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Varices essentielles : orientations thérapeutiques en 2005 ?


Médecine thérapeutique. Volume 11, Numéro 2, 108-16, Mars-Avril 2005, Dossier : les varices essentielles


Résumé  

Auteur(s) : Bruno Guias, Claudine Hamel Desnos, Pierre Gouny, Luc Bressollette, Dominique Mottier , Département de médecine interne et pneumologie (EA 3878), CHU La Cavale Blanche 29609 Brest Cedex, Centre hospitalier privé Saint-Martin, 14050 Caen Cedex, Service de chirurgie cardiaque thoracique et vasculaire, CHU La Cavale Blanche 29609 Brest Cedex.

Résumé : La chirurgie d’exérèse classique (crossectomie et éveinage le plus souvent par invagination), les techniques d’oblitération endovasculaire (radiofréquence, laser endoveineux) et la sclérothérapie à la mousse et sous contrôle échographique sont les techniques actuelles de prise en charge radicale des varices essentielles. Classiquement, la chirurgie conventionnelle (crossectomie/éveinage) était le Gold Standard et donc le traitement de référence en matière de prise en charge des varices. Cette notion est en train de changer du fait de l’apparition des techniques d’oblitération endovasculaire et de l’échosclérose à la mousse. Concernant la grande veine saphène, même si la chirurgie reste le traitement de première intention consacré par l’usage, les techniques d’oblitération endovasculaire et l’échosclérose à la mousse sont des alternatives à prendre en compte. Concernant la petite veine saphène, le choix de la technique est fortement guidé par la cartographie veineuse superficielle et le type d’abouchement de la saphène externe dans la veine poplitée. Actuellement, l’échosclérose à la mousse peut être proposée de première intention dans de nombreuses circonstances. D’une manière générale, les indications s’affinent, faisant la part de plus en plus belle aux techniques les moins traumatisantes. Cependant, la prise en charge des varices garde encore une certaine note empirique car il existe, de manière surprenante, un déficit certain en grandes études multicentriques, prospectives, randomisées, comparatives avec un suivi à long terme d’au moins 5 ans dans le domaine.

Mots-clés : crossectomie-éveinage, radiofréquence, laser endoveineux, échosclérose à la mousse, cartographie veineuse superficielle

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, Bruno Guias1,*, Claudine Hamel Desnos2, Pierre Gouny3, Luc Bressollette1, Dominique Mottier1

1Département de médecine interne et pneumologie (EA 3878), CHU La Cavale Blanche 29609 Brest Cedex
2Centre hospitalier privé Saint-Martin, 14050 Caen Cedex
3Service de chirurgie cardiaque thoracique et vasculaire, CHU La Cavale Blanche 29609 Brest Cedex

Après l’étape clinique de la gestion de la maladie veineuse superficielle et son exploration à visée préthérapeutique, ce deuxième article est orienté vers la prise en charge thérapeutique de la maladie veineuse chronique superficielle au stade variqueux. Après avoir revu les différentes procédures disponibles, nous discuterons les indications thérapeutiques, en sachant qu’il existe très peu d’essais permettant de valider formellement une attitude. L’évaluation par des essais cliniques randomisés constitue un véritable défi en 2005 pour l’angiologie.

Les moyens thérapeutiques

Les règles d’hygiène de vie et la contention ne sont volontairement pas abordées car ce travail est centré sur les techniques de traitement radical des varices. L’ensemble des moyens thérapeutiques sera envisagé en insistant sur les techniques émergentes.

La chirurgie

La chirurgie d’exérèse classique

Son but est double : éliminer les points de fuite majeurs, franchement pathologiques, entre le réseau profond et le réseau superficiel et supprimer au mieux le réseau variqueux. Longtemps reléguée au second plan, cette suppression du réseau veineux superficiel pathologique est au moins aussi importante que la prise en charge des points de fuite majeurs. La cartographie le souligne bien, en mettant en évidence des varices tronculaires ou de collatérales sans atteinte de crosse ou de perforante associée [1]. Toutes ces constatations battent en brèche la conception étiopathogénique que nous avions des varices primitives. L’élément hémodynamique n’est probablement pas le primum movens ; l’hypothèse d’une maladie pariétale première est la plus probable. L’élément hémodynamique est important mais il n’est le plus souvent que secondaire car engendré par une maladie initiale de la paroi veineuse [2].
  • Techniques de suppression des points de fuite majeurs : pour les crosses, la technique de référence est la crossectomie, consistant en une résection de l’abouchement saphène au ras de la veine profonde avec ligature des collatérales de voisinage, dites de crosse. Pour les perforantes, le chirurgien a le choix entre la ligature sous-aponévrotique ou la chirurgie endoscopique des perforantes sous-fasciales.
  • Techniques de suppression du réseau veineux superficiel pathologique : pour les troncs saphènes, le stripping ou éveinage est la technique la plus répandue. Le plus souvent il s’agit d’un éveinage par invagination. Pour le territoire grande saphène, l’éveinage peut être court, s’arrêtant à la jarretière, ou long, descendant jusqu’à la cheville. Enfin, pour les collatérales sus-fasciales et les varices non saphènes, la technique chirurgicale la plus utilisée est la phlébectomie.

