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De nouvelles perspectives dans le traitement du purpura thrombopénique idiopathique : les agonistes des récepteurs à la thrombopoïétine


Médecine thérapeutique. Volume 14, Numéro 2, 96-104, mars-avril 2008, Mise au point

DOI : 10.1684/met.2008.0151

Résumé  

Auteur(s) : Sophie Wagner, Ecaterina Ciobanu, Laure Federici, Jacques Zimmer, Cécile Ronde-Oustau, Emmanuel Andrès , Service de médecine interne, Clinique médicale B, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1 Porte de l’Hôpital, 67091 Strasbourg Cedex, France, Centre de recherche public de la santé (CRP-Santé), Laboratoire Stralux d’immunogénétique-allergologie(3), Luxembourg.

Résumé : Les facteurs de croissance plaquettaire notamment les agonistes des récepteurs à la thrombopoïétine offrent un nouvel espoir thérapeutique dans le purpura thrombopénique idiopathique. Ils stimulent la production plaquettaire en activant les mêmes voies de signalisation que la thrombopoïétine endogène avec peu d’effets indésirables à court terme. Ces molécules sont administrables par voie orale ou sous-cutanée et sont donc moins contraignantes que la majorité des thérapies actuellement disponibles. Cependant, cela reste un traitement suspensif et non curatif. L’utilisation actuelle de ces molécules dans le traitement du PTI se limite à 2 situations bien définies : 1) à la phase aiguë, sur une courte période, afin de suspendre la corticothérapie \; et 2) lors d’un PTI chronique réfractaire sévère et symptomatique où leur utilisation se conçoit sur une période prolongée. Pour les plus abouties, l’AMG 531 et l’eltrombopag, il faut attendre la confirmation des études de phase III afin de confirmer l’efficacité de ces molécules et de s’assurer de l’innocuité à long terme (risque de thrombose et de myélofibrose ?).

Mots-clés : purpura thrombopénique idiopathique, thrombopénie, facteur de croissance plaquettaire, thrombopoïétine, AMG 531, eltrombopag

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Sophie Wagner1, Ecaterina Ciobanu1, Laure Federici1, Jacques Zimmer2, Cécile Ronde-Oustau1, Emmanuel Andrès1

1Service de médecine interne, Clinique médicale B, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1 Porte de l’Hôpital, 67091 Strasbourg Cedex, France
2Centre de recherche public de la santé (CRP-Santé), Laboratoire Stralux d’immunogénétique-allergologie(3), Luxembourg

Le purpura thrombopénique idiopathique (PTI) est une maladie auto-immune essentiellement liée à la présence d’auto-anticorps responsables d’une destruction périphérique et d’une inhibition centrale des plaquettes [1, 2]. Son étiologie demeure inconnue et en dépit des avancées majeures dans le domaine de la physiopathologie, le diagnostic de PTI chez l’adulte reste encore un diagnostic d’exclusion et son évolution est aussi bien variable qu’imprévisible [3, 4]. Les modalités actuelles de sa prise en charge sont avant tout empiriques et les indications thérapeutiques retenues reposent essentiellement sur l’analyse de séries de la littérature et sur les recommandations d’experts [4-6]. Néanmoins, ces dernières années, la connaissance de l’histoire « naturelle » du PTI a permis d’actualiser et de rationaliser ces recommandations (désescalade thérapeutique), tout comme la réalisation d’études répondant aux critères requis par la médecine factuelle (« evidence based-medicine ») [5, 7].

