ARTICLE
Une femme de 65 ans est admise en réanimation
médicale pour détresse respiratoire. Dans ses antécédents,
on note une panniculite de Weber-Christian ayant eu lieu 12 ans auparavant
et une cirrhose due au virus de l'hépatite C, après contamination
transfusionnelle (transfusion sanguine à l'occasion d'une grossesse),
connue depuis 7 ans avec une cryoglobulinémie de type II (IgMk
monoclonale) et une hypertension portale responsable de varices sophagiennes.
Deux ans plus tôt était découverte une insuffisance
rénale chronique avec une créatininémie à
182 mmol/l et une hypertension artérielle traitée par amlodipine
(Amlor®), propanolol (Avlocardyl®) et furosémide
(Lasilix®). La ponction-biopsie rénale avait alors
révélé une glomérulonéphrite endocapillaire
qui avait été attribuée aux complications de l'hépatite
C et traitée par azathioprine (Imurel®), à
la dose de 50 mg/j, en raison d'une intolérance à l'interféron
a. Sept mois puis 3 mois avant l'hospitalisation actuelle, la patiente
avait développé, à l'occasion de deux épisodes
de transfusions sanguines pour anémie, un dème aigu
pulmonaire.
L'histoire récente de la maladie débute 1 mois avant
l'admission en réanimation. La patiente est hospitalisée
pour exploration d'une pancytopénie qui fait découvrir une
myélodysplasie au myélogramme. À la suite d'une transfusion
rendue nécessaire par l'importance de l'anémie (6,1 g/dl
d'hémoglobine), et comme lors des transfusions précédentes,
la patiente présente un épisode d'dème aigu
pulmonaire, qui disparaît avec un traitement par diurétiques
et dérivés nitrés après arrêt du bêta-bloquant,
remplacé par de la clonidine (Catapressan®).
Au bout de 2 semaines d'hospitalisation, soit 7 jours avant l'admission
en réanimation, s'installe progressivement un tableau neurologique
déficitaire associant une dysarthrie, une paralysie faciale droite
de type central et des troubles de la déglutition. Le scanner cérébral
sans injection pratiqué alors est normal. Trois jours plus tard,
la patiente est fébrile (39 °C) et faiblement dyspnéique.
Le traitement par Imurel® est interrompu et une antibiothérapie
par amoxicilline (Clamoxyl®), à la posologie de
2 g/j, est débutée dans l'hypothèse d'une surinfection
bronchique.
Malgré ce traitement, la patiente reste fébrile et dyspnéique.
La radiographie du thorax retrouve un foyer de la base droite (figure
1). Les gaz du sang montrent une pression artérielle en
oxygène (PaO 2) à 66 mmHg sous 3 l/min d'oxygène,
un pH à 7,41, une pression artérielle en gaz carbonique
(PaCO 2) à 28 mmHg et des bicarbonates à 19 mmol/l.
Un scanner thoracique confirme l'existence d'une pneumonie alvéolaire
avec atteinte des lobes moyen et inférieur droits. L'antibiothérapie
est élargie par l'association de céfotaxime (Claforan ®),
à la dose de 3 g/j, et de métronidazole (Flagyl ®)
à celle de 1,5 g/j, dans l'hypothèse d'une pneumonie d'inhalation.
L'absence d'amélioration clinique après 24 heures de
ce nouveau traitement et la dégradation gazométrique avec
l'apparition d'une acidose (pH 7,27, PaCO2 à 42 mmHg
et bicarbonates à 19 mmol/l) rendent nécessaire le transfert
de la patiente en réanimation médicale.
À son admission dans ce service, la
patiente est sub-fébrile (37,6 °C). Son hémodynamique
est stable, avec une tension artérielle à 129/70 mmHg et
une fréquence cardiaque à 101/min. La patiente est somnolente
et dysarthrique, et présente un astérixis intense avec un
score de Glasgow à 13. L'examen neurologique retrouve une paralysie
faciale droite de type central et une diminution du réflexe nauséeux.