La chirurgie dite conservatrice

Ce sont des techniques dominées par la cure CHIVA (cure conservatrice hémodynamique de l’insuffisance veineuse ambulatoire). Pour mémoire, il faut aussi citer : l’association crossectomie/phlébectomie de collatérales plus ou moins accompagnée de ligature de perforante, les manchonnages et valvuloplastie externe (procédé Venocuff) de la grande saphène. L’ensemble de ces techniques reste peu usité. La classique opposition chirurgie d’exérèse, technique conservatrice ayant perdu de sa vigueur depuis l’apparition des techniques endovasculaires.

Les techniques d’oblitération endovasculaires

Trois techniques d’oblitération des troncs saphènes par voie endovasculaire sont actuellement possibles : le laser endoveineux, l’oblitération thermique par radiofréquence, la sclérothérapie sur cathéter long.

Le laser endoveineux

Cette technique endovasculaire sans crossectomie associée entraîne une photocoagulation de la paroi veineuse par l’intermédiaire du sang (effet thermique : température de l’ordre de 100 degrés Celsius) [3-5]. Le dispositif est introduit dans la lumière veineuse par ponction percutanée sous contrôle échographique ou par ponction directe après avoir dénudé la veine à prendre en charge. La fibre est positionnée un peu en dessous de la jonction saphéno-fémorale ou poplitée sous contrôle échographique ou par visualisation transcutanée de la lumière laser apparaissant en bout de fibre. Le contrôle par visualisation de la lumière à travers la peau est à notre sens peu contributif, utilisé par défaut par les opérateurs ne maîtrisant pas les techniques d’explorations ultrasonores. Ce type de contrôle ne donne pas de façon certaine la position de la fibre à l’intérieur de la veine ni la distance par rapport à la crosse et la veine fémorale commune. Le contrôle par échographie, bien meilleur et plus sûr, doit lui être préféré. Une compression manuelle peut être exercée à travers la peau tout au long de la procédure de retrait de l’ensemble du dispositif qui est réalisé progressivement. Les tirs lasers sont réalisés tous les 3 mm, faisant appel à un protocole puissance/durée fonction du diamètre de la veine à prendre en charge, mais non standardisé [6, 7]. C’est une procédure dite de tir pulsé. Actuellement, la tendance serait plutôt de réaliser du tir continu. La mesure étagée du diamètre de la saphène à prendre en charge est un paramètre susceptible de fournir un guide pour définir des critères de tir plus reproductibles [7]. L’énergie délivrée exprimée en joules par centimètre est aussi à prendre en compte : 60 J/cm est une dose moyenne pour la grande veine saphène. Le recours à une anesthésie générale n’est pas nécessaire. Le plus souvent, une anesthésie locale par tumescence est utilisée. La technique est ambulatoire avec des suites simples en dehors de la présence habituelle d’ecchymoses et d’une induration locale. Cette technique trouve un champ d’application particulièrement adapté dans la prise en charge de la petite saphène et du tronc jambier grande saphène, car la brûlure thermique ne touche que l’endothélium, sans atteinte transpariétale majeure. Dans ces conditions, le risque d’atteinte neurologique associée (nerf saphène ou nerf sural médial) est quasi nulle par rapport à la technique par radiofréquence (closure). La technique ne demande pas non plus d’exsanguination (vidange des veines en cours de traitement). Les varices très sinueuses sont une limite à la technique et la vitesse de retrait de la fibre est un facteur important de réussite de la procédure [8]. Le laser endoveineux entraîne un arrêt de travail très réduit. Cette technique connaît un développement très rapide car elle peut traiter des varices de gros diamètre (calibre > 12 mm). La procédure est moins longue, plus économique que la radiofréquence. En effet, une fibre de laser endoveineux coûte de 100 à 150 euros contre 500 euros pour une sonde de radiofréquence (closure). La procédure manque encore de recul et il n’existe que des études permettant de préciser la faisabilité de la technique (études de cas, résumés d’expérience avec des reculs relativement courts [9].

