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Amyloses systémiques : nouveautés thérapeutiques


Médecine thérapeutique. Volume 15, Numéro 2, 95-101, avril-mai-juin 2009, Dossier

DOI : 10.1684/met.2009.0203

Résumé  

Auteur(s) : Nadine Magy-Bertrand , Service de médecine interne, CHU Jean Minjoz, 3 boulevard Fleming, 25000 Besançon.

Résumé : Les amyloses systémiques sont des maladies rares pour lesquelles les traitements disponibles étaient quasi-inexistants il y a une vingtaine d’années. Actuellement, les 3 types principaux d’amylose : l’amylose AL (ou immunoglobulinique), l’amylose AA (ou secondaire) et l’amylose héréditaire à transthyrétine disposent de traitements qui leur sont plus spécifiques et qui découlent des recherches fondamentales sur la pathologie amyloïde. L’attitude thérapeutique générale consiste, soit à réduire la quantité de précurseur amyloïde disponible, soit à diminuer ses capacités de fibrillogenèse soit à le rendre sensible à la protéolyse. Dans l’amylose AL, les nouveaux traitements découlent des innovations thérapeutiques qui ont été proposées dans le domaine du myélome multiple \; il s’agit principalement de protocoles associant de la dexaméthasone à des agents alkylants, à du thalidomide (ou dérivé) ou au bortezomib (inhibiteur de protéasome). Dans l’amylose AA, l’éprodisate (analogue de l’héparane sulfate) a été proposé pour améliorer la protéinurie et la clairance de la créatinine mais n’est pas disponible en France. Dans l’amylose à transthyrétine, des stabilisateurs du tétramère protéique sont à l’étude, ils permettront peut-être de surseoir à la transplantation hépatique dans les années à venir.

Mots-clés : amylose AL, amylose AA, amylose à transthyrétine, chimiothérapie, transplantation

ARTICLE

Auteur(s) : Nadine Magy-Bertrand

Service de médecine interne, CHU Jean Minjoz, 3 boulevard Fleming, 25000 Besançon

Les amyloses sont des maladies rares (incidence aux USA, 12,7 cas/million d’habitants/an), classées maladies orphelines par l’Inserm. Elles appartiennent au groupe des maladies de surcharge (anciennement appelées « thésaurismoses ») et de manière plus actuelle au groupe des maladies du repliement protéique (telles que la maladie de Creutzfeld-Jakob). Vingt-cinq types d’amylose ont été identifiés en fonction du précurseur protéique formant les fibrilles amyloïdes. Les types d’amylose pathologique les plus fréquemment diagnostiqués sont, par ordre décroissant de fréquence, l’amylose primaire ou amylose immunoglobulinique ou amylose AL, l’amylose secondaire ou amylose réactionnelle ou amylose AA et l’amylose héréditaire à transthyrétine. Les différentes innovations thérapeutiques seront envisagées pour ces 3 types d’amylose après un rappel du rationnel physiopathologique.

Amylose AL

Rationnel physiopathologique

Le précurseur protéique est la chaîne légère d’immunoglobuline lambda ou kappa. Une dyscrasie plasmocytaire monoclonale est toujours associée à l’amylose primaire AL. La sous-unité protéique identifiée dans les fibrilles AL dérive de la chaîne légère des immunoglobulines (Ig) produite par un clone lymphocytaire B [1]. La chaîne légère monoclonale peut être produite par un clone plasmocytaire comme lors du myélome ou de la maladie de Waldenström, ou par l’expansion d’un clone sans caractère malin produisant une gammapathie monoclonale de signification indéterminée (MGUS). Dans chacune de ces deux situations (maligne ou bénigne), c’est la protéine monoclonale qui est à l’origine de l’amylose et non la prolifération cellulaire. L’expansion cellulaire et la synthèse protéique qui en découlent ne sont cependant pas suffisantes pour obtenir des dépôts amyloïdes. Ainsi, la grande majorité des sujets atteints de myélome ne développe pas d’amylose indiquant ainsi qu’il existe d’autres facteurs que la présence d’une protéine monoclonale impliqués dans la fibrillogenèse amyloïde. Ces facteurs incluent la quantité de protéine synthétisée, la structure de la protéine, son métabolisme et les quantités disponibles des autres constituants des fibrilles tels que le composant P. Plusieurs indices suggèrent que la structure primaire de la chaîne légère d’Ig est importante pour obtenir une fibrillogenèse. L’amylose AL est plus fréquemment associée à une chaîne légère lambda qu’à une kappa. De plus, certains sous-types lambda sont plus impliqués que d’autres dans la fibrillogenèse, ainsi le sous-type lambda VI n’est identifié que chez les patients ayant une amylose [2]. Des variations du métabolisme des chaînes légères sont également impliquées dans la fibrillogenèse [3, 4]. Il est communément admis que les différentes pathologies rencontrées au cours de l’amylose AL sont rattachées au dépôt des fibrilles entraînant un dysfonctionnement des structures organiques. L’amylose AL demeure une maladie silencieuse sur le plan clinique pendant un certain temps, qu’il est difficile de déterminer, c’est pourquoi certains patients passent, en quelques semaines parfois, du statut de sujet sain à celui de malade sévèrement invalide.

