ARTICLE
La maladie de Berger, ou néphropathie à immunoglobuline
A (IgA), est la plus fréquente des maladies glomérulaires
dans de nombreux pays. Elle a été initialement définie
par Berger et Hinglais, en 1968 [1], comme une « glomérulonéphrite
caractérisée par la présence, en immunofluorescence,
de dépôts mésangiaux d'IgA prédominants ou
exclusifs et par l'absence de signes extrarénaux ». Elle est
la cause principale (environ 25 % des cas) des glomérulonéphrites
humaines primitives, fréquence qui est à peu près
identique dans tous les pays du monde [2, 3]. Elle est cependant influencée
par des facteurs ethniques ou géographiques, puisqu'elle est exceptionnelle
chez les Noirs des États-Unis et d'Afrique du Sud, par exemple.
Elle touche essentiellement des enfants et de jeunes adultes, et deux
fois plus souvent l'homme que la femme. Sa gravité est grande puisque,
dans 25 % des cas, elle évolue vers l'insuffisance rénale
terminale, ce qui représente environ 10 % de la totalité
des cas d'insuffisance rénale, soit 200 à 300 nouveaux malades
hémodialysés ou transplantés annuellement en France
[4, 5].
L'origine des IgA mésangiales et le mécanisme de leur
dépôt restent en grande partie inconnus et ont été
discutés récemment [6]. Cette méconnaissance ne permet
pas d'envisager de traitement spécifique. Les possibilités
thérapeutiques actuelles se limitent aux mesures visant à
ralentir la progression des lésions de fibrose rénale, notamment
par le contrôle strict de la pression artérielle.
Expression clinique et anatomopathologique
Compte tenu de sa définition, le diagnostic de maladie de Berger
repose entièrement sur l'examen histologique du tissu rénal.
La maladie est en effet définie par la présence, établie
par l'examen en immunofluorescence, d'immunoglobulines principalement
(ou exclusivement) de classe A, dans le mésangium de tous les glomérules
(figure 1). Les espaces
intercellulaires mésangiaux sont dans une situation très
particulière puisqu'une substance ou une particule peut y pénétrer
directement à travers les fenestrations endothéliales, sans
avoir à franchir la membrane basale capillaire. Dans la maladie
de Berger, les dépôts d'IgA restent extracellulaires et ne
sont pas phagocytés par les cellules mésangiales (figure
2). Ils sont très souvent associés à des
dépôts de C3, alors que les protéines de la voie classique
du complément (C1 et C4) sont absentes. Dans un tiers des cas environ,
les dépôts contiennent aussi des IgG et, plus rarement, des
IgM. En microscopie optique, les aspects lésionnels sont très
variables. Lorsque des lésions glomérulaires existent, elles
sont constituées par une hypertrophie de la matrice et, parfois,
par une augmentation de la cellularité mésangiale. Très
fréquemment s'y ajoutent des lésions dites segmentaires
et focales, qui associent une thrombose capillaire puis une nécrose
et une prolifération segmentaire des cellules épithéliales.
Elles évoluent finalement vers une lésion irréversible
de sclérose de l'anse capillaire glomérulaire. Leur diffusion
marque les formes graves. L'apparition d'une insuffisance rénale
dépend non seulement de leur étendue mais également
de celle des lésions tubulaires et interstitielles rénales
associées [7].
La maladie peut survenir à tous les âges de la vie mais
elle touche essentiellement l'adulte jeune et l'enfant. Elle est marquée
par une hématurie souvent associée à une protéinurie,
sans autres anomalies. Deux tableaux révélateurs sont habituels
:
hématurie microscopique et protéinurie ;
hématurie macroscopique fréquemment récidivante,
orientant en première analyse vers une cause urologique, d'autant
que la protéinurie est minime dans ces formes. Ce tableau est plus
fréquent chez l'enfant que chez le jeune adulte. Les épisodes
apparaissent souvent au cours d'une infection banale des voies aériennes
supérieures. L'intervalle entre infection d'allure virale et épisode
d'hématurie est trop court (de 24 à 48 h) pour pouvoir évoquer
la seule responsabilité de la réponse anticorps de classe
IgA, qui est plus tardive.
