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Orlistat et obésité : le point sur les connaissances


Médecine thérapeutique. Volume 5, Numéro 5, 403-10, Mai 1999, Thérapeutique


Résumé  

Auteur(s) : Pierre Nys, .

Résumé : L’augmentation de la masse grasse est appréciée par l’indice de masse corporelle, ou indice de Quetelet, qui est le rapport du poids (en kg) à la taille (en m2) [1]. Un indice de masse corporelle supérieur à 30 kg/m2 définit l’obésité chez l’adulte. Au-delà de ce chiffre, l’obésité recouvre différents stades de gravité et s’associe à une augmentation du risque de mortalité. La prévalence de l’obésité ne cesse de croître dans les pays industrialisés. On estime, en France, qu’elle touche de 7 à 10 % de la population [2]. Elle s’accompagne d’un cortège de complications cardio-vasculaires (hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux, insuffisance cardiaque et coronarienne), respiratoires (insuffisance respiratoire, syndrome d’apnée du sommeil, hypertension artérielle pulmonaire), mécaniques (arthrose, goutte), métaboliques (diabète, dyslipidémies, hyperuricémie…) et autres [1]. Depuis les recommandations de l’Agence du médicament, en 1995, et le retrait de la fenfluramine et de la dexfenfluramine, l’arsenal thérapeutique, en dehors de la diététique, est restreint [3]. Une nouvelle molécule, l’orlistat, vient d’être commercialisée. Que faut-il en savoir et en penser ? Au-delà des chiffres, on constate que la perte pondérale, critère majeur d’efficacité du traitement étudié, reste modeste avec l’orlistat en regard des résultats obtenus dans le groupe placebo. Bien que significative, la différence à 1 an reste minime (3,9 kg). A 2 ans, la différence entre les deux groupes s’amenuise encore (2,4 kg). Les résultats obtenus pour les autres paramètres, tels que les profils lipidiques, l’équilibre glycémique ou l’hypertension artérielle, sont soit modestes, soit nuls (pression artérielle diastolique). Ces différences sont, de plus, obtenues au prix d’un inconfort digestif marqué, même s’il se réduit au bout des 12 premières semaines de traitement pour devenir négligeable lors de la deuxième année. Les résultats pondéraux chez les patients diabétiques sont encore plus modestes. Il s’agit, il est vrai, de populations différentes pour lesquelles les phénomènes d’insulinorésistance, étroitement intriqués aux troubles métaboliques, ralentissent l’amaigrissement. Dans cette population spécifique, on remarque, ce qui était déjà connu, qu’une perte de poids modeste suffit à améliorer le profil biologique (insulinémie, glycémie, lipides). Le prix de vente du médicament doit également entrer en ligne de compte au vu de ces résultats. Si l’orlistat ouvre la voie d’une nouvelle classe thérapeutique pour aider certains patients obèses, il ne doit être prescrit qu’à des sujets susceptibles d’obtenir de bons résultats : perte de plus de 2,5 kg lors de la phase de régime seul pendant 4 semaines puis de 5 % du poids corporel lors des 3 premiers mois de traitement. Chez ces sujets, la perte de poids à 1 an atteint en effet 16,4 %, ce qui parfois est suffisant. Chez les autres, qui s’astreignent déjà à des régimes pauvres en lipides, la prescription d’orlistat restera sans effet. Les résultats à 2 ans, très modestes, confirment que la prise en charge d’une obésité ne doit pas s’envisager pour une trop courte période. Si l’orlistat peut aider à l’amaigrissement, il ne permet en rien de restaurer un métabolisme énergétique normal et le maintien d’un amaigrissement en 12 mois de traitement sans une alimentation vraiment adaptée. L’obésité est une maladie hétérogène, dont la prise en charge reste difficile et qui est ouverte à de nouvelles recherches. Si la mise à disposition d’une nouvelle molécule reste intéressante par son mécanisme d’action original, les résultats obtenus confirment que la seule réduction des calories lipidiques est insuffisante.

Mots-clés : obésité, orlistat, lipase.