Les nouveautés thérapeutiques dans le domaine de l’amylose AL

Le but du traitement est de réduire, rapidement si possible, la quantité de précurseur amyloïde, donc la quantité de chaînes légères libres amyloïdogéniques. La cible principale du traitement est le clone plasmocytaire synthétisant la chaîne légère monoclonale. Ceci explique que la plupart des traitements utilisés ont déjà été employés dans le myélome multiple. La restriction à l’emploi à l’identique des traitements du myélome est la coexistence de dysfonctions d’organe associées à l’amylose AL [5]. C’est pourquoi il est indispensable, dans tous les cas, d’associer au traitement spécifique des traitements symptomatiques des dysfonctions d’organe (traitement de l’insuffisance cardiaque congestive, prise en charge de l’insuffisance rénale).

Les critères d’évaluation de la réponse au traitement

Ils ont été rappelés lors de la conférence du consensus qui s’est tenue en 2004 à Tours lors du Xe symposium international sur la pathologie amyloïde [6]. Les critères sont différenciés en 2 groupes : les critères évaluant l’amélioration d’une fonction d’organe et les critères de réponse hématologique. Au cours de l’amylose AL, les principaux organes concernés par un dysfonctionnement sont le cœur (cardiomyopathie restrictive), le rein (glomérulonéphrite), le foie (hépatopathie amyloïde) et le système nerveux périphérique et autonome (neuropathie amyloïde). Des critères de réponse au traitement et de progression ont été définis pour chacun de ces organes. Les critères de réponse hématologique sont répertoriés dans le tableau 1.

Tableau 1 Critères de réponse hématologique au cours de l’amylose AL [6]

Réponse complète (RC)

Immunofixation sérique et urinaire négatives (pas de composant monoclonal) Ratio des chaînes libres kappa/lambda normal Moins de 5 % de plasmocytes dans la moelle osseuse

Réponse partielle (RP)

Si composant monoclonal supérieur à 0,5 g/dL, une réduction de 50 % Si chaîne légère identifiée dans les urines avec un pic visible et > 100 mg/j, une réduction de 50 % Si chaîne légère libre supérieure à 100 mg/L, 50 % de réduction

Progression

À partir de la RC, tout composant monoclonal détectable ou anomalie du ratio des chaînes libres kappa/lambda (doublement du taux de la chaîne légère) À partir de la RP ou de l’état stable : augmentation de 50 % de la concentration en composant monoclonal, ou dépassement de la concentration de 0,5 g/dL, ou augmentation de l’excrétion urinaire du composant monoclonal de 50 %, ou jusqu’à plus de 200 mg/j, un pic doit être visible Augmentation de la concentration de la chaîne légère libre de plus de de 50 % ou à plus de 100 mg/L

État stable

Pas de RC, pas de RP, pas de progression

Traitement par agents alkylants + corticoïdes sans ou avec autogreffe de moelle osseuse

Le traitement classique employant ces 2 groupes de médicaments est le protocole Alexanian (proposé initialement dans le myélome) qui associe de l’alkéran et de la prednisone en cures mensuelles de 4 jours consécutifs pendant une durée de 18 mois à 2 ans. Ce protocole n’ayant pas une efficacité optimale en termes de réponse hématologique des alternatives ont été proposées.