L’oblitération endoveineuse par radiofréquence

La radiofréquence (closure) est une procédure endovasculaire dont le principe consiste en l’application d’un courant à haute fréquence au niveau de la paroi veineuse [5, 10, 11]. L’énergie transmise entraîne un échauffement local de l’ordre de 85 °C à l’origine d’une destruction de l’intima et d’une rétraction du collagène de la média conduisant à une sclérose pariétale. Cette technique réalisée sur veine vide (exsanguination) n’entraîne pas de thrombose in situ et met donc à l’abri d’une éventuelle reperméation [2]. Le courant à haute fréquence est délivré par un cathéter avec une électrode à son extrémité distale. Le cathéter est introduit par voie percutanée ou après dénudation de la veine. Le positionnement de la sonde au niveau de la jonction saphéno-fémorale est réalisé au mieux sous contrôle échographique [12]. Avant l’application de la radiofréquence, on injecte du sérum sur tout le trajet pour augmenter l’épaisseur entre la veine et la peau, afin d’éviter les brûlures cutanées (en cas d’anesthésie locale par intumescence, l’injection du liquide anesthésiant remplace le sérum). Pour éviter tout contact entre les électrodes bipolaires et le sang, et donc des phénomènes de coagulation à l’extrémité de la sonde, on pratique une exsanguination de la veine à traiter. Pour cela, le patient est mis en Trendelenbourg, la sonde et la veine sont lavées au sérum physiologique, un point de compression manuel au niveau de la jonction saphéno-fémorale est réalisé (pli de l’aine) et il est mis en place une bande d’Esmarch. Le retrait de l’électrode est progressif, à raison de 2 à 3 cm par minute. Le plus souvent, sur le plan ultrasonore, à distance de la réalisation du geste, l’examen retrouve une oblitération complète de la jonction saphéno-fémorale au ras de la veine fémorale avec une ou plusieurs collatérales de crosse perméables [12]. La technique ne peut être réalisée que sur des segments veineux relativement rectilignes. Le diamètre des veines à traiter peut aller de 2 à 12 mm [5]. Le risque neurologique par brûlure lors de la prise en charge de la petite saphène ou du tronc jambier de la grande saphène est supérieur à celui du laser endoveineux, mais ne doit pas être surestimé. La durée de l’arrêt de travail associé à cette procédure est relativement courte par rapport à une chirurgie d’exérèse classique. Ceci a été confirmé dans un travail scandinave comparant l’oblitération endoveineuse par radiofréquence à l’éveinage traditionnel [13]. La technique est très prometteuse. Cependant, actuellement aucune étude de méthodologie indiscutable ne peut fournir un niveau de preuves suffisant pour proposer des recommandations de haut grade entre chirurgie d’exérèse classique et oblitération endovasculaire par radiofréquence, même si cette technique bénéficie de meilleurs éléments d’évaluation et d’un recul plus important que le laser endoveineux [14].

La sclérose sur cathéter

L’injection par cathéter court se réalise le plus souvent par ponction au niveau de la région périgonale pour la grande veine saphène et au tiers moyen du mollet pour la petite veine saphène. Ce cathéter peut être ensuite fixé et relié à la seringue de produit sclérosant par une tubulure souple. L’injection s’effectue sous contrôle de la vue : visualisation du reflux dans la tubulure. Dans l’idéal, la ponction et la vérification du bon positionnement du cathéter en intraveineux peuvent bénéficier d’un contrôle échographique. Dans l’injection par cathéter long, ce dernier est monté jusqu’à proximité de la jonction saphéno-fémorale ou saphéno-poplitée suivant le territoire à prendre en charge, après ponction en regard d’un segment veineux palpable de bon diamètre (tronc saphénien ou grosse branche superficielle). Ce cathéter est aussi relié à la seringue de produit sclérosant par une tubulure souple. Il est ensuite progressivement retiré, tout en pratiquant simultanément le largage de l’agent sclérosant. L’injection s’effectue sous contrôle de la vue : visualisation du reflux dans la tubulure. La vérification du bon positionnement du cathéter en intraveineux bénéficie d’un contrôle échographique. Cette technique d’injection demande la présence de veines variqueuses relativement tubulaires. C’est une technique d’injection sûre car il n’est pas rapporté dans la littérature d’injection intra-artérielle lors de son usage [15]. La procédure permet l’injection d’une plus grande quantité d’agent sclérosant et entraîne une brûlure chimique circulaire de l’ensemble de la paroi veineuse traitée. Pour certains auteurs [5], le recours à l’exsanguination est nécessaire, ce qui alourdit la procédure. C’est certainement la procédure endovasculaire la plus économique, mais son manque de standardisation (cathéter court ou long, usage de forme liquide ou de mousse) ainsi que le petit nombre de patients inclus en font une technique en cours d’évaluation.