Il n'existe pas d'autre déficit moteur ou sensitif, ni de syndrome
cérébelleux. Les pupilles sont symétriques et photoréactives,
la motricité oculaire est normale, les réflexes ostéotendineux
sont présents et symétriques et les réflexes cutanéo-plantaires
en flexion. L'auscultation pulmonaire retrouve des crépitants en
foyer à la base droite et des ronchi diffus dans le champ pulmonaire
gauche. Il existe une importante hépatosplénomégalie,
déjà connue, sans signes d'insuffisance cardiaque droite.
La patiente est oligurique et ne présente ni purpura ni lésion
cutanée suspecte.
Un bilan paraclinique exhaustif est effectué à son arrivée
en réanimation. La gazométrie artérielle montre une
PaO 2 à 138 mmHg (sous 8 l/min d'oxygène), un
pH à 7,20, une PaCO 2 à 41 mmHg et des bicarbonates
à 18 mmol/l. Sur l'ionogramme sanguin, la natrémie s'élève
à 128 mmol/l, la kaliémie à 5,1 mmol/l, la créatininémie
à 260 mmol/l, l'urée à 30 mmol/l, les protides à
56 g/l et la glycémie à 7 mmol/l. Sur le bilan hépatique,
les aspartates amino-transférases sont à 17 UI/l, les alanines
amino-transférases à 32 UI/l, les phosphatases alcalines
à 72 UI/l, les gamma-glutamyl transpeptidases à 70 UI/l
et la bilirubine à 13 mmol/l. La créatine phosphokinase
est à 222 UI/l, la lacticodéshydrogénase (LDH) est
à 796 UI/l et l'amylase à 115 UI/l. Les lactates s'élèvent
à 1,77 mmol/l. L'hémostase est perturbée avec un
taux de prothrombine à 46 %, un fibrinogène à 5,3
g/l et une baisse des facteurs II, V, VII et X aux environs de 45 %. La
numération formule sanguine retrouve une hémoglobine à
7,3 g/dl, des leucocytes à 2 800/mm 3, dont 2 400 polynucléaires
neutrophiles et 140 lymphocytes, et des plaquettes à 146 000/mm 3.
Toutes les hémocultures effectuées précédemment
ainsi que l'examen cytobactériologique des urines sont négatifs.
La radiographie du thorax à l'arrivée dans le service montre
un aspect de pneumonie bilatérale (figure
2) et l'électrocardiogramme est normal. La ponction lombaire
ramène un liquide céphalorachidien normal et l'imagerie
par résonance magnétique (IRM) cérébrale,
pratiquée pour l'étude du tronc cérébral avec
des séquences en T1, T2 et injection de gadolinium, l'est également.
Dès son admission en réanimation, la patiente est intubée
et ventilée mécaniquement en raison de l'encéphalopathie.
L'antibiothérapie, qui avait été instaurée
24 heures auparavant, est complétée par l'adjonction d'ofloxacine
(Oflocet®) pour obtenir une activité sur les germes
intracellulaires, en raison d'un tableau de pneumonie grave chez cette
femme immunodéprimée.
Le diagnostic étiologique est obtenu par les prélèvements
pulmonaires : l'examen de l'aspiration bronchique révèle
la présence de légionelles en immunofluorescence directe.
Les cultures du prélèvement pulmonaire distal protégé
par voie endoscopique sur milieux bactériologiques standard sont
négatives alors que celles de l'aspiration bronchique sur milieu
BYCE, spécifique des légionelles, sont positives. De plus,
l'antigénurie légionelle est positive et la sérologie
montre une séroconversion avec apparition d'anticorps dirigés
contre les antigènes polyvalents de légionelles et les antigènes
plus spécifiques du sérogroupe 1 (augmentation du taux d'anticorps
qui passe de moins de 1/16 à 1/256 en 7 jours).