Le schéma thérapeutique actuel

Le traitement actuel du PTI repose en 1re intention sur l’abstention thérapeutique, les corticoïdes ou les immunoglobulines polyvalentes intraveineuses, et en cas d’échec (c’est-à-dire en 2e intention) sur la splénectomie qui reste le seul traitement curateur du PTI chronique [7, 8]. L’objectif du traitement à la phase aiguë est d’augmenter rapidement le chiffre de plaquettes, même de façon temporaire, afin d’éviter les saignements et en attendant une guérison spontanée dans les premières semaines. En 3e intention, l’utilisation d’anciennes molécules comme la dapsone et le danazol connaît un second souffle [7, 9, 10]. A ce stade, l’objectif des traitements est l’obtention durable d’un chiffre plaquettaire > 30 × 109/l, afin de mettre à l’abri le patient d’une complication hémorragique grave. Enfin, la prise en charge du PTI chronique réfractaire relève de thérapeutiques innovantes en cours de développement qui semblent prometteuses, tout particulièrement les anticorps anti-CD20 (rituximab) [7, 11, 12] et les facteurs de croissance plaquettaire notamment les agonistes des récepteurs à la thrombopoïétine via la voie de la thrombopoïétine (TPO) [7, 13, 14].

Le rationnel des traitements innovants

La connaissance plus poussée de la physiopathologie du PTI a permis de rationaliser le développement des nouveaux traitements. Ainsi d’un point de vue immunologique, le PTI se définit par la présence d’une thrombopénie auto-immune périphérique d’étiologie indéterminée marquée notamment par la présence d’auto-anticorps antiplaquettes dirigés contre diverses glycoprotéines de surface des plaquettes telles que les glycoprotéines IIb/IIIa ou Ib/IX [1, 2]. L’anticorps va altérer la membrane des plaquettes et ainsi induire une hyperdestruction plaquettaire par phagocytose surtout splénique. Une origine centrale à cette thrombopénie est également consensuellement admise [2]. Ces éléments servent de socle pour soutenir l’utilisation du rituximab et le rôle des facteurs de croissance plaquettaire via la voie de la thrombopoïétine dans le PTI [7]. Cette dernière a pour but principal la stimulation de la production plaquettaire physiologique en mettant en jeu la thrombopoïétine (TPO). Ce polypeptide joue un rôle fondamental dans la maturation plaquettaire, et cela à plusieurs niveaux de la thrombopoïèse. Plusieurs molécules ont ainsi été mises au point, il s’agit de molécules recombinantes de la TPO (rHuTPO) ; de la TPO elle-même ou de peptides de synthèses apparentés ou non à la TPO, ou d’agonistes du récepteur de la TPO (TPO-R) [13, 14].

La voie de la thrombopoïétine

La production de plaquettes est contrôlée par plusieurs facteurs de croissance (cytokines) qui ont pour but de stimuler la formation des colonies (BFU-MK) qui concourent à la production des mégacaryocytes, précurseurs des plaquettes. Elle est principalement sous le contrôle du couple formé par la thrombopoïétine (TPO) et son récepteur (TPO-R) [2, 14].

La thrombopoïétine

La thrombopoïétine (TPO) est la cytokine la plus importante et spécifique de la lignée mégacaryocyto-plaquettaire impliquée dans la prolifération, la différenciation et la maturation de la lignée mégacaryocytaire [2, 14]. Il s’agit d’une glycoprotéine de 80 à 90 kDa, dont le domaine actif N-terminal présente une forte homologie (25 %) avec l’érythropoïétine (EPO). La protéine précurseur de la TPO contient 353 acides aminés, après l’élimination du peptide signal (21 acides aminés), la protéine mature consiste en deux domaines. L’activité stimulante des plaquettes se situe au niveau de la région amino-terminale de la molécule de TPO. La région carboxy terminale, quant à elle, contient plusieurs résidus glucidiques et est surtout responsable de la biodisponibilité de la molécule [2, 13, 14]. La TPO est produite quasi exclusivement par le foie, une petite quantité est produite par le rein, le stroma médullaire et les poumons. Cette production est constitutive et ne dépend donc pas du taux de plaquettes. Sur le plan physiologique, la TPO agit à plusieurs niveaux :
  • 1) elle stimule la croissance des progéniteurs primitifs multipotents ;
  • 2) elle oriente la différenciation des progéniteurs pluripotents vers la production de BFU-MK ;
  • 3) elle favorise la croissance et la différenciation des mégacaryocytes ;
  • 4) elle augmente la production des plaquettes in vivo ;
  • 5) elle agit également comme facteur de survie des progéniteurs pluripotents et des progéniteurs érythroïdes.

