ARTICLE
Auteur(s) : Nadine Magy-Bertrand
Service de médecine interne, CHU Jean Minjoz,
3 boulevard Fleming, 25000 Besançon
Les amyloses sont des maladies rares (incidence aux USA,
12,7 cas/million d’habitants/an), classées maladies orphelines
par l’Inserm. Elles appartiennent au groupe des maladies de
surcharge (anciennement appelées « thésaurismoses ») et de manière
plus actuelle au groupe des maladies du repliement protéique
(telles que la maladie de Creutzfeld-Jakob). Vingt-cinq types
d’amylose ont été identifiés en fonction du précurseur protéique
formant les fibrilles amyloïdes. Les types d’amylose
pathologique les plus fréquemment diagnostiqués sont, par ordre
décroissant de fréquence, l’amylose primaire ou amylose
immunoglobulinique ou amylose AL, l’amylose secondaire ou amylose
réactionnelle ou amylose AA et l’amylose héréditaire à
transthyrétine. Les différentes innovations thérapeutiques
seront envisagées pour ces 3 types d’amylose après un rappel du
rationnel physiopathologique.
Amylose AL
Rationnel physiopathologique
Le précurseur protéique est la chaîne légère d’immunoglobuline
lambda ou kappa. Une dyscrasie plasmocytaire monoclonale est
toujours associée à l’amylose primaire AL. La sous-unité
protéique identifiée dans les fibrilles AL dérive de la chaîne
légère des immunoglobulines (Ig) produite par un clone
lymphocytaire B [1]. La chaîne légère monoclonale peut être
produite par un clone plasmocytaire comme lors du myélome ou de la
maladie de Waldenström, ou par l’expansion d’un clone sans
caractère malin produisant une gammapathie monoclonale de
signification indéterminée (MGUS). Dans chacune de ces
deux situations (maligne ou bénigne), c’est la protéine
monoclonale qui est à l’origine de l’amylose et non la
prolifération cellulaire. L’expansion cellulaire et la synthèse
protéique qui en découlent ne sont cependant pas suffisantes pour
obtenir des dépôts amyloïdes. Ainsi, la grande majorité des sujets
atteints de myélome ne développe pas d’amylose indiquant ainsi
qu’il existe d’autres facteurs que la présence d’une protéine
monoclonale impliqués dans la fibrillogenèse amyloïde.
Ces facteurs incluent la quantité de protéine synthétisée, la
structure de la protéine, son métabolisme et les quantités
disponibles des autres constituants des fibrilles tels que le
composant P. Plusieurs indices suggèrent que la structure primaire
de la chaîne légère d’Ig est importante pour obtenir une
fibrillogenèse. L’amylose AL est plus fréquemment associée à une
chaîne légère lambda qu’à une kappa. De plus, certains
sous-types lambda sont plus impliqués que d’autres dans la
fibrillogenèse, ainsi le sous-type lambda VI n’est identifié que
chez les patients ayant une amylose [2]. Des variations du
métabolisme des chaînes légères sont également impliquées dans la
fibrillogenèse [3, 4]. Il est communément admis que les
différentes pathologies rencontrées au cours de l’amylose AL sont
rattachées au dépôt des fibrilles entraînant un dysfonctionnement
des structures organiques. L’amylose AL demeure une maladie
silencieuse sur le plan clinique pendant un certain temps, qu’il
est difficile de déterminer, c’est pourquoi certains patients
passent, en quelques semaines parfois, du statut de sujet sain à
celui de malade sévèrement invalide.
Les nouveautés thérapeutiques dans le domaine
de l’amylose AL
Le but du traitement est de réduire, rapidement si possible, la
quantité de précurseur amyloïde, donc la quantité de chaînes
légères libres amyloïdogéniques. La cible principale du
traitement est le clone plasmocytaire synthétisant la chaîne légère
monoclonale. Ceci explique que la plupart des traitements utilisés
ont déjà été employés dans le myélome multiple. La restriction
à l’emploi à l’identique des traitements du myélome est la
coexistence de dysfonctions d’organe associées à l’amylose AL [5].
C’est pourquoi il est indispensable, dans tous les cas, d’associer
au traitement spécifique des traitements symptomatiques des
dysfonctions d’organe (traitement de l’insuffisance cardiaque
congestive, prise en charge de l’insuffisance rénale).
