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La maladie de Still de l’adulte


Médecine thérapeutique. Volume 13, Numéro 2, 79-88, Mars-Avril 2007, Revue

DOI : 10.1684/met.2007.0077

Résumé  

Auteur(s) : Jean-Benoît Arlet, Jacques Pouchot , Service de médecine interne, Hôpital européen Georges Pompidou, 20, rue Leblanc, 75015 Paris.

Résumé : La maladie de Still de l’adulte est une maladie inflammatoire de cause inconnue qui se manifeste typiquement par la survenue brutale d’une fièvre hectique, d’arthralgies, d’une douleur pharyngée et une éruption cutanée évanescente. Les signes biologiques associés sont typiquement un syndrome inflammatoire et une hyperferritinémie marqués, une fraction glycosylée de la ferritine abaissée, une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles et une cytolyse hépatique. L’évolution de la MSA est très variable : poussée unique, poussées itératives ou rhumatisme articulaire chronique parfois destructeur. Le pronostic de la maladie est généralement bon, mais des formes graves avec coagulation intravasculaire disséminée, syndrome de détresse respiratoire ou hémophagocytaire peuvent engager le pronostic vital des patients. Le traitement de première intention repose sur les anti-inflammatoires non stéroïdiens, mais bien souvent il faut avoir recours à la corticothérapie (0,5 à 1 mg/kg/j), souvent associée à du méthotrexate afin de diminuer la corticodépendance. Les immunoglobulines intraveineuses et les biothérapies, notamment anti-TNF et anti-interleukine-1, peuvent être utiles dans les formes rebelles de la maladie.

Mots-clés : maladie de Still de l’adulte, anti-TNF, physiopathologie, complications

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Jean-Benoît Arlet, Jacques Pouchot

Service de médecine interne, Hôpital européen Georges Pompidou, 20, rue Leblanc, 75015 Paris

Historique, nosologie et définition

C’est en 1971 que Bywaters [1] décrivit chez 14 adultes jeunes un tableau clinique semblable à celui de la forme systémique des arthrites juvéniles, individualisée pour la première fois par GF Still en 1897. La maladie de Still de l’adulte (MSA) se définit typiquement, chez un patient de plus de 16 ans, par une triade clinique et une triade biologique :
  • une fièvre élevée et intermittente, des arthralgies ou arthrites, une éruption cutanée fugace ;
  • une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles, une hyperferritinémie et une cytolyse hépatique.

Ces signes cliniques se retrouvent typiquement dans le syndrome de Wissler-Fanconi ou subsepsis hypergica, décrit pour la première fois en 1943. Il est donc possible, comme le suggèrent plusieurs auteurs, que ce syndrome et la MSA ne forment en fait qu’une seule et unique entité [2].

La diversité des signes cliniques et biologiques et l’absence de marqueur pathognomonique de cette maladie expliquent le diagnostic souvent tardif, qui doit demeurer un diagnostic d’élimination, retenu en l’absence d’une autre maladie systémique, d’une hémopathie ou d’une affection néoplasique.

L’évolution de la MSA est très variable : poussée unique, poussées itératives ou rhumatisme articulaire chronique parfois destructeur [3, 4]. Le pronostic de la maladie est généralement bon, mais des décès sont parfois observés, particulièrement quand une hémophagocytose ou une CIVD complique la maladie [5, 6].

Épidémiologie

La maladie de Still est beaucoup plus rare chez l’adulte que chez l’enfant, chez qui elle est maintenant appelée « forme systémique des arthrites juvéniles idiopathiques (FSAJI) ». Son incidence estimée varie entre 1 cas pour 100 000 et 1 cas pour 1 million d’habitants, au Japon, aux Pays-Bas et en France [7-9]. La répartition géographique de la maladie est ubiquitaire, mais on peut noter une prépondérance des cas japonais rapportés dans la littérature.

La MSA apparaît entre 16 et 35 ans chez environ 70 % des patients. Elle peut néanmoins se voir à tous les âges, y compris chez des sujets âgés [4]. Elle peut réellement débuter à l’âge adulte (après 16 ans) ou être la résurgence chez l’adulte d’une maladie de Still de l’enfant. Ces cas représenteraient environ 13 % des MSA et leur intégration dans la forme de l’adulte nécessite un intervalle libre entre la forme pédiatrique et celle de l’adulte [4]. Plusieurs études ont mis en évidence une prédominance féminine de la MSA avec un sex-ratio homme/femme d’environ 0,5 [1, 9].

Physiopathologie

La physiopathologie de la MSA n’est pas connue. Plusieurs hypothèses sont néanmoins avancées [10].

Causes environnementales ou infectieuses

  • L’hypothèse d’une infection qui serait à l’origine de la maladie a souvent été évoquée, mais les preuves sont faibles. Dans certaines observations, le début de la MSA coïncide avec une infection virale ou, plus rarement, bactérienne ou parasitaire [4, 10]. Les agents infectieux rapportés sont très nombreux et divers, ce qui doit peut-être amener à considérer l’infection non comme élément causal de la maladie mais comme un facteur déclenchant d’une poussée sur un terrain immunologique particulier [10]. Cependant, Sampalis et al. [12], dans une étude cas-témoins canadienne, n’identifiaient pas de facteur de risque infectieux dans le déclenchement de la MSA. Ces auteurs notaient seulement une fréquence plus importante d’événements stressants et d’épisodes d’allergie dans l’année précédant le diagnostic.
  • Pour une majorité des auteurs, le diagnostic initial de MSA ne peut être considéré que lorsque toute cause infectieuse a été éliminée.