Illustrations

ARTICLE

L'augmentation de la masse grasse est appréciée par l'indice de masse corporelle, ou indice de Quetelet, qui est le rapport du poids (en kg) à la taille (en m2) [1]. Un indice de masse corporelle supérieur à 30 kg/m2 définit l'obésité chez l'adulte. Au-delà de ce chiffre, l'obésité recouvre différents stades de gravité et s'associe à une augmentation du risque de mortalité (tableau 1).
La prévalence de l'obésité ne cesse de croître dans les pays industrialisés. On estime, en France, qu'elle touche de 7 à 10 % de la population [2]. Elle s'accompagne d'un cortège de complications cardio-vasculaires (hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux, insuffisance cardiaque et coronarienne), respiratoires (insuffisance respiratoire, syndrome d'apnée du sommeil, hypertension artérielle pulmonaire), mécaniques (arthrose, goutte), métaboliques (diabète, dyslipidémies, hyperuricémie...) et autres [1]. Depuis les recommandations de l'Agence du médicament, en 1995, et le retrait de la fenfluramine et de la dexfenfluramine, l'arsenal thérapeutique, en dehors de la diététique, est restreint [3].

Une nouvelle molécule, l'orlistat, vient d'être commercialisée. Que faut-il en savoir et en penser ?

Digestion normale des graisses

Les lipases digestives, pancréatiques et, à un moindre degré, gastriques permettent l'hydrolyse des triglycérides qui représentent environ 95 % des lipides d'origine alimentaire. Ceux-ci sont dégradés en acides gras libres et en monoglycérides qui se fixent sur les sels biliaires pour former des micelles. La dégradation de ces dernières les libère et ils diffusent passivement à travers l'épithélium intestinal. Là, ils reconstituent des triglycérides en se combinant à d'autres lipides (phospholipides et cholestérol) ou à des apolipoprotéines (essentiellement l'apo B48) pour former les chylomicrons. Ces derniers, constitués à 90 % de triglycérides, pénètrent dans les lymphatiques de l'intestin grêle pour rejoindre le système veineux. Dans la circulation générale, après action de la lipoprotéine lipase circulante, les chylomicrons libèrent les acides gras libres vers les muscles (utilisation immédiate pour l'énergie) et les adipocytes (stockage de réserve énergétique).

Molécule d'orlistat

L'orlistat (figure 1), ou tétrahydrolipstatine (C29H53NO5, d'une masse moléculaire de 495,75 Da), est un dérivé synthétique hydrogéné et stabilisé de la lipstatine [4]. Il s'agit d'un puissant inhibiteur des lipases par analogie structurale avec les acides gras estérifiés des triglycérides, substrats des lipases [5]. Les triglycérides ne sont plus hydrolysés, leur absorption est réduite.
Le long squelette hydrocarboné de la molécule comporte une chaîne N-formyl leucine et un cycle bêtalactone, site actif de la molécule.
L'orlistat ouvre une nouvelle classe thérapeutique, celle des inhibiteurs des lipases gastro-intestinales, à la fois gastriques et pancréatiques.
La fixation d'une molécule d'orlistat sur une molécule de lipase digestive en bloque l'activité de façon irréversible in vivo. La réaction de catalyse qui conduit à l'ouverture du cycle bêta-lactone, site de fixation de la molécule sur l'enzyme, est plus lente que l'hydrolyse du substrat naturel. L'activité lipasique se trouve ainsi bloquée pour un temps supérieur au temps de transit des lipides dans la lumière de l'intestin grêle.
In vitro, l'activité inhibitrice de l'orlistat se manifeste dès que la concentration de produit atteint 10 ng/ml. L'activité lipasique est réduite de moitié avec une concentration de produit égale à 120 ng/ml (une gélule d'orlistat est dosée à 120 mg de principe actif) (figure 2).

In vivo, les études animales ont montré que seule l'hydrolyse des triglycérides est inhibée. Les étapes ultérieures, telles que la solubilisation des acides gras et des monoglycérides sous forme de micelles, l'absorption intestinale, la réestérification et l'excrétion de chylomicrons, ne sont pas modifiées [7]. L'activité du produit est stable dans le temps, sans phénomène d'échappement : son administration pendant 10 semaines à des rongeurs entraîne un taux constant d'inhibition de l'absorption des graisses. L'étude du comportement alimentaire d'animaux ayant libre accès à une nourriture où 30 à 40 % des calories sont sous forme de lipides a montré qu'il n'existait qu'une faible compensation alimentaire par une augmentation des rations quotidiennes ingérées.