Les critères d’évaluation de la réponse
au traitement
Ils ont été rappelés lors de la conférence du consensus qui s’est
tenue en 2004 à Tours lors du Xe symposium international
sur la pathologie amyloïde [6]. Les critères sont différenciés
en 2 groupes : les critères évaluant l’amélioration d’une fonction
d’organe et les critères de réponse hématologique. Au cours de
l’amylose AL, les principaux organes concernés par un
dysfonctionnement sont le cœur (cardiomyopathie restrictive), le
rein (glomérulonéphrite), le foie (hépatopathie amyloïde) et le
système nerveux périphérique et autonome (neuropathie amyloïde).
Des critères de réponse au traitement et de progression ont
été définis pour chacun de ces organes. Les critères de
réponse hématologique sont répertoriés dans le tableau 1.
Tableau 1 Critères de réponse hématologique au cours de
l’amylose AL [6]
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Réponse complète (RC)
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Immunofixation sérique et urinaire négatives (pas de composant
monoclonal) Ratio des chaînes libres kappa/lambda normal Moins de 5
% de plasmocytes dans la moelle osseuse
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Réponse partielle (RP)
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Si composant monoclonal supérieur à 0,5 g/dL, une réduction de
50 % Si chaîne légère identifiée dans les urines avec un pic
visible et > 100 mg/j, une réduction de 50 % Si chaîne
légère libre supérieure à 100 mg/L, 50 % de réduction
|
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Progression
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À partir de la RC, tout composant monoclonal détectable ou anomalie
du ratio des chaînes libres kappa/lambda (doublement du taux de la
chaîne légère) À partir de la RP ou de l’état stable : augmentation
de 50 % de la concentration en composant monoclonal, ou dépassement
de la concentration de 0,5 g/dL, ou augmentation de
l’excrétion urinaire du composant monoclonal de 50 %, ou jusqu’à
plus de 200 mg/j, un pic doit être visible Augmentation de la
concentration de la chaîne légère libre de plus de de 50 % ou à
plus de 100 mg/L
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État stable
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Pas de RC, pas de RP, pas de progression
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Traitement par agents alkylants + corticoïdes sans
ou avec autogreffe de moelle osseuse
Le traitement classique employant ces 2 groupes de médicaments
est le protocole Alexanian (proposé initialement dans le myélome)
qui associe de l’alkéran et de la prednisone en cures mensuelles de
4 jours consécutifs pendant une durée de 18 mois à
2 ans. Ce protocole n’ayant pas une efficacité optimale
en termes de réponse hématologique des alternatives ont été
proposées.
Il y a plus de 10 ans, il a été démontré que les patients
atteints d’amylose AL traités par l’association melphalan +
prednisone survivaient plus longtemps que ceux sans chimiothérapie
[7]. Cependant, le taux de réponse n’était que de 30 % et 1/3 des
patients nécessitaient plus d’un an de traitement avant d’avoir une
réponse significative. L’introduction de l’autogreffe de moelle
osseuse a donc représenté une avancée majeure dans le traitement de
l’amylose AL. Lorsque l’autogreffe est réalisée dans les suites
d’un traitement par melphalan à forte dose
(200 mg/m2), le taux de réponse hématologique est
de 76 % dont 33 % de rémission complète. Ce taux de réponse
est associé à une augmentation de la survie et de la qualité de vie
[8, 9]. Cependant, le taux de mortalité liée au traitement est
important (10-12 %) notamment chez les patients avec insuffisance
cardiaque ou atteinte multi-organes de l’amylose AL.
Des essais de réduction de la dose de melphalan se sont
associés à une réduction du taux de réponse hématologique sans
amélioration du taux de mortalité liée au traitement.
En 1999, l’équipe de Merlini a démarré le protocole Mdex
associant melphalan oral et dexaméthasone chez les patients
inéligibles pour l’autogreffe [10]. Le taux de réponse
hématologique était de 67 % avec 33 % de rémission complète et un
taux de réponse d’organe de 48 %. Quatre pour cent des sujets sont
décédés durant l’étude et 11 % ont présenté des effets indésirables
sévères. La survie était supérieure à 3 ans dans plus de
70 % des cas et la médiane de survie était de 5,1 ans.
Le délai médian de réponse était de 4,5 mois. Une étude
française publiée en 2007 [11] n’a pas démontré de supériorité du
protocole melphalan forte dose suivi d’autogreffe sur le protocole
Mdex. La mortalité liée au traitement associant l’autogreffe
de moelle osseuse était élevée dans cette étude (24 %) et un quart
des patients ont eu une dose réduite de melphalan
(140 mg/m2).
