; VIH : virus de
l’immunodéficience humaine ; IDR : intradermoréaction à
la tuberculine).
| Biothérapie : classe |
Bilan |
Anti-TNFα
(infliximab, etanercept, adalimumab, certolizumab) |
Hémogramme
Sérologies VHB, VHC, VIH
Anticorps anti-nucléaires, anti-ADN
Radiographie thorax
IDR à la tuberculine |
| Anti-CD20 (rituximab) |
Hémogramme
Électrophorèse des protides sériques
Dosage pondéral des immunoglobulines IgG, IgA, IgM
Sérologies VHB, VHC, VIH
ECG
Radiographie du thorax |
| Inhibiteur de la costimulation lymphocytaire
(abatacept) |
Hémogramme
Radiographie du thorax
IDR à la tuberculine |
Inhibiteur de l’IL-6
(tocilizumab) |
Hémogramme, transaminases, bilan lipidique,
électrophorèse des protides, radiographie du thorax, IDR à la
tuberculine, sérologies hépatites B et C, sérologie VIH |
Règles de suivi des biothérapies au cours des rhumatismes
inflammatoires chroniques
Le suivi concernant l’efficacité du produit administré relève du
médecin spécialiste qui a initié ce traitement. Les règles de suivi
dépendent encore une fois du produit utilisé.
- •. Agents anti-TNFα (infliximab, étanercept,
adalimumab et certolizumab) : la tolérance est avant tout axée
sur la surveillance des complications infectieuses. Il est demandé
au patient d’être vigilant sur ce point et de consulter son médecin
en cas de fièvre ou symptômes évoquant une infection. Dans ce cas,
en fonction de la clinique, le patient recevra un traitement adapté
et l’agent anti-TNFα pourra être interrompu selon la sévérité du
tableau et après concertation avec le médecin spécialiste. Les
autres éléments de surveillance correspondent aux effets
secondaires potentiels : signes pouvant orienter vers une
insuffisance cardiaque, une néoplasie (adénopathie, altération de
l’état général) [5].
- •. Agent anti-CD20 (rituximab) : ce
traitement nécessite une surveillance clinique (tolérance sur le
plan infectieux, cardiaque) et biologique (hémogramme dans les 3
mois suivants la perfusion, en raison du risque de neutropénie,
dosage pondéral des Ig G, IgA et IgM en raison d’une augmentation
du risque d’infection chez les patients ayant un taux abaissé)
[6].
- •. Inhibiteur des voies de costimulation
lymphocytaire (abatacept) : ce traitement nécessite une
surveillance clinique (tolérance sur le plan infectieux, notamment
chez les sujets avec une BPCO en raison d’un risque infectieux plus
élevé sur ce terrain, recherche de signes orientant vers une
néoplasie ou une hémopathie) [6].
- •. Agent anti IL-6 : ce traitement nécessite
une surveillance clinique (tolérance infectieuse, douleurs
abdominales en raison du risque de perforation digestive),
biologique avec hémogramme, transaminases et un bilan lipidique (à
faire avant la 3e perfusion) [8].
Situations particulières nécessitant des précautions chez un
patient sous biothérapie
Certaines situations nécessitent des précautions avec
interruption de la biothérapie dans certains cas [5-8].
- •. Sepsis : comme mentionné ci-dessus, cette
situation doit faire interrompre le traitement en fonction de la
sévérité du tableau. Une infection jugée mineure (voies aériennes
supérieures, infection urinaire basse) n’impose pas nécessairement
de stopper le traitement biologique. En revanche, s’il s’agit d’une
pneumopathie, d’une infection cutanée sévère ou d’un sepsis
nécessitant une antibiothérapie par voie IV ou une hospitalisation,
il est recommandé d’arrêter le traitement biologique et sa reprise
sera fonction de la pathologie infectieuse diagnostiquée. Un sepsis
profond et/ou sévère peut entraîner l’arrêt définitif de la
biothérapie.
- •. Chirurgie : une chirurgie programmée permet de
planifier l’interruption transitoire de la biothérapie. Cette
attitude est conseillée pour les chirurgies « lourdes »
(mise en place d’une prothèse articulaire, chirurgie viscérale par
exemple), mais n’est pas obligatoire pour les gestes chirurgicaux
plus légers sous anesthésie locale. Cette recommandation s’explique
par le risque infectieux encouru.
- •. Vaccins : la situation est claire sur ce point
puisque tous les vaccins vivants (BCG, fièvre jaune, polio oral,
rougeole-oreillons-rubéole) sont contre-indiqués chez un patient
recevant une biothérapie. Les vaccins inactivés (grippe, hépatite
B, pentacoq [diphtérie-tétanos-poliomyélite-coqueluche-haemophilus
influenza b], typhoïde et pneumocoque) peuvent être administrés. Il
est cependant conseillé de vérifier le calendrier vaccinal avant
d’initier une biothérapie chez un patient (sans oublier la
vaccination anti-pneumococique pour ceux qui vont recevoir le
rituximab ou l’abatacept).
