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Prévention de l’endocardite infectieuse : que nous disent les nouvelles recommandations ?


Médecine thérapeutique. Volume 14, Numéro 1, 10-5, Janvier-Février 2008, Revue

DOI : 10.1684/met.2008.0147

Résumé  

Auteur(s) : Catherine Szymanski, Emmanuel Messas , Hôpital européen Georges Pompidou, Pôle cardiovasculaire, 20 rue Leblanc, 75015 Paris.

Résumé : Les recommandations de 1997 concernant la prophylaxie de l’endocardite infectieuse proposaient une utilisation large de l’antibioprophylaxie avant les gestes dentaires à risque, dans une large population de sujets considérés à risque. La philosophie des recommandations de 2002 acceptait l’idée des incertitudes qui règnent sur cette question avec une tendance à la restriction des indications de l’antibioprophylaxie. Aucun essai randomisé n’a encore étudié l’efficacité de l’antibioprophylaxie sur le risque d’endocardite après soins dentaires. Des travaux épidémiologiques sur le sujet laissent persister un doute sur l’efficacité de cette prophylaxie. Les recommandations de 2007 valident cette tendance en ne proposant plus de prophylaxie optionnelle chez les sujets porteurs d’une cardiopathie étiquetée du groupe B (d’après les anciennes recommandations) ou lors de gestes sur les systèmes gastro-intestinal et génito-urinaire.

Mots-clés : endocardite, antibioprophylaxie, recommandations

ARTICLE

Auteur(s) : Catherine Szymanski, Emmanuel Messas

Hôpital européen Georges Pompidou, Pôle cardiovasculaire, 20 rue Leblanc, 75015 Paris

L’endocardite infectieuse (EI) résulte de la colonisation, par des bactéries circulantes (bactériémie), d’une végétation fibrinoplaquettaire initialement stérile développée sur un endocarde lésé. L’EI est une pathologie qui reste assez rare : son incidence, estimée à environ 1 500 cas par an, en France, ne semble pas diminuer au cours des 10 dernières années malgré les efforts de prévention. Cette apparente stabilité masque de profonds changements épidémiologiques, avec une population atteinte de plus en plus âgée, la présence d’une cardiopathie sous-jacente et les modifications de la flore microbienne. La gravité et le pronostic de l’EI justifient une prophylaxie, qui est désormais mieux ciblée en fonction de la cardiopathie sous-jacente et des caractéristiques du patients.

Epidémiologie

Dans une étude épidémiologique prospective [1], conduite sur une année (1999) dans l’ensemble des hôpitaux de 6 régions représentant 26 % de la population française (390 adultes retenus atteints d’une EI selon les critères de la Duke University), l’incidence de l’EI en France métropolitaine, était estimée à 31 nouveaux cas par million d’habitants et par an. La prévalence étant plus importante chez les hommes avec 44 nouveaux cas par million d’habitants et par an contre 17 chez les femmes.

L’incidence par classe d’âge augmente principalement chez les patients de plus de 65 ans. En France, la proportion de patients n’ayant pas de cardiopathie sous-jacente connue a augmenté de façon significative passant de 34 % [2] en 1991 à 47 % en 1999 [1]. Ces modifications peuvent s’expliquer surtout par la forte diminution du rhumatisme articulaire aigu (RAA) et des valvulopathies post-rhumatismales. La diminution de la fréquence des valvulopathies rhumatismales a laissé la place aux valvulopathies dégénératives, plus fréquentes dans la population âgée [3]. D’autres facteurs prédisposants sont apparus tels que la toxicomanie intraveineuse, les prothèses valvulaires, la réalisation d’actes invasifs à risque de bactériémie responsables d’endocardites nosocomiales.

En France, l’évolution du profil microbiologique est marquée par l’augmentation de la fréquence des EI à streptocoques du groupe D et à staphylocoques [1, 2]. Hoen et al. ont confirmé une nette diminution de fréquence des EI à streptocoques oraux qui sont passées de 40.4 % en 1986 à 17 % en 1999, avec parallèlement une augmentation de la fréquence des EI à streptocoques du groupe D et à staphylocoque doré, qui ont été responsables chacune, de 25 % des EI.

Pronostic

Malgré l’amélioration et le développement de la prise en charge médicale et chirurgicale précoce de ces patients, l’EI reste toutefois une pathologie grave avec une mortalité élevée.