Association thalidomide + dexaméthasone (Tdex)
Cette association a été utilisée dans l’amylose AL en seconde ligne
de traitement après l’échec d’une association alkylants-corticoïdes
[12]. Elle a permis une réponse clonale dans 48 % des cas avec 19 %
de rémission complète. Le temps médian de réponse était de
3,6 mois et des effets indésirables sévères étaient identifiés
chez 65 % des patients ; aucune mortalité liée au traitement
n’était rapportée. Si Tdex était utilisé dans les suites d’une
autogreffe [13], il permettait d’augmenter le taux et l’importance
de la réponse.
Association cyclophosphamide + thalidomide + dexaméthasone
(CTD)
Cette association a été proposée aux patients atteints d’amylose AL
[14]. Une réponse hématologique est survenue chez 74 % des patients
et était présente dès le premier cycle chez 50 % d’entre eux.
Le composant monoclonal disparaissait dans 13 % des cas et on
notait une réponse d’organe dans 27 % des cas. Quatre pour cent des
patients sont décédés et 32 % ont présenté des effets indésirables
sévères. Il n’existe pas de données disponibles sur la durée
d’efficacité de ce protocole.
Traitement par lénalinomide
Deux essais cliniques ont étudié l’efficacité du lénalidomide
(analogue lévogyre du thalidomide) au cours de l’amylose AL. Dans
l’étude de la Mayo Clinic [15], le taux de réponse au lénalidomide
seul était de 4 % contre 45 % lorsque le lénalidomide était associé
à la dexméthasone. Dix-huit pour cent des patients sont décédés et
des effets indésirables sévères étaient observés dans 86 % des cas.
Dans un essai mené par le groupe de Boston, le taux de réponse sous
lénalidomide seul était supérieur (21 %) et l’augmentation se
maintenait suite à l’ajout de dexamethasone (53 %) avec une
rémission complète était obtenue dans 21 % des cas. Un protocole
associant cyclophosphamide, lénalidomide et dexaméthasone est
actuellement développé par l’équipe de G. Merlini.
Traitement par inhibiteur de protéasome :
bortézomib
Ce médicament est en essai phase I/II multicentrique et les
résultats préliminaires mettent en évidence qu’une injection de
1,6 mg/m2 tous les 35 jours est bien tolérée.
Le taux réponse hématologique est de 47 % et 41 % des patients
ont des effets indésirables sévères. Kastritis et al. [16]
rapportent un taux de réponse hématologique de 83 % avec une
rémission complète dans 39 % des cas ainsi qu’un court délai de
réponse (0,9 mois) lorsque le bortézomib est associé à la
dexaméthasone.
Transplantation rénale ou cardiaque
Deux études ont documenté l’intérêt de la transplantation cardiaque
en cas d’amylose AL [17, 18], avec une survie après transplantation
de 69 et 118 mois, ce qui se rapproche de la survie moyenne
des greffés cardiaques. Ce type de traitement est en général
envisagé en l’absence de symptômes extracardiaques de la maladie
amyloïde. Enfin, en cas d’atteinte rénale isolée, la
transplantation rénale est également proposée avec un taux de
survie proche de celui des transplantés rénaux [19].
Ces procédures sont également envisagées en tant que traitement
supplétif d’une défaillance d’organe avant chimiothérapie. Elles
permettent, dans certains cas particuliers, de proposer une
procédure d’autogreffe à des patients qui n’étaient initialement
pas éligibles pour ce type de traitement.
Conclusion
Actuellement, grâce à ces différents protocoles et à une meilleure
évaluation de la réponse hématologique notamment par le rapport
kappa/lambda libres, 1/3 des patients survit plus de 10 ans.
Cette survie devrait s’améliorer dans les années à venir.
Amylose AA
Rappel physiopathologique
L’amylose AA a été la première forme d’amylose isolée, séquencée et
reconnue en tant qu’entité. Ce type d’amylose est dénommé
également amylose réactionnelle ou secondaire en raison de son
étroite relation avec des pathologies inflammatoires ou
infectieuses. Le précurseur de l’amylose AA est la Serum
Amyloid A protéine (SAA). Il s’agit d’une protéine synthétisée
par le foie dont la concentration est multipliée par 1 000 en
cas d’état inflammatoire aigu. La formation des dépôts
amyloïdes AA est à la fois liée à certaines propriétés de la
protéine amyloïdogène et à la disponibilité de facteurs
environnementaux locaux stimulant la fibrillogenèse. Des taux
élevés de SAA persistant sont un facteur déterminant dans
l’apparition de l’amylose AA. Ceci a notamment été démontré dans de
nombreux modèles animaux où des concentrations élevées de SAA sur
un temps prolongé précèdent l’apparition des dépôts amyloïdes.