- •. Néoplasie : la survenue d’une néoplasie (solide
ou hématologique) impose l’arrêt de la biothérapie en cours.
Questions non résolues avec les biothérapies dans les
rhumatismes inflammatoires chroniques
Les biothérapies correspondent à des traitements très efficaces
dans les RIC. Administrées de façon précoce chez un sujet bon
répondeur, elles peuvent induire une rémission prolongée de la
maladie. Dans la PR et le RPso également, elles sont capables de
ralentir des processus de dégradation ostéo-articulaire. Cependant,
il persiste quelques interrogations.
- –. Dans la PR, 5 classes de biothérapies sont à
disposition, dont 3 peuvent être proposées en première ligne après
échec du MTX (anti-TNFα, abatacept et tocilizumab). Cependant en
l’absence d’étude comparative, il n’existe aucune recommandation
quant au choix d’une molécule par rapport à une autre.
- –. Nous disposons de données d’efficacité sur le long
terme, notamment pour les anti-TNFα. Des données sur la tolérance
au long cours sont également requises pour que l’on puisse utiliser
ces traitements en toute sécurité. Devant leur efficacité, il est
tentant de réduire la dose des autres traitements (corticoïdes
notamment), voire d’essayer de diminuer la dose ou la fréquence
d’administration de l’agent biologique. Nous manquons cependant de
critères permettant de prendre cette décision.
- –. Dans la spondylarthrite ankylosante (SA), la
comparaison de l’évolution des ossifications rachidiennes du groupe
recevant un agent anti TNFα à un groupe de patients provenant d’une
cohorte historique (et traitée uniquement par les traitements
traditionnels), n’a pas permis de mettre en évidence de différence
de progression radiologique [10]. Enfin, les seules biothérapies
disponibles dans la SA correspondent aux agents anti-TNFα. Il
serait bon de disposer d’alternative en cas de contre-indication à
l’initiation ou à la poursuite de ces traitements.
Conclusion
Les biothérapies font désormais partie de l’arsenal
thérapeutique des RIC et sont utilisées en pratique quotidienne.
Ces agents biologiques exercent une immunothérapie sélective et
hautement efficace. Ils nécessitent un bilan initial, répondent à
des règles de prescription précises et font l’objet d’un suivi
rigoureux. Une vigilance particulière sur les complications
infectieuses est recommandée. Ces traitements font l’objet d’autre
part d’une surveillance sur les risques de leur administration au
long cours (risque néoplasique notamment). Des biothérapies
dirigées contre d’autres cibles biologiques sont en cours
d’évaluation dans la PR et la SA (agent ciblant l’IL-17,
IL-23/IL12, GM-CSF, inhibiteur des voies de signalisation
cellulaire par exemple).
Conflits d’intérêts: aucun.
Références
1. Club Rhumatismes et Inflammation :
www.cri-net.com.
2. Haute Autorité de Santé. Recommandations pour la prise
en charge de la polyarthrite rhumatoïde. www.has.fr.
3. Haute Autorité de Santé. Diagnostic, prise en charge
thérapeutique et suivi des spondylarthrites. www.has.fr.
4. Van der Heijde D, Sieper J, Maksymowych WP, et
al. ASAS 2010 Update of the international ASAS recommendations
for the use of anti-TNF agents in patients with axial
spondyloarthritis. Ann Rheum Dis 2011 ; 70 : 905-908.
5. Pham T, Claudepierre P, Deprez X et al. Traitements
anti-TNFα et suivi de tolérance. Rev Rhum 2008 ; 75
(Hors série N̊5) : 1-84.
6. Pham T, Fautrel B, Gottenberg JE et al. Prise en
charge pratique des patients sous Mabthera (rituximab). Rev
Rhum 2007 ; 74 (Hors série N̊5) : 1-99.
7. Pham T, Claudepierre P, Constantin A et al. Prise en
charge pratique des patients sous abatacept (Orencia). Rev
Rhum 2008 ; 75 (hors série N̊ 6) : 1-53.
8. Pham T, Claudepierre P, Constantin A et al. Prise en
charge pratique des patients sous tocilizumab. Rev Rhum
2009 ; 76 : (hors série N̊2) : 1-87.
9. AFSSAPS. Recommandations nationales : prévention
et prise en charge des tuberculoses survenant sous anti-TNFα. Mise
à jour du 15 juin 2006.
10. Van der Heijde D, Salonen D, Weissman BN, et
al. Assessment of radiographic progression in the spine of
patients with ankylosing spondylitis treated with adalimumab for up
to 2 years. Arthritis Res Ther 2009 ; 11 : R127.
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