La sclérothérapie

Principe de la sclérothérapie

Le principe de la sclérothérapie est d’entraîner la disparition des varices, à partir de l’injection intraveineuse directe d’un principe actif dit « agent sclérosant ». Cette injection, qui sera le point de départ d’une transformation fibreuse du réseau veineux pathologique injecté, aura quatre conséquences : un spasme veineux, une desquamation endothéliale, une réaction inflammatoire pariétale et la naissance éventuelle d’un thrombus. Ce thrombus a des caractéristiques différentes des thrombus usuels de la maladie veineuse thromboembolique, notamment une très forte adhérence à la paroi veineuse, ce qui lui vaut aussi le nom de sclérus. [16] À terme et dans l’idéal, le réseau veineux traité se transformera en cordon fibreux cicatriciel résorbable [17]. Deux types d’agents sclérosants sont d’usage courant : les agents détergents à l’origine d’une rupture endothéliale, et les agents irritants agissant par effet toxique direct sur les cellules endothéliales. « La sclérothérapie est un geste difficile qui nécessite une formation spécifique et une pratique régulière. Elle ne peut être confiée à des mains inexpérimentées » [18]. Compte tenu des risques liés à la technique (injection intra-artérielle et extravasation intradermique), la sclérothérapie ne doit pas être pratiquée de manière occasionnelle mais demande un exercice suivi dans le temps. Quels que soient la technique et l’agent sclérosant, la cartographie veineuse superficielle contribue utilement à la planification de la stratégie thérapeutique [17, 19] comme pour tout autre choix thérapeutique (chirurgie, laser endoveineux, closure, phlébectomie).

Les différentes techniques d’injection

  • La sclérothérapie conventionnelle. L’injection ne peut s’envisager que si la veine pathologique est visualisée et/ou perçue cliniquement à la palpation. L’injection s’effectue sous contrôle de la vue (visualisation du reflux dans la seringue) et du toucher (recherche de la perception d’une induration ou d’une papule en regard du point d’injection témoin d’une extravasation). Technique très répandue pour la prise en charge des branches variqueuses et des varices résiduelles après chirurgie, elle ne se pratique presque plus pour le traitement des troncs saphènes ou des récidives.
  • L’échosclérothérapie. Il s’agit du principe de l’échographie interventionnelle appliquée à la l’injection d’agent sclérosant. Cette technique répond à une procédure précise en quatre points [20] :1) repérage échographique du segment veineux à injecter et des artérioles de voisinage, sources de complications potentielles ;2) ponction veineuse sous contrôle échographique ;3) vérification du positionnement de l’aiguille et injection de l’agent sclérosant sous contrôle ultrasonore après visualisation du reflux dans la seringue ;4) contrôle échographique post-injection.

Cette dernière étape évalue l’impact immédiat du geste : présence d’un spasme veineux, répartition homogène de l’agent sclérosant au niveau des segments veineux traités. L’étude de cette répartition est facilitée par l’usage d’un agent sclérosant sous forme de mousse.

La procédure doit être complète pour parler d’échosclérothérapie. Tout particulièrement, la technique du « repérage/ponction sous contrôle échographique suivie d’une injection sans contrôle ultrasonore » ne peut prétendre à l’appellation d’échosclérothérapie. Le gain en termes de sécurité (risque d’injection intra-artérielle) de l’échosclérothérapie par rapport à la sclérothérapie conventionnelle n’est plus discuté [19, 20].

