ARTICLE
Rappels physiologiques
L'osmolalité plasmatique (Posm) et son principal déterminant,
la natrémie, sont maintenues constantes (275 à 290 mmol/kg
et 136 à 143 mmol/l respectivement) par l'axe soif-ADH-rein. Il
permet le contrôle des entrées et des sorties rénales
d'eau libre (sans solutés). La soif et la synthèse de l'ADH
sont principalement stimulées par l'augmentation de l'osmolalité
mais aussi par la baisse de la volémie [3]. La sensibilité
des osmorécepteurs est telle qu'une augmentation de 1 % de l'osmolalité
est suffisante pour stimuler la libération de l'ADH. Une baisse
du volume sanguin peut également stimuler la synthèse et
la libération de l'ADH mais cette variation doit atteindre 10 %
de la volémie pour être efficace. En revanche, son effet
est plus puissant sur la sécrétion d'ADH.
Toute élévation de Posm active les osmorécepteurs
situés dans l'hypothalamus. Un signal électrique est transmis
le long des axones des neurones stimulés jusqu'aux neurones des
noyaux supraoptiques et paraventriculaires hypothalamiques susceptibles
de sécréter l'ADH [4] (figure
1). Celle-ci est libérée, liée à sa
protéine de transport, par exocytose de vésicules stockées
dans l'extrémité distale du neurone, dans l'hypophyse postérieure.
L'ADH passe ainsi dans la circulation générale et dans le
liquide céphalo-rachidien en traversant la paroi fenêtrée
des vaisseaux situés au contact de ces neurones hypophysaires.
Toute hypovolémie efficace ou baisse significative de la pression
artérielle stimule également la libération d'ADH.
La sensation de soif dans ce contexte serait médiée par
le système rénine-angiotensine [5].
L'ADH, dissociée de sa protéine de transport, se fixe
ensuite sur son récepteur de type V2, sur la membrane basolatérale
des cellules principales rénales dans le tube distal [6]. Ce récepteur
est couplé à la protéine G et son activation induit
par production d'AMPc et stimulation de la protéine kinase A [7]
l'insertion, dans la membrane apicale, des canaux à eau (aquaporine
2) [8] et l'augmentation de la perméabilité tubulaire à
l'eau [9].
Le rein est l'organe clé dans le contrôle de l'équilibre
hydrosodé et dans la réabsorption des solutés. La
filtration glomérulaire est de 180 l par jour pour une diurèse
habituellement comprise entre 1 et 2 l/j. Quatre-vingts pour cent du filtrat
est réabsorbé de façon iso-osmotique dans le tube
contourné proximal et 20 % seulement arrive au niveau du tubule
contourné distal et du tube collecteur. Le tube contourné
proximal est responsable de la réabsorption active du sodium, associée
à la réabsorption passive de l'eau. À ce niveau,
le glucose, les acides aminés, le chlore, le calcium, le phosphate,
le magnésium, l'acide urique, l'urée et les bicarbonates
sont activement ou passivement réabsorbés. Dans le tube
distal, la réabsorption de sodium (moins de 5 % du sodium filtré)
s'effectue sous le contrôle du système rénine-angiotensine-aldostérone
et du facteur atrial natriurétique. Les cellules principales du
tube collecteur sont responsables des transferts d'eau, sous l'effet de
l'ADH.
Dans l'anse de Henlé ont lieu les phénomènes qui
rendent possible l'élimination d'une urine hyper ou hypo-osmotique
au plasma [10] (figure 2).
En effet, les fluides qui quittent le tube proximal sont iso-osmotiques
au plasma. Les apports hydriques et osmolaires étant très
variables, l'élimination d'une urine iso-osmotique est rarement
adéquate. La réabsorption de NaCl sans eau dans la portion
médullaire ascendante large de l'anse de Henlé permet d'induire
une hyperosmolarité dans l'interstitium médullaire. Grâce
à ce gradient, au cours de son passage dans le tube collecteur
médullaire, l'urine se concentre en s'équilibrant osmotiquement
avec l'interstitium. L'ADH permettra la modification finale de la concentration
des urines dans le tube collecteur.