Plus rarement, la maladie peut se révéler par un syndrome
néphrotique et, exceptionnellement, elle se présente sous
forme d'une insuffisance rénale aiguë due soit à des
lésions de nécrose capillaire glomérulaire avec croissants,
soit à des lésions tubulaires aiguës.
Quel que soit le tableau révélateur, l'absence de signes
extrarénaux permet de distinguer la maladie de Berger de la glomérulonéphrite
du purpura rhumatoïde, également caractérisée
par des dépôts mésangiaux d'IgA mais qui comporte
en plus des signes de vascularite cutanée, digestive et articulaire,
et dont l'évolution est aiguë (de quelques semaines à
quelques mois). Les rapports entre les deux maladies sont certains puisqu'il
existe des formes de passage de l'une à l'autre lors de l'évolution
chez un même malade et des cas où elles touchent deux membres
d'une même famille.
L'hypertension artérielle complique la maladie selon une fréquence
croissante avec l'âge du patient et la durée d'évolution
de la maladie. La sévérité de la sclérose
et de la fibrose des artérioles rénales est assez bien corrélée
à la présence de l'hypertension artérielle et à
l'importance de la sclérose glomérulaire. Les dépôts
d'IgA étant limités au mésangium glomérulaire,
il est probable qu'un mécanisme indirect, non immunologique et
éventuellement hémodynamique, soit à l'origine de
ces lésions vasculaires qui jouent certainement un rôle dans
l'apparition et la progression de l'insuffisance rénale. L'évolution
à long terme se fait vers une insuffisance rénale chronique
lente et progressive dans environ un quart des cas. Ce risque de progression
est plus grand chez l'homme que chez la femme, augmente avec l'âge
et avec la présence d'une hypertension, d'une protéinurie
franche et d'une sclérose glomérulaire ou interstitielle.
La forme « hématurie macroscopique récidivante »
est de meilleur pronostic. Globalement, 70 % des malades ont une fonction
rénale normale après 20 ans d'évolution [2, 3, 7,
8]. Dans quelques cas, une disparition prolongée de tous les signes
est observée, mais la persistance des dépôts d'IgA
a presque été constante chaque fois qu'une seconde biopsie
a été faite.
Il n'existe pas de traitement curatif de la maladie de Berger. En particulier,
les résultats des traitements corticoïdes, associés
ou non à des immunosuppresseurs, sont contradictoires. L'étude
la plus récente, effectuée auprès de patients ayant
une protéinurie supérieure à 1 g/j et traités
par corticoïdes, montre une diminution de la protéinurie et
un ralentissement de la progression de l'insuffisance rénale net
mais modeste [9]. Dans les rares formes avec lésions actives de
vascularite et/ou croissants épithéliaux, des traitements
corticoïdes et immunosuppresseurs sont proposés bien que leur
efficacité n'ait pas été établie avec certitude.
Ainsi, la plupart des traitements se limitent à ralentir la progression
de la maladie chez les patients présentant des facteurs de risque
de progression des lésions. Le contrôle strict de la pression
artérielle, notamment à l'aide d'inhibiteurs de l'enzyme
de conversion, est efficace et peut stabiliser l'évolution [10].
Ce fait clinique est à rapprocher des travaux récents montrant
que le polymorphisme du gène de l'enzyme de conversion de l'angiotensine
II est associé aux formes sévères [11-13].
Après transplantation, les dépôts mésangiaux
d'IgA se répètent au niveau du rein transplanté dans
environ un tiers des cas. Les conséquences de la récidive
sont modestes, au moins à court terme [14]. La récidive
ne s'accompagne généralement pas de manifestations cliniques
mais seulement parfois d'une protéinurie minime ou d'une hématurie
microscopique. Inversement, dans quelques cas exceptionnels, la transplantation
fortuite de reins de cadavre ayant des dépôts mésangiaux
d'IgA (non suspectés car asymptomatiques) a toujours été
suivie de la disparition des dépôts dans le rein après
transplantation.