Causes génétiques

Bien qu’aucun cas familial de MSA n’ait été rapporté jusqu’à présent, un terrain génétique particulier pourrait être nécessaire pour développer une MSA. Le HLA DR2 semble fréquent chez les patients ayant une MSA [3, 10]. D’autres associations ont été rapportées avec les antigènes HLA B14, Cw4, DR4, DR6, DR7, Bw35 [4]. Un polymorphisme génétique particulier du gène de certaines cytokines comme l’IL-18 pourrait aussi jouer un rôle [12].

Les lymphocytes T activés et l’activation macrophagique

  • L’élévation des taux d’interféron (INF)-γ et du récepteur soluble de l’IL2 (sIL-2R) au cours de la MSA est le témoin d’une activation lymphocytaire T CD4, préférentiellement de type Th1 [10].
  • L’INF-γ est un puissant activateur des monocytes-macrophages. Ces cellules sont très fortement activées au cours des poussées de MSA comme le montre la production massive de produits synthétisés essentiellement par ces cellules : ferritine, TNFα, interleukine (IL)-6, IL-8, IL-18 [10]. Cette hyperactivation peut parfois aboutir à un véritable syndrome hémophagocytaire, complication parfois mortelle de la MSA [6].
  • Parmi les cytokines produites par les macrophages activés, l’IL-18 semble jouer un rôle central. Son taux est corrélé à l’activité de la maladie [13]. L’IL-18 stimule la prolifération des lymphocytes T CD4 et induit une production, par ces lymphocytes T, d’INF-γ, activateur, comme on l’a vu, des macrophages. La boucle d’activation des macrophages est alors auto-entretenue et amplifiée.
  • La cause précise de l’activation des macrophages dans la MSA est plus obscure : cause infectieuse, médicamenteuse, environnementale, terrain génétique prédisposant, pathologie de l’immunité innée ? Un déficit d’activité des lymphocytes cytotoxiques (T CD8 ou natural killer) pourrait être une piste étiologique intéressante, comme cela a été montré dans les FSAJI [14]. Des antigènes viraux ou bactériens pourraient être surexprimés, du fait d’une réponse cytotoxique déficiente, et expliquer alors l’emballement du système de défense anti-infectieuse, inné et acquis [10].

Signes cliniques (Tableau 1)

La fièvre

Elle est constante. Il s’agit d’une fièvre typiquement élevée, hectique, supérieure à 39 °C. La fièvre survient volontiers en fin de journée et il existe le plus souvent un retour à l’apyrexie entre les pics fébriles. Plus rarement la fièvre peut être rémittente ou désarticulée. Elle commence brutalement et peut persister de nombreuses semaines, entraînant alors une altération de l’état général avec une perte de poids [1, 4].
Tableau 1 Répartition des manifestations cliniques au cours de la maladie de Still de l’adulte [4]

Pourcentage

Sexe féminin

67,2

Âge ≤ 35 ans

69,6

Épisode dans l’enfance

13

Arthralgies

99,4

Arthrites

86,7

Polyarthrite

77

Oligoarthrite

23

Fièvre ≥ 39 °C

94,8

Perte de poids ≥ 10 %

47,8

Eruption cutanée

82,6

Mal de gorge

65,9

Myalgies

62,7

Adénopathies

62,0

Splénomégalie

42,9

Hépatomégalie

38,5

Pleurésie

23,5

Péricardite

22,2

Douleurs abdominales

20,4

Pneumopathie

13,8

Atteinte rénale

8,7

Atteinte neurologique

6,9

Atteinte oculaire

5,3

Les manifestations articulaires

Elles sont pratiquement constantes mais peuvent apparaître de manière retardée [3, 15]. Il s’agit d’arthralgies inflammatoires avec le plus souvent des arthrites associées. Elles sont généralement migratrices au début, fréquemment rythmées par la fièvre puis prennent la forme d’une polyarthrite bilatérale et symétrique [3]. Toutes les articulations peuvent être touchées, mais les grosses articulations (genoux, chevilles, coudes), les interphalangiennes distales et surtout les poignets sont atteints de manière préférentielle [3, 4, 16]. Le liquide articulaire est en général très inflammatoire (> 10 000 éléments/mm3, à prédominance de polynucléaires neutrophiles) et la biopsie synoviale non spécifique.

Ces manifestations articulaires peuvent disparaître sans séquelles, récidiver lors des poussées de la maladie, ou passer à la chronicité dans moins d’un tiers des cas [3, 4, 17].

Les radiographies sont le plus souvent normales au début, mais des destructions articulaires peuvent apparaître durant l’évolution [4, 17]. Un aspect radiologique particulier concerne les poignets qui peuvent être le siège d’une carpite fusionnante non érosive, responsable d’une ankylose du poignet, globalement peu douloureuse et bien supportée sur le plan fonctionnel [1, 18].