Toute polyurie, lorsqu'elle est prolongée, peut en elle-même
induire un phénomène de wash out médullaire
qui lave partiellement ce gradient, et induit la faillite de la
concentration des urines selon un mécanisme secondaire.
Définition
Un syndrome polyuro-polydipsique est défini par un volume des
urines émises sur vingt-quatre heures, supérieur à
3 litres (ou 30 ml/kg de poids corporel) associé à une soif
abondante. Le volume des boissons et des urines peut varier de 3 à
20 litres par jour, situation toujours pénible pour le patient
car elle le gêne dans son activité quotidienne et perturbe
son sommeil. De plus, elle peut conduire à des complications mettant
en jeu le pronostic vital.
La polyurie doit être distinguée d'une augmentation de
la fréquence des mictions (pollakiurie) avec un volume quotidien
urinaire normal.
Physiopathologie
Que la polyurie soit la cause ou la conséquence d'une polypdipsie,
elle peut résulter principalement :
d'une augmentation primitive des apports osmotiques. Il s'agit
d'une polyurie osmotique et l'osmolalité des urines est élevée
(figure 3) ;
d'une diminution de la réabsorption de l'eau au niveau
des tubes collecteurs sous l'effet d'une diminution de la synthèse
de l'ADH par les neurones de l'hypothalamus médian, ou de la résistance
des cellules tubulaires à l'action de l'ADH. Il s'agit dans le
premier cas d'un diabète insipide central encore appelé
neurogénique et, dans le deuxième cas, d'un diabète
insipide périphérique encore appelé néphrogénique.
Le diabète insipide congénital, variété de
diabète insipide néphrogénique, est lié à
l'existence d'une mutation sur le gène du récepteur V2 de
l'ADH ou, plus rarement, sur le gène de l'aquaporine 2 [11] ;
de la suppression de la sécrétion d'ADH par des
apports liquidiens excessifs ou inappropriés, quelle qu'en soit
la cause (eau ou alcool), ou l'inactivation, même partielle, de
l'ADH (par exemple par la production placentaire de vasopressinase au
cours de la grossesse) [12] ;
d'une diminution du seuil osmotique de la soif qui entraîne
un excès d'apports hydriques ;
d'une anomalie du gradient cortico-médullaire qui altère
les conditions de réabsorption tubulaire. Il s'agit principalement
des situations de polyurie chronique et des grandes dénutritions
à urée basse.
L'analyse d'une telle situation nécessite l'étude de la
composition de l'urine qui, selon sa richesse en eau et en solutés,
oriente le clinicien vers le diagnostic de polyurie osmotique ou de diabète
insipide (figure 3).
Diagnostic clinique
La polyurie s'associe à une soif conservée et à
l'augmentation des apports hydriques proportionnelle à l'augmentation
de la diurèse. La nycturie est fréquente et invalidante
(énurésie chez l'enfant). L'examen clinique est habituellement
normal.
Si les apports hydriques sont insuffisants (troubles moteurs ou de la
vigilance), un tableau de déshydratation globale à prédominance
intracellulaire peut se constituer (céphalées, nausées,
vomissements, fièvre, perte de poids, confusion, hypernatrémie).
Il peut engager le pronostic vital du patient. Dans les situations de
diabète insipide chronique, on peut observer une augmentation du
volume de la vessie et une dilatation des voies urinaires.
Le tableau clinique correspondant aux diabètes insipides congénitaux
est particulier. Le diagnostic est porté chez des enfants présentant
des épisodes de déshydratation et d'hyperthermie à
répétition dès les premières semaines de vie.
Lorsque le diagnostic n'est pas fait rapidement, un retard mental et physique
peut s'observer, secondaire à l'hypoperfusion artérielle
cérébrale et des autres organes qui s'associe aux épisodes
de déshydratation sévères non traités.
Diagnostic du mécanisme physiopathologique
du syndrome polyuro-dipsique
(encadré
1 et figure 3)
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ENCADRÉ 1
Définitions
L'osmolalité efficace d'un fluide
définit la quantité de particules osmotiquement actives
par unité de volume de solvant. L'unité de mesure
est l'osmole définie par : 1 osmole = 6,02.1023
particules.
L'osmolalité urinaire se calcule
comme suit : [natriurèse en mmol/l + kaliurèse en
mmol/l] x 2 + urée en mmol/l.
