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À propos des recommandations HAS 2005 1 sur « la prise en charge des patients adultes atteints d’HTA essentielle »


Médecine thérapeutique. Volume 12, Numéro 2, 117-21, Mars-Avril 2006, Recommandations


Résumé  

Auteur(s) : Bernard Chamontin, Jean-Michel Halimi, Christine Revel, Béatrice Duly-Bouhanick, Jacques Amar , Service de thérapeutique, Facultés de médecine de Toulouse et Service de médecine interne et hypertension artérielle, CHU Rangueil, 1 avenue Jean Poulhès, TSA 50032, 31059 Toulouse Cedex, Service de Thérapeutique, Faculté de médecine de Tours et Service de néphrologie, CHU de Tours, 2 boulevard Tonnellé, 37044 Tours Cedex, Haute Autorité de santé (HAs), 2 avenue du Stade de France, 93218 Saint-Denis.

Résumé : Le groupe de travail réuni par la HAS pour la rédaction de ces recommandations s’était fixé comme objectif de disposer de recommandations applicables à la pratique clinique quotidienne et particulièrement à la médecine générale, en identifiant les situations spécialisées et de recours. Le recours à l’automesure de la PA au domicile et/ou la mesure ambulatoire de la PA sont désormais recommandées dans l’HTA légère à modérée (140/90-179/109 mmHg) permettant de valider le diagnostic d’HTA permanente. L’utilisation rationnelle de ces alternatives à la mesure de PA du cabinet chez des patients instruits, assure la reconnaissance de l’HTA de la blouse blanche dont le pronostic rejoint celui du normotendu, avec cependant une nécessité de suivi au long cours, et l’HTA masquée de connaissance récente dont le pronostic justifie la prise en charge. Pour estimer le RCV, il est proposé d’utiliser une liste de facteurs du risque cardiovasculaire, voulue harmonisée avec celle des recommandations Afssaps pour la prise en charge de la dyslipidémie, à laquelle s’ajoute la prise en compte de l’atteinte des organes cibles et des complications cardiovasculaires. Le traitement de l’HTA suppose l’établissement de mesures hygiéno-diététiques qui s’imposent à tous les hypertendus. Le bénéfice du traitement pharmacologique est avant tout dépendant de la baisse de PA, et cinq classes d’antihypertenseurs sont recommandées en première intention dans l’HTA essentielle non compliquée légère à modérée : les diurétiques thiazidiques, les bêtabloquants, les inhibiteurs calciques, les inhibiteurs dans l’enzyme de conversion de l’angiotensine, les antagonistes de l’angiotensine II. Pour décider du traitement de première intention parmi ces 5 classes, il convient de considérer les indications préférentielles selon les situations cliniques particulières (niveaux de preuves), l’efficacité et/ou la tolérance des médicaments antihypertenseurs déjà utilisés par le patient, l’existence d’une comorbidité et le coût du traitement et de sa surveillance. Les associations d’antihypertenseurs à proposer font référence aux études pharmacologiques et aux essais cliniques ayant démontré des effets additifs et/ou de potentialisation. Il est proposé de combiner les inhibiteurs du système rénine angiotensine d’une part comme les bêtabloquants, les IEC, les ARAII, et d’autre part les diurétiques et les ICa susceptibles désormais d’être également combinés entre eux. Les autres médicaments du RCV tels les statines et antiagrégants sont à considérer selon qu’il s’agit de prévention primaire ou secondaire ou d’un patient diabétique et/ou insuffisant rénal. Chez tout hypertendu l’objectif est d’obtenir une PA <\; 140/90 mmHg, chez le diabétique une PA <\; 130/80 mmHg et chez l’insuffisant rénal, outre l’objectif d’une PA <\; à 130/80 mmHg, la prise en compte de l’objectif d’une protéinurie <\; à 0,5 g/24 h.