L’éruption cutanée (figure 1)

L’éruption cutanée est rencontrée chez environ 80 % des patients [15, 16, 19, 20]. Elle se présente typiquement sous la forme de petites macules ou maculopapules, rose saumon, non prurigineuses, de quelques millimètres de diamètre avec une bordure légèrement irrégulière. Les plus grandes macules peuvent avoir un centre un peu plus clair. L’éruption siège avec prédilection à la racine des membres, du tronc et dans les zones d’appui, mais toutes les parties du corps peuvent être touchées [20]. La caractéristique principale de l’éruption est d’être évanescente, apparaissant aux pics fébriles, typiquement le soir, et disparaissant à l’apyrexie [20]. Une prise d’antibiotique préalable peut faire confondre l’éruption avec une réaction allergique [3].

D’autres types d’atteinte cutanée, moins typiques, ont été rapportés : dermographisme, urticaire [3, 16, 17, 19], éruptions prurigineuses et alopécie [16].

La biopsie cutanée est non spécifique et n’est d’aucune aide diagnostique.

Les autres manifestations cliniques

Douleurs pharyngées

La douleur pharyngée est un signe clinique important, présent chez environ deux tiers des patients, qui, ajouté à la triade fièvre, arthralgies, éruption évanescente, a une très bonne valeur diagnostique [19]. Elle est souvent inaugurale et peut récidiver lors des poussées de la maladie. L’examen clinique ORL est normal ou ne montre qu’une banale pharyngite [21].

Myalgies

Des myalgies, parfois très invalidantes, touchent environ 60 % des patients. Elles prédominent à la racine des membres, lors des pics fébriles et ne s’accompagnent généralement pas d’élévation des enzymes musculaires, ni d’anomalies électriques ou histologiques [3].

Organomégalie

Une organomégalie (adénopathies, splénomégalie, hépatomégalie) survient chez plus de 60 % des patients.
  • Les adénopathies, généralement superficielles, sont présentes chez près de 60 % des patients. Le plus souvent de taille modérée, elles peuvent être sensibles. Elles se retrouvent plus fréquemment en région cervicale, mais peuvent se voir dans tous les territoires [3, 17, 20]. L’aspect histologique est le plus souvent celui d’une hyperplasie réactionnelle non spécifique avec histiocytose. Des lymphadénites nécrosantes de Kikuchi ont parfois été rapportées [3, 15, 20].
  • Une splénomégalie, de découverte le plus souvent échographique, est mise en évidence dans environ 40 % des cas. L’histologie, lorsqu’elle est pratiquée, est normale ou montre une hyperplasie sinusale avec histiocytose [20].
  • Une hépatomégalie est détectée chez environ un tiers des patients, le plus souvent grâce à l’échographie. Elle est le plus souvent asymptomatique [22].

Douleurs abdominales

Des douleurs abdominales diffuses sont observées chez un patient sur cinq. Elles sont en général au second plan du tableau clinique [4]. Elles peuvent s’accompagner de nausées ou vomissements. Elles sont parfois en rapport avec une péritonite aseptique [4, 20] ou un tableau subocclusif à type de pseudo-obstruction intestinale chronique, sans lésion objective lorsqu’une laparotomie est pratiquée [20, 23].

Manifestations cardiaques

Elles sont rares (environ 20 % de cas) et peuvent passer inaperçues. Il s’agit le plus souvent d’une péricardite exsudative de faible abondance, le plus souvent associée à une pleurésie, habituellement asymptomatique, de découverte échographique ou électrocardiographique [3, 4]. Quelques cas de tamponnades sont rapportés [24]. La péricardite peut être inaugurale et récidivante [4]. Des atteintes du myocarde et de l’endocarde (insuffisances valvulaires parfois chirurgicales) ont aussi été rarement rapportées. Elles se traduisent par une tachycardie persistante, des troubles du rythme et parfois une insuffisance cardiaque. L’évolution peut parfois se faire vers une cardiomyopathie dilatée. Les atteintes vasculaires ne sont pas habituelles dans la MSA [4].

Manifestations pleuropulmonaires

  • Elles sont plus rares et se traduisent essentiellement par un épanchement pleural exsudatif, généralement de faible abondance, parfois dans un contexte de polysérite [25, 26]. Il peut autrement s’agir d’infiltrats pulmonaires labiles prenant un aspect de pneumonie aiguë sans germe. Ces anomalies sont le plus souvent asymptomatiques, de découverte fortuite sur une radiographie thoracique systématique et les biopsies sont sans grande utilité car non spécifiques [4, 20, 25].
  • Les tests fonctionnels respiratoires peuvent montrer un syndrome restrictif et une baisse de la capacité de diffusion alvéolocapillaire [4, 25].
  • L’atteinte pulmonaire la plus grave, bien que rare, est le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). Il survient souvent dans un contexte de défaillance multiviscérale avec CIVD [26, 27], parfois associée à un syndrome hémophagocytaire [6]. Le SDRA nécessite parfois une ventilation assistée, mais évolue le plus souvent favorablement sous corticothérapie à forte dose ou immunosuppresseurs [20, 25, 27]. Il peut parfois récidiver et peut être parfois fatal [4, 6, 20, 26].