De la même manière, chez l’Homme, une situation inflammatoire
chronique telle qu’une polyarthrite rhumatoïde mal contrôlée fait
le lit de l’amylose secondaire. Il a été constaté que certains
patients ayant un état inflammatoire chronique ne développaient pas
d’amylose secondaire ; ceci est à mettre en rapport avec les
caractères structuraux de la protéine. En effet, certaines
isoformes de SAA (notamment la SAA1.3) sont connues pour être plus
amyloïdogéniques que d’autres. D’autres auteurs ont mis en cause un
défaut de dégradation de la protéine SAA par les macrophages et le
rôle important de l’amyloid enhancing factor dans l’apparition des
dépôts amyloïdes AA [20]. La résistance à la protéolyse des
dépôts d’amylose s’effectue également par l’intermédiaire d’une
liaison forte avec les composants de la matrice extracellulaire
tels que les glycosaminoglycanes.
Traitement de l’amylose AA
Comme dans toutes les formes d’amylose, l’approche thérapeutique la
plus rationnelle passe par la réduction de la disponibilité du
précurseur protéique amyloïdogène. Il faut donc abaisser
autant que possible les concentrations sériques de SAA et cela
implique la maîtrise du syndrome biologique inflammatoire.
La scintigraphie au composant P marqué démontre qu’en cas de
contrôle du processus inflammatoire, on assiste à une régression
des dépôts amyloïdes dans la moitié des cas et à une stabilisation
dans l’autre moitié [21]. Deux types de traitement sont envisagés,
le traitement préventif et le traitement curatif.
Le traitement préventif
Il s’agit, bien entendu, du traitement idéal de l’amylose AA.
Ainsi, le traitement de la plupart des maladies infectieuses,
causes d’amylose AA, par les antibiotiques adaptés a permis de
diminuer considérablement le nombre de cas d’amylose AA liés aux
maladies infectieuses au cours des 40 dernières années. Un autre
exemple est celui de la fièvre méditerranéenne familiale (FMF) dans
laquelle le traitement par colchicine prévient l’apparition de
l’amylose AA chez quasiment tous les sujets atteints de FMF [22].
En terme de prévention, les efforts doivent actuellement s’orienter
vers les traitements des maladies inflammatoires chroniques et en
particulier de la polyarthrite rhumatoïde (PR).
Le développement de nouvelles thérapeutiques dans le domaine
de la PR, telles que les biothérapies, devrait améliorer le
contrôle de cette maladie et à plus long terme diminuer le nombre
de cas d’amylose AA qui lui sont liés.
Le traitement curatif
La colchicine reste un traitement incontournable de l’amylose de la
FMF. Elle a également été utilisée avec succès dans certaines
maladies inflammatoires compliquées d’amylose AA comme le
Muckle-Wells, la mucoviscidose, la maladie de Castleman. Mais son
efficacité n’a jamais été démontrée dans la PR.
Les corticoïdes, s’ils permettent dans certains cas de contrôler
le syndrome inflammatoire et donc la production de SAA, ont surtout
été accusés de favoriser l’éclosion de l’amylose AA au cours de la
PR en ne réduisant que la CRP et en augmentant la concentration de
SAA.
Les autres immunosuppresseurs utilisés au cours des maladies
inflammatoires chroniques sont l’azathioprine, le méthotrexate, le
chlorambucil, le cyclophosphamide. Une étude portant sur 12
malades, atteints de PR compliquée d’amylose [23], traités par
méthotrexate, a montré un effet favorable de cette molécule chez
les 9 malades ayant une créatininémie < 200 μmol/L. Tous
étaient en vie après une surveillance variant de 0,5 à 5 ans
et la protéinurie avait régressé dans 3 cas sur 9. Les malades
ayant une créatininémie > 200 μmol/L (n = 3) sont décédés à
11, 14 et 26 mois. Le chlorambucil et le cyclophosphamide
ont été utilisés chez 11 patients atteints de PR compliquée
d’amylose AA lors d’une étude avec groupe contrôle [24] : 2 malades
sur 11 traités (survie du groupe à 5 ans 90 %) avaient atteint
le stade d’insuffisance rénale terminale au terme de l’étude alors
que dans le groupe non traité la proportion était de 7 sur 11
(survie du groupe à 5 ans 27 %). Ces résultats doivent
cependant être pondérés par le risque leucémogène attaché à
l’emploi du chlorambucil et du cyclophosphamide. Ce risque
apparaît particulièrement élevé dans un groupe de 77 patients
atteints d’arthrite chronique juvénile où 2 cas de leucémie pour
560 années-malades traités ont été rapportés [25].