La mortalité globale hospitalière est de 15 à 20 % [1]. Ce taux est plus élevé dans les endocardites du cœur droit du toxicomane [4] dans les endocardites non compliquées à streptocoques viridans, chez les personnes âgées [3, 5] chez les patients porteurs de prothèse valvulaire [6, 7] (surtout si l’EI est précoce ou causée par staphylocoque doré) [8], chez les patients nécessitant une hospitalisation dans un service de réanimation au moment du diagnostic [9, 10]. En France, le taux de mortalité hospitalière globale a diminué de 21,6 % en 1991 [2] à 16,6 % en 1999 [1].

La présence d’une insuffisance cardiaque ou d’une dysfonction ventriculaire gauche assombrit le pronostic [11].

Les EI à staphylocoques ont un pronostic plus grave que celles à streptocoques [1, 12, 13] avec des taux de mortalité de 4 à 16 % pour les streptocoques viridans, 15 à 25 % pour les entérocoques, 25 à 47 % pour le staphylocoque doré, supérieurs à 50 % pour Pseudomonas aeruginosa, enterobacteriaceae et les champignons [14].

Les patients qui sortent guéris de l’hôpital ont un taux de mortalité annuelle de 3 % et de récidive ultérieure de 11 % [15] avec une mortalité plus élevée pendant l’année qui suit l’hospitalisation, puis la courbe de survie rejoint celle de la population générale [16]. À 6 mois, la mortalité globale est d’environ 25 % [17].

Les taux de survie à 5 ans varient entre 55 et 85 % selon les études [7], et à 10 ans de l’ordre de 50 à 70 % [18, 19].

L’EI précoce sur prothèse valvulaire a, en particulier, un pronostic beaucoup plus sévère que la population globale des EI [7, 20].

Intérêt d’une prévention

L’EI est une situation propice à une prévention visant à empêcher la greffe de bactéries sur l’endocarde chez les patients présentant une cardiopathie prédisposante. Cette prévention chez les patients à risque repose sur le dépistage et le traitement des portes d’entrée potentielles mais aussi sur une antibioprophylaxie lors de gestes invasifs susceptibles de provoquer une bactériémie.

La justification d’une prévention de l’EI par une antibioprophylaxie lors des gestes à risque chez les patients atteints d’une cardiopathie prédisposante repose essentiellement sur des données théoriques. Le nombre d’EI évitables est probablement faible et les données épidémiologiques confirmant son intérêt en termes de santé publique sont peu probantes. La prophylaxie antimicrobienne considérée comme efficace chez les humains pour la prévention des EI associées aux gestes dentaires, gastro-intestinaux ou génito-urinaires est un principe fondamental qui a été remis en question dans plusieurs publications, incitant à la révision des recommandations.

Les conséquences d’un tel changement tendent à réduire le nombre de patients candidats à une antibioprophylaxie et encouragent à la réalisation d’études prospectives sur la prophylaxie de l’EI.

Des études expérimentales ont montré que le risque d’endocardite était plus lié à des passages répétés, chroniques, de faibles inoculums de bactéries dans le sang, qu’à des décharges bactériémiques uniques. Une bactériémie transitoire est habituelle lors de la manipulation des dents ou des tissus périodontaux mais bien plus fréquente lors des activités quotidiennes non liées à un geste dentaire (brossage des dents, mastication des aliments) [21-30]. D’autre part, la majorité des patients avec EI n’ont pas eu de geste dentaire dans les 2 semaines qui précédaient l’apparition des symptômes [31]. L’importance de la bactériémie au cours d’un geste dentaire est faible et moindre que celle utilisée pour induire une endocardite expérimentale chez l’animal [32-34].

En France, l’incidence des endocardites à germes d’origine dentaire a diminué. Ceci peut être expliqué par l’amélioration de l’hygiène bucco-dentaire de la population générale.

À défaut d’essai randomisé, on ne dispose que d’études épidémiologiques cas-témoins. Ces études mettent en doute l’intérêt de l’antibioprophylaxie avant les gestes dentaires. Dans l’étude de Van der Meer et al. [35], les auteurs concluent que les gestes dentaires ne causent que peu d’EI, et la prophylaxie n’aurait prévenu qu’un faible nombre de cas, même si celle-ci est efficace dans 100 % des cas. De la même façon, dans l’étude multicentrique de Strom et al. [31], les auteurs concluent que les gestes dentaires n’étaient pas un facteur de risque d’EI y compris chez les patients porteur d’une valvulopathie. Enfin, d’après Duval et al. [36], « il faudrait un nombre très important de doses de prophylaxie pour ne prévenir qu’un très petit nombre d’EI ».