Le récepteur de la thrombopoïétine

Le récepteur de la thrombopoïétine (TPO-R) est présent à la surface des progéniteurs mégacaryocytaire CD34+, des précurseurs mégacaryocytaires et des plaquettes [2, 14]. On compte environs 30 à 200 récepteurs par plaquettes. Les récepteurs sont de type tyrosine kinase et agissent comme le récepteur de l’EPO. Le ligand – la TPO – va se fixer sur son récepteur, celui-ci va se dimériser et va ainsi pouvoir activer les molécules JAK par phosphorylation, puis les STATS par dimérisation (figure 1) [13, 14]. Il y a par la suite mise en jeu des voies de signalisation PI3K et ETS. La transduction du signal ainsi engendré va aboutir à la maturation des mégacaryocytes.

Le rôle de la thrombopoïétine et de ses agonistes dans le cadre des thrombopénies

Dans le cas des thrombopénies, il y a peu de thrombopoïétine (TPO) fixées aux récepteurs. Des molécules de TPO libres sont donc susceptibles d’interagir avec celui-ci, d’agir sur les mégacaryocytes et de ce fait de stimuler la mégacaryopoïèse [2, 13, 14]. L’utilisation de la TPO dans le traitement des thrombopénies comme dans celles du PTI semble être légitime [7]. Pourtant malgré le clonage et la purification de celle-ci en 1994, aucune molécule n’est à ce jour sur le marché. Le développement de formes recombinantes de la TPO (rHuTPO) a été freiné en raison de l’apparition d’anticorps anti-TPO endogène et recombinante voire en raison du développement de thromboses [13, 14]. Afin de pallier cet effet indésirable, les recherches se sont concentrées sur la mise au point de peptides ou de petites molécules non peptidiques, agonistes du récepteur de la TPO (TPO-R) qui pourraient alors mimer l’effet de la TPO endogène et jouer le rôle de facteurs de croissance plaquettaire.

La 1re génération de facteurs de croissance plaquettaire : les thrombopoïétines recombinantes

Après l’identification de la thrombopoïétine (TPO) et son clonage, des TPO recombinantes (rHuTPO) ont été développées et évaluées cliniquement (figure 2) [5, 7, 13, 14]. Deux TPO recombinantes ont été évaluées lors d’essais précliniques et cliniques. Tout d’abord une rHuTPO qui est constituée de la même séquence en acides aminés que la TPO endogène et produite dans des cellules de mammifères. Puis de la PEG-sHuMGDF produite dans Escherichia coli. Cette dernière comporte le domaine de liaison au récepteur et se compose des 163 acides aminés de la TPO endogène conjugué à un polyéthylène glycol (PEG) de 20 KD ; Cette pégylation permettant d’augmenter la demi-vie circulante de la molécule.

Ces 2 molécules recombinantes ont des activités pharmacologiques similaires : elles permettent in vitro et in vivo, le développement des mégacaryocytes et la production des plaquettes [14]. Lors des études précliniques sur l’animal sain, on constate un effet dose-dépendant avec une augmentation du nombre de mégacaryocytes ainsi que de leur taille et de leur ploïdie, et une multiplication par 5 du nombre de plaquettes après un délai de 5 jours. Sur des souris avec une thrombopénie induite, une dose quotidienne de ces TPO recombinantes a permis l’augmentation des mégacaryocytes dans la moelle osseuse, une diminution significative de la profondeur et de la durée de la thrombopénie mais également une diminution de la sévérité de la leucopénie et de l’anémie si ces cytopénies étaient associées.

À la vue de ces données, ces 2 molécules avaient a priori un potentiel thérapeutique important. Ces 2 produits ont donc fait l’objet de nombreuses études cliniques, mais leur développement a dû être interrompu en 1998 devant le développement de thrombopénies profondes chez des patients traités par PEG-rHuMGDF [14]. En fait ces thrombopénies étaient la conséquence du développement d’auto-anticorps (neutralisants) contre le produit administré et qui réagissaient aussi avec la TPO endogène et entraînaient par ce biais une récidive voire une aggravation de la thrombopénie. La molécule a donc été retirée des essais cliniques en 1998. Comme déjà signalé, un accroissement des événements thromboemboliques était également noté concourant à l’abandon du développement de ces molécules.