Il y a plus de 10 ans, il a été démontré que les patients atteints d’amylose AL traités par l’association melphalan + prednisone survivaient plus longtemps que ceux sans chimiothérapie [7]. Cependant, le taux de réponse n’était que de 30 % et 1/3 des patients nécessitaient plus d’un an de traitement avant d’avoir une réponse significative. L’introduction de l’autogreffe de moelle osseuse a donc représenté une avancée majeure dans le traitement de l’amylose AL. Lorsque l’autogreffe est réalisée dans les suites d’un traitement par melphalan à forte dose (200 mg/m2), le taux de réponse hématologique est de 76 % dont 33 % de rémission complète. Ce taux de réponse est associé à une augmentation de la survie et de la qualité de vie [8, 9]. Cependant, le taux de mortalité liée au traitement est important (10-12 %) notamment chez les patients avec insuffisance cardiaque ou atteinte multi-organes de l’amylose AL. Des essais de réduction de la dose de melphalan se sont associés à une réduction du taux de réponse hématologique sans amélioration du taux de mortalité liée au traitement.

En 1999, l’équipe de Merlini a démarré le protocole Mdex associant melphalan oral et dexaméthasone chez les patients inéligibles pour l’autogreffe [10]. Le taux de réponse hématologique était de 67 % avec 33 % de rémission complète et un taux de réponse d’organe de 48 %. Quatre pour cent des sujets sont décédés durant l’étude et 11 % ont présenté des effets indésirables sévères. La survie était supérieure à 3 ans dans plus de 70 % des cas et la médiane de survie était de 5,1 ans. Le délai médian de réponse était de 4,5 mois. Une étude française publiée en 2007 [11] n’a pas démontré de supériorité du protocole melphalan forte dose suivi d’autogreffe sur le protocole Mdex. La mortalité liée au traitement associant l’autogreffe de moelle osseuse était élevée dans cette étude (24 %) et un quart des patients ont eu une dose réduite de melphalan (140 mg/m2).

Association thalidomide + dexaméthasone (Tdex)

Cette association a été utilisée dans l’amylose AL en seconde ligne de traitement après l’échec d’une association alkylants-corticoïdes [12]. Elle a permis une réponse clonale dans 48 % des cas avec 19 % de rémission complète. Le temps médian de réponse était de 3,6 mois et des effets indésirables sévères étaient identifiés chez 65 % des patients ; aucune mortalité liée au traitement n’était rapportée. Si Tdex était utilisé dans les suites d’une autogreffe [13], il permettait d’augmenter le taux et l’importance de la réponse.

Association cyclophosphamide + thalidomide + dexaméthasone (CTD)

Cette association a été proposée aux patients atteints d’amylose AL [14]. Une réponse hématologique est survenue chez 74 % des patients et était présente dès le premier cycle chez 50 % d’entre eux. Le composant monoclonal disparaissait dans 13 % des cas et on notait une réponse d’organe dans 27 % des cas. Quatre pour cent des patients sont décédés et 32 % ont présenté des effets indésirables sévères. Il n’existe pas de données disponibles sur la durée d’efficacité de ce protocole.

Traitement par lénalinomide

Deux essais cliniques ont étudié l’efficacité du lénalidomide (analogue lévogyre du thalidomide) au cours de l’amylose AL. Dans l’étude de la Mayo Clinic [15], le taux de réponse au lénalidomide seul était de 4 % contre 45 % lorsque le lénalidomide était associé à la dexméthasone. Dix-huit pour cent des patients sont décédés et des effets indésirables sévères étaient observés dans 86 % des cas. Dans un essai mené par le groupe de Boston, le taux de réponse sous lénalidomide seul était supérieur (21 %) et l’augmentation se maintenait suite à l’ajout de dexamethasone (53 %) avec une rémission complète était obtenue dans 21 % des cas. Un protocole associant cyclophosphamide, lénalidomide et dexaméthasone est actuellement développé par l’équipe de G. Merlini.