ARTICLE

Auteur(s) : Bernard Chamontin1, Jean-Michel Halimi2, Christine Revel3, Béatrice Duly-Bouhanick1, Jacques Amar1

1Service de thérapeutique, Facultés de médecine de Toulouse et Service de médecine interne et hypertension artérielle, CHU Rangueil, 1 avenue Jean Poulhès, TSA 50032, 31059 Toulouse Cedex
2Service de Thérapeutique, Faculté de médecine de Tours et Service de néphrologie, CHU de Tours, 2 boulevard Tonnellé, 37044 Tours Cedex
3Haute Autorité de santé (HAs), 2 avenue du Stade de France, 93218 Saint-Denis

Après la parution des recommandations internationales européennes ESH-ESC 2003 [1], de nouvelles recommandations sur la prise en charge des patients adultes atteints d’HTA essentielle réalisées sous l’égide de la Haute Autorité de santé viennent de paraître (Médecine thérapeutique 2005 ; 6). Le groupe de travail réuni par la HAS pour la rédaction de ces recommandations s’était fixé comme objectif de disposer de recommandations applicables à la pratique clinique quotidienne et particulièrement à la médecine générale, en identifiant les situations spécialisées et de recours.La prise en compte des alternatives à la mesure de la PA par sphygmomanomètre au cabinet médical afin de pallier la variabilité de la PA, de l’estimation du niveau de risque cardiovasculaire comme pivot de la décision de traiter et de la stratégie thérapeutique, et la référence à de nombreux nouveaux niveaux de preuves apportées par les résultats des essais thérapeutiques constituent les « nouveautés » de ces recommandations HAS 2005.

Le diagnostic de l’HTA : l’automesure et la mesure ambulatoire de la pression artérielle

Les alternatives à la mesure conventionnelle de la pression artérielle par sphygmomanomètre prennent place dans le diagnostic de l’HTA de façon à prendre en compte la variabilité des mesures de la pression artérielle (PA) dans les conditions du cabinet médical.

Le diagnostic de l’HTA doit reposer sur une mesure de la PA au cabinet médical à l’aide d’un appareil de mesure validé, d’un brassard adapté à la taille du bras, en position couchée ou assise et en veillant à bien positionner le brassard sur le plan du cœur, mesures renouvelées au cours de la même consultation et pendant plusieurs consultations successives. Il convient d’identifier les hypertendus permanents et en quelque sorte de traiter les patients qui le nécessitent en identifiant l’HTA blouse blanche, et à l’inverse l’HTA masquée de connaissance plus récente. Ce sont plus particulièrement les patients présentant une HTA considérée comme légère à modérée, qui relèvent d’une validation diagnostique. Il est établi que les hypertendus « blouse blanche » ont un pronostic rejoignant celui des normotendus mais qu’ils peuvent devenir hypertendus permanents justifiant leur suivi.

À l’inverse, un patient peut présenter des facteurs de risque cardiovasculaires comme une dyslipidémie, un tabagisme et avoir une PA normale dans les conditions de la consultation ; chez ces patients l’automesure permet d’identifier une HTA masquée, le patient apparaissant normotendu dans les conditions de la consultation et hypertendu avec des chiffres de PA élevés lors des automesures, au-delà du seuil de 135/85 mmHg.

L’étude Sheaf menée en France chez des patients de plus de 65 ans est venue confirmer la valeur pronostique de l’automesure, en faisant la démonstration de sa faisabilité [2].

La mesure ambulatoire de la PA (Mapa) permet d’identifier l’HTA liée à l’effet blouse blanche et l’HTA masquée, elle est aussi particulièrement indiquée pour prendre en compte la PA d’activité et la PA nocturne ; dans l’esprit, il s’agit plus d’une utilisation spécialisée permettant l’évaluation de la charge tensionnelle dans des situations particulières comme la dysautonomie diabétique ou primitive, et les patients présentant un syndrome d’apnées du sommeil ou une insuffisance rénale chronique. L’étude OVA a bien montré la valeur pronostique de la Mapa démontrant que pour un même niveau de PA de consultation, il existait un surcroît d’événements cardiovasculaires chez ceux qui présentaient une PA élevée en ambulatoire [3].

Ces nouvelles recommandations encouragent l’utilisation de l’automesure tensionnelle en mesure d’apporter les informations nécessaires au praticien pour la prise de décision avec la perspective d’améliorer l’observance du patient comme le mentionnent les recommandations européennes [1].

L’automesure doit s’inscrire dans le cadre d’une éducation thérapeutique du patient et il est recommandé de proposer le recours à l’automesure de la PA ou à la Mapa pour confirmer l’HTA lorsque le niveau de PA est situé entre 140-179 ou 90-109 mmHg.

L’évaluation initiale, l’estimation du risque cardiovasculaire de l’hypertendu et le dépistage de l’HTA secondaire

L’objectif de l’évaluation initiale de l’hypertendu est d’identifier des facteurs de risque cardiovasculaires, une atteinte des organes cibles et/ou une maladie cardiovasculaire et rénale associées afin d’estimer le niveau de risque cardiovasculaire du patient et de ne pas méconnaître une HTA secondaire.