L'osmolalité plasmatique se
calcule comme : [natrémie en mmol/l] x 2 + glycémie
en mmol/l + urée en mmol/l.
La clairance osmotique est la quantité
d'eau et de solutés excrétés par le rein de
façon iso-osmotique au plasma.
La clairance de l'eau libre (Cl H2O)
est le volume théorique d'eau sans soluté qui est
ajouté (Cl H2O positive) ou soustrait (Cl H2O
négative) à l'urine pour constituer l'urine définitive
(hypo ou hypertonique respectivement) : Cl H2O = volume
des urines (1 osmolalité urinaire/osmolalité
plasmatique).
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Première étape : affirmer la
polyurie
Avant toute chose, le volume des urines de 24 heures doit être
contrôlé pour affirmer la polyurie.
Deuxième étape : vérifier
si la polyurie est ou non osmotique
Les osmolalités du plasma (Posm) et des urines (Uosm) seront
évaluées. Lorsque Uosm est supérieure à 300
mosm/l et que la clairance de l'eau libre est négative, il s'agit
d'une polyurie osmotique [13].
Troisième étape : affirmer qu'il
s'agit d'une polyurie hypotonique (diabète insipide)
Lorsque la densité urinaire est < 1 010, Uosm est inférieure
à 300 mosm/l, Posm est voisine de 300 mosm/l, la natrémie
est normale ou élevée et la clairance de l'eau libre est
positive : il s'agit d'une polyurie hypotonique ou diabète insipide
(DI).
Quatrième étape : distinguer
les DI par troubles primitifs de la soif (potomanie et DI dipsogénique)
des DI par défaut de synthèse (DI neurogénique ou
central ou hypothalamo-hypophysaire) ou d'action (DI néphrogénique)
de l'ADH
Principe : La confirmation
du diagnostic repose sur la réalisation d'une épreuve de
restriction hydrique
(figure
4 et encadré 3)
Si le patient est déjà en situation de déshydratation
intracellulaire à l'état basal, le test est bien évidemment
inutile et dangereux.
Le but de la restriction hydrique est d'augmenter l'osmolalité
plasmatique.
Si le patient est capable de concentrer ses urines en situation
d'hypertonie plasmatique, on s'oriente vers les diagnostics de potomanie
ou de diabète insipide dipsogénique.
Si les urines restent hypotoniques malgré l'augmentation
de l'osmolalité plasmatique, il s'agit d'un diabète insipide
neurogénique ou néphrogénique.
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ENCADRÉ 3
Réalisation
pratique du test de restriction hydrique
Interrompre le traitement éventuel
par dDAVP 48 heures avant le test.
La
veille de l'examen :
Accès libre aux boissons.
Éviter la caféine.
Prévenir le laboratoire d'analyses
biologiques.
Le
jour de l'examen :
Peser le patient.
Prélever un échantillon
sanguin et urinaire pour mesure de l'osmolalité.
Garder les urines durant toute la durée
de l'examen.
À jeun pour les liquides (en
général moins de huit heures)
Surveiller le patient pour éviter
les apports liquidiens subreptices.
Peser le patient toutes les heures
et arrêter l'examen si la perte de poids est supérieure
à 5 % du poids initial ou si la soif devient intolérable.
Surveiller la pression artérielle.
Prélever les échantillons
sanguins et urinaires toutes les deux heures.
Administration de
dDAVP :
Injecter par voie intramusculaire,
sous-cutanée ou intraveineuse 0,3 mug de desmopressine ou
5 mug par voie intranasale, 8 heures après le début
du test.
Le patient peut manger et boire au
maximum 1,5 fois le volume des urines émises depuis le début
du test.
Collecter les urines pour la mesure
de l'osmolarité durant les 4 heures suivantes et pendant
la nuit.
Le lendemain matin, prélever
un échantillon d'urine et de sang pour dosage de l'osmolalité.