Pharmacologie

L'orlistat inhibe spécifiquement les lipases digestives. Les études in vitro montrent l'absence d'action sur les autres enzymes telles que les alpha-amylases, les phospholipases A2, la trypsine et la chymotrypsine. Seules les estérases hépatiques ont une réduction de leur activité à de fortes concentrations [6] (tableau 2).
Ainsi, l'utilisation d'orlistat n'interfère ni avec le métabolisme des phospholipides en acide arachidonique (phospholipase A2), ni avec la dégradation des protéines en acides aminés (trypsine et chymotrypsine), ni avec celle des glucides complexes en oses simples (amylase).
L'orlistat accélère de façon modeste et non significative la vitesse de vidange gastrique. La fonction biliaire n'est pas modifiée, en particulier la motilité vésiculaire. L'étude de la sécrétion des hormones digestives montre une absence d'effet de l'orlistat sur la gastrine et la sécrétine. En revanche, il existe une légère diminution de sécrétion de la cholécystokinine qui pourrait s'expliquer par une réduction des concentrations circulantes des acides gras libres, stimulants naturels de cette sécrétion.
La composition des selles, en revanche, est fortement modifiée [8]. En raison de son mécanisme d'action, l'orlistat est responsable d'une importante augmentation du contenu fécal en graisses, comme le montre l'étude des selles de 24 sujets ayant reçu soit un placebo soit de l'orlistat à raison de 120 mg 3 fois par jour pendant 6 semaines et soumis à un régime apportant 1 900 kcal/j, dont 70 g de graisses (tableau 3).
L'orlistat ne modifie pas la prolifération des cellules de la muqueuse colique : l'activité mitotique est respectée. Le taux d'excrétion fécale de calcium n'est pas modifié et les selles sont acidifiées, ce qui a un effet protecteur de la muqueuse.
L'activité de l'orlistat est périphérique : elle se limite au seul tube digestif. Les études du passage systémique du produit après absorption per os indiquent une absorption digestive négligeable [9]. La plupart des études n'ont pas montré la présence du produit après dosage plasmatique par chromatographie ou spectrométrie. Environ 97 % de la dose administrée per os est retrouvée dans les selles. En outre, 83,1 % de la radioactivité totale détectée, après administration per os d'orlistat radiomarqué, a été attribuée au produit parent, indiquant que la molécule ne subit qu'un faible métabolisme. Les métabolites sont inactifs. Une très faible radioactivité urinaire a été détectée, indiquant une voie accessoire rénale d'élimination (tableau 4).

Le passage systémique très modéré explique l'absence d'action de l'orlistat sur les lipases autres que pancréatiques et gastriques. Il est ainsi montré que l'activité des lipoprotéines lipases circulantes, des lipases hépatiques et des lipases intra-entérocytaires est inchangée.

Interactions médicamenteuses

Les patients obèses sont souvent hypertendus, dyslipidémiques et présentent assez fréquemment des troubles de la glycorégulation. L'étude des interactions entre l'orlistat et les traitements susceptibles de leur être prescrits ne montre pas d'interaction significative avec les médicaments antihypertenseurs tels que l'aténolol, le captopril, le furosémide ou la nifédipine [10].
Si un ajustement de la posologie de la pravastatine est suggéré chez les patients obèses et dyslipidémiques recevant de l'orlistat, il n'existe cependant pas de modification significative de la cinétique de cet hypolipidémiant lorsqu'il est associé à l'orlistat. Toutefois, dans le groupe recevant les deux médicaments, une réduction plus importante des concentrations de cholestérol total (­ 8 %), de cholestérol LDL (low density lipoproteins) (­ 7 %) et de triglycérides (­ 4 %) est observée par rapport aux patients recevant de la pravastatine seule.
Aucune influence pharmacocinétique n'est observée lors de l'administration d'orlistat avec le glyburide [11].
L'étude des concentrations plasmatiques des vitamines liposolubles (A, D, E, K et bêtacarotène) a été effectuée en raison du risque de réduction de leur absorption digestive par l'orlistat [12, 13]. Pour la majorité des patients traités, les concentrations sanguines moyennes restent dans les valeurs de la normale.

Par ailleurs, aucune interaction anormale n'est observée avec des produits à visée cardio-vasculaire tels que la digoxine ou les anticoagulants [14].