Les agents sclérosants

  • Une molécule est disponible en France : le lauromacrogol 400 (Aetoxisclérol Tamponné®). Elle appartient à la classe des détergents. Elle est utilisée sous forme liquide ou sous forme de mousse. L’Aetoxisclérol Tamponné® est à l’origine de rares réactions allergiques (réaction cutanée à type de papule urticarienne). Son injection intravasculaire est indolore, contrastant avec une extravasation d’emblée sensible. Le risque de nécrose cutanée est faible en cas d’injection intradermique. La sclérothérapie à la mousse, débutée avant la fin de la seconde guerre mondiale avec comme pionnier Mac Ausland [21], connaît depuis une dizaine d’années un regain d’intérêt. Les apports de la mousse par rapport à la forme liquide sont les suivants [20, 22, 23] :
    • 1) Augmentation du temps de contact entre l’agent sclérosant et l’endothélium veineux avec une augmentation du pouvoir sclérosant.
    • 2) Meilleur remplissage des segments veineux traités avec un effet traçant utile pour évaluer l’impact du geste sous contrôle échographique.
    • 3) Longueur d’occlusion supérieure à la forme liquide à concentration et volume injecté égaux et mise en évidence plus fréquente d’un spasme veineux immédiat après l’injection dont la présence paraît être un bon facteur prédictif positif de succès thérapeutique à 1 an [24] (( figure 1 )).
    Le principal inconvénient de la sclérothérapie à la mousse est le relatif manque de standardisation de cette dernière. Au moins vingt techniques ont été publiées [21], les mousses produites n’étant comparables ni dans leur compacité ni dans leurs cohérences [22, 25]. La technique dite de Tessari fait l’objet d’un relatif consensus, avec le plus souvent un ratio agent sclérosant/mousse de 1 à 3, c’est-à-dire qu’un volume d’agent sclérosant et trois volumes d’air produisent quatre volumes de mousse. La mousse est produite par un système de va-et-vient entre deux seringues en plastique en environ dix à vingt mouvements. La méthode est simple mais la mousse peu standardisée. Le laboratoire Kreussler-Pharma devrait commercialiser en 2005 le premier dispositif de fabrication standardisée et extemporanée de mousse sclérosante, le Turbo-Foam®. Les microbulles ainsi fabriquées sont mesurées à moins de 100 μm sans grande variabilité de taille, ce qui confère à cette mousse une stabilité et une qualité supérieures à celle fabriquée par la technique de Tessari [26]( (figure 2) ). La conférence de consensus européenne (4-6 avril 2003 – Tegernsee) [27, 28] donne pour définition physique d’une mousse les caractéristiques suivantes : une mousse de sclérosant est une dispersion instable de bulles de gaz dans une solution de sclérosant. La solution doit contenir des molécules tensioactives et un gaz physiologiquement bien toléré. Une mousse sclérosante est caractérisée par les paramètres suivants :
    • 1) le type et la concentration de l’agent tensio-actif,
    • 2) le type du gaz,
    • 3) le rapport entre le gaz et le liquide,
    • 4) le mode de préparation,
    • 5) la taille des bulles et le temps écoulé depuis la préparation.

Ces paramètres déterminent la viscosité et la stabilité de la mousse. Comparativement au sclérosant liquide, le comportement de la mousse est différent par sa diffusion et son efficacité [25, 27]. La combinaison d’une échosclérothérapie et d’un usage de forme mousse représente une alternative à la chirurgie avec un gain appréciable par rapport à la forme liquide en termes de sécurité et de résultats à un an [24, 29].

La controverse thérapeutique

La chirurgie conventionnelle seule

Classiquement, la chirurgie conventionnelle (crossectomie/éveinage) est le Gold Standard et donc le traitement de référence en matière de prise en charge des varices. Cependant, et de manière surprenante, aucune étude comparative et de méthodologie correcte ne permet de valider à moyen et long terme cette technique par rapport à ses concurrentes [6]. Il s’agit donc d’un Gold Standard par défaut, consacré par l’usage mais ne reposant pas sur une démonstration scientifique. De manière formelle, seule la supériorité relative de l’association crossectomie/éveinage versus éveinage simple a été évaluée pour le réseau grande saphène [30].