Autres manifestations cliniques

  • Les atteintes neurologiques concernent 7 à 12 % des patients [3, 17]. Les manifestations neurologiques périphériques sont les plus fréquentes [28]. Il peut s’agir d’une neuropathie périphérique, d’une paralysie de nerfs crâniens (VII, VIII et oculomoteurs) et d’un syndrome de Miller Fisher [28]. Les manifestations neurologiques centrales sont variées : méningo-encéphalite, syndrome pyramidal transitoire, état de mal, confusion et délire, hématome intracérébral [4, 28]. Elles s’accompagnent souvent d’une cytolyse hépatique importante [28]. Enfin, des méningites aseptiques sont décrites [4].
  • Les manifestations ophtalmologiques sont rares et polymorphes. Ainsi, ont été décrits au cours de la MSA des syndromes secs, des uvéites, des épisclérites, des conjonctivites, des cataractes sous-capsulaires et des diplopies transitoires [4, 20].
  • Le rein est exceptionnellement atteint au cours de la MSA. Une insuffisance rénale est inhabituelle, sauf dans des formes sévères avec insuffisance hépatocellulaire, CIVD, purpura thrombotique thrombocytopénique [3, 29]. Une protéinurie modérée peut, par contre, accompagner les pics fébriles [20]. Un syndrome néphrotique après plusieurs années d’évolution de la maladie traduit généralement l’apparition d’une amylose AA [30]. Une hématurie témoin d’une atteinte glomérulaire proliférative ou d’une atteinte tubulo-interstitielle est exceptionnelle [4, 16, 20].

Signes biologiques (Tableau 2)

L’hyperleucocytose

Une hyperleucocytose 10 000/mm3 avec polynucléose (≥ 80%) est évocatrice du diagnostic lorsque les causes infectieuses et hématologiques ont été éliminées. Elle constitue un critère diagnostique majeur pour Yamaguchi et al. [31] alors que Fautrel et al. [19] ne retiennent qu’une polynucléose ≥ 80% comme critère majeur (Tableau 3 et Tableau 4). L’hyperleucocytose, parfois majeure (> 50 000/mm3), est présente chez près de 90 % des patients et la polynucléose ≥ 80 % chez environ 70 % des patients [4, 19, 31]. Une myélémie peut exister. Le myélogramme et la biopsie médullaire, lorsqu’ils sont réalisés, montrent le plus souvent une moëlle riche, hyperplasique et granuleuse [10, 11, 17]. Dans une étude analysant les biopsies médullaires de 12 patients ayant une MSA, Min et al. [32] ont décrit également des images d’activation histiocytaire (n = 4) et d’hémophagocytose (n = 2).
Tableau 2 Principales données biologiques observées dans la maladie de Still de l’adulte [4]

Pourcentage

Vitesse de sédimentation élevée

96,9

Leucocytose ≥ 10 000/mm3

91,5

Leucocytose ≥ 15 000/mm3

60,5

Polynucléaires neutrophiles ≥ 80%

73,4

Anémie ≤ 10 g/100 mL

65,1

Plaquettes ≥ 400 000

57,2

Hypoalbuminémie < 35

78,3

Biologie hépatique perturbée (transaminases)

66,5

Anticorps antinucléaires positifs

6,1

Facteur rhumatoïde positif

4,3

Augmentation des immunoglobulines

69,4


Tableau 3 Critères diagnostiques de la MSA par Yamaguchi [3]. Au moins 5 critères sont nécessaires dont au moins 2 majeurs, en l’absence de tout critère d’exclusion (tous les critères ne peuvent être pris en compte qu’en l’absence d’autres explications)
  • Critères majeurs
  • 1. Fièvre ≥ 39 °C, pendant au moins 1 semaine
  • 2. Arthralgies évoluant depuis au moins 2 semaines
  • 3. Éruption cutanée typiquea
  • 4. Leucocytose (≥ 10 000/mm3) avec au moins 80 % de PNN


  • Critères mineurs
  • 1. Douleurs pharyngées
  • 2. Adénopathiesb et/ou splénomégaliec
  • 3. Perturbations du bilan biologique hépatiqued
  • 4. Absence d’anticorps antinucléaires et de facteur rhumatoïdee


  • Critères d’exclusion
  • I. Infections (tout particulièrement sepsis et l’infection par EBV)
  • II. Néoplasies (tout particulièrement des lymphomes)
  • III. Maladies systémiques (tout particulièrement la PAN et la PR avec signes extra-articulaires)


aEruption maculeuse ou maculopapuleuse non prurigineuse, rose-saumon, habituellement fugace, contemporaine des poussées fébriles.

bAdénopathies d’apparition récente et de volume significatif.

cSplénomégalie confirmée par la palpation ou l’échographie.

dElévation des transaminases et/ou des LDH en rapport avec la maladie, en excluant une toxicité médicamenteuse ou une autre cause.

eNégativité sur les test usuels permettant de dépister les facteurs rhumatoïdes IgM et les anticorps antinucléaires par immunofluorescence.