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Le diagnostic entre
les différentes formes de diabète insipide est aisé
si le tableau clinique et biologique est complet
Si l'osmolalité plasmatique maximale obtenue lors de la
restriction hydrique est > 295 mosm/l, le diagnostic est facilement
fait chez la majorité des patients, même en cas de diabète
insipide partiel. L'administration de dDAVP analogue synthétique
de l'ADH à la fin du test de restriction hydrique permet alors
de faire la différence entre diabète insipide neurogénique
(l'osmolarité urinaire augmente) et diabète insipide néphrogénique
(l'osmolarité urinaire n'augmente pas par résistance à
l'effet de l'ADH).
En revanche, si l'osmolalité plasmatique maximale obtenue
lors de la restriction hydrique reste inférieure à 295 mosm/l,
il est utile de perfuser du sérum salé à 3 % jusqu'à
ce que l'osmolalité plasmatique soit supérieure à
295 mosm/l. Si la restriction hydrique induit une concentration modérée
des urines, le diabète insipide peut être neurogénique,
néphrogénique partiel ou dipsogénique, et l'injection
de dDAVP n'est d'aucune valeur diagnostique. Il est donc nécessaire
d'effectuer le dosage de l'ADH avant et durant l'épreuve de restriction
hydrique et d'interpréter le résultat en fonction de l'osmolalité
plasmatique et urinaire concomitante. Néanmoins, le dosage d'ADH,
en particulier dans les valeurs basses, manque de sensibilité et,
en pratique, il est rare qu'il permette réellement de faire la
différence entre un DI central partiel et un DI dipsogénique.
Mais il faut garder
à l'esprit dans l'interprétation des données que
n'importe quel état de polyurie diminue le pouvoir de concentration
des urines et perturbe de façon majeure la réponse à
la restriction hydrique
Certains diabètes insipides partiels ont une sécrétion
d'ADH faible mais non nulle. L'épreuve de restriction hydrique
ne permet pas alors de faire, de façon formelle, la différence
avec une polydipsie primaire. En effet, le sujet porteur d'un diabète
insipide partiel est capable de concentrer ses urines, même s'il
ne parvient pas à une concentration supérieure à
750 mosm/l). Or, en cas de polydipsie primaire, on peut observer le même
type de réponse incomplète. En effet, en cas de syndrome
polyuro-polydipsique chronique, quelle qu'en soit l'origine, la reconstitution
d'un gradient de concentration dans la médullaire rénale
n'est pas immédiate. Même en présence de concentrations
plasmatiques satisfaisantes d'ADH comme on les obtient en fin de restriction
hydrique, voire après injection de dDAVP, l'osmolarité urinaire
n'augmente pas autant qu'on l'aurait attendu car le rein est incapable
de concentrer les urines.
Diagnostic étiologique des polyuries osmotiques
L'osmolalité urinaire, lorsqu'elle est supérieure à
300 mosm/l, oriente vers une polyurie osmotique. L'excrétion urinaire
de solutés varie considérablement (entre 500 et 1 000 mosm/j.)
chez l'adulte en fonction des habitudes alimentaires. Habituellement,
un adulte excrète, dans ses urines de 24 heures, environ : 150
mmol de sodium, 75 mmol de potassium, 400 mmol d'urée et 50 mmol
d'autres substances non électrolytiques. Dans un volume quotidien
de 1 500 ml, cela représente une osmolalité urinaire proche
de 600 mosm/l. Lorsque l'osmolalité urinaire est supérieure
à 800 mosm/l, la diurèse est certainement induite par les
électrolytes (chlore, sodium, bicarbonate). Les étiologies
des polyuries osmotiques sont données sur la figure
5.
Diagnostic étiologique
des diabètes insipides
(encadré 2)
Diabète insipide central ou neurogénique
ou hypothalamo-hypophysaire
Les causes des DI
centraux acquis
Les déficits primaires de production de l'ADH résultent,
dans la majorité des cas, d'une atteinte des neurones de l'hypothalamus.
Les atteintes organiques, généralement tumorales (métastases,
crâniopharyngiomes, méningiomes, germinomes) ou infiltratives
(sarcoïdose, abcès) sont la première cause. Leur recherche
justifie toujours, en première intention, devant tout diabète
insipide acquis, la réalisation d'une imagerie hypothalamo-hypophysaire
et ce avant même toute épreuve de restriction hydrique. Lorsque
les causes évidentes tumorales, infiltratives, traumatiques, postchirurgicales,
sont éliminées par le contexte ou l'imagerie, on retient
le diagnostic de DI central idiopathique [14] dont le mécanisme
est inconnu, peut-être auto-immun.