Schéma d'administration, tolérance

L'orlistat est commercialisé sous le nom de Xénical® et se présente sous forme de gélules dosées à 120 mg. La posologie recommandée est de 3 gélules par jour à prendre au début, au cours ou jusqu'à 1 heure après les 3 principaux repas [15]. Il existe une relation dose-effet nette jusqu'à 360 mg/j : à cette posologie, le taux d'inhibition de l'absorption des graisses est voisin de 30 % [5, 8] et, au-delà, un plateau apparaît (figure 3).
Il existe une corrélation entre la teneur en graisses alimentaires et les phénomènes d'intolérance qui se manifestent essentiellement au cours de la première semaine du traitement puis lors des 11 semaines suivantes, leur incidence décroissant ensuite.
L'intolérance, essentiellement digestive sous forme de selles grasses, molles, impérieuses, abondantes ou liquides, de gaz et de flatulences, s'explique par le mode d'action de la molécule. Plus les apports en graisses alimentaires sont importants, plus les effets indésirables conduisent à l'arrêt du traitement. En revanche, associé à un régime pauvre en graisses, l'orlistat n'entraîne pas d'accentuation significative de l'excrétion fécale des graisses. Si un régime riche en fibres alimentaires est associé à la prise d'orlistat, le taux d'excrétion fécale des matières grasses n'est pas influencé et la tolérance du produit est meilleure (tableau 5).

Les études pharmacologiques ont montré que l'excrétion fécale des graisses augmente pendant les deux premiers jours de traitement, est maximale au troisième jour, puis se maintient en plateau. Le retour à une excrétion préthérapeutique des graisses fécales se fait en 2 ou 3 jours après arrêt du traitement.

Résultats

En phase III, l'efficacité de l'orlistat a été évaluée chez 4 230 patients de plus de 18 ans ayant un indice de masse corporelle compris entre 26,1 et 46,7 kg/m2, dans 7 études multicentriques, randomisées, en double aveugle contre placebo. La première phase de 4 semaines (run-in), destinée à vérifier la motivation des patients et leur capacité à suivre les recommandations diététiques, comportait la prescription d'un régime seul ou associé à un placebo. Quatre études ont duré 2 ans afin d'évaluer l'efficacité du produit sur la perte de poids la première année, le maintien de la perte de poids et la réduction de la reprise pondérale en association avec le régime d'entretien eucalorique la deuxième année [16]. Trois études ont duré 1 an afin d'analyser soit la perte de poids en association avec un régime hypocalorique, soit le maintien de la perte pondérale obtenue après 6 mois de régime hypocalorique seul, soit la perte de poids et l'évolution des paramètres métaboliques chez des patients obèses diabétiques traités ou non par sulfamides hypoglycémiants [17].
Pendant ces essais, l'orlistat ou le placebo ont été administrés en double aveugle, sous forme de gélules dosées à 120 mg, avant les 3 repas. L'application du traitement a été évaluée à chaque visite toutes les 4 semaines pendant la première année et toutes les 8 semaines pendant la deuxième année pour les études concernées. Une consommation inférieure à 70 % des gélules prescrites a été considérée comme une mauvaise application du traitement.
L'étude a été considérée comme achevée pour les patients ayant atteint un indice de masse corporelle inférieur à 18 (dans les études américaines) ou à 20 (dans les études européennes) lors de deux visites consécutives.

En dehors de la perte pondérale qui représente le critère de jugement principal, différents paramètres ont été mesurés : les lipides sanguins (lipides totaux, cholestérol total, cholestérol LDL, cholestérol HDL ­ high density lipoproteins ­, triglycérides), pression artérielle, paramètres glycémiques (insulinémie et glycémie à jeun) et mesures anthropométriques (rapport taille/hanches). Ces explorations ont été complétées par une hyperglycémie provoquée par voie orale dans trois essais et la mesure de l'hémoglobine glyquée dans l'étude portant sur les patients obèses diabétiques.

Poids

Les résultats regroupés de ces différentes études montrent que, après une perte de poids de 2,8 % du poids initial après la première phase, les patients sous orlistat ont perdu, en moyenne, 10,2 % de leur poids corporel initial (soit 10,3 kg) au bout de la première année de traitement. Dans le même temps, la perte sous placebo a été de 6,1 % soit, en moyenne 6,1 kg [15]. La différence à 1 an (3,9 kg) indique une efficacité de 68 % (p < 0,001) (figure 4).
Le pourcentage de patients ayant perdu plus de 10 % de leur poids corporel est 2 fois plus important dans les groupes traités que dans les groupes placebo (38,8 % contre 17,7 %, p < 0,001). Celui de patients ayant perdu plus de 5 % de leur poids initial est significativement plus marqué dans les groupes orlistat que dans les groupes placebo (68,5 % contre 49,2 %). Remarquons qu'il n'existe pas de différence significative dans les groupes ayant perdu entre 0 à 5 % (23,6 % contre 32,7 %) et entre 5 à 10 % (29,7 % contre 31,5 %) de leur poids initial au bout de 1 an de traitement.
Les résultats des groupes orlistat sont meilleurs si l'on considère les patients ayant bien répondu au régime seul dans la phase initiale (perte de plus de 2,5 kg) et pendant les 3 premiers mois de traitement (perte de poids supérieure à 5 %). Dans ce cas, la différence à 1 an est de 16,4 % contre 4,8 % chez les patients ayant perdu moins de 2,5 kg lors de la première phase et moins de 5 % de leur poids en 3 mois de traitement (figure 5).
Dans les études à 2 ans, la reprise de poids a été similaire dans les deux groupes. À l'issue de cette seconde année, la différence de poids a été de 2,4 kg (p < 0,001). La reprise de poids s'explique par l'élargissement du régime à des apports caloriques et à un suivi moins strict des patients.