Les anti-TNF alpha sont actuellement utilisés dans le traitement
des rhumatismes inflammatoires et notamment de la PR.
Ils réduisent de façon significative le nombre de poussées et
les détériorations articulaires associées à ces maladies.
Des cas ou des petites séries ont rapporté l’efficacité des
anti-TNF alpha dans la réduction des manifestations cliniques de
l’amylose AA compliquant un rhumatisme inflammatoire. Gottenberg
et al. ont rapporté en 2003 [26] l’efficacité des anti-TNF
alpha en termes de réduction de la protéinurie, d’amélioration de
la créatininémie et de stabilisation de la filtration glomérulaire
chez 15 patients présentant un rhumatisme inflammatoire traité soit
par infliximab (10 patients), soit par éthanercept (4 patients),
soit l’association de ces 2 molécules (1 patient). Sur ces critères
rénaux, l’amylose AA a progressé chez 7 patients et a été
stabilisée chez 5 patients. Trois patients ont présenté une
amélioration rapide et durable de la fonction rénale avec les
traitements suivants : infliximab seul, infliximab + méthotrexate
et éthanercept + méthotrexate. L’emploi de ces molécules n’a pas
été, dans cette série, associée à des effets indésirables notables
(1 épisode de zona sous infliximab). En 2005, Fernandes-Nebro
et al. [27] ont étudié 25 patients présentant un rhumatisme
inflammatoire compliqué d’amylose AA traités par anti-TNF alpha en
association avec d’autres traitements. Vingt-deux patients étaient
sous infliximab et 3 patients sous éthanercept avec un suivi moyen
de 70 semaines. L’ajout d’un anti-TNF alpha s’est associé à
une réduction du syndrome inflammatoire biologique et de la
protéinurie dans la majorité des cas. La fonction rénale est
demeurée stable ou s’est améliorée chez 83 % des patients. Une
réduction de la protéinurie a été observée sans dégradation de la
fonction rénale chez 9 patients sur les 18 présentant une
protéinurie et une insuffisance rénale. Cinquante-six pour cent des
patients ont présenté des effets secondaires à l’emploi des
anti-TNF. Les anti-TNF pourraient donc permettre un contrôle
de la progression de l’amylose rénale de type AA. Des études
complémentaires, plus puissantes en terme de recrutement sont donc
nécessaires.
L’éprodisate est le chef de file d’une nouvelle classe de
traitements de l’amylose AA. La cible de ces traitements est
le dépôt d’amylose AA déjà formé. En effet, l’existence de liens
forts entre les glycosaminoglycanes et les proto-fibrilles
amyloïdes AA permettent la stabilisation du dépôt amyloïde dans la
matrice extracellulaire et l’augmentation rapide de sa taille par
un phénomène de nidus. L’éprodisate (Kiacta®,
Neurochem®) est une molécule sulfatée chargée
négativement, de petit poids moléculaire, qui présente des
similarités structurelles avec l’héparane sulfate
(glycosaminoglycane intervenant dans la pathogénèse de l’amylose
AA). L’éprodisate, mis au point par l’équipe de Robert Kisilevsky,
a été utilisé dans une étude multicentrique en double aveugle
contre placebo chez des patients présentant une amylose AA avec
atteinte rénale [28]. Ce travail a mis en évidence un
ralentissement de la dégradation de la fonction rénale et un taux
de déclin de la créatinine plus lent chez les patients traités par
éprodisate. Cependant, ce traitement n’a pas eu d’effet
significatif sur la progression vers l’insuffisance rénale
terminale et sur la mortalité. Les biais méthodologiques de
cette étude et de l’étude pilote qui la précédait ainsi que
l’existence d’effets indésirables pouvant mettre le pronostic vital
en jeu (2 infarctus du myocarde ont été signalés dans le groupe
traité) ont motivé le refus de l’Afssaps d’autoriser la mise sur le
marché du Kiacta® en France.