Facteurs génétiques
Le rôle des facteurs génétiques dans la maladie
de Berger est suggéré, indirectement, par trois types d'observations.
Premièrement, la répartition géographique de la maladie
n'est pas homogène, bien qu'elle soit largement répandue.
Elle est évaluée à 2,8/10 000 dans une population
de 250 000 habitants de la Bretagne du Nord [5]. Sa fréquence par
rapport au nombre total de biopsies est de 10 % en Amérique du
Nord, de 20 % en Europe et de 40 % au Japon et à Singapour [3]
et, dans certains groupes ethniques, elle est supérieure à
celle des Caucasiens. Dans l'État du Nouveau Mexique, par exemple,
elle est 8 fois plus élevée chez les Indiens américains
que chez les Anglo-Américains. À l'inverse, chez les Noirs
américains, elle est 4 fois plus faible que chez ces derniers.
Deuxièmement, il existe de nombreux cas de maladie de Berger familiaux.
Ils ont été observés entre parents et enfants dans
une même fratrie ou chez des jumeaux [15]. L'argument le plus convaincant
quant au rôle de facteurs génétiques provient du Kentucky,
où l'étude d'une trentaine de malades a révélé
des ancêtres communs [16]. Enfin, de nombreuses études d'association
à des marqueurs polymorphiques (groupes HLA, allotypes du complément,
etc.) ont donné des résultats positifs mais inconstamment
retrouvés et variables d'une région géographique
à une autre [15].
Mécanismes immuns
L'existence de dépôts mésangiaux d'IgA qui définissent
la maladie, ainsi que leur récidive après transplantation
conduisent à considérer qu'une anomalie de la réponse
immune IgA existe chez ces malades [17]. Nous verrons que, malgré
son caractère défini et apparemment simple, l'événement
très probablement initial qu'est le dépôt d'IgA reste
une énigme. Notamment, les rôles respectifs de la stimulation
par un antigène extrinsèque ou d'une anomalie intrinsèque
de l'appareil immunitaire ne sont pas clairs. Plus encore, l'origine même,
médullaire ou muqueuse, des IgA présentes dans le mésangium
n'est pas indiscutable.
Nature des dépôts immuns
La nature des dépôts mésangiaux d'IgA a été
précisée par l'étude directe du tissu rénal
à l'aide d'anticorps monoclonaux : ils sont constitués de
façon très prédominante sinon exclusive, par des
IgA de sous-classe IgA1. Dans un tiers des cas, des IgG sont présentes
et sont alors, quasi exclusivement, de sous-classes IgG1 et IgG3 [18].
Cette restriction de sous-classes rappelle celle qui est observée
habituellement au cours des réponses antivirales et est très
différente de celle constatée dans d'autres glomérulonéphrites
de type auto-immun (glomérulonéphrite extramembraneuse et
par auto-anticorps antimembrane basale glomérulaire) : où
les IgG déposées sont essentiellement des sous-classes IgG1
et IgG4 [19]. L'élution, à partir de fragments obtenus par
biopsie à l'aiguille, des IgA mésangiales a permis de préciser
que leur structure était variable, dimérique de façon
prédominante (60 %), mais également monomérique (40
%) ; contrairement à la diversité de leur poids moléculaire,
la charge des IgA éluées s'est révélée
être remarquablement homogène et anionique [20].
L'interaction des IgA1 avec les cellules mésangiales active probablement
une cascade de cytokines et de facteurs de croissance avec, pour conséquence,
la prolifération de ces cellules et la synthèse de la matrice
extracellulaire conduisant à des lésions scléreuses
glomérulaires et interstitielles. Les mécanismes ne sont
probablement pas spéficiques de la néphropatie à
IgA. Ces médiateurs comprennent l'interleukine 6, le PDGF (platelet-derived
growth factor), le TNF-alpha (tumor necrosis factor alpha),
le TGF-ß (transforming growth factor beta) et le MCP-1 (monocyte
chemoattractant protein-1).