Il existe en France une augmentation préoccupante des bactéries résistantes aux antibiotiques. L’impact de la résistance des streptocoques viridans sur l’antibioprophylaxie de l’EI est inconnu. Si la résistance in vitro est prédictive d’une inefficacité clinique, le taux élevé de résistance de streptocoque viridans est un argument supplémentaire pour montrer le faible intérêt de l’antibioprophylaxie avant les gestes dentaires.

Compte tenu du faible nombre d’EI survenant après les soins dentaires chez des patients préalablement connus comme ayant une cardiopathie à risque, le nombre d’endocardites qui pourraient être évitées, même par un traitement antibiotique optimal, est très faible.

D’autre part, plusieurs études ont fait part des risques d’allergie [37], d’effets gastro-intestinaux, de réactions cutanées (rash, urticaire), voire d’angioedème ou de choc anaphylactique mortel [38] liés à ce traitement.

Principe des recommandations de 2002

Devant ces incertitudes, le groupe de travail avait conduit à l’élaboration de ces recommandations avec l’idée d’un maintien de l’antibioprophylaxie chez les sujets à risque lors des gestes à risque en réservant les indications aux cas où le rapport bénéfice individuel sur risque collectif paraissait le plus élevé. Chez les patients porteurs d’une cardiopathie à risque moins élevé d’endocardite infectieuse, l’antibioprophylaxie n’était plus considérée comme obligatoire mais optionnelle.

Principe des recommandations de 2007 [37]

Définition du groupe à risque

Les cardiopathies suivantes représentent les situations cardiaques associées au plus haut risque d’EI et d’augmentation du risque d’évolution défavorable d’EI :
  • Prothèse valvulaire cardiaque ;
  • Antécédent d’EI ;
  • Cardiopathie congénitale :
    • Cardiopathie congénitale cyanogène non corrigée, y compris s’il y a eu chirurgie palliative.
    • Communication intercavitaire complètement corrigée, comportant un dispositif ou du matériel prothétique, placé par chirurgie ou par cathétérisme, pendant 6 mois après le geste (prophylaxie recommandée car l’endothélialisation du matériel prend 6 mois).
    • Cardiopathie congénitale réparée avec communication résiduelle à l’endroit d’implantation d’un patch prothétique ou d’un dispositif (ce qui empêche l’endothélialisation) ;
  • Transplantés cardiaques développant une valvulopathie.

Il n’y a pas de donnée, dans la littérature, démontrant l’intérêt d’une antibioprophylaxie sur la prévention d’endocardite associée à une bactériémie après procédure invasive. On ne peut toutefois pas exclure la possibilité qu’il puisse exister un nombre extrêmement faible d’EI pouvant être prévenues par l’antibioprophylaxie chez les patients devant subir une procédure invasive.

Par rapport aux anciennes recommandations de l’ACC/AHA, les candidats à une antibioprophylaxie de l’EI sont finalement peu nombreux, réduisant les indications uniquement à ce groupe de patients considérés comme le groupe à plus haut risque.

Les mesures d’hygiène restent fondamentales : hygiène générale, cutanée et bucco-dentaire (la pratique du piercing est déconseillée, l’utilisation de cathéters doit être évitée ou pratiquée avec des mesures d’asepsie rigoureuses).

L’antibioprophylaxie sera administrée en dose unique dans l’heure précédant le geste et peut être administrée jusqu’à 2 heures après le geste en cas d’oubli.

Soins dentaires

Pour les sujets à risques (énumérés précédemment), l’antibioprophylaxie est raisonnable chez les patients ayant un geste dentaire, impliquant les tissus gingivaux, la région périapicale d’une dent ou de gestes avec perforation de la muqueuse orale. Cette antiobioprophylaxie n’a cependant pas fait la preuve de son efficacité. (recommandation de classe IIa, niveau de preuve C). Les procédures justifiant l’antibioprophylaxie incluent les biopsies, les sutures, la mise en place de bagues orthodontiques. Elles n’incluent pas l’injection d’anesthésiques à travers des tissus non infectés, les radiographies dentaires, la mise en place ou le retrait d’appareils prosthodontique ou orthodontiques, de crochets orthodontiques, l’ajustement des appareils orthodontiques. De la même façon, l’antibioprophylaxie n’est pas recommandée pour l’extraction dentaire ni pour les traumatismes des muqueuses buccale et labiale.

L’amoxicilline est l’antibiotique de choix. En cas d’allergie, on utilisera la céfalexine ou une autre céphalosporine de première génération : clindamycine, azithromycine ou clarithromycine.

Le tableau 1 résume les modalités d’administration de cette antibioprophylaxie.