Conclusion
Le fer de lance du traitement de l’amylose AA demeure sa prévention
et donc le traitement adéquat des maladies inflammatoires qui y
prédisposent. D’autres pistes sont à l’étude telles que les
analogues pharmacologiques du composant P (présent dans tous les
dépôts amyloïdes) qui ont été étudiés par Pepys et al. en 2002
[29] chez la souris. Ces analogues permettaient un
ralentissement de l’apparition des dépôts amyloïdes AA en
accroissant la clairance du composant P présent dans les dépôts
amyloïdes. Les études de phase I/II indiquent que l’analogue
étudié est bien toléré par les sujets et qu’il entraîne une
réduction de la quantité de composant P circulant [30].
Amylose héréditaire à transthyrétine
Rationnel physiopathologique
Les amyloses à transthyrétine (TTR) sont les plus fréquentes des
amyloses héréditaires. À l’heure actuelle, si l’on prend en compte
l’ensemble des mutations de la TTR (~ 100), l’amylose
familiale est disséminée dans 30 pays dont 15 où l’identification
de la mutation Val30Met a été rapportée, avec la réserve que les
techniques de biologie moléculaire permettant l’identification des
mutations ne sont pas disponibles dans tous les pays [31].
La TTR est une protéine plasmatique qui transporte la
thyroxine et le complexe retinol binding protein (RBP)/vitamine A.
Les mutations de la TTR, en altérant la structure moléculaire
du tétramère, entraînent une dégradation aberrante et
l’accumulation de la protéine à l’état de fibrilles amyloïdes.
Les traitements proposés dans l’amylose à TTR auront donc pour
but soit d’annihiler la synthèse du variant soit de stabiliser le
tétramère TTR.
La transplantation hépatique
La TTR est synthétisée par le foie, la transplantation hépatique
permet donc d’obtenir la synthèse d’une TTR sauvage. Dans les
15 dernières années, plusieurs centaines de transplantations
hépatiques ont été effectuées dans le cadre de l’amylose à TTR.
La transplantation hépatique s’accompagne d’une décroissance
rapide de la quantité de variant de la TTR plasmatique.
Les succès les plus flagrants de cette thérapie concernent les
patients porteurs de la mutation Val30Met de la TTR.
Les effets immédiats de cette décroissance plasmatique sont
l’amélioration de la fonction intestinale et de la tension
artérielle. Une amélioration de la myélinisation des nerfs a été
rapportée chez les patients ayant été transplantés hépatiques à un
stade précoce de la maladie [32]. Cependant, il a été démontré que
l’amylose systémique progresse malgré la transplantation hépatique
; ceci est notamment vrai pour les mutations suivantes : Glu42Gly,
Ile84Asn et Cys10Arg. Il n’existe pas d’explication
satisfaisante de cette progression, si ce n’est peut-être la
capacité de la transthyrétine normale à former des fibrilles β
plissées en se servant des fibrilles préformées comme substrat.
Cela suggérerait que la transplantation hépatique doit être
proposée à un stade précoce de l’évolution de la maladie. Dans
certaines mutations de TTR, compliquées de cardiomyopathie
amyloïde, il est proposé d’associer la transplantation hépatique à
une transplantation cardiaque pour éviter la progression de
l’atteinte cardiaque après une greffe de foie.
Les stabilisateurs de la transthyrétine [30]
In vitro, plusieurs travaux ont démontré l’efficacité de certaines
molécules pour stabiliser le tétramère de TTR et donc empêcher la
formation de fibrilles amyloïdes. Deux essais randomisés contre
placebo sont actuellement en cours pour tester 2 molécules inhibant
la formation des fibrilles amyloïdes dans l’amylose héréditaire à
TTR. Un essai utilise le diflunisal (anti-inflammatoire non
stéroïdien) pour stabiliser le tétramère et l’autre un produit
baptisé FoldRx 1006A dans le même but.
Conclusion
L’amylose était il y a encore 20 ans considérée comme une
fatalité et peu de traitements permettaient le contrôle de cette
maladie systémique. Actuellement, les molécules issues de la
recherche appliquée, telles que les biothérapies ou les inhibiteurs
de protéasome, améliorent le pronostic de même qu’une meilleure
prise en charge de la phase post-transplantation hépatique.
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