Le diagnostic de pneumonie nosocomiale grave à Legionella
pneumophila chez une patiente cirrhotique immunodéprimée,
avec une symptomatologie initiale atypique, neurologique, centrale et
focale, est retenu. L'antibiothérapie est dès lors corrigée
et seule l'ofloxacine (Oflocet®), à la dose de 400
mg/j, est poursuivie, initialement par voie intraveineuse, pendant 21
jours.
L'évolution est favorable avec obtention d'une apyréxie,
régression des troubles de la conscience et de la paralysie faciale
et amélioration de la fonction rénale et hépatique,
qui retournent à leur état de base. Néanmoins, après
une première extubation, la réintubation de la patiente
est nécessaire en raison d'une aggravation de son état respiratoire.
Ce nouvel épisode est expliqué par l'abcédation de
la pneumonie lobaire moyenne et la constitution d'un volumineux épanchement
pleural droit (figures 3 et
4). L'analyse du liquide ramené lors de la ponction
pleurale retrouve un exsudat aseptique et les prélèvements
pulmonaires endoscopiques sont négatifs, y compris pour les germes
anaérobies. L'évolution sera finalement favorable, sans
modifications thérapeutiques ni recours à un drainage percutané
ou chirurgical. La patiente est extubée au trente et unième
jour et sort du service de réanimation au trente-huitième
jour.
L'enquête épidémiologique menée à
la suite de la déclaration de ce cas n'a pas permis de constater
d'autres infections nosocomiales associées.
Discussion
Cette patiente cirrhotique et immunodéprimée présentait
donc une pneumonie nosocomiale grave à L. pneumophila. Le
tableau clinique était atypique : il commençait par une
atteinte neurologique centrale focale (précédant les signes
respiratoires et infectieux) suivie d'abcédation pulmonaire secondaire
et se terminait par une régression complète de la symptomatologie
neurologique sous antibiotique.
L'hypothèse initialement soulevée d'une pneumonie d'inhalation
secondaire aux troubles de la déglutition était effectivement
plausible chez cette patiente. Mais l'origine des troubles neurologiques
centraux focaux restait inexpliquée, et ce d'autant qu'il n'existait
pas d'arguments cliniques pour une poussée de vascularite, que
le liquide céphalorachidien et l'IRM cérébrale étaient
normaux. De plus, l'aspect bifocal (atteinte des lobes moyen et inférieur
droits, au scanner) était peu évocateur d'inhalation et
son caractère de très grande condensation pouvait faire
évoquer le diagnostic de légionellose.
La légionellose, ou maladie des légionnaires, a été
décrite pour la première fois après la survenue d'une
pneumonie chez 221 personnes, en juillet 1976, lors de la Convention de
la Légion américaine de Pennsylvanie, où le système
de ventilation des salles de réunion avait été incriminé.
Cette épidémie avait atteint 6,8 % des personnes présentes
à la Convention et s'était soldée par 34 décès.
Six mois plus tard, le Center for Disease Control and Prevention découvrait
l'agent infectieux en cause et le baptisait Legionella pneumophila.
Par ailleurs, grâce au suivi sérologique rétrospectif,
on a pu également attribuer à ce germe la responsabilité
du syndrome de Pontiac qui avait atteint, en 1968, 140 personnes qui avaient
comme point commun d'être entrées dans le même bâtiment
public et d'avoir contracté, dans les 36 heures suivantes, un syndrome
fébrile pseudo-grippal sans signes respiratoires. Cette épidémie
avait été interrompue, là également, par le
changement du système d'air conditionné.