Traitement par inhibiteur de protéasome : bortézomib

Ce médicament est en essai phase I/II multicentrique et les résultats préliminaires mettent en évidence qu’une injection de 1,6 mg/m2 tous les 35 jours est bien tolérée. Le taux réponse hématologique est de 47 % et 41 % des patients ont des effets indésirables sévères. Kastritis et al. [16] rapportent un taux de réponse hématologique de 83 % avec une rémission complète dans 39 % des cas ainsi qu’un court délai de réponse (0,9 mois) lorsque le bortézomib est associé à la dexaméthasone.

Transplantation rénale ou cardiaque

Deux études ont documenté l’intérêt de la transplantation cardiaque en cas d’amylose AL [17, 18], avec une survie après transplantation de 69 et 118 mois, ce qui se rapproche de la survie moyenne des greffés cardiaques. Ce type de traitement est en général envisagé en l’absence de symptômes extracardiaques de la maladie amyloïde. Enfin, en cas d’atteinte rénale isolée, la transplantation rénale est également proposée avec un taux de survie proche de celui des transplantés rénaux [19].

Ces procédures sont également envisagées en tant que traitement supplétif d’une défaillance d’organe avant chimiothérapie. Elles permettent, dans certains cas particuliers, de proposer une procédure d’autogreffe à des patients qui n’étaient initialement pas éligibles pour ce type de traitement.

Conclusion

Actuellement, grâce à ces différents protocoles et à une meilleure évaluation de la réponse hématologique notamment par le rapport kappa/lambda libres, 1/3 des patients survit plus de 10 ans. Cette survie devrait s’améliorer dans les années à venir.

Amylose AA

Rappel physiopathologique

L’amylose AA a été la première forme d’amylose isolée, séquencée et reconnue en tant qu’entité. Ce type d’amylose est dénommé également amylose réactionnelle ou secondaire en raison de son étroite relation avec des pathologies inflammatoires ou infectieuses. Le précurseur de l’amylose AA est la Serum Amyloid A protéine (SAA). Il s’agit d’une protéine synthétisée par le foie dont la concentration est multipliée par 1 000 en cas d’état inflammatoire aigu. La formation des dépôts amyloïdes AA est à la fois liée à certaines propriétés de la protéine amyloïdogène et à la disponibilité de facteurs environnementaux locaux stimulant la fibrillogenèse. Des taux élevés de SAA persistant sont un facteur déterminant dans l’apparition de l’amylose AA. Ceci a notamment été démontré dans de nombreux modèles animaux où des concentrations élevées de SAA sur un temps prolongé précèdent l’apparition des dépôts amyloïdes. De la même manière, chez l’Homme, une situation inflammatoire chronique telle qu’une polyarthrite rhumatoïde mal contrôlée fait le lit de l’amylose secondaire. Il a été constaté que certains patients ayant un état inflammatoire chronique ne développaient pas d’amylose secondaire ; ceci est à mettre en rapport avec les caractères structuraux de la protéine. En effet, certaines isoformes de SAA (notamment la SAA1.3) sont connues pour être plus amyloïdogéniques que d’autres. D’autres auteurs ont mis en cause un défaut de dégradation de la protéine SAA par les macrophages et le rôle important de l’amyloid enhancing factor dans l’apparition des dépôts amyloïdes AA [20]. La résistance à la protéolyse des dépôts d’amylose s’effectue également par l’intermédiaire d’une liaison forte avec les composants de la matrice extracellulaire tels que les glycosaminoglycanes.

Traitement de l’amylose AA

Comme dans toutes les formes d’amylose, l’approche thérapeutique la plus rationnelle passe par la réduction de la disponibilité du précurseur protéique amyloïdogène. Il faut donc abaisser autant que possible les concentrations sériques de SAA et cela implique la maîtrise du syndrome biologique inflammatoire. La scintigraphie au composant P marqué démontre qu’en cas de contrôle du processus inflammatoire, on assiste à une régression des dépôts amyloïdes dans la moitié des cas et à une stabilisation dans l’autre moitié [21]. Deux types de traitement sont envisagés, le traitement préventif et le traitement curatif.