Tableau 4 Critères diagnostiques de Fautrel[19]. Au moins 4 critères majeurs ou 3 critères majeurs + 2 critères mineurs

Critères majeurs

Critères mineurs

  • Fièvre hectique ≥ 39 °C
  • Arthralgies
  • Érythème transitoire
  • Douleur pharyngée
  • PNN ≥ 80 %
  • Ferritine glycosylée ≤ 20 %


  • Éruption maculo-papuleuse
  • Leucocytose ≥ 10 000/mm3


L’hyperferritinémie et l’effondrement de sa fraction glycosylée

  • Depuis la fin des années 1980, de nombreux auteurs ont suggéré que l’hyperferritinémie pouvait être un marqueur biologique de la MSA [17, 33]. Les taux de ferritinémie lors des poussées de la maladie sont en général plus élevés que ce que l’on peut observer au cours de maladies systémiques, d’hépatopathies, de l’insuffisance rénale, des infections et des néoplasies [33]. Une ferritinémie supérieure à 1 000 μg/L lors des poussées de la maladie serait suggestive du diagnostic [17], mais quel que soit le seuil utilisé, l’hyperferritinémie n’a qu’une faible valeur prédictive en faveur du diagnostic de MSA en l’absence de contexte clinique évocateur [50]. La ferritinémie a probablement un intérêt dans la surveillance de l’évolution de la MSA, augmentant lors des poussées et diminuant dans les périodes de rémission [34].
  • La ferritine glycosylée (FG) a été proposée plus récemment comme un marqueur spécifique de la MSA [33]. Cette isoforme de la ferritine représente normalement 50 à 80 % de la ferritine totale sérique. Au cours de la MSA, un taux de FG ≤ 20% est souvent retrouvé lors des poussées et peut même persister au décours de la poussée malgré la normalisation de la ferritinémie [33, 35]. Ce taux bas de FG constitue, pour certains auteurs, le marqueur biologique le plus spécifique de la MSA, surtout s’il est associé à une ferritinémie élevée [33]. Pour Fautrel et al., la FG constitue ainsi un des critères majeurs pour le diagnostic de MSA [19]. Cependant, des taux de FG < 20 % ont aussi été mis en évidence au cours de diverses maladies systémiques, d’infections graves, de néoplasies, d’hépatopathies [33] ou au cours de syndromes hémophagocytaires [36]. Contrairement à la ferritinémie, la FG n’est pas un marqueur d’activité de la MSA car le pourcentage de ferritine glycosylée est peu influencé par l’activité de la MSA [35].

La cytolyse hépatique

  • Une augmentation modérée des transaminases est retrouvée chez près de 70 % des malades [4, 19, 22, 31]. La cytolyse hépatique est parfois associée à une hépatomégalie, qui est le plus souvent de découverte échographique. Elle est généralement modérée, autour de deux fois la normale, et régresse avec le contrôle de la maladie [4, 22]. Une cholestase est moins fréquente. La biopsie hépatique montre un infiltrat inflammatoire non spécifique des espaces portes avec, très souvent, une hyperplasie des cellules de Küpffer [4].
  • Il faut signaler le risque de survenue d’une hépatite cytolytique majeure avec insuffisance hépatocellulaire et parfois CIVD qui peut être mortelle [3, 16, 17, 37]. Un facteur déclenchant est souvent rapporté : la prise d’aspirine, AINS [3, 4, 16], et plus rarement de sels d’or [4, 16].

Les autres examens biologiques

  • Un syndrome inflammatoire est constant, souvent majeur lors des poussées. Toutes les protéines de l’inflammation sont élevées. Une hypoalbuminémie, parfois profonde, et une hypergammaglobulinémie polyclonale sont souvent présentes [4].
  • Sur l’hémogramme, en dehors de l’hyperleucocytose, une anémie microcytaire est fréquemment notée, parfois associée à une thrombocytose, en rapport avec le syndrome inflammatoire [4]. Des cas de purpura thrombotique thrombocytopénique ont été exceptionnellement rapportés [29, 38], dont une fois lié à un déficit d’activité de la protéine de clivage (ADAMTS-13) du facteur Von Willebrand [38]. Au cours d’une poussée fébrile, l’absence d’hyperleucocytose et à plus forte raison une leucopénie, lymphopénie, syndrome mononucléosique, ou thrombopénie doivent faire évoquer un syndrome hémophagocytaire. C’est une complication sous-estimée, parfois fatale qui pourrait toucher jusqu’à 12 % des patients [6]. Une hyperferritinémie majeure (> 10 000 μg/L) et une hypertriglycéridémie complètent souvent le tableau biologique. Il est recommandé de réaliser alors un myélogramme [6].
  • Des perturbations modérées de l’hémostase ont été rapportées régulièrement au cours de poussées de la maladie [3, 4]. Plusieurs observations décrivent des CIVD, très souvent associées à une hépatite cytolytique grave et/ou un SDRA [3, 16, 17, 20, 26, 27, 39]. La CIVD peut être également associée à un syndrome hémophagocytaire [6].
  • Il n’existe généralement pas d’auto-anticorps au cours de la MSA [4, 19, 31]. Cependant, dans quelques observations de MSA, ces anticorps peuvent être présents le plus souvent à un taux faible et transitoire [3, 17]. Une baisse du complément est exceptionnellement signalée [3].
  • Les explorations bactériologiques sont habituellement négatives (hémocultures, prélèvements pharyngés, ponction articulaire, myéloculture…).