Dans le PTI, Nomura et al. ont testé le PEG-rHuMGDF chez 4 patients ayant un PTI réfractaire depuis plus de 5 ans [15]. Ces patients ont reçu le PEG-rHuMGDF en IV à la posologie de 0,5 μg/kg/j. Alors que 7 injections étaient prévues, une seule était effectuée chez un patient du fait d’une toxicité aiguë : hypertension, céphalées, vomissement. Le traitement était interrompu après la 6e injection chez un autre patient en raison de l’apparition de troubles visuels et d’une érythromélalgie. Une augmentation significative (> 100 × 109/l) du taux de plaquette était obtenue chez 3/4 patients. La réponse apparaissait à partir du 7e jour et durait 3 semaines environ. Elle était observée chez les patients traités par 1, 6 ou 7 injections. Le seul non-répondeur obtenait toutefois une amélioration des signes hémorragiques. Comme décrit dans les thrombopénies chimio-induites, une thrombocytose transitoire (> 700 × 109/l) était observée chez 2 patients.

La deuxième génération de facteurs de croissance plaquettaire : l’AMG 531 et l’eltrombopag

Des travaux ont suggéré que certains PTI pouvaient combiner une durée de vie raccourcie des plaquettes avec un trouble de la production de ces dernières [1, 2]. Stimuler la mégacaryopoïèse serait donc un appoint thérapeutique intéressant, au moins dans certaines formes de PTI [5, 7]. La thrombopénie étant une complication majeure de très nombreuses hémopathies malignes et de divers traitements anticancéreux, la recherche de nouvelles molécules n’a pas cessé et différents nouveaux produits à action stimulante sur la thrombopoïèse ont récemment été développés [14]. Les plus aboutis sont : l’AMG 531 du laboratoire Amgen, et la molécule SB 497115 ou eltrombopag mise au point par le Laboratoire GlaxoSmithKline [7, 13, 14].

Les peptides mimant la thrombopoïétine

Les peptides mimétiques de la thrombopoÏétnie (TPO) n’ont pas d’homologie de séquence avec la TPO endogène mais peuvent se lier et activer le récepteur de la TPO [14]. Une séquence de 14 acides aminés a ainsi été isolée : Ile-Glu-Gly-Pro-Thr-Leu-Arg-Gln-Trp-Leu-Ala-Ala-Arg-Ala. De plus, une dimérisation de ce peptide permet l’augmentation de l’activité biologique. Cependant, son temps de demi-vie biologique reste extrêmement faible d’où l’ajout d’un fragment d’anticorps ou d’une pégylation pour remédier à ce problème. Cette famille comprend les peptides incluant cette séquence insérés à des fragments Fab de molécules d’immunoglobulines comme c’est le cas du Fab 59 ou attaché au fragment Fc pour l’AMG 151, ou encore pégylés comme le Peg-TPOmp [14].

L’AMG 531

Présentation de la molécule

L’AMG 531 est une protéine recombinante appelée peptibody ou pepticorps comprenant 2 domaines bien distincts : 1) une partie peptide n’ayant aucune homologie de séquence avec la TPO endogène mais pouvant se fixer au même récepteur [14, 16]. C’est cette partie qui porte donc l’activité biologique ; et 2) une partie anticorps correspondant au fragment Fc d’une IgG. Cette partie permet d’augmenter le temps de demi-vie plasmatique de la molécule (figure 3).

Mode d’action et données animales

L’AMG 531 va aller se fixer au récepteur de la TPO et va ainsi stimuler la mégacaryopoïèse selon les mêmes voies de signalisation de la TPO endogène (figure 1) [13]. L’AMG 531 va se lier au domaine extra-membranaire du récepteur à la TPO ce qui va modifier la structure de ce récepteur. Il y a ensuite transduction d’un signal via différentes voies de signalisation comprenant la phosphorylation des protéines JAK2 et STAT5, comme pour la TPO endogène.