La légionellose est responsable, selon les séries, de
1 à 5 % des pneumonies communautaires (de 10 000 à 25 000
cas/an aux États-Unis) qui prennent la forme d'épidémies
ou de cas sporadiques [1]. Elle peut également provoquer de véritables
épidémies hospitalières. Ainsi, une incidence élevée,
allant jusqu'à 30 % des pneumonies nosocomiales, a pu être
rapportée dans les publications médicales après des
enquêtes prospectives [2, 3]. Les facteurs de risque classiquement
rapportés sont l'âge, le tabagisme, l'immunosuppression et
la présence d'une pathologie chronique sous-jacente telle qu'une
cardiopathie, une broncho-pneumopathie chronique, une néoplasie,
une hémopathie ou une insuffisance rénale chronique [1,
2]. Elle ne survient pas plus fréquemment chez les patients infectés
par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) puisqu'elle a,
chez eux, une incidence de 2 %. Elle est, en revanche, responsable d'une
mortalité plus élevée en cas d'immunodépression
[1, 2]. Une étude en analyse multivariée des facteurs associés
à une légionellose nosocomiale a retrouvé l'existence
d'une immunodépression avec un risque relatif (RR) de 33, la présence
d'une sonde nasogastrique (RR = 18), une antibiothérapie préalable
(RR = 15) et la réalisation de la toilette au lit (RR = 11). L'utilisation
d'un nébulisateur ou d'une oxygénothérapie nasale
n'a été retrouvée qu'en analyse univariée.
L'usage de la douche a été paradoxalement un facteur protecteur
(RR = 0,1) [4]. Notre patiente cirrhotique et immunodéprimée
présentait donc un certain risque de contracter une forme grave
de pneumonie à légionelle.
Le mode de contamination de la légionellose, nosocomiale ou
épidémique, est largement controversé dans les publications
médicales [3, 5, 6]. La voie classiquement décrite est celle
de l'inhalation d'aérosols contaminés. La contamination
de l'eau peut survenir à tous les niveaux de sa chaîne d'acheminement
et de traitement à l'hôpital : systèmes de refroidissement
des tours, condensateurs d'évaporation, système de distribution
de l'eau, notamment potable, réservoirs d'eau chaude, distributeurs
d'eau glacée, humidificateurs, nébulisateurs, matériels
pour respirateurs... Des cas de contamination par des aérosols
situés dans le voisinage ont même été décrits.
Cependant, cette voie exclusivement respiratoire semble être contestée
et certains auteurs privilégient un mode de contamination par ingestion
ou par inhalation de sécrétions oropharyngées contaminées.
Les éléments qui plaident en faveur de cette hypothèse
sont l'association fréquente de signes digestifs et la survenue
d'épidémies chez les patients ventilés à cause
de la contamination des produits d'alimentation entérale. Les légionelles
pourraient alors diffuser, après pénétration par
le tractus digestif, vers le poumon et les organes extrathoraciques, avec
possibilité de mise en évidence d'une bactériémie
chez 38 % des patients [5].
D'autres portes d'entrée ont pu également être
évoquées, à la suite de la description de cas documentés
de péricardite, d'endocardite sur prothèse et d'infection
du tissu mou sans pneumonie associée [2, 5].
La légionelle est un bacille à Gram négatif,
mobile, possédant un flagelle polaire ou latéral et des
pilli lui assurant une fixation aux cellules épithéliales
ou aux supports inertes. Trente-quatre espèces de Legionella
(pneumophila, micdadei, bozemanii, hackeliae...) et 52 sérogroupes
ont été décrits. L. pneumophila 1 est à
l'origine de 90 % des infections respiratoires humaines.
Ce germe est thermosensible mais tolère des températures
de 20 à 43 °C ; 90 % des bactéries sont tuées
en 2 heures si la température excède 50 °C. Il est
aquaphile et peut survivre plus de 1 an dans l'eau, même dans des
gouttelettes de 1 à 5 mm de diamètre. Il peut adhérer
aux sanitaires, y compris à la robinetterie et aux tuyaux, grâce
à la formation d'un biofilm et survivre dans les protozoaires ou
amibes présents dans les réservoirs d'eau [6].