La sclérothérapie seule

La sclérothérapie a été évaluée dans un essai randomisé en double aveugle versus placebo. Sur un critère hémodynamique, la sclérothérapie apparaît supérieure [31]. Il s’agit cependant d’un petit essai avec un petit effectif (25 personnes). La sclérothérapie présente à court terme (1-2 ans) des résultats attrayants. Pour Schadeck [32], 80 % de bons résultats, en considérant un recul modéré, est une moyenne représentative des performances de la technique. L’échosclérose et l’injection sur cathéter semblent apporter un gain significatif en termes de sécurité : aucune injection intra-artérielle n’est rapportée par Kanter et Belcaro [33, 15]. De plus, le coût de la technique est favorable par rapport à la chirurgie isolée si on le compare à celui de la chirurgie isolée ou à l’association chirurgie/sclérothérapie complémentaire [15]. Les critères d’évaluation ont pratiquement toujours reposé sur les signes fonctionnels et peu sur les signes objectifs. Sur un plan méthodologique, le nombre des perdus de vue, l’absence de randomisation et de comparaison systématique, le caractère ouvert des essais et l’hétérogénéité des techniques nuisent dans une grande mesure à une évaluation rationnelle de la technique. Néanmoins, au vu de certains travaux publiés [15, 33] concernant le traitement du reflux ostial de la grande saphène, l’échosclérose peut être, dans des mains expérimentées, une solution à proposer à certains patients, sous réserve d’une relative fragilité des résultats dans le temps. L’association échosclérose/mousse marque une nouvelle étape à la fois en termes de résultats et très probablement d’élargissement des indications [24].

Chirurgie + sclérothérapie

La sclérothérapie complémentaire post-opératoire associée au port d’une contention améliore les résultats de la chirurgie [34]. Ainsi les chiffres de récidive, qui semblent moins importants dans les études françaises, pourraient être en rapport avec cette association chirurgie/sclérothérapie complémentaire fréquemment pratiquée dans l’hexagone. Le travail de Belcaro [15] va dans le sens de celui plus ancien de Jakobsen [35] et accrédite l’efficacité de ce schéma thérapeutique. Dans cette étude prospective, randomisée, avec suivi à dix ans, l’association chirurgie plus sclérothérapie complémentaire paraît supérieure à la chirurgie seule, en particulier au niveau du réseau veineux superficiel distal jambier (16,1 % d’incontinence à l’écho-Doppler à dix ans, contre 34,6 % avec p < 0,05).

Les techniques d’oblitération endovasculaire

Un travail prospectif et randomisé de Lurie [36] comparant radiofréquence et chirurgie conventionnelle dans la prise en charge de la grande saphène montre qu’à deux ans les résultats des deux techniques sont équivalents en termes de récidive et de néovascularisation, mais avec un bénéfice en termes de qualité de vie pour la radiofréquence.

Le but de cet article n’est pas de susciter une polémique entre le choix de l’une ou l’autre des techniques, car en pratique, comme le dit J.J. Guex, « la maladie veineuse superficielle est suffisamment chronique, évolutive et capricieuse pour conduire la grande majorité des angiologues-médecins vasculaires et chirurgiens vasculaires à mettre en œuvre un ensemble de techniques complémentaires plus que concurrentes [37] ». Cependant, et sans doute est-ce là le cœur de la question, comme le souligne le dernier et récent rapport de l’Anaes sur le traitement des varices des membres inférieurs [38], force est de constater qu’il n’existe que très peu d’études de méthodologie indiscutable avec suffisamment de recul pour apporter des éléments de réponse étayés par des preuves scientifiquement établies. Ceci est particulièrement vrai pour les essais comparant chirurgie et échosclérothérapie à la mousse car il n’y a pas d’études randomisées, prospectives avec un suivi à court, moyen et surtout long terme.

Dans ces conditions, les propositions thérapeutiques suivantes ne sont que le reflet de l’opinion des auteurs de ce travail.

Proposition de prise en charge des varices des membres inférieurs

Les varices secondaires

Les varices post-thrombotiques

Elles relèvent très rarement de la chirurgie et leur traitement est surtout médical : règles de vie veineuses, contention/compression, et parfois sclérothérapie prudente. La présence d’un syndrôme obstructif est une contre-indication à tout geste agressif sur les varices. En dehors de ce cas de figure, il est logique, tout en étant très prudent (voire sous couvert d’une prévention héparine de bas poids moléculaire), de traiter les varices post-thrombotiques qui sinon vont aggraver la surcharge du réseau veineux profond.

Les varices des angiodysplasies

L’ablation de ce type de varices a des indications en cas d’absence d’aplasie des troncs veineux profonds avec décompensation cutanée [2]. Leur prise en charge est multidisciplinaire. Elle ne s’envisage que dans des centres très spécialisés après un bilan spécifique. Cette chirurgie ne dispense pas par la suite du port régulier d’une contention compression. L’embolisation par mousse sclérosante est aussi une technique possible en cours d’évaluation.