Les examens complémentaires recommandés ne sont pas « nouveaux » ; ils constituent les examens nécessaires et suffisants pour la prise en charge d’un patient atteint d’HTA.

Trois points méritent une attention particulière : la nécessité de disposer d’une évaluation de la kaliémie sans garrot de façon à ne pas méconnaître une hypokaliémie même minime, la nécessité de ne pas en rester au niveau de créatininémie et de disposer d’une estimation du débit de filtration glomérulaire (DFG) selon la formule de Cockcroft et Gault (140 – âge × poids/créatininémie × k (1,23 chez l’homme, 1,04 pour la femme), et de disposer d’un bilan lipidique comprenant cholestérol total, HDL et triglycérides à partir duquel s’effectue le calcul du LDL selon la formule de Friedewald (cholestérol total – HDL – triglycérides/5 ; exprimé en g/L).

L’estimation du risque cardiovasculaire est le pivot de la décision thérapeutique.

Il est nécessaire d’évaluer le niveau de risque cardiovasculaire (RCV) d’un patient hypertendu, définissant le risque d’événements cardiovasculaires à 10 ans en terme de morbidité (à l’image de l’équation de Framingham), ou de mortalité (tel que le propose l’équation Score).

Le reproche fait à l’équation de Framingham est un calibrage inadapté, non applicable aux populations européennes, particulièrement du sud de l’Europe. Les recommandations européennes ont proposé l’équation Score à partir de données épidémiologiques européennes en distinguant les pays d’Europe du nord et les pays d’Europe du sud. Cette méthode précise, discriminante (permettant de « classer » les patients selon le niveau de risque), calibrée (adaptée au niveau de risque cardiovasculaire européen) reste encore éloignée de la pratique clinique quotidienne. C’est la raison pour laquelle il a été proposé d’en rester à une estimation du RCV basée sur la liste des facteurs de risque cardiovasculaires : dans un souci d’homogénéisation des recommandations, il a été proposé une liste de facteurs de risque commune avec celles des recommandations sur la prise en charge des dyslipidémies, récemment publiée par l’Afssaps. L’existence d’un antécédent d’AVC s’ajoute à cette liste pour évaluer le RCV chez un hypertendu.

Trois autres paramètres sont à prendre en compte pour la prise en charge du patient hypertendu et viennent directement influencer le risque cardiovasculaire du patient à savoir l’obésité abdominale (selon les critères déjà proposés par les recommandations européennes : périmètre abdominal > à 102 cm chez l’homme et 88 cm chez la femme ou index de masse corporelle ≥ à 30 kg/m2) permettant le dépistage du syndrome métabolique, la sédentarité, et la consommation excessive d’alcool.

La reconnaissance de l’atteinte des organes cibles constitue l’avancée scientifique des dernières années, et vient s’intégrer à la fois dans l’étude du retentissement de l’HTA, et dans l’estimation du RCV. Il s’agit de prendre en compte l’atteinte infraclinique myocardique, rénale ou artérielle.

Le groupe de travail a longtemps réfléchi sur l’évaluation des organes cibles à pratiquer lors de la prise en charge de l’hypertendu en pratique clinique quotidienne, amenant à proposer la détermination de l’hypertrophie ventriculaire gauche (par l’ECG (Sokolow, indice de Cornell ou produit de Cornell), et/ou par l’échocardiographie pratiquée en milieu spécialisé permettant d’estimer l’index de masse ventriculaire gauche), et la microalbuminurie, considérée ici chez le patient hypertendu non diabétique.

Parmi les études récentes, les données apportées par l’étude LIFE ont argumenté la valeur de l’HVG dans la reconnaissance d’un hypertendu à haut risque cardiovasculaire [4] et l’intérêt pronostique de la microalbuminurie [5].

Les recommandations n’ont pas proposé l’évaluation de l’épaisseur intima média carotidienne, ou des index de rigidité artérielle qui restent l’apanage d’équipes spécialisées. La recherche sur cette thématique se poursuit et des études médico-économiques seront nécessaires pour situer leur place, en pratique, dans l’avenir.