Tableau 1 Résumé des modalités d’administration de l’antibioprophylaxie

Situation

Produit

Posologie chez l’adulte

Posologie chez l’enfant

Voie orale possible

Amoxicilline

2 g

50 mg/kg

Voie orale impossible

  • Ampicilline
  • OU
  • Céfazoline ou ceftriaxone


  • 2 g IM ou IV
  • 1 g IM ou IV


  • 50 mk/kg IM ou IV
  • 50 mg/kg IM ou IV


Allergie à la pénicilline ou ampicilline, voie orale

  • Céfalexine*,#
  • OU
  • Clindamycine
  • OU
  • Azithromycine ou clarithromycine


  • 2 g
  • 600 mg
  • 500 mg


  • 50 mg/kg
  • 20 mg/kg
  • 15 mg/kg


Allergie à la pénicilline ou ampicilline et voie orale impossible

  • Céfazoline ou ceftriaxone#
  • OU
  • Clindamycine


  • 1 g IM ou IV
  • 600 mg IM ou IV


  • 50 mg/kg IM ou IV
  • 20 mg/kg IM ou IV


*Ou autre céphalosporine orale de première ou deuxième génération en dose équivalente chez l’adulte et l’enfant.

#Les céphalosporines ne devraient pas être utilisées seuls en cas d’antécédent d’anaphylaxie, angioedème, ou urticaire avec la pénicilline ou l’ampicilline.

Gestes sur les voies aériennes

L’antibioprophylaxie est recommandée chez les patients à risque, cités précédemment, avec les modalités précisées dans le tableau (recommandation de classe IIa, niveau de preuve C), chez les patients ayant un geste invasif avec incision ou biopsie de la muqueuse respiratoire, tel qu’une amygdalectomie ou adénoïdectomie. Il n’est pas recommandé d’antibioprophylaxie en cas de bronchoscopie seule à moins qu’il y ait incision de la muqueuse respiratoire. Chez les patients devant bénéficier d’un geste invasif afin de traiter une infection avérée (drainage d’abcès ou emphysème), il est recommandé d’utiliser un antibiotique actif contre les streptocoques viridans. S’il s’agit d’un staphylocoque doré, on utilisera une pénicilline antistaphylococcique ou une céphalosporine, voire la vancomycine s’il s’agit d’un Staphylococcus aureus méthicilline résistant (SARM).

Gestes de la sphère gastro-intestinale et urogénitale

La flore bactérienne physiologique la plus représentée est celle d’entérocoques. Ces micro-organismes peuvent causer des infections intra-abdominales ou du système hépatobiliaire. De telles infections sont souvent polymicrobiennes, avec des germes gram positifs et gram négatifs aéro- et anaérobies. Seuls les entérocoques peuvent être à l’origine d’une endocardite.

L’antibioprophylaxie n’est plus recommandée chez les patients nécessitant un geste gastro-intestinal ou génito-urinaire, incluant l’endoscopie œso-gastro-duodénale ou la colonoscopie (recommandation de classe III, niveau de preuve B), contrairement aux précédentes recommandations [39]. En effet, aucune étude n’a pu montrer de lien entre un geste gastro-intestinal ou génito-urinaire et le développement d’une EI. De plus, aucune étude n’a démontré la prévention de l’EI après de telles procédures.

Les patients ayant une infection des systèmes génito-urinaire ou gastro-intestinal peuvent avoir une bactériémie intermittente ou soutenue. Dans ce cas-là ou chez les patients sous antibiothérapie pour prévenir une sepsis, si les patients sont à très haut risque d’EI, les auteurs recommandent que l’antibiothérapie comporte un agent actif sur les entérocoques tels que la pénicilline, l’ampicilline, la pipéracilline, ou la vancomycine (recommandation de classe IIb, niveau de preuve B).

De la même façon, pour les patients à très haut risque d’EI devant bénéficier d’une cystoscopie ou de tout autre geste sur les voies urinaires, les patients porteurs d’une colonisation ou d’une infection urinaire à entéroccoque, une antibiothérapie afin d’éradiquer les entéroccoques urinaires est raisonnable (recommandation de classe IIB, niveau de preuve B). L’amoxicilline ou l’ampicilline sont les antibiotiques de choix pour couvrir les entérococcoques chez ces patients.

Gestes sur les tissus cutanés ou musculo-squelettiques infectés

Ces infections sont souvent polymicrobiennes mais seuls les staphyloccoques et les streptocoques β hémolytiques peuvent être à l’origine d’EI. Pour les patients à très haut risque, il est raisonnable que l’antibiothérapie administrée pour traiter l’infection comporte un agent actif contre ces 2 espèces, tel qu’une pénicilline antistaphylococcique ou une céphalosporine avec les mêmes dosages que ceux mentionnés dans le tableau (recommandation de classe IIb, niveau de preuve C). La vancomycine ou la clindamycine ne doivent être administrées que chez les patients intolérants aux β lactamines ou ayant une suspicion d’infection à SARM.