Les varices essentielles

Les varices essentielles non compliquées

Ces indications ne concernent que les patients symptomatiques, ou présentant des varices volumineuses certes asymptomatiques mais dont l’histoire naturelle exposera leur porteur à des complications du fait de l’hyperpression veineuse les caractérisant. Rappelons que si l’indication d’un traitement radical est fondée sur la clinique, le choix des techniques est grandement guidé par la cartographie veineuse superficielle.
  • Varices grande saphène : c’est sans doute le territoire où, jusqu’à l’apparition d’alternatives crédibles à la chirurgie, il existait le moins de controverses. En cas d’incontinence ostiotronculaire significative (reflux de plus d’une seconde), la chirurgie conventionnelle était classique, proposant un éveinage long en cas d’incontinence tronculaire crurale et jambière et un éveinage court en cas d’incontinence tronculaire crurale. Ce geste était complété par des phlébectomies concernant les branches variqueuses sus-aponévrotiques et une ligature des perforantes incontinentes ou dilatées (grand diamètre supérieur à 3,5 mm). L’échosclérose à la mousse et les techniques d’oblitération endovasculaire ont modifié les choses. Concernant les techniques d’oblitération endovasculaire, la radiofréquence et le laser endoveineux représentent une alternative d’autant plus adaptée que le réseau variqueux à prendre en charge est relativement tubulaire. L’association du laser endoveineux au niveau ostiotronculaire et de la phlébectomie pour les branches sus-aponévrotiques est une option qui a déjà des adeptes. L’échosclérose à la mousse est aussi une alternative, et ce d’autant que la nature très sinueuse du réseau à traiter n’est pas une limite de la technique. De plus, l’usage de la mousse permet la prise en charge de varices plus volumineuses, jusqu’à 10-12 mm de grand diamètre par rapport à la forme liquide. Cette technique bénéficie en outre, ce qui n’est pas négligeable pour une pathologie fréquente chronique et évolutive, d’une grande facilité de mise en œuvre et d’un bon rapport coût/efficacité. En cas d’incontinence tronculaire isolée significative (reflux de plus d’une seconde), l’échosclérose à la mousse trouve de première intention une indication légitime, la chirurgie, les techniques d’oblitération endovasculaire devenant alors les solutions alternatives. Rappelons pour mémoire que malgré les différentes options possibles, la chirurgie conventionnelle représente dans 90 % des cas la solution thérapeutique choisie pour les tableaux cliniques et ultrasonores que nous évoquons [2].
  • Varices petite saphène : les nombreuses variations anatomiques caractérisant la terminaison de la petite saphène rendent la crossectomie malaisée. Il est vrai qu’avec un taux de récidives de l’ordre de 50 % à 6 ans, la chirurgie du réseau petite saphène ne paraît pas très attractive [39]. En pratique, le choix de la technique nous semble devoir être fait en fonction du type de la terminaison de la crosse, de la topographie des reflux mis en évidence et du calibre de la petite saphène. Une incontinence ostiotronculaire significative (reflux de plus d’une seconde) avec crosse simple s’abouchant à plein canal dans la poplitée est une indication chirurgicale possible. Le stripping du tronc se doit d’être réalisé par invagination. La crossectomie isolée n’est légitime qu’en cas d’incontinence ostiale significative simple (reflux de plus d’une seconde) sans atteinte tronculaire associée. Cependant, même dans ces situations, notre préférence va en première intention à une prise en charge non chirurgicale. Jusqu’à 8 mm de diamètre, le traitement de première intention est à notre sens l’échosclérose à la mousse (( figure 3 )). Au-delà de 8 mm, nous pensons que le laser endoveineux, si le réseau variqueux s’y prête, est préférable à la chirurgie. Notre logique thérapeutique est d’éviter autant que possible un abord chirurgical de première intention du creux poplité. Concernant les autres cas de figure, incontinence ostiale ou ostiotronculaire significative (reflux de plus d’une seconde) avec crosse double, en delta de fleuve, ou d’anatomie plus complexe sont à notre sens des indications d’échosclérose à la mousse de première intention peu discutables, comme d’ailleurs, les incontinences tronculaires isolées significatives (reflux de plus d’une seconde).
  • La prise en charge des perforantes : lorsqu’elles sont dilatées (grand diamètre transverse de plus de 3,5 mm à l’aponévrose) et refluantes, elles sont chirurgicales (ligature sous-fasciale). Si elles sont de petite taille (jusqu’à 3,5 mm de grand diamètre transverse à l’aponévrose) mais refluantes, la prise en charge de ce type de perforantes peut aussi relever de l’échosclérose et de préférence à la mousse. Compte tenu de l’effet traçant de cette forme, il est souvent alors possible de prendre en charge dans le même temps le réseau veineux superficiel incontinent en cause et les perforantes pathologiques associées (( figure 4 )).
  • Les varices résiduelles après chirurgie : elles relèvent de la sclérothérapie conventionnelle. L’usage de la forme liquide ou de la mousse étant surtout une question d’écoles et de tendances.
  • Les varices non saphènes : veine de fosse poplitée, écharpe antérolatérale de cuisse (saphène antérieure de cuisse). Ces formes cliniques et ultrasonores concernent des réseaux variqueux incontinents mais indépendants de toute incontinence ostiotronculaire grande ou petite saphène associée. Leurs prises en charge restent discutées et notre faveur va plutôt à la chirurgie (phlébectomies) pour ces cas particuliers, compte tenu d’un risque non négligeable de pigmentation post-sclérose, notamment en ce qui concerne la saphène antérieure de cuisse.