L'atteinte peut également siéger au niveau de l'hypophyse
antérieure avec un déficit concomitant en ACTH. Ce déficit
peut paradoxalement masquer le diabète insipide, qui ne se révélera
qu'à la mise en route de la corticothérapie substitutive.
Un tableau clinique
de sévérité variable
Lorsque le déficit est débutant, il induit une
augmentation modérée de l'osmolalité plasmatique.
Celle-ci, en retour, stimule l'activité des neurones hypophysaires
fonctionnels avec augmentation de la synthèse de l'ADH. La sensibilité
des récepteurs peut également s'adapter et contribuer à
la compensation du déficit débutant.
Lorsque l'altération des neurones hypophysaires se majore,
le mécanisme de compensation est dépassé et l'atteinte
clinique apparaît. L'augmentation (modérée) de l'osmolalité
plasmatique stimule la soif et met le patient à l'abri d'une déshydratation.
La neurohypophyse garde une capacité de synthèse de l'ADH
(de l'ordre de 10 à 20 %) en cas de stimulation intense et brutale
comme l'épreuve de restriction hydrique. Il persiste également
une variation nycthémérale de la diurèse avec la
nuit, diminution de la soif, des apports hydriques et de la diurèse
et tendance à la déshydratation et à la concentration
des urines. Les premières urines du matin ne doivent donc pas être
utilisées pour les examens biologiques. Le diabète insipide
neurogénique est le plus souvent partiel.
Le diabète
insipide central familial
Le diabète insipide familial [15] est plus rare et de transmission
habituellement autosomique dominante. L'anomalie génétique
responsable est le plus souvent une mutation ponctuelle portant sur le
gène impliqué dans la synthèse d'un précurseur
de l'ADH. Il peut être de révélation clinique tardive.
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ENCADRÉ 2
Étiologies des polyuries
hypotoniques
Diabète insipide
neurogénique
Acquis :
chirurgie hypothalamo-hypophysaire
traumatisme crânien
néoplasie primitive ou secondaire
granulomatose
infection
malformation congénitale
accident vasculaire hémorragique
ou ischémique
anévrisme de la carotide interne
morsure de serpent
Génétiquement transmis :
autosomique dominant
mutation du chromosome 20 qui code pour
l'ADH-neurophysine II (précurseur polypeptide de l'ADH)
Idiopathique
Diabète insipide
néphrogénique
Acquis :
médicamenteux (méthoxyflurane,
déméclocycline, lithium, amphotéricine B, aminosides,
cis-platine, rifampicine, foscarnet)
Génétiquement transmis :
récessif lié à l'X
(gène du récepteur de l'ADH)
autosomique récessif (gène
de l'aquaporine 2)
Lié à une anomalie du gradient cortico-médullaire
: insuffisance rénale aiguë et chronique, obstruction
des voies urinaires
Lié à une atteinte de la médullaire
: désordres hydro-électrolytiques (hypercalcémie,
hypercalciurie, hypokaliémie), vasculaire (drépanocytose),
sarcoîdose,
amylose, Sjögren
Idiopathique
Diabète insipide
psychogène
Acquis :
schizophrénie
syndrome maniaco-dépressif
polydipsie primaire
Diabète insipide
dipsogène
Acquis :
granulome, infection cérébrale
maladie auto-immune
lithium, tégrétol
traumatisme cérébral
Génétiquement transmis
Idiopathique
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Le diabète insipide néphrogénique
par « résistance » à l'ADH
Le diabète insipide néphrogénique [16] résulte
de l'atteinte du tube collecteur ou de la médullaire rénale.
Aucune autre anomalie du fonctionnement rénal n'est associée.
Il peut être acquis, héréditaire ou idiopathique.
DI néphrogéniques
acquis
La forme la plus fréquente est secondaire à l'effet d'un
traitement par le lithium [17] ou à un désordre hydroélectrolytique
: hypercalcémie ou hypokaliémie).