Le traitement préventif

Il s’agit, bien entendu, du traitement idéal de l’amylose AA. Ainsi, le traitement de la plupart des maladies infectieuses, causes d’amylose AA, par les antibiotiques adaptés a permis de diminuer considérablement le nombre de cas d’amylose AA liés aux maladies infectieuses au cours des 40 dernières années. Un autre exemple est celui de la fièvre méditerranéenne familiale (FMF) dans laquelle le traitement par colchicine prévient l’apparition de l’amylose AA chez quasiment tous les sujets atteints de FMF [22]. En terme de prévention, les efforts doivent actuellement s’orienter vers les traitements des maladies inflammatoires chroniques et en particulier de la polyarthrite rhumatoïde (PR). Le développement de nouvelles thérapeutiques dans le domaine de la PR, telles que les biothérapies, devrait améliorer le contrôle de cette maladie et à plus long terme diminuer le nombre de cas d’amylose AA qui lui sont liés.

Le traitement curatif

La colchicine reste un traitement incontournable de l’amylose de la FMF. Elle a également été utilisée avec succès dans certaines maladies inflammatoires compliquées d’amylose AA comme le Muckle-Wells, la mucoviscidose, la maladie de Castleman. Mais son efficacité n’a jamais été démontrée dans la PR.

Les corticoïdes, s’ils permettent dans certains cas de contrôler le syndrome inflammatoire et donc la production de SAA, ont surtout été accusés de favoriser l’éclosion de l’amylose AA au cours de la PR en ne réduisant que la CRP et en augmentant la concentration de SAA.

Les autres immunosuppresseurs utilisés au cours des maladies inflammatoires chroniques sont l’azathioprine, le méthotrexate, le chlorambucil, le cyclophosphamide. Une étude portant sur 12 malades, atteints de PR compliquée d’amylose [23], traités par méthotrexate, a montré un effet favorable de cette molécule chez les 9 malades ayant une créatininémie < 200 μmol/L. Tous étaient en vie après une surveillance variant de 0,5 à 5 ans et la protéinurie avait régressé dans 3 cas sur 9. Les malades ayant une créatininémie > 200 μmol/L (n = 3) sont décédés à 11, 14 et 26 mois. Le chlorambucil et le cyclophosphamide ont été utilisés chez 11 patients atteints de PR compliquée d’amylose AA lors d’une étude avec groupe contrôle [24] : 2 malades sur 11 traités (survie du groupe à 5 ans 90 %) avaient atteint le stade d’insuffisance rénale terminale au terme de l’étude alors que dans le groupe non traité la proportion était de 7 sur 11 (survie du groupe à 5 ans 27 %). Ces résultats doivent cependant être pondérés par le risque leucémogène attaché à l’emploi du chlorambucil et du cyclophosphamide. Ce risque apparaît particulièrement élevé dans un groupe de 77 patients atteints d’arthrite chronique juvénile où 2 cas de leucémie pour 560 années-malades traités ont été rapportés [25].

Les anti-TNF alpha sont actuellement utilisés dans le traitement des rhumatismes inflammatoires et notamment de la PR. Ils réduisent de façon significative le nombre de poussées et les détériorations articulaires associées à ces maladies. Des cas ou des petites séries ont rapporté l’efficacité des anti-TNF alpha dans la réduction des manifestations cliniques de l’amylose AA compliquant un rhumatisme inflammatoire. Gottenberg et al. ont rapporté en 2003 [26] l’efficacité des anti-TNF alpha en termes de réduction de la protéinurie, d’amélioration de la créatininémie et de stabilisation de la filtration glomérulaire chez 15 patients présentant un rhumatisme inflammatoire traité soit par infliximab (10 patients), soit par éthanercept (4 patients), soit l’association de ces 2 molécules (1 patient). Sur ces critères rénaux, l’amylose AA a progressé chez 7 patients et a été stabilisée chez 5 patients. Trois patients ont présenté une amélioration rapide et durable de la fonction rénale avec les traitements suivants : infliximab seul, infliximab + méthotrexate et éthanercept + méthotrexate. L’emploi de ces molécules n’a pas été, dans cette série, associée à des effets indésirables notables (1 épisode de zona sous infliximab). En 2005, Fernandes-Nebro et al. [27] ont étudié 25 patients présentant un rhumatisme inflammatoire compliqué d’amylose AA traités par anti-TNF alpha en association avec d’autres traitements. Vingt-deux patients étaient sous infliximab et 3 patients sous éthanercept avec un suivi moyen de 70 semaines. L’ajout d’un anti-TNF alpha s’est associé à une réduction du syndrome inflammatoire biologique et de la protéinurie dans la majorité des cas. La fonction rénale est demeurée stable ou s’est améliorée chez 83 % des patients. Une réduction de la protéinurie a été observée sans dégradation de la fonction rénale chez 9 patients sur les 18 présentant une protéinurie et une insuffisance rénale. Cinquante-six pour cent des patients ont présenté des effets secondaires à l’emploi des anti-TNF. Les anti-TNF pourraient donc permettre un contrôle de la progression de l’amylose rénale de type AA. Des études complémentaires, plus puissantes en terme de recrutement sont donc nécessaires.