Les varices essentielles compliquées

  • La thrombose veineuse superficielle sur veine variqueuse : la question de cette prise en charge thérapeutique n’est pas tranchée. Il est possible d’envisager deux types de prise en charge : une option chirurgicale ou l’institution d’un traitement anticoagulant. Certains se contentent d’une crossectomie en urgence sans éveinage associé. Enfin, d’autres sont plus favorables à un traitement anticoagulant. Cela pose alors la question de la durée de l’anticoagulation, qui n’est pas une question réglée même si l’usage de manière empirique est d’envisager environ deux semaines de traitement.
  • L’ulcère variqueux : le plus souvent, la chirurgie est proposée, associant crossectomie éveinage court et ligature des perforantes incontinentes. Après un certain engouement, la ligature par voie endoscopique est en perte de vitesse du fait de la fragilité de ces bons résultats initiaux avec un recul à 5 ans. La chirurgie est envisageable avant la cicatrisation totale de l’ulcère. L’échosclérothérapie est aussi possible dans la prise en charge des ulcères isolée ou en association à la chirurgie.

Varices essentielles et patients polyvasculaires

Dans ces conditions, la protection du capital veineux du patient est une notion à prendre en compte avant d’envisager un traitement radical. Le réseau veineux utilisable se résume essentiellement au tronc du réseau grande saphène qui est utile en cas de pontage fémoropoplité bas ou fémorojambier, voire coronaire. En cas de varices légitimant une prise en charge radicale chez un patient à risque sur le plan cardiovasculaire mais sans artériopathie avérée, il faut s’efforcer de préserver au maximum l’intégrité des troncs saphènes sur la plus grande longueur possible et sans doute avoir recours dans une large mesure à la crossectomie isolée. En cas de varices légitimant une prise en charge radicale chez un patient ayant une artériopathie établie, la situation s’évalue au coup par coup en pesant chaque fois le poids respectif : de la sévérité de l’atteinte artérielle, du risque de décompensation cutanée en rapport avec la varicose, et de la qualité réelle des troncs saphènes. En effet, il est inutile de préserver des troncs saphènes tortueux, dilatés, siège d’ectasies mais pathogènes dans le souci d’un éventuel pontage que leur qualité intrinsèque n’autorise pas.

Comme nous l’avons vu, les techniques et les indications évoluent. La crossectomie-éveinage, de préférence long concernant la grande saphène, n’est plus le traitement systématique de toute varicose. La chirurgie devient moins agressive [40], plus ciblée et sélective [41], avec pour conséquences une altération relativement modérée de la qualité de vie des patients en post-opératoire. De son côté, l’échosclérose à la mousse, technique ambulatoire et sécurisée du fait du guidage ultrasonore, est bien plus qu’une alternative très crédible à la chirurgie, bénéficiant également d’un rapport coût/efficacité très favorable par rapport aux autres procédures [26]. Enfin, les techniques d’oblitération endovasculaire ont fait la preuve et même davantage de leur faisabilité et amènent à s’interroger sur leur place dans la prise en charge quotidienne des varices essentielles. D’une manière générale, les indications laissent une part plus importante aux techniques les moins agressives.

Cependant, la prise en charge des varices garde encore une note empirique car il existe, de manière surprenante, un déficit certain en grands essais comparatifs, prospectifs, randomisés, multicentriques, avec surtout un suivi à long terme d’au moins 5 ans. Ces évaluations doivent s’imposer compte tenu de la variété des procédures possibles, du caractère chronique et évolutif de la maladie variqueuse essentielle et du coût que représente pour la société cette pathologie certes bénigne, mais si fréquente.

Références

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