Patients devant subir une chirurgie cardiaque

Une évaluation dentaire préopératoire est recommandée, de même qu’un traitement au besoin, si possible, avant chirurgie valvulaire cardiaque. Ces mesures visent à réduire l’incidence des endocardites tardives sur prothèse causées par les streptocoques viridans.

Les patients bénéficiant d’une mise en place de prothèse valvulaire ou intravasculaire ou de tout autre matériel intracardiaque sont à risque de développer une infection [40]. La morbi-mortalité de telles infections chez ces patients étant élevée, il est recommandé une antibiothérapie peropératoire (recommandation de classe I, niveau de preuve B).

Les endocardites précoces sur prothèse valvulaire sont essentiellement causées par les staphylocoques dorés, ou à coagulase négative ou les diphthéroïdes. Aucun antibiotique n’est efficace en monothérapie contre tous ces microorganismes. L’antibioprophylaxie au moment de l’intervention doit être dirigée, en première intention, contre le staphylocoque et doit être de courte durée. Une céphalosporine de première génération est le plus souvent utilisée, mais le choix de l’antibiotique devrait être influencé par la susceptibilité des germes hospitaliers. Malgré la présence de staphylocoques coagulase-négative nosocomiaux résistants à la méthicilline, les auteurs recommandent l’utilisation de céphalosporine de première génération pour ces patients (recommandation de classe I, niveau de preuve A). Pour les hôpitaux à haute prévalence de souches de staphylocoques epidermidis résistants à la méthicilline, une prophylaxie par vancomycine est raisonnable mais n’a pas montré sa supériorité par rapport à une céphalosporine (recommandation de classe IIb, niveau de preuve C). La prophylaxie doit être initiée immédiatement avant la procédure opératoire, répétée durant l’intervention en cas de longue procédure afin de maintenir des concentrations sériques pendant l’opération, et poursuivie pendant 48 heures au maximum, en post-opératoire afin de minimiser les résistances (recommandation de classe IIa, niveau de preuve B). Les concentrations sériques des antibiotiques doivent être adaptées à la fonction rénale durant la circulation extracorporelle.

L’antibioprophylaxie pour les gestes dentaires n’est pas recommandée chez les patients ayant subi un pontage aortocoronaire ou la mise en place de stent intracoronaire (recommandation de classe III, niveau de preuve C).

L’utilisation de l’antibioprophylaxie chez les patients greffés cardiaques et qui développent une valvulopathie cardiaque est raisonnable mais son utilité est moins bien établie (recommandation de classe IIa, niveau de preuve C).

Conclusion

Les bactériémies liées aux activités quotidiennes sont plus à risque d’entraîner une EI que les bactériémies associées à des gestes dentaires. Un nombre extrêmement faible d’endocardites pourrait être prévenu par une antibioprophylaxie même si celle-ci est efficace dans 100 % des cas. Les recommandations sur la prévention de l’endocardite ne s’adressent qu’aux patients considérés comme à très haut risque et mentionnés ci-dessus et n’est pas recommandé pour toute autre forme de cardiopathie que celles mentionnées.

L’antibioprophylaxie est raisonnable pour tous les gestes dentaires impliquant la manipulation des tissus gingivaux ou des régions périapicales des dents ou la perforation de la muqueuse orale uniquement chez les patients ayant le risque le plus élevé d’évolution défavorable d’EI.

L’antibioprophylaxie est raisonnable chez les gestes des voies respiratoires ou des tissus cutanés infectés, des structures cutanées, des tissus musculosquelettiques uniquement chez les patients ayant le risque le plus élevé d’évolution défavorable d’EI.

L’antibioprophylaxie uniquement préventive de l’EI n’est pas recommandée pour les gestes des voies génito-urinaires et gastro-intestinales.

Bien que ces recommandations modifient les indications pour la prévention de l’EI en insistant sur les gestes dentaires, le groupe de travail précise que les procédures médicales listées dans les recommandations de 1997 demeurent inchangées et s’étendent aux gestes gynéco-obstétriques (hystérectomie et délivrance au moment de l’accouchement) et les tatouages. La pratique du piercing est déconseillée pour les patients ayant le risque le plus élevé d’évolution défavorable de l’endocardite en raison de la possibilité de bactériémie.

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