Diagnostic et diagnostics différentiels

Diagnostic

  • Une fièvre au long cours, isolée, peut parfois inaugurer la MSA [4]. La triade clinique évocatrice : fièvre, arthralgies, éruption cutanée, à laquelle on peut ajouter la douleur pharyngée, n’est pas toujours présente au début de la MSA [4].
  • Du fait de cette hétérogénéité clinique et de l’absence de signes pathognomoniques, des critères de classification ont été élaborés (Tableau 3 et Tableau 4). Les plus anciens et les plus utilisés sont ceux de Yamaguchi [31] (sensibilité 79,2 %, spécificité 93,8 %) et les plus récents ceux de Fautrel [19] qui semblent plus spécifiques (sensibilité 80,6 %, spécificité 98,5 %), mais doivent être validés. L’intérêt des critères de Yamaguchi réside probablement dans l’existence de critères d’exclusion, qui permettent de considérer le diagnostic de MSA comme un diagnostic d’élimination.

Diagnostics différentiels

Ils sont très nombreux et peuvent être regroupés en 3 grandes catégories : les maladies infectieuses, les néoplasies et hémopathies malignes, et les maladies inflammatoires.

Les infections

En pratique, ce sont elles qui posent les problèmes diagnostiques les plus délicats, notamment les endocardites infectieuses subaiguës et les foyers infectieux profonds [4]. Le bilan minimal semble devoir comprendre hémocultures et examen cytobactériologique des urines. D’autres prélèvements bactériologiques sont parfois indispensables et orientés par les points d’appels cliniques. Des sérologies bactériennes, parasitaires ou virales peuvent également être utiles sans que la liste en soit consensuelle : sérologies pour Mycoplasma pneumoniae, Yersinia enterolitica, Borrelia burgdorferi, virus de la rubéole, des oreillons, de l’hépatite B, virus Coxsackie (surtout B4), cytomégalovirus, virus d’Epstein-Barr, virus Influenzae et Para-influenzae, adénovirus, VIH et HTLV1, parvovirus B19 [4].

Les hémopathies malignes et les néoplasies

La recherche d’un lymphome malin doit être systématiquement évoquée en cas d’adénopathie fixe, indurée, asymétrique ou volumineuse ; dans ces situations, la biopsie doit être proposée.

Plusieurs observations de tumeur solide avec un syndrome paranéoplasique mimant une MSA ont été publiées [4, 40].

Les maladies inflammatoires

Les vascularites, notamment la périartérite noueuse, et les polymyosites sont parfois difficiles à éliminer. Il faut aussi citer les fièvres autosomiques dominantes, notamment le syndrome hyper-IgD et le TRAPS [4].

Évolution et pronostic

Évolution

Trois formes évolutives de la MSA peuvent être individualisées :
  • La forme monocyclique se résume à une seule poussée articulaire et systémique qui peut se prolonger plusieurs semaines ou mois en l’absence de traitement. Suivant les séries, 19 à 34 % des patients présentent cette évolution [3, 4, 16, 17].
  • La forme intermittente consiste en des successions de crises articulaires et/ou systémiques avec un intervalle de rémission libre entre les crises. La fréquence de ces crises est très variable pouvant aller de plusieurs par an à des crises espacées de plusieurs années. Les manifestations cliniques au moment des rechutes ne sont pas toujours identiques à celles de la crise précédente. Les facteurs déclenchant les rechutes ne sont pas bien identifiés, même si des causes infectieuses ou médicamenteuses ont pu être incriminées [4, 10]. La rechute est parfois annoncée par un mal de gorge fébrile, faisant parfois porter à tort le diagnostic d’infection des voies aériennes supérieures [3]. Cette évolution est retrouvée chez 10 à 41 % des patients [3, 13, 16, 17].
  • Dans la forme articulaire chronique, la polyarthrite évolue pour son propre compte et les autres signes systémiques se greffent occasionnellement. Dans cette forme, des destructions articulaires peuvent survenir et nécessiter le recours au remplacement prothétique [3, 4, 20]. Cette forme intéresse 35 à 67 % des patients selon les séries.

La grossesse ne paraît pas être un facteur aggravant la maladie. Il est cependant préférable de débuter une grossesse lorsque la maladie est en rémission [4].

Enfin, une amylose AA avec atteinte essentiellement rénale et digestive peut parfois compliquer les formes chroniques et très inflammatoires de la maladie [30].

Pronostic

  •  Il est avant tout fonctionnel, essentiellement articulaire. Celui-ci semble moins bon dans les formes articulaires chroniques où des destructions articulaires peuvent survenir, mais il est en général meilleur que celui de maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde [3, 5, 16]. Toutefois, environ la moitié des patients reçoit encore un traitement 10 ans après le diagnostic (la moitié un traitement dit « de fond » et un tiers une corticothérapie à faible dose) [5].
  • Le pronostic vital peut parfois être engagé. Fin 2006, une quarantaine de cas fatals étaient ainsi rapportés dans la littérature. La MSA peut être directement responsable du décès du patient, particulièrement dans les formes compliquées de cytolyse hépatique majeure, de SDRA, de CIVD et/ou d’hémophagocytose [4, 6, 20, 26]. Les autres causes de décès sont des infections liées à un traitement immunosuppresseur prolongé [20], une toxicité médicamenteuse aiguë [41, 42] ou une amylose [4].

Traitement

Le traitement de la MSA reste encore largement empirique, fondé sur les résultats obtenus dans les séries publiées ou dans quelques essais ouverts récents. En raison de la rareté de cette affection et de sa grande hétérogénéité, les essais thérapeutiques classiques sont difficilement envisageables et le traitement s’inspire de celui de la polyarthrite rhumatoïde (PR). Les résultats spectaculaires obtenus avec les biothérapies au cours de ces dernières années dans la PR ont ouvert un nouvel horizon thérapeutique dans la MSA.