Sa présence dans les circuits d'eau dépend de la température,
du pH, de la composition ionique et de la conductivité de l'eau
ainsi que du matériel de plomberie utilisé. Depuis la première
épidémie hospitalière rapportée à Memphis
en 1978 (39 cas), on estime que plus de 50 % des établissements
hospitaliers ont été confrontés à des problèmes
de contamination de leurs eaux par ce germe [1, 3]. Il existe de nombreuses
méthodes pour contrôler et désinfecter les circuits
et les réservoirs d'eau [6] (encadré). Les méthodes
thermiques sont les moins nocives, permettent une meilleure bactéricidie
et sont le plus adaptées aux situations d'urgence, mais leur mise
en place nécessite des investissements coûteux et un personnel
spécialisé permanent. En revanche, les techniques à
base de chloration, bien qu'elles soient corrosives pour les circuits
d'eau, peuvent garantir une meilleure désinfection résiduelle.
Dans tous les cas, à côté
des moyens de contrôle environnementaux à mettre en place,
le moyen le plus efficace de prévention des légionelloses
nosocomiales reste l'usage, à l'hôpital, de l'eau minérale
pour la boisson et la préparation des alimentations entérales,
ainsi que de l'eau stérile pour la nébulisation et le nettoyage
des matériels [7].
Le diagnostic de légionellose n'est pas toujours aisé.
Devant un tableau de pneumonie, il n'existe aucun élément
clinique ou paraclinique spécifique pouvant orienter formellement
le diagnostic vers cette étiologie infectieuse [2]. Cependant,
le tableau clinique associe souvent une atteinte multiviscérale
à la pneumonie. Par ailleurs, l'existence de certains signes, tels
des douleurs abdominales, une diarrhée, des signes neurologiques
ou une dissociation de la fréquence cardiaque et du pouls, doit
faire penser à la légionellose. La présence d'une
hyponatrémie, d'une hypophosphorémie ou d'une élévation
des transaminases est également caractéristique. Les cliniciens
peuvent ainsi s'aider d'échelles de probabilité diagnostique
telles que le système d'évaluation par points du Winthrop
University Hospital [1].
Les manifestations neurologiques sont fréquentes dans la légionellose,
survenant dans 40 à 50 % des cas [8]. Il s'agit généralement
de céphalées, d'une somnolence ou d'un syndrome confusionnel.
Les localisations neurologiques focales sont bien plus rares et tendent
à persister après la régression des signes infectieux,
contrairement aux troubles de la conscience qui disparaissent quasi systématiquement
à la guérison. L'atteinte déficitaire des nerfs crâniens
est exceptionnelle (moins de 0,5 % des cas). Chez notre patiente, les
signes neurologiques, précédant d'ailleurs les signes infectieux
et respiratoires, étaient liés à la légionellose
(liquide céphalo-rachidien et IRM cérébrale normaux)
et ont totalement régressé avec l'antibiothérapie.
La présentation radiologique n'est également pas spécifique
de la légionelle [2]. Elle consiste, dans 37 % des cas, en un infiltrat
distal, dans 33 % des cas en une atteinte diffuse de type parcellaire
(patchy) et, dans 31 % des cas, en une atteinte lobaire [9]. L'atteinte
interstitielle diffuse n'est pas du tout typique et ne s'observe dans
1 % des cas. Un épanchement pleural n'est présent initialement
que dans 10 % des cas. Chez notre patiente, la pneumonie était
bilobaire alvéolaire et extensive. En effet, l'évolution
radiologique est marquée, surtout pour les formes traitées
avec retard, par une atteinte bilatérale (65 % des cas) ou lobaire
(53 % des cas) des lésions, ou encore par la constitution d'un
épanchement pleural (35 % des cas). Après traitement, l'amélioration
radiologique se fait généralement sentir, en moyenne, au
quinzième jour alors que la normalisation du cliché est
beaucoup plus tardive (80 % au cent vingtième jour) [9].
Le diagnostic est établi par l'un ou plusieurs des examens
suivants, dont la spécificité est excellente mais dont la
sensibilité est fonction de la qualité du prélèvement
[2] : immunofluorescence directe sur les sécrétions respiratoires,
culture sur milieux spécifiques, présence d'antigènes
spécifiques dans les urines et séroconversion (apparition
d'immunoglobulines M ou multiplication du taux d'anticorps spécifiques
par un facteur supérieur ou égal à 4 en 15 jours).