Le traitement chronique par sels de lithium peut conduire à
une résistance à l'effet de l'ADH chez plus de 20 % des
patients traités. Le lithium s'accumule dans la cellule du tube
collecteur rénal et interfère avec l'action de l'ADH suivant
un mécanisme incomplètement élucidé (probablement
par interférence avec le métabolisme et/ou la mobilisation
des aquaporines. Néanmoins, chez un patient traité par lithium,
il ne faut pas oublier que le diabète insipide peut être
lié à une potomanie (maladie psychiatrique) ou à
une polydipsie (sécheresse buccale induite par de nombreux traitements
psychotropes).
Une hypercalcémie persistante supérieure à
2,75 mmol/l peut induire un trouble de la concentration des urines.
Le diabète insipide est réversible si le médicament
en cause peut être interrompu et l'anomalie biologique corrigée.
La sévérité de l'atteinte est variable en fonction
du temps et du patient considéré.
DI néphrogéniques
congénitaux
La forme génétique de diabète insipide la
plus fréquente est récessive liée à l'X [2].
Elle s'associe à une mutation du gène qui code pour le récepteur
V2 de l'AVP. La résistance à l'ADH peut être totale
ou partielle, ce qui sous-entend l'existence de différentes formes
d'atteinte du récepteur.
L'autre forme génétique est autosomique récessive
et secondaire à une mutation sur le gène de l'aquaporine
2. Différentes mutations ont été mises en évidence,
dont certaines aboutissent à la synthèse d'une protéine
incapable de s'insérer dans la membrane cellulaire pour former
le canal à eau. Les formes homozygotes s'associent à une
résistance complète à l'ADH alors que les hétérozygotes
n'ont pas d'anomalie de la concentration des urines.
Les formes idiopathiques
de diabète insipide néphrogénique
Elles sont rares. Comme dans la situation précédente,
la synthèse d'ADH est augmentée en réponse à
l'augmentation de l'osmolalité jusqu'à un seuil où
apparaît le syndrome polyuro-polydipsique par stimulation de la
soif. Dans les situations chroniques, le rein est donc susceptible de
concentrer les urines si la synthèse d'ADH augmente brutalement.
Ceci différencie le DI néphrogénique partiel du DI
sévère où le pouvoir de concentration des urines
n'augmente pas, même si la synthèse d'ADH est multiplié
par 100. Les deux situations peuvent s'observer dans les formes acquises,
génétique ou idiopathique de la maladie.
La polydipsie primaire
La polydipsie primaire ou potomanie est observée la plupart du
temps au cours de la schizophrénie (10 à 40 %) [18, 19].
Ces formes psychiatriques de polydipsie primaire sont compulsives (les
patients pensent bénéfique d'augmenter leur apports hydriques)
ou secondaires à une sensation de soif augmentée. Le traitement
psychiatrique médicamenteux n'améliore pas ce trouble du
comportement. Dans l'évolution des psychoses maniaco-dépressives,
la polydipsie primaire est souvent transitoire. Un traitement par le lithium
peut rendre le diagnostic difficile.
L'apport excessif de boissons abaisse légèrement l'osmolalité
plasmatique et induit une diurèse aqueuse (par freinage de la synthèse
d'ADH) qui empêche l'intoxication par l'eau. L'apport d'ADH, si
le patient maintient son apport hydrique, conduit à un tableau
d'hyperhydratation intracellulaire (confusion, coma, hyponatrémie,
décès).
Autres diabètes insipides
Le diabète
insipide dipsogénique
Il correspond à une diminution du seuil de stimulation de la
soif [20]. Pour diminuer la sensation de soif, il faudrait pouvoir abaisser
l'osmolalité et la natrémie en dessous du seuil de synthèse
de l'ADH, ce qui est impossible. L'ADH plasmatique est souvent à
la limite inférieure de la normale. Il s'agit souvent d'une atteinte
du système nerveux central (neurosarcoïdose, méningite
tuberculeuse, traumatisme cérébral, traitement par le lithium
ou le tégretol, sclérose en plaques). Chez certains patients
(neurosarcoïdose, par exemple), l'altération de la régulation
de la soif s'associe à un déficit de la synthèse
de l'ADH. Dans la majorité des cas néanmoins, aucune cause
n'est mise en évidence.