Les AINS

Le traitement de première intention de la MSA repose sur les AINS et l’aspirine. L’aspirine est prescrite à des doses comprises entre 90 et 130 mg/kg/24 h, réparties en 4 à 6 prises sur le nycthémère et progressivement augmentées. Bien qu’aucun AINS ne semble avoir montré de supériorité, l’indométacine est le plus souvent utilisée, à des doses variant entre 150 et 250 mg/24 h [4]. La toxicité hépatique des AINS et de l’aspirine devra être surveillée de près chez ces patients. L’existence initiale d’une perturbation sévère de la biologie hépatique, même si elle reste rare, est une contre-indication à la prescription d’un AINS. En effet, plusieurs observations de CIVD et/ou d’hépatite cytolytique grave d’évolution parfois fatale ont été rapportées, le plus souvent avec l’aspirine [3, 4, 20]. Ce traitement ne permet de contrôler les signes généraux et articulaires que dans environ 20 % des cas [3, 16, 20].

Les corticoïdes

Dans la plupart des séries, 60 à 80 % des patients ont recours à une corticothérapie afin d’obtenir une rémission [4]. Les doses utilisées sont empiriques. Le plus souvent de fortes doses de prednisone, comprises entre 0,5 et 1 mg/kg/jour en fonction de la sévérité du tableau clinique et biologique, sont nécessaires [3, 16]. Il est souvent bénéfique de fractionner les doses au cours du nycthémère (prise à 8 heures et 16 heures) [4]. De plus fortes doses (2 à 3 mg/kg/jour) ou des assauts de 1 g de méthylprenisolone sont parfois utiles dans des formes sévères ou résistantes [3, 6, 16, 20]. L’efficacité des corticoïdes est le plus souvent spectaculaire et conforte le diagnostic de MSA surtout lorsqu’il y avait hésitation avec une étiologie infectieuse. La décroissance des corticoïdes n’est pas codifiée, mais est habituellement basée sur l’obtention d’une rémission clinique et biologique (notamment la correction de la ferritinémie). La durée du traitement n’est pas codifiée, mais est souvent prolongée. Ainsi, la moitié des patients reçoivent encore une faible dose de corticoïdes 10 ans après le diagnostic dans la série de Sampalis et al. [5].

Les traitements de fond

La présence (rare) d’une corticorésistance ou l’apparition (fréquente) d’une corticodépendance conduit souvent à proposer un traitement de fond ayant pour but de mieux contrôler la maladie et de permettre une épargne cortisonique.

Le méthotrexate (MTX)

C’est le traitement de fond le plus utilisé dans la MSA. Pourtant, peu d’études ont évalué son efficacité. La réponse complète ou partielle au MTX, évaluée sur un petit nombre de patients ayant une forme essentiellement rhumatologique de la maladie, est proche de 70 % dans des études ouvertes [4, 43]. Le MTX est habituellement prescrit à des doses hebdomadaires comprises entre 7,5 et 15 mg par semaine. En cas d’échec, il ne faut pas hésiter à majorer les doses. Des doses de 40 mg/semaine ont ainsi parfois été utilisées [4]. Il est en général bien toléré, notamment sur le plan hépatique [43]. Dans la MSA, une hypoalbuminémie sévère liée au syndrome inflammatoire est possible et doit alors rendre prudente l’utilisation de fortes doses de MTX, du fait du risque de surdosage [43]. Dans la plupart des cas, le MTX agit en 4 à 6 semaines. Toutefois, il semble qu’un effet favorable puisse survenir plus tardivement et il faut savoir poursuivre le traitement plusieurs mois avant de conclure à son inefficacité [4].

Autres immunosuppresseurs

Devant des formes très sévères, plusieurs autres immunosuppresseurs ont été occasionnellement utilisés : le cyclophosphamide, l’azathioprine et le chlorambucil [3, 4, 17, 43]. Leur efficacité n’est pas prouvée car ils n’ont fait l’objet d’aucune étude. La ciclosporine A est un traitement largement utilisé dans les formes systémiques de l’arthrite juvénile idiopathique. Chez l’adulte, un seul essai ouvert concernant 6 patients rapporte l’efficacité de ce traitement (3 mg/kg/j), permettant la rémission complète chez quatre patients et partielle chez deux, en échec d’un traitement de première intention par corticoïdes ou AINS [44]. Une dizaine de patients traités par la ciclosporine ont été rapportés dans la littérature avec des résultats contradictoires [4]. Les effets secondaires semblent très fréquents (HTA, insuffisance rénale, hyperplasie gingivale) et n’incitent donc pas à proposer ce traitement en première intention chez l’adulte.

Autres traitements immunomodulateurs

Des observations isolées rapportent une plus ou moins bonne efficacité de divers médicaments : hydroxychloroquine, pénicillamine, dapsone, lévamisole [4]. Certains auteurs associent la colchicine à la dose de 1 mg/j à visée anti-inflammatoire et en prévention de l’amylose [17, 44, 45].