Lors d’études chez l’animal, l’injection de l’AMG 531 chez des souris non thrombopéniques a permis une augmentation du taux plaquettaire [14]. Chez des modèles murins à thrombopénie induite par chimiothérapie ou irradiation, on a pu observer une diminution de la profondeur et de la durée de la thrombopénie.

Essais cliniques dans le traitement du PTI

Études de phase I. Six groupes de patients avec un PTI chronique et un taux de plaquettes < 30 × 109/l ont reçu 2 injections en sous-cutanée à J1 et J15 à des doses comprises entre 0,2 et 10 μg/kg [13, 14]. Une réponse positive au traitement (plaquettes > 50 × 109/l et multiplication par 2 du taux initial de plaquettes) a été observée chez 79 % des patients ayant reçu les 2 injections, et chez 75 % des patients ayant reçu 1 dose > 3 μg/kg. Soixante-trois pour cent d’entre eux ont vu leur taux de plaquettes revenir à la normale. Du point de vue de la tolérance, aucun effet indésirable grave n’a été reporté mis à part de fortes céphalées. De plus, il n’y a pas eu de développement d’auto-anticorps anti-AMG ou anti-TPO.

Études de phase II-III. Vingt et un adultes présentant un PTI chronique (> 3 mois) dont le taux de plaquettes est < 30 × 109/l, ont été étudiés dans des essais de phase II [13, 14]. Dix-sept patients ont reçu 6 injections d’AMG 531 à 1 semaine d’intervalle, à dose fixe comprise entre 1 et 6 μg/kg ; 4 patients ont quant à eux reçu le placebo. Ils ont ensuite été suivis pendant 6 semaines. Les critères de réponses positives englobaient un taux de plaquettes compris entre 50 et 450 × 109/l. Quatre vingt huit pour cent des patients traités par l’AMG 531 à la dose de 1 μg/kg ont retrouvé un taux normal de plaquettes, contre 38 % chez ceux traités avec une dose de 3 μg/kg. Le délai d’obtention de l’augmentation plaquettaire était de 8 jours environs. Aucun effet indésirable grave n’a été déclaré, mis à part les céphalées déjà mises en évidence lors des études de phase I. Il est à noter que 3 patients ont dû stopper le traitement en raison d’un taux de plaquettes supérieur à 500 × 109/l. Sur le plan biologique il n’a pas été mis en évidence la présence d’auto-anticorps neutralisants.

Ces données ont été complétées par une étude ayant pour but d’évaluer l’efficacité et la tolérance à long terme de l’AMG 531 dans le cadre d’un PTI chronique, chez des patients ayant < 50 × 109/l de plaquettes [16]. L’obtention d’une réponse positive était retrouvée chez 85 % des patients, dont 79 % ont vu leur taux de plaquette dépasser les 150 × 109/L. La dose moyenne nécessaire à l’obtention d’un taux de plaquette normal était dans cette étude de 3,7 ± 2,6 μ/kg avec un délai d’environ 4,1 semaines. La moitié des patients sous corticoïdes ont pu stopper ce traitement et 25 % ont pu diminuer les corticoïdes de 50 %. Il faut toute fois noter l’apparition chez une patiente d’une myélofibrose diffuse, partiellement régressive 3 mois après l’arrêt du traitement. Il est à souligner que des effets indésirables ont été reportés chez au moins 10 % des patients et que des anticorps anti-TPO ou anti-AMG 531 n’ont été détectés chez aucun patient. Un patient a dû stopper son traitement à cause de céphalées très importantes associées à des arthromyalgies.

Pour déterminer la place exacte de l’AMG 531 dans la prise en charge des PTI (aigu, chronique, réfractaire ?), il faudra néanmoins les résultats des études de phase III [7].