L’éprodisate est le chef de file d’une nouvelle classe de traitements de l’amylose AA. La cible de ces traitements est le dépôt d’amylose AA déjà formé. En effet, l’existence de liens forts entre les glycosaminoglycanes et les proto-fibrilles amyloïdes AA permettent la stabilisation du dépôt amyloïde dans la matrice extracellulaire et l’augmentation rapide de sa taille par un phénomène de nidus. L’éprodisate (Kiacta®, Neurochem®) est une molécule sulfatée chargée négativement, de petit poids moléculaire, qui présente des similarités structurelles avec l’héparane sulfate (glycosaminoglycane intervenant dans la pathogénèse de l’amylose AA). L’éprodisate, mis au point par l’équipe de Robert Kisilevsky, a été utilisé dans une étude multicentrique en double aveugle contre placebo chez des patients présentant une amylose AA avec atteinte rénale [28]. Ce travail a mis en évidence un ralentissement de la dégradation de la fonction rénale et un taux de déclin de la créatinine plus lent chez les patients traités par éprodisate. Cependant, ce traitement n’a pas eu d’effet significatif sur la progression vers l’insuffisance rénale terminale et sur la mortalité. Les biais méthodologiques de cette étude et de l’étude pilote qui la précédait ainsi que l’existence d’effets indésirables pouvant mettre le pronostic vital en jeu (2 infarctus du myocarde ont été signalés dans le groupe traité) ont motivé le refus de l’Afssaps d’autoriser la mise sur le marché du Kiacta® en France.

Conclusion

Le fer de lance du traitement de l’amylose AA demeure sa prévention et donc le traitement adéquat des maladies inflammatoires qui y prédisposent. D’autres pistes sont à l’étude telles que les analogues pharmacologiques du composant P (présent dans tous les dépôts amyloïdes) qui ont été étudiés par Pepys et al. en 2002 [29] chez la souris. Ces analogues permettaient un ralentissement de l’apparition des dépôts amyloïdes AA en accroissant la clairance du composant P présent dans les dépôts amyloïdes. Les études de phase I/II indiquent que l’analogue étudié est bien toléré par les sujets et qu’il entraîne une réduction de la quantité de composant P circulant [30].

Amylose héréditaire à transthyrétine

Rationnel physiopathologique

Les amyloses à transthyrétine (TTR) sont les plus fréquentes des amyloses héréditaires. À l’heure actuelle, si l’on prend en compte l’ensemble des mutations de la TTR (~ 100), l’amylose familiale est disséminée dans 30 pays dont 15 où l’identification de la mutation Val30Met a été rapportée, avec la réserve que les techniques de biologie moléculaire permettant l’identification des mutations ne sont pas disponibles dans tous les pays [31]. La TTR est une protéine plasmatique qui transporte la thyroxine et le complexe retinol binding protein (RBP)/vitamine A. Les mutations de la TTR, en altérant la structure moléculaire du tétramère, entraînent une dégradation aberrante et l’accumulation de la protéine à l’état de fibrilles amyloïdes. Les traitements proposés dans l’amylose à TTR auront donc pour but soit d’annihiler la synthèse du variant soit de stabiliser le tétramère TTR.