Les immunoglobulines intraveineuses (IgIV)

Les IgIV sont utilisées dans le traitement de rattrapage de nombreuses maladies systémiques et ont parfois été utilisées comme alternative à la corticothérapie ou en association dans la MSA [45]. Une étude ouverte, non randomisée, concernant 7 patients traités par IgIV (2 g/kg sur 2 à 5 jours toutes les 4 semaines pendant 4 à 6 cycles) a montré son efficacité chez 5 d’entre eux en échec d’une première ligne thérapeutique par AINS [45]. Parmi les répondeurs, 3 sur 5 étaient en rémission plusieurs années après l’arrêt des IgIV. Ce traitement semble être rapidement efficace quand il est utilisé tôt, peu toxique, ce qui peut avoir un intérêt en cas de contre-indication à la corticothérapie ou dans les formes graves de la maladie résistantes aux bolus de méthyprednisolone et/ou dans les cas compliqués d’hémophagocytose [6].

Les biothérapies

Un orage cytokinique marque, comme nous l’avons écrit, les poussées de la MSA. De ce fait, les biothérapies capables de neutraliser spécifiquement certaines de ces cytokines ont aussi été essayées dans la MSA. Il n’existe pas d’études contrôlées et le faible nombre de patients traités à ce jour ne permet pas de conclure à une efficacité certaine de ces traitements. Elles peuvent toutefois être un recours en cas de forme grave et résistante au MTX.
  • Les anti-TNFL’infliximab (Rémicade®) a été utilisé à des doses de 3 à 5 mg/kg par voie intraveineuse en calquant le rythme des perfusions sur celui proposé dans la PR. Les patients traités avaient une maladie très corticodépendante ou un échec des traitements immunosuppresseurs conventionnels [46]. L’étude de Fautrel et al. [39] tempère l’enthousiasme suscité par l’efficacité spectaculaire de cette thérapeutique chez les premiers cas rapportés [46]. En effet, sur 15 patients atteints de MSA à forme essentiellement articulaire, traités par infliximab, seul 4 obtenaient une réponse complète, 9 une réponse partielle et 2 patients étaient en échec. Un tiers des patients avaient arrêté ce traitement à la fin du suivi pour manque d’efficacité [39].L’étanercept (Enbrel®), à la dose classique de 25 mg 2 fois par semaine par voie sous-cutanée, a fait l’objet d’une étude prospective ouverte sur 6 mois chez 12 patients ayant une MSA ancienne évoluant en moyenne depuis plus de 10 ans, souffrant d’une atteinte articulaire évolutive, et en échec d’au moins un traitement de fond (10/12 recevant ou ayant reçu du MTX). Sept des 12 patients ont atteint un ACR 20 % et parmi ceux-ci, respectivement 4 et 2 patients ont obtenu un ACR 50 % et un ACR 70 % [47]. Dans l’étude rétrospective de Fautrel et al., 10 patients atteints de MSA réfractaire ont été traités par étanercept [39]. Un seul a été mis en rémission complète, 7 ont eu une réponse partielle et 2 patients ont présenté un échec au traitement. La régression spectaculaire d’un syndrome néphrotique secondaire à une amylose AA au cours de la MSA après traitement par étanercept a enfin été rapportée chez une patiente [30].L’utilisation du troisième anti-TNFα actuellement disponible, l’adalimumab (Humira®) n’a été rapportée, à notre connaissance, que chez un patient déjà traité par les 2 autres anti-TNFα et n’a pas été efficace [48].La thalidomide (100 et 200 mg/j), en raison de ses propriétés anti-TNFα, a été essayée avec des résultats contradictoires [4].
  • L’anti-interleukine 1 (IL-1)L’anakinra (inhibiteur recombinant du récepteur de l’IL-1) (Kineret®) a été utilisé dans une étude ouverte chez 4 patients à la posologie de 100 mg/j par voie sous-cutanée [49]. Chez ces 4 patients, réfractaires à la corticothérapie, au MTX et pour deux d’entre eux également à l’étanercept, l’anakinra a permis un contrôle spectaculaire des manifestations systémiques et articulaires dans tous les cas avec un recul de 6 à au moins 14 mois [49]. Quelques observations complémentaires rapportent une efficacité survenant au bout de quelques jours de cette thérapeutique [50].

Les médicaments à éviter

Les sels d’or

Ils ont parfois été essayés par voie intramusculaire ou per os dans la MSA avec une efficacité modeste de l’ordre de 40 % [4]. Les réactions aux sels d’or au cours de la MSA peuvent être graves et imprévisibles (aplasie médullaire, CIVD, SDRA, cytolyse hépatique, syndrome hémophagocytaire) [4, 6]. La maladie de Still (sans préciser enfant ou adulte) est d’ailleurs, dans le Vidal® 2007, une contre-indication formelle à l’utilisation des sels d’or.

La sulfasalazine

Elle a aussi été parfois utilisée [4, 41]. Sa toxicité paraît plus importante dans la MSA comparée rétrospectivement à une population témoin de polyarthrite rhumatoïde prenant ce même traitement. Environ 50 % des MSA prenant la sulfasalazine ont ainsi des effets secondaires parfois graves [41].

Les traitements locaux

Des infiltrations intra-articulaires de corticoïdes sont parfois utiles pour contrôler certaines arthrites rebelles. En cas de destruction articulaire, des prothèses articulaires sont parfois indiquées. Les patients ont plus souvent bénéficié de prothèses de hanche que de genou, sans complication très particulière [4].

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