Le Fab 59

Le Fab 59 résulte de la greffe des 14 acides aminés de la séquence peptidique vue précédemment, à un fragment Fab complet humain [14]. Un des acides aminés est lié à la partie variable CDR3 de la chaine lourde, le second au CDR2 de la chaine légère. Lors d’études chez les souris, cette molécule a présenté une activité similaire à la thrombopoïétine recombinante (rHuTPO) sur la croissance des lignées cellulaires sous la dépendance de la TPO, mais a une activité 30 fois inférieure au rHuTPO sur la croissance des plaquettes. À l’heure actuelle aucune étude sur l’homme n’est en cours.

Le Peg-TPOmp

Ici, on utilise la pégylation afin d’augmenter le temps de demi-vie de la séquence peptidique dans l’organisme [14]. La concentration active se compte en picomoles. Il a été observé une augmentation des plaquettes chez la souris et le chien. Chez l’homme, une dose unique en IV allant de 0,375 à 3 μg/kg, a montré un pic dose-dépendant en 10 à 12 jours avec une augmentation des plaquettes allant de 1,4 à 3,2. Il n’a pas été reporté d’effets indésirables.

Les molécules non peptidiques mimant la thrombopoïétine

L’eltrombopag

Présentation de la molécule et mode d’action

L’eltrombopag (SB 497115) est une petite molécule de poids moléculaire de 442 administrable par voie orale (figure 4) [13, 14, 17]. C’est un agoniste du récepteur à la TPO tout comme l’AMG 531 avec cependant une manière différente d’interagir avec le récepteur. La molécule va ici se lier au domaine transmembranaire du récepteur à la thrombopoïétine, ce qui va provoquer un changement de conformation du récepteur puis la transduction du signal par les mêmes voies d’activation empruntées par la TPO endogène et l’AMG 531 (figure 1) [13].

Données animales

La tolérance et l’efficacité ont été validées chez les chimpanzés qui ont reçu une dose unique, allant de 0,3 à 10 mg/kg d’eltrompobag per os [14]. A J15, aucun effet indésirable n’est à déclarer, pas plus que des modifications de type hématologique ou biochimique. Une administration d’une dose de 10 mg/kg/j permet d’augmenter le taux de plaquettes jusqu’à 2 fois.

Données cliniques

Études de phase I. La tolérance et la sécurité de la molécule ont été testées chez des hommes sains dans 2 essais de phase I : un 1er essai avec une administration per os d’une dose unique de 3 à 9 mg versus placebo ; et un 2e deuxième essai avec une 1re dose à J1 de 5 à 75 mg versus placebo, puis une dose quotidienne de J7 à J14 de l’eltrombopag versus placebo [13, 14]. Les résultats indiquent qu’une dose supérieure à 20 mg permet une augmentation de 1,3 fois des plaquettes. Cette augmentation étant dose-dépendante.

Études de phase II-III. Récemment, l’équipe de Bussel et al. a rapporté dans le NEJM les résultats d’un essai multicentrique évaluant l’eltrombopag dans les PTI chroniques de l’adulte ayant reçu au moins une ligne de traitement et ayant un chiffre plaquettaire < 30 × 109/l [17]. Dans ce travail, l’eltrombopag a été administré per os pendant 6 semaines à 118 patients répartis en 4 sous-groupes : un groupe placebo, 3 groupes traités à la dose de 30, 50 et 75 mg/j avec comme objectif principal l’obtention d’un taux de plaquettes à 50 × 109/l à J43. Les résultats sont indiqués sur la figure 5. Dans le groupe placebo, 11 % des patients ont au moins 50 × 109/l plaquettes à J43 versus 59 % sous eltrombopag avec un effet dose manifeste : 28 % de réponse à 50 mg/j ; 70 % à 50 mg/j et 81 % à 75 mg/j. La cinétique de remontée des plaquettes est également corrélée à la dose. Si dans le groupe placebo, 1 seul patient est remonté spontanément à plus de 200 G pendant les 6 semaines de l’étude, le pourcentage de ces patients passe de 14 % sous 30 mg d’eltrombopag à 37 % sous 50 mg et 50 % sous 75 mg/j. Des effets indésirables ont été rapportés chez au moins 5 % des patients. Ces effets secondaires sont un peu plus marqués à 50 et 70 mg avec un effet de grade 3 ou 4 chez 1/10 patients (surtout à type de céphalées). Un patient a développé un glaucome.