Origine des IgA mésangiales
La question de l'origine des IgA mésangiales est essentielle,
mais n'a pas reçu de réponse définitive. Cette difficulté
reflète les incertitudes qui persistent quant à l'origine
et à l'importance fonctionnelle relative des monomères et
des polymères des deux sous-classes d'IgA chez l'homme sain.
Réponse IgA chez le sujet sain
Les IgA sont produites par deux systèmes en grande partie fonctionnellement
indépendants (figure 3).
Les plasmocytes responsables de la production de l'IgA des sécrétions
externes [17] sont situés sous les surfaces épithéliales
au sein de la lamina propria des muqueuses et des glandes à sécrétion
externe. Le transport actif de ces IgA sécrétoires repose
sur leur affinité pour le composant sécrétoire épithélial.
Les précurseurs B de ces plasmocytes sont stimulés dans
les plaques de Peyer de l'intestin ou dans leur équivalent respiratoire.
Après stimulation par les antigènes de l'environnement,
les précurseurs B s'engagent dans la production IgA de sous-classes
IgA1 (50 %) et IgA2 (40 %), de structure polymérique (à
plus de 90 %). Par ailleurs, ces cellules B dérivées des
plaques de Peyer quittent le sang périphérique et se localisent
dans la lamina propria des muqueuses. Ainsi, une immunisation locale (digestive,
par exemple) induit une réponse anticorps IgA sécrétoire
dans des tissus éloignés qui n'ont pas été
directement stimulés par l'antigène. Inversement, l'IgA
sérique est principalement monomérique (à plus de
85 %) et de sous-classe essentiellement IgA1 (90 %). Elle est produite
majoritairement par des plasmocytes de la moelle osseuse, en quantité
analogue à celle de l'IgG. Seuls l'homme et les primates possèdent
des taux élevés de monomère circulant sans que l'avantage
en soit connu. L'IgA plasmatique d'origine médullaire pourrait
jouer le rôle de seconde barrière éliminant les antigènes
ayant pénétré dans l'organisme, par voie digestive
notamment, sans entraîner de conséquences inflammatoires.
Chez l'homme, l'indépendance des deux systèmes est attestée
par le fait que les IgA sériques (monomères ou polymères)
ne sont pas transportées vers les lumières et que les IgA
polymériques produites par les plasmocytes sous-épithéliaux
ne contribuent pratiquement pas au pool circulant des IgA. L'absence de
corrélation de l'activité anticorps des IgA entre les deux
systèmes confirme cette indépendance qui n'est toutefois
pas absolue puisque l'immunisation par voie générale peut
entraîner, chez des sujets préalablement immunisés
par voie muqueuse par le même antigène, une réponse
IgA sécrétoire. Inversement, si une stimulation antigénique
muqueuse conduit essentiellement à la localisation des lymphocytes
B activés dans les tissus muqueux, une minorité d'entre
eux se localise dans la moelle osseuse lorsque la stimulation est répétée.
Anomalies de la réponse IgA dans la maladie
de Berger
Dans la maladie de Berger, le taux sérique des IgA est élevé
dans plus de la moitié des cas (les taux d'IgG et d'IgM sont normaux).
Cela est dû à une élévation du taux d'IgA1
monomérique circulante , le taux d'IgA2 et le pourcentage d'IgA
polymériques étant comparables à ceux des témoins
[21]. De plus, l'élévation des IgA1 concerne presque exclusivement
les IgA1lambda [22]. Cependant, cette élévation du taux
d'IgA1 n'explique pas complètement leur accumulation mésangiale,
puisque des taux élevés de cette immunoglobuline ne causent
pas, à eux seuls, ce type de dépôt chez les patients
atteints de myélome ou de sida, qui en ont des taux circulants
similaires, voire plus élevés que ceux observés chez
les patients atteints de néphropatie à IgA, mais n'ont que
rarement des dépôts rénaux.