Dans les études à 2 ans, la moitié des patients sous orlistat ont repris moins de 25 % du poids perdu contre 22,7 % dans le groupe placebo. Près de 30 % des patients sous placebo ont repris plus de 75 % de leur perte de poids initiale contre 13,9 % dans le groupe orlistat.

Autres paramètres

Hypercholestérolémies

Chez 535 patients, après les 4 semaines de la première phase, le cholestérol LDL était supérieur ou égal à 3,36 mmol/l. Cette première période a permis de le faire baisser, en moyenne de 3,2 % dans le groupe destiné à recevoir le placebo et de 3,6 % dans le groupe destiné à recevoir le principe actif. Après 1 an de traitement, pour les patients du groupe orlistat, il a continué de chuter pour se situer à ­ 10,95 % de la valeur initiale et à ­ 7,83 % de la valeur de base (après les 4 semaines de la première période). Dans le groupe placebo, il a évolué pour se situer à ­ 2,38 % du chiffre avant inclusion dans l'étude. En fin d'étude, la différence entre les deux groupes était significative (p < 0,001) (figure 6).

La normalisation du profil lipidique a été obtenue chez 31,8 % des patients sous orlistat. Cette amélioration s'est maintenue au bout de 2 ans de traitement avec une différence de 6,59 % entre les deux groupes (p < 0,001).

Diabète [17]

* À 1 an

Dans le groupe des patients ayant une insulinémie de départ élevée (comprise entre 90 et 120 pmol/l), les patients recevant de l'orlistat avaient une insulinémie plus basse que ceux qui recevaient un placebo (­ 9,61 pmol/l contre + 1,51 pmol/l par rapport à l'insulinémie de départ).

Lorsque l'insulinémie de départ n'était pas élevée, on a observé une réduction moyenne de l'insulinémie de 39,99 pmol/l dans le groupe traité par orlistat contre 16,05 pmol/l dans le groupe placebo (p = 0,01).

* À 2 ans

Dans la population des patients avec insulinémie de départ élevée, la réduction a été de 21,45 pmol/l dans le groupe traité contre 2,79 pmol/l dans le groupe placebo.
Chez les patients ayant une tolérance glucidique altérée (hyperglycémie provoquée par voie orale anormale lors de la randomisation : glycémie à jeun supérieure à 7,7 mmol/ et inférieure à 11,1 mmol/l à 2 heures et autres points de l'épreuve d'hyperglycémie prolongée), 69,8 % d'entre eux ont récupéré une tolérance glucidique normale à 1 an contre 45 % dans le groupe placebo.
Chez les patients diabétiques à la randomisation, ceux recevant de l'orlistat ont eu une réduction moyenne de la glycémie de 0,47 mmol/l par rapport à la valeur lors de la randomisation, contre une augmentation moyenne de 0,36 mmol/l dans le groupe placebo (p < 0,001) (figure 7).
Dans le groupe des patients ayant une hémoglobine glyquée supérieure à 8 % à la randomisation, l'HbA1c a diminué en moyenne de 0,53 % dans le groupe traité contre 0,05 % dans le groupe placebo (p < 0,001).
Chez les patients diabétiques, l'amélioration du contrôle glycémique a permis une réduction moyenne de 23 % de la posologie des sulfamides hypoglycémiants dans le groupe traité contre 9 % dans le groupe placebo (p = 0,002). L'arrêt complet des antidiabétiques oraux a été possible pour 11,7 % des patients du groupe orlistat et 43 % ont bénéficié d'une réduction de la posologie de ces médications contre 28,9 % dans le groupe placebo.
À l'issue des 52 semaines de traitement, les patients ont perdu en moyenne 6,2 % de leur poids initial dans le groupe orlistat contre 4,3 % dans le groupe placebo, soit une différence significative de 2,4 kg entre les deux groupes (p < 0,001).
La perte de poids chez les patients diabétiques a été moindre que celle observée dans la population générale (6,2 kg contre 10,2 kg), ce qui rend compte des difficultés pour obtenir un amaigrissement chez les patients diabétiques insulinorésistants.