Ainsi la stratification du niveau de RCV s’effectue en croisant le niveau de PA 140-159/90-99 mmHg ou 160-179/100-109 mmHg ou PA ≥ à 180/110 mmHg avec les facteurs de risque cardiovasculaires associés : en l’absence de facteur de risque associé le RCV est considéré comme faible, il est moyen en cas d’association à 1 ou 2 FDR, et devient élevé si ≥ à 3 FDR ou atteinte d’organes cibles et/ou diabète. Les patients en prévention secondaire ayant déjà présenté une maladie cardiovasculaire ou rénale ont un haut niveau risque cardiovasculaire, et sont de fait à RCV élevé.

Le dépistage de l’HTA secondaire

La poursuite des investigations à la recherche d’une forme secondaire d’HTA fait suite à l’évaluation initiale de l’hypertendu, ou/à la réévaluation d’une HTA au cours du suivi. Elle est proposée 1) si cette évaluation initiale a fourni une orientation étiologique, 2) chez un hypertendu jeune de moins de 30 ans, 3) devant une HTA sévère d’emblée (au-delà de 180/110 mmHg), 4) en cas d’HTA s’aggravant rapidement, 5) en cas d’HTA avérée résistante au traitement (PA > 140/90 mmHg malgré une trithérapie incluant un diurétique).

Le traitement de l’HTA

Les mesures hygiéno-diététiques sont recommandées chez tous les patients hypertendus quel que soit le niveau de PA avec ou sans traitement médicamenteux. Le bénéfice de la limitation des apports sodés et de la réduction pondérale selon un régime alimentaire limité en sodium à 6 g/j, riche en légumes, en fruits et pauvre en graisses saturées est bien documenté particulièrement par l’étude Dash [6] et par l’étude Tone [7] chez la personne âgée. La pratique de l’activité physique régulière adaptée à l’état clinique du patient est en mesure de favoriser la perte de poids, et d’induire la baisse de PA si sa pratique est régulière (30 mn × 3/semaine).

Les effets presseurs de l’alcool sont bien établis, ainsi que les relations entre la fréquence des AVC et la consommation d’alcool amenant à proposer moins de 3 verres de vin ou équivalent/jour chez l’homme et 2 verres chez la femme. L’interruption du tabac est essentielle à la réduction du niveau de RCV du patient hypertendu.

Le traitement pharmacologique

Le bénéfice du traitement pharmacologique est avant tout dépendant de la baisse de PA quelle que soit la classe d’antihypertenseur utilisée [8].

Cinq classes d’antihypertenseurs sont recommandées en première intention dans le traitement de l’HTA essentielle non compliquée légère à modérée : les diurétiques thiazidiques, les bêtabloquants, les inhibiteurs calciques (ICa), les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et des antagonistes de l’angiotensine II (ARA II).

Pour décider du traitement de première intention de l’HTA parmi ces cinq classes, il convient de considérer les indications préférentielles selon les situations cliniques particulières, l’efficacité et/ou la tolérance des médicaments antihypertenseurs déjà utilisés par le patient, l’existence d’une comorbidité, et le coût du traitement et de sa surveillance. En effet, on se doit de respecter les niveaux de preuves apportés par les essais cliniques et, selon les situations le choix de classe d’antihypertenseur peut s’imposer (voir le tableau proposé dans les recommandations) par exemple le diurétique thiazidique ou l’ICa chez la personne âgée, l’ARA II ou l’IEC chez le diabétique, l’IEC chez le patient hypertendu insuffisant cardiaque.

La présence d’une comorbidité peut faire opter pour un choix thérapeutique adapté à sa prise en charge, par exemple l’hypertendu migraineux redevable d’un bêtabloquant comme le propranolol ou le métoprolol, l’insuffisant coronarien justifiant la prescription d’un antiangineux comme un bêtabloquant ou un ICa, et à l’inverse cette comorbidité peut contre-indiquer une classe d’antihypertenseurs comme la présence d’un asthme pour le bêta bloquant, ou limiter son utilisation, comme l’existence d’un adénome prostatique chez un homme hypertendu âgé pour le diurétique.

La tolérance du traitement sera déterminante pour l’observance et la qualité du contrôle tensionnel ; une expérience antérieure chez un patient ayant déjà fait l’objet d’un traitement sera pris en compte parallèlement à l’efficacité observée pour le choix d’un nouveau traitement s’il s’impose.

Enfin les considérations médico-économiques ne peuvent pas être méconnues lors de la prise en charge d’une HTA en 2005, à cet égard la Haute Autorité de santé a souhaité attirer l’attention des praticiens sur le faible coût du traitement diurétique thiazidique qui peut être choisi en première intention et fait volontiers partie de toutes les associations thérapeutiques proposées pour atteindre l’objectif.