Afin de confirmer ces résultats encourageants, des études de phase III multicentrique en double aveugle vont débuter prochainement. Il s’agira de confirmer l’efficacité de l’eltrombopag à la dose de 50 mg/j versus placebo pendant 6 mois [7].

L’AKR-501

L’AKR-501 a été identifiée par screening de petites molécules capables d’avoir une action sur les lignées cellulaires sous la dépendance de la thrombopoïétine (TPO) [14]. Elle s’administre par voie orale et a montré in vitro une stimulation de la croissance des cellules TPO-dépendantes ainsi qu’une croissance des mégacaryocytes par activation des TPO-R humains et de chimpanzés. À dose unique chez des sujets sains, il a été rapporté une augmentation du taux des plaquettes de façon dose dépendante. Aucun effet indésirable n’a été signalé pour le moment, l’absorption per os est bonne et le temps de demi-vie est évalué à environ 16 h. Sa posologie optimale serait d’une dose par jour en per os. Des études cliniques sont planifiées afin de tester cette molécule pour le traitement du PTI.

Les anticorps agonistes des récepteurs de la thrombopoïétine

Des anticorps monoclonaux sont aussi une voie possible d’activation du récepteur de la thrombopoïétine (TPO-R) [14].

Le TPO « minicorps » ou VB22Bsc(Fv)2

Une région variable (VH) d’une chaîne lourde et une région variable (VL) d’une chaîne légère ont été isolées et génétiquement modifiées afin de créer un petit anticorps bivalent de taille similaire au fragment Fab (figure 6) [14]. Le VB22Bsc(Fv)2 se lie au récepteur de la thrombopoïétine (TPO-R) des lignées cellulaires dépendantes de la TPO et l’active tout comme le rHuTPO. Il induit lui aussi une phosphrylation de JAK2 et de STAT5 et va permettre un accroissement du taux de plaquettes. Chez des singes simiens, la demi-vie a été estimée de 8 à 9 heures. Cette molécule n’engendrerait pas la création d’auto-anticorps.

Le MA01G4G344

C’est un anticorps monoclonal de type IgG1 [14]. Une administration par semaine in vitro stimule les lignées cellulaires dépendantes de la thrombopoïétine. Une seule injection dans des cellules transgéniques humaines/souris permet une augmentation durable du taux de plaquettes pendant un mois. Certaines modifications de structure ont été réalisées, certaines ont permis de voir l’activité augmenter de 10 fois, ou bien d’éviter une toxicité cellulaire.

Les limites actuelles à l’utilisation des facteurs de croissance plaquettaire

Comme nous l’avons vu, ces molécules offrent potentiellement une alternative aux traitements contraignants disponibles dans le cadre des thrombopénies [5, 7]. Dans le PTI, les résultats sont encourageants voire très prometteurs. Néanmoins pour le moment, la plupart de ces molécules sont encore en études cliniques. Les plus abouties sont en attente de confirmation en phase III.

L’un des principaux facteurs limitant est bien évidemment l’absence de recul avec ces molécules et la méconnaissance des effets à long terme [13, 14]. Pour le moment, 2 cas de myélofibroses ont été rapportés chez des patients aspléniques sous AMG 531 à haute dose (> 10 μg/kg). La myélofibrose a cependant régressé au bout de 14 jours. Du point de vue expérimental, une myélofibrose apparaît chez la souris transgénique avec une expression accrue de thrombopoïétine. La production accrue de mégacaryocytes engendrée par ces agonistes, favoriserait la production de TGFβ1 et de PDGF ; deux facteurs favorisant la myélofibrose.