Chez ces patients, une amélioration du profil lipidique a été observée à 1 an : le cholestérol LDL a diminué de 10,88 % dans le groupe traité contre 0,33 % dans le groupe placebo et les triglycérides de 4,55 % dans le groupe traité contre 0,68 % dans le groupe placebo (figure 8).

Hypertension artérielle

Lorsqu'il existait une hypertension artérielle systolique à l'inclusion (pression artérielle systolique supérieure ou égale à 140 mmHg), la baisse moyenne de pression artérielle systolique observée dans le groupe orlistat a été de 10,89 mmHg par rapport à la valeur de départ contre 5,07 mmHg dans le groupe placebo. La différence à 1 an (6,97 mmHg) est significative (p < 0,05).
Ainsi, 54,5 % des patients ayant une hypertension artérielle systolique non traitée à l'inclusion ont normalisé leurs chiffres tensionnels à 1 an, contre 42,9 % dans le groupe placebo. La moitié des patients avec une hypertension artérielle systolique mal contrôlée sous traitement à l'inclusion ont été normalisés à 1 an contre 18,2 % dans le groupe placebo.
Lorsqu'il s'agissait d'une hypertension artérielle diastolique à l'inclusion (supérieure ou égale à 90 mmHg), à 1 an, sa réduction était de 7,9 mmHg par rapport aux chiffres initiaux dans le groupe orlistat contre 5,45 mmHg dans le groupe placebo (p = 0,06). À 2 ans, cette réduction était de 6,8 mmHg dans le groupe orlistat contre 4,12 mmHg dans le groupe placebo (p = 0,0066). Ces différences ne sont pas significatives.

CONCLUSION

Au-delà des chiffres, on constate que la perte pondérale, critère majeur d'efficacité du traitement étudié, reste modeste avec l'orlistat en regard des résultats obtenus dans le groupe placebo. Bien que significative, la différence à 1 an reste minime (3,9 kg). À 2 ans, la différence entre les deux groupes s'amenuise encore (2,4 kg).
Les résultats obtenus pour les autres paramètres, tels que les profils lipidiques, l'équilibre glycémique ou l'hypertension artérielle, sont soit modestes, soit nuls (pression artérielle diastolique).
Ces différences sont, de plus, obtenues au prix d'un inconfort digestif marqué, même s'il se réduit au bout des 12 premières semaines de traitement pour devenir négligeable lors de la deuxième année.
Les résultats pondéraux chez les patients diabétiques sont encore plus modestes. Il s'agit, il est vrai, de populations différentes pour lesquelles les phénomènes d'insulinorésistance, étroitement intriqués aux troubles métaboliques, ralentissent l'amaigrissement. Dans cette population spécifique, on remarque, ce qui était déjà connu, qu'une perte de poids modeste suffit à améliorer le profil biologique (insulinémie, glycémie, lipides).
Le prix de vente du médicament doit également entrer en ligne de compte au vu de ces résultats.
Si l'orlistat ouvre la voie d'une nouvelle classe thérapeutique pour aider certains patients obèses, il ne doit être prescrit qu'à des sujets susceptibles d'obtenir de bons résultats : perte de plus de 2,5 kg lors de la phase de régime seul pendant 4 semaines puis de 5 % du poids corporel lors des 3 premiers mois de traitement. Chez ces sujets, la perte de poids à 1 an atteint en effet 16,4 %, ce qui parfois est suffisant. Chez les autres, qui s'astreignent déjà à des régimes pauvres en lipides, la prescription d'orlistat restera sans effet.
Les résultats à 2 ans, très modestes, confirment que la prise en charge d'une obésité ne doit pas s'envisager pour une trop courte période. Si l'orlistat peut aider à l'amaigrissement, il ne permet en rien de restaurer un métabolisme énergétique normal et le maintien d'un amaigrissement en 12 mois de traitement sans une alimentation vraiment adaptée.
L'obésité est une maladie hétérogène, dont la prise en charge reste difficile et qui est ouverte à de nouvelles recherches. Si la mise à disposition d'une nouvelle molécule reste intéressante par son mécanisme d'action original, les résultats obtenus confirment que la seule réduction des calories lipidiques est insuffisante.

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