L'origine circulatoire des IgA déposées dans le mésangium
est plausible en raison des analogies immunochimiques entre les IgA circulantes
et celles des dépôts. Ceci suggère que les anomalies
de la réponse immune IgA, dans la maladie de Berger, affectent
principalement le compartiment systémique.
* Moelle osseuse
Les premières études cliniques avaient montré l'existence
d'une réponse IgA élevée chez les patients à
la suite d'une immunisation secondaire par voie systémique ou orale.
En réalité, les taux d'IgA avant immunisation sont anormalement
élevés chez les patients, si bien que l'augmentation relative
des titres après vaccination est comparable à celle observée
chez les cas témoins [23]. Pour éclaircir ce point et évaluer
la réponse primaire, de Fijter et al. ont mesuré
les taux d'IgA après immunisation par la toxine du choléra
et rappel intranasal [24]. Les réponses IgA systémiques
(plasma) et muqueuses (sécrétions nasales) sont diminuées
chez les patients. Il est possible que l'élévation polyclonale
des IgA observée chez eux soit liée à un déficit
de la réponse immune IgA primaire qui conduirait à la persistance
de stimulations antigéniques récurrentes, alors que les
sujets sains ayant une réponse brève, plus intense, seraient
capables d'éliminer l'antigène.
* Amygdales
D'autres groupes ont testé l'hypothèse d'une production
par les amygdales des IgA déposées dans le mésangium.
Béné et al. ont trouvé que le nombre de cellules
sécrétant des IgA était augmenté dans les
amygdales, de telle façon que le rapport cellules sécrétant
des IgA/cellules sécrétant les IgG était inversé
chez les patients atteints de maladie de Berger, en faveur de l'IgA [25].
L'hématurie microscopique, chez eux, peut augmenter après
stimulation par ultrasons des amygdales. De plus, le début brutal
de l'hématurie macroscopique, le jour d'une amygdalectomie, n'est
pas inhabituel. Enfin, des publications isolées ont montré
une amélioration prolongée de l'hématurie microscopique
et de la protéinurie après amygdalectomie [25]. Cependant,
les études randomisées font défaut.
Récemment, une étude des lymphocytes T gamma/delta, qui
sont impliqués dans la modulation de la réponse IgA muqueuse,
a montré qu'il existait, chez les patients atteints de la maladie
de Berger, un déséquilibre du répertoire des récepteurs
de ces lymphocytes [26].
Anomalies de la structure
des molécules d'IgA1
Molécules d'IgA1 agrégées
L'étude des IgA sériques s'est concentrée, au début
des années 80, sur l'hypothèse selon laquelle les dépôts
d'IgA seraient des complexes immuns circulants se localisant dans le mésangium.
Les recherches de « complexes immuns » contenant des IgA ont
montré qu'il existait, chez environ la moitié des malades,
des IgA circulantes sous forme macromoléculaire [21]. En réalité,
ce fait ne préjuge pas de leur réelle nature de complexe
antigène-anticorps puisque l'antigène éventuel n'a
jamais été identifié. Cette particularité
qu'ont les IgA de former des agrégats pourrait être liée
à une structure physico-chimique particulière favorisant
les interactions des domaines Fc, ou une activité auto-anticorps
anti-IgG. Nous avons, dans ce domaine, montré l'existence d'IgA
circulantes de charge anionique ainsi que la présence, dans le
sérum des malades, d'IgA à activité auto-anticorps
anti-IgG (facteur rhumatoïde IgA). Ces deux anomalies ne sont pas
corrélées entre elles, mais l'une et l'autre sont étroitement
associées à l'existence d'une récidive des dépôts
qui n'apparaît que chez un tiers des malades transplantés
[21]. Plus récemment, l'existence d'anomalies de la copule glucidique
des molécules d'IgA1 est venue éclairer la compréhension
de la maladie.