Le diabète
insipide gestationnel
Le diabète insipide gestationnel [10] se définit comme
l'apparition d'un syndrome polyuro-polydipsique durant la grossesse. L'augmentation
de la clairance métabolique de l'ADH pendant la grossesse est secondaire
à la synthèse placentaire d'une aminopeptidase qui dégrade
l'ocytocine et l'ADH in vivo et in vitro. Un déficit
de la synthèse de l'ADH est probablement associé dans les
formes symptomatiques. Le diabète insipide gestationnel est résolutif
dans les trois semaines qui suivent l'accouchement.
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ENCADRÉ 4
Traitement du diabète
insipide
Le traitement de
référence du DI neurogénique repose sur l'administration
de dDAVP.
La dDAVP (desmopressine
= 1 déamino-8 D-arginine vasopressine) commercialisée
sous le nom de Minirin [21] s'administre par voie nasale à
la dose de 10 à 20 mug toutes les 8 à 12 heures ou
par voie orale (comprimés à 0,1 ou 0,2 mg, en 2 à
3 prises quotidiennes). Une forme injectable est disponible pour
les situations où les autres voies d'administration sont
impossibles. D'autres médicaments comme le chlorpropamide
(Diabinèse®) [22], le clofibrate (Lipavlon®)
ou la carbamazépine (Tegretol®) [23] peuvent
être efficaces, mais ne sont plus guère utilisés
de nos jours compte tenu de la disponibilité du Minirin.
Ils peuvent être utilisés seuls ou en association avec
un diurétique comme l'hydrochlorothiazide (Esidrex®)
[24] avec un effet satisfaisant sur la diurèse même
dans les déficits complets en ADH.
Traitement du DI
néphrogénique.
Dans les DI néphrogéniques partiels,
on peut proposer aussi un traitement par dDAVP.
La
polyurie peut également être réduite de 50 à
70 % par la combinaison d'un régime hyposodé et la
prescription d'hydrochlorothiazide (Esidrex®), amiloride
(Modamide®) ou indométacine (Indocid®).
Les diurétiques thiazidiques ont une action paradoxale en
diminuant la sensation de soif et la diurèse. L'amiloride
est principalement proposé dans les DI secondaires à
la prise prolongée de lithium car il diminue la réabsorption
du lithium dans les tubes collecteurs et l'effet du lithium intracellulaire
sur la réabsorption de l'eau.
Traitement des polydipsies
primaires.
Aucun traitement efficace
n'existe pour traiter la polydipsie primaire ou le DI dipsogénique.
La prescription de dDAVP peut induire une intoxication par l'eau,
secondaire au maintien des apports hydriques. La nycturie peut néanmoins
être améliorée par la dDAVP administré
au coucher ; la dose nécessaire et suffisante pour diminuer
la diurèse nocturne sans avoir d'effet sur la journée
suivante doit être soigneusement évaluée.
Traitement du DI
gestationnel.
Le DI gestationnel
est efficacement traité par la dDAVP. Il faut tenir compte
d'une diminution physiologique pendant la grossesse de la natrémie
et de l'osmolalité plasmatique d'environ 5 mmol/l. Le traitement
doit être interrompu 1 à 2 semaines après l'accouchement.
Il ne contre-indique pas l'allaitement car il passe peu dans le
lait maternel et il n'est que faiblement absorbé dans le
tractus digestif du nourrisson.
Correction de la
déshydratation en cas de troubles de conscience.
Dans
les situations où un patient souffrant de DI ne peut pas
boire à sa soif, il est essentiel de compenser la diurèse,
faute de quoi apparaît une déshydratation intracellulaire,
puis globale, qui menace rapidement le pronostic vital. En cas d'hypernatrémie
aiguë, le traitement doit être rapidement entrepris.
Les cellules cérébrales augmentent en quelques heures
leur contenu osmotique, ce qui limite la diminution du volume cellulaire.
Il faut donc corriger la natrémie progressivement. La perte
d'eau pure est compensée par du soluté glucosé
à 5 %, le volume nécessaire étant calculé
suivant la formule : poids corporel x 0,6 x [(natrémie observée/140)
1]. En cas de perte hypotonique d'eau, il est nécessaire
de rétablir d'abord la volémie en perfusant du sérum
salé isotonique ou des macromolécules, puis des solutions
hypotoniques.
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