Choix d’une association thérapeutique

Les associations d’antihypertenseurs à proposer font référence aux études cliniques et pharmacologiques ayant démontré des effets additifs et/ou de potentialisation.

Les associations recommandées sont bêtabloquants-diurétique thiazidique, IEC-diurétique thiazidique, ARAII-diurétique thiazidique, bêtabloquant-ICa dihydropyidine, IEC-ICa, ARAII-ICa, et ICa-diurétique thiazidique (voir la figure 2 des recommandations).

Il est bien établi que les diurétiques thiazidiques exercent des effets de potentialisation avec les bloqueurs du système rénine-angiotensine comme les bêtabloquants, les IEC et les ARAII . De nombreuses associations fixes sont proposées pour le traitement de deuxième intention. Il est possible de proposer une association fixe de deux classes d’antihypertenseurs à faible dose dont l’efficacité est comparable à celle d’une monothérapie, conçue pour le traitement de première intention et ayant l’AMM dans cette indication.

Les bêtabloquants, les IEC et les ARAII ont démontré des effets additifs avec les ICa.

Le bénéfice de l’association diurétique et Ica, longtemps incertain, a été récemment démontré dans un essai clinique.

Par contre, il n’est pas démontré dans l’HTA essentielle légère à modérée, d’effets additifs antihypertenseurs entre le bêtabloquant et IEC, ARAII et bêtabloquant. Ceci n’exclut pas la possibilité de les associer en particulier chez l’insuffisant coronarien mais il ne faut pas en attendre de bénéfice au regard de la prise en charge de l’HTA.

Quant à l’association IEC et ARAII ; elle fait toujours l’objet d’essais cliniques et les perspectives se situent plus dans leur utilisation avec un objectif de néphroprotection [9] ou de prise en charge de l’insuffisance cardiaque [10] que dans des effets additifs d’antihypertenseurs ; elle concerne peu l’HTA essentielle légère à modérée.

La décision de traiter et les objectifs du traitement antihypertenseur

L’objectif proposé par les recommandations est conforme aux recommandations internationales à savoir l’obtention d’une PA chez l’hypertendu essentiel d’une PAS < à 140 mmHg et PAD < 90 mmHg.

Chez le diabétique, l’objectif est une PAS < à 130 et une PAD < à 80 mmHg et chez l’hypertendu insuffisant rénal une PAS < à 130 et une PAD < à 80 mmHg avec une protéinurie < à 0,5 g/24 h. Le bien-fondé de ces objectifs tensionnels, conformes aux recommandations internationales (ESH 2003 et JNCVII) est présenté dans l’argumentaire. Leur justification répond à un objectif de prévention cardiovasculaire, mais aussi de néphroprotection chez le diabétique et l’insuffisant rénal. Dans cette dernière situation on doit prendre en compte parallèlement la réduction du niveau de PA et de la protéinurie. On peut suggérer de se reporter aux récentes recommandations HAS sur la prévention de la progression de l’insuffisance rénale [11].

La décision de traiter

Le niveau de RCV constitue le pivot de la décision thérapeutique. Au-delà du niveau de PA, il détermine le délai de mise en œuvre d’un traitement médicamenteux antihypertenseur, la démarche non pharmacologique s’imposant dans tous les cas. Lorsque le risque cardiovasculaire est élevé, le traitement antihypertenseur est établi sans attendre, alors qu’un délai de 1 à 3 mois est possible en cas de risque moyen et de 6 mois en cas de risque cardiovasculaire faible. Si la réponse au traitement initial est insuffisante, les recommandations font la distinction entre la possibilité d’introduire une bithérapie en deuxième intention dans un délai d’au moins 4 semaines en présence d’une HTA légère à modérée, et de pouvoir instaurer une bithérapie dans un délai plus court lorsque le niveau de PA est élevé au-delà de 180/110 mmHg, et lorsque le niveau de RCV initial s’avère élevé.