Structure des molécules d'IgA1 :
anomalies de la copule glucidique
Les molécules d'IgA1 ont un domaine particulier impliqué
dans leur métabolisme, « la région charnière
», qui est absent des molécules d'IgA2. Dans cette région,
des résidus sucrés
O-glycosylés sont liés à des résidus sérine
et thréonine.
Un défaut de galactosylation de la région charnière
des molécules d'IgA1 circulantes existe chez les patients atteints
de néphropatie à IgA [27]. Cela pourrait résulter
soit d'un clivage par une bêta-glycosidase bactérienne, soit
d'un déficit en ß1,3-galactosyltransférase. Le C1
inhibiteur sérique (qui a aussi des résidus sucrés
O-glycosylés) est normalement glycosylé chez ces patients.
Ainsi, l'anomalie de galactosylation, portant sur les sucres O-glycosylés,
n'est pas généralisée. Les lymphocytes B de ces patients
(mais pas les lymphocytes T ni les monocytes) ont une activité
ß1,3-galactosyltransférase diminuée [28]. Il est possible
que, dans la néphropathie à IgA, des facteurs génétiquement
déterminés modulent la disponibilité ou la fonction
de cette enzyme. Trois membres d'une famille (la mère et ses deux
filles atteintes de cette maladie) avaient un déficit de galactosylation
de l'IgA1 sérique (Julian, communication personnelle, et [6]).
Conséquences de l'altération de la
copule glucidique
Le déficit en résidus galactose de la région charnière
des IgA1 influence probablement leur distribution tissulaire. Expérimentalement
chez la souris, les modifications des chaînes glucidiques latérales
de cette région altèrent profondément la répartition
tissulaire et l'élimination des résidus galactose augmente
la captation de l'IgA1 par les reins. Chez les patients atteints de maladie
de Berger, les modifications de galactosylation de la région charnière
sont susceptibles de modifier l'interaction de l'IgA1 avec d'autres anticorps.
Une anomalie de glycosylation pourrait augmenter les interactions IgA1-IgA1
[29]. Ainsi, l'IgA1 hypogalactosylée pourrait former des complexes
immuns avec des IgA ou des IgG [30] et, ainsi, échapper à
la captation par le foie et se déposer dans le mésangium.
Anomalies du catabolisme des IgA et interaction
anormale des IgA1 avec le FcalphaR (CD89) des cellules circulantes
Le récepteur qui lie la chaîne lourde alpha (également
appelé CD89) est présent sur les neutrophiles circulants
et les monocytes. Il lie la région de l'IgA1 située entre
les domaines Calpha2 et Calpha3, si bien que la diminution de la glycosylation
de la région charnière pourrait expliquer les altérations
de liaison de l'IgA1 au FcalphaR. De manière contradictoire, certains
travaux ont décrit une augmentation de liaison de l'IgA1 aux monocytes
[31] qui pourrait induire la sécrétion de cytokines, notamment
celle de l'interleukine 6, capable d'entraîner des lésions
glomérulaires. À l'inverse, d'autres travaux ont montré
que les IgA1 provenant de patients se liaient moins à des cellules
transfectées par CD89 [32]. Ainsi, les arguments en faveur du rôle
de l'augmentation de la liaison de l'IgA1 aux cellules circulantes dans
l'activation des monocytes ou de la diminution de cette liaison dans le
dépôt mésangial d'IgA1 restent incertains.
Récepteur spécifique de l'IgA1 sur
les cellules mésangiales
Les IgA1 pourraient se déposer dans les glomérules par
liaison à des récepteurs de surface des cellules mésangiales
ayant une affinité pour ces molécules. Deux candidats ont
été proposé : un récepteur Fc pour l'IgA,
encore mal caractérisé [33, 34], et le récepteur
pour les asialoglycoprotéines (ASGP-R). L'importance relative de
ces deux récepteurs, dans la pathogénie de la néphropathie
à IgA, reste aujourd'hui débattue.
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