La transplantation hépatique

La TTR est synthétisée par le foie, la transplantation hépatique permet donc d’obtenir la synthèse d’une TTR sauvage. Dans les 15 dernières années, plusieurs centaines de transplantations hépatiques ont été effectuées dans le cadre de l’amylose à TTR. La transplantation hépatique s’accompagne d’une décroissance rapide de la quantité de variant de la TTR plasmatique. Les succès les plus flagrants de cette thérapie concernent les patients porteurs de la mutation Val30Met de la TTR. Les effets immédiats de cette décroissance plasmatique sont l’amélioration de la fonction intestinale et de la tension artérielle. Une amélioration de la myélinisation des nerfs a été rapportée chez les patients ayant été transplantés hépatiques à un stade précoce de la maladie [32]. Cependant, il a été démontré que l’amylose systémique progresse malgré la transplantation hépatique ; ceci est notamment vrai pour les mutations suivantes : Glu42Gly, Ile84Asn et Cys10Arg. Il n’existe pas d’explication satisfaisante de cette progression, si ce n’est peut-être la capacité de la transthyrétine normale à former des fibrilles β plissées en se servant des fibrilles préformées comme substrat. Cela suggérerait que la transplantation hépatique doit être proposée à un stade précoce de l’évolution de la maladie. Dans certaines mutations de TTR, compliquées de cardiomyopathie amyloïde, il est proposé d’associer la transplantation hépatique à une transplantation cardiaque pour éviter la progression de l’atteinte cardiaque après une greffe de foie.

Les stabilisateurs de la transthyrétine [30]

In vitro, plusieurs travaux ont démontré l’efficacité de certaines molécules pour stabiliser le tétramère de TTR et donc empêcher la formation de fibrilles amyloïdes. Deux essais randomisés contre placebo sont actuellement en cours pour tester 2 molécules inhibant la formation des fibrilles amyloïdes dans l’amylose héréditaire à TTR. Un essai utilise le diflunisal (anti-inflammatoire non stéroïdien) pour stabiliser le tétramère et l’autre un produit baptisé FoldRx 1006A dans le même but.

Conclusion

L’amylose était il y a encore 20 ans considérée comme une fatalité et peu de traitements permettaient le contrôle de cette maladie systémique. Actuellement, les molécules issues de la recherche appliquée, telles que les biothérapies ou les inhibiteurs de protéasome, améliorent le pronostic de même qu’une meilleure prise en charge de la phase post-transplantation hépatique.

Références

1 Glenner GG, Terry W, Harada M, Isersky C, Page D. Amyloid fibril proteins: proof of homology with immunoglobulin light chains by sequence analysis. Science 1971 ; 172 : 1150-1.

2 Skinner M, Benson MD, Cohen AS. Amyloid fibril protein related to immunoglobulin lambda-chain. J Immunol 1975 ; 114 : 1433-5.

3 Eulitz M, Linke P. The precursor molecule of a Vl immunoglobulin light chain-derived amyloid fibril protein circulates precleaved. Biochem Biophys Res Commun 1993 ; 194 : 1427-34.

4 Myatt EA, Westholm FA, Weiss DT, Solomon A, Schiffer M, Stevens FJ. Pathogenic potential of human monoclonal immunoglobulin light chains: relationship of in vitro aggregation to in vivo organ deposition. Proc Natl Acad Sci USA 1994 ; 91 : 3034-8.

5 Merlini G, Palladini G. Amyloidosis is a cure possible ? Annals of Oncology 2008 ; 19 (suppl 4) : iv63-iv66.

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7 Kyle RA, Gertz MA, Greipp PR, et al. A trial of three regimens for primary amyloidosis : colchicine alone, melphalan and prednisone, and melphalan, prednisone and colchicine. N Engl J Med 1997 ; 336 : 1202-7.

8 Skinner M, Sanchorawala V, Seldin DC, et al. High-dose melphalan and autologous stem cell transplantation in patients with AL amyloidosis : an 8-year study. Ann Intern Med 2004 ; 140 : 85-93.

9 Gertz MA, Lacy MQ, Dispenzieri A, et al. Risk-adjusted manipulation of melphalan dose before stem-cell transplantation in patients with amyloidosis is associated with a lower response rate. Bone Marrow Transplant 2004 ; 34 : 1025-31.

10 Palladini G, Perfetti V, Obici L, et al. Association of melphalan and high-dose dexamethasone is effective and well tolerated in patients with AL (primary) amyloidosis who are ineligible for stem cell transplantation. Blood 2004 ; 103 : 2936-8.

11 Jaccard A, Moreau P, Leblond V, et al. High-dose melphalan versus melphalan plus dexamethasone for AL amyloidosis. N Engl J Med 2007 ; 357 : 1083-93.

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