Le choix du traitement antihypertenseur en situations particulières

Les recommandations proposent de retenir en fonction des situations particulières une classe thérapeutique dont le bénéfice a été démontré par les essais cliniques (Cf tableau, proposé dans les recommandations). Il s’agit de prendre en compte les résultats des essais cliniques de ces dernières années et de confirmer le choix thérapeutique en fonction des niveaux de preuves. Ainsi :
  • dans l’HTA du sujet âgé et plus particulièrement dans l’HTA systolique, le choix du diurétique thiazidique ou de l’ICa dihydropyridine fait référence aux études SHEP et SYST-EUR ;
  • dans la néphropathie diabétique type I à partir du stade de microalbuminurie la proposition de l’IEC (ou de l’ARAII) voire du diurétique thiazidique, et diurétique de l’anse en cas d’insuffisance rénale en référence à l’étude initiale de Lewis) ;
  • en cas de néphropathie diabétique du diabète type II à partir du stade de microalbuminurie, l’ARA II (ou l’IEC) puis aux diurétiques thiazidiques et aux diurétiques de l’anse en cas d’insuffisance rénale en référence aux essais cliniques Renaal, IDNT, Hope ;
  • dans le postinfarctus du myocarde, aux bêtabloquants et à l’IEC en référence aux études Save, Aire, Trace ;
  • dans l’insuffisance cardiaque outre la combinaison IEC-diurétique, les recommandations font référence à la possibilité de recourir à un ARAII en cas d’intolérance (études Valheft et Charm), aux bêtabloquants (Cibis, Copernicus, Merithf) et aux traitements antialdostérones (études Rales et Ephesus) ;
  • chez l’hypertendu avec HVG référence à l’antagoniste de l’angiotensine II et au diurétique (LIFE) ;
  • dans le post-AVC le diurétique thiazidique et l’IEC, volontiers combinés (étude Progress).

Références

1 Guidelines Committee. 2003 European Society of Hypertension-European Society of Cardiology guidelines for the management of arterial hypertension. J Hypertens 2003 ; 21 : 1011-53.

2 Bobrie G, Chatellier G, Genes N, et al. Cardiovascular prognosis of "masked hypertension" detected by blood pressure self-measurement in elderly treated hypertensive patients. JAMA 2004 ; 291 : 1342-9.

3 Clement DL, De Buyzere ML, De Bacquer DA, et al. Prognostic value of ambulatory blood-pressure recordings in patients with treated hypertension. N Engl J Med 2003 ; 348 : 2407-15.

4 Dahlof B, Devereux RB, Kjeldsen SE, et al. Cardiovascular morbidity and mortality in the Losartan Intervention For Endpoint reduction in hypertension study (LIFE): a randomised trial against atenolol. Lancet 2002 ; 359 : 995-1003.

5 Ibsen H, Olsen MH, Wachtell K, et al. Reduction in albuminuria translates to reduction in cardiovascular events in hypertensive patients: losartan intervention for endpoint reduction in hypertension study. Hypertension 2005 ; 45 : 198-202.

6 Sacks FM, Svetkey LP, Vollmer WM, et al. Effects on blood pressure of reduced dietary sodium and the Dietary Approaches to Stop Hypertension (DASH) diet. DASH-Sodium Collaborative Research Group. N Engl J Med 2001 ; 344 : 3-10.

7 Whelton PK, Appel LJ, Espeland MA, et al. Sodium reduction and weight loss in the treatment of hypertension in older persons : a randomized controlled trial of nonpharmacologic interventions in the elderly (TONE). TONE Collaborative Research Group. JAMA 1998 ; 279 : 839-46.

8 Turnbull F. Blood Pressure Lowering Treatment Trialists’ Collaboration. Effects of different blood-pressure-lowering regimens on major cardiovascular events: results of prospectively-designed overviews of randomised trials. Lancet 2003 ; 362 : 1527-35.

9 Nakao N, Yoshimura A, Morita H, Takada M, Kayano T, Ideura T. Combination treatment of angiotensin-II receptor blocker and angiotensin-converting-enzyme inhibitor in non-diabetic renal disease (COOPERATE): a randomised controlled trial. Lancet 2003 ; 361 : 117-24.

10 McMurray JJ, Ostergren J, Swedberg K, et al. Effects of candesartan in patients with chronic heart failure and reduced left-ventricular systolic function taking angiotensin-converting-enzyme inhibitors: the CHARM-Added trial. Lancet 2003 ; 362 : 767-71.

11 Moyens thérapeutiques pour ralentir la progression de l’insuffisance rénale. Recommandations HAS septembre 2004. http ://www.has-sante.fr.

1 Recommandations HAS 2005 sur « La prise en charge des patients adultes atteints d’HTA essentielle », octobre 2005. http//www.has-sante.fr.


 

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