Il faut aussi garder en mémoire que pour le moment ce traitement apparaît (reste ?) un traitement suspensif et non curatif [7, 13, 14]. D’après certains experts et dans l’état actuel de nos connaissances, il en ressort que l’utilisation de ces agonistes se limiterait à 2 situations bien précises :

  • Sur une courte période de quelques semaines, dans la prise en charge d’un PTI récent (< 3 mois) corticosensible mais corticodépendant avec un taux de plaquettes < 30 × 109/l et/ou des manifestations hémorragiques, permettant une épargne cortisonique ;
  • Dans les PTI chroniques sévères (taux de plaquettes < 30 × 109/l), symptomatiques avec transfusions de plaquettes itératives voire inefficaces avec là, une utilisation prolongée.

Conclusion

Les facteurs de croissance plaquettaire notamment les agonistes des récepteurs à la thrombopoïétine (AMG 531 et eltrompobag) offrent un nouvel espoir thérapeutique dans le PTI. Ils stimulent la production plaquettaire en activant les mêmes voies de signalisation que la thrombopoïétine endogène avec peu d’effets indésirables à court terme. Ces molécules sont administrables par voie orale ou sous-cutanée et sont donc moins contraignantes que les thérapies actuellement disponibles. Cependant, cela reste un traitement suspensif et non curatif. A l’arrêt du traitement le taux de plaquettes revient à son taux d’avant traitement. De plus, son utilisation actuelle dans le traitement du PTI se limite à 2 situations bien définies : 1) sur une courte période à la phase aiguë afin de suspendre le traitement par corticoïdes ; et 2) sur une période prolongée lors d’un PTI chronique réfractaire sévère et symptomatique. Il faut aussi attendre la confirmation des études de phase III afin de s’assurer de l’innocuité à long terme (risque de thrombose et de myélofibrose ?). Des études sont en cours à l’heure actuelle pour voir les autres applications possibles, comme par exemple l’utilisation de l’eltrompobag dans les thrombopénies secondaires à l’hépatite C [18]. Ces molécules sont donc très prometteuses et offrent une nouvelle voie de traitement de cette maladie qu’est le PTI dont l’origine reste encore inconnue.

Références

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9 Godeau B, Durand JM, Roudot-Thoraval F, et al. Dapsone for chronic autoimmune thrombocytopenic purpura : a report of 66 cases. Br J Haematol 1997 ; 97 : 336-9.

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11 Godeau B, Fain O, Porcher R, et al. Le rituximab est-il une alternative à la splénectomie chez les adultes atteints d’un purpura thrombopénique immunologique chronique? Résultats d’une étude prospective multicentrique de phase 2. Rev Med Interne 2006 ; 27(suppl 3) : S297-S298.

12 Braendstrup P, Bjerrum OW, Nielsen OJ, et al. Rituximac chimeric anti-CD20 monoclonal antibody treatment for adult refractory idiopathic thrombocytopenic purpura. Am J Haematol 2005 ; 116 : 275-80.

13 Michel M. Agonistes du récepteur de la thrombopoïétine : actualité et perspectives. Hématologie 2006 ; l12 : 305-14.

14 Kuter DJ. New thrombopoietic growth factors. Blood 2007 ; 109 : 4607-16.

15 Nomura S, Dan K, Hotta T, et al. Effects of pegylated recombinant human megakaryocyte growth and development factor in patients with idiopathic thrombocytopenic purpura. Blood 2002 ; 100 : 728-30.

16 Bussel JB, Kuter DJ, George JN, et al. AMG 531, a thrombopoiesis-stimulating protein, for chronic ITP. N Engl J Med 2006 ; 355 : 1672-81.

17 Bussel JM, Cheng G, Saleh MN, et al. Eltrombopag for the treatment of chronic idiopathic thrombocytopenic purpura. N Engl J Med 2007 ; 357 : 2237-47.

18 McHutchison JG, Dusheiko G, Shiffman ML, et al. Eltrombopag for Thrombocytopenia in Patients with Cirrhosis Associated with Hepatitis C. N Engl J Med 2007 ; 357 : 2227-36.


 

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