L'ensemble de ces tests diagnostiques étaient positifs chez notre
patiente.
L'antibiothérapie doit être efficace sur les germes à
développement intracellulaire [2, 10]. Les macrolides (érythromycine,
spiramycine ou josamycine), les nouveaux macrolides (clarithromycine ou
azithromycine), les tétracyclines (doxycycline ou minocycline),
les fluoroquinolones (ciprofloxacine, ofloxacine, péfloxacine,
sparfloxacine, trovafloxacine ou lévofloxacine), le cotrimoxazole,
la rifampicine et l'imipénème sont actifs sur la légionellose.
Mais des cas d'échec ont été rapportés pour
l'utilisation clinique de chacun de ces antibiotiques.
Il n'existe aucun essai clinique prospectif contrôlé
comparant ces différents antibiotiques entre eux et le traitement
de référence (en s'appuyant uniquement sur des études
rétrospectives) était, jusqu'à présent, l'érythromycine
à la posologie de 4 g/j pendant 21 jours. En se fondant sur l'analyse
des études in vitro, des modèles expérimentaux
animaux et des cas d'échec clinique, il semblerait qu'il faille
désormais préférer, pour les pneumonies graves ou
chez les patients immunodéprimés, la prescription d'azithromycine
ou d'une fluoroquinolone [2, 10]. L'association, également conseillée
en raison de son activité bactéricide in vitro, d'érythromycine
ou d'une fluoroquinolone et de rifampicine, à la posologie de 20
à 30 mg/kg/j, ne semble pas apporter de bénéfice
clinique supplémentaire. En revanche, pour les pneumonies communautaires
des patients immunocompétents, la prescription d'érythromycine
seule reste parfaitement justifiée.
Chez notre patiente, l'évolution sous traitement de la pneumonie
lobaire s'est faite vers la formation d'un abcès intraparenchymateux.
L'abcédation des pneumonies à légionelle est décrite,
avec environ 30 cas rapportés dans les publications médicales
[2, 11]. Cette présentation clinique apparaît essentiellement
chez des patients immunodéprimés (greffes de rein ou de
cur, corticothérapie au long cours, lupus érythémateux
disséminé ou splénectomie). Il s'agit, le plus fréquemment,
d'une atteinte lobaire supérieure (62 % des cas) survenant au cours
d'une légionellose nosocomiale (73 % des cas). Le traitement peut
nécessiter le recours à des gestes invasifs (drainage transthoracique
ou chirurgie à thorax ouvert), en plus de l'antibiothérapie
recommandée pour les formes graves. La mortalité est importante
(30 %) et la régression des images thoraciques tardive (entre 3
et 6 mois). Pour notre patiente, en l'absence de surinfection de l'abcès
ou de fistule pleurale, le traitement médical initialement entrepris
a été suffisant pour permettre la guérison.
Différentes méthodes disponibles pour
le contrôle de Legionella dans l'environnement hospitalier
Contrôle physique
Chaleur : maintenir la température
des calorimètres à plus de 50 °C ou surchauffer à
70 °C pendant 30 min ou provoquer un choc thermique (88 °C pendant
un instant).
Irradiation aux UV (254 nm).
Sonication (traitement aux ultrasons).
Soufflerie d'air comprimé.
Contrôle chimique
Hypochlorite de sodium, de calcium ou chlore
gazeux : chloration intermittente (choc à 20-50 ppm) ou chloration
continue (2 mg/l, 3 ppm).
Ozone.
Ionisation avec des ions Cu ou Ag.
Filtres de charbon.
Révision régulière de la
plomberie et adoption de réservoirs d'eau horizontaux.
CONCLUSION La
légionellose est un diagnostic à évoquer devant toute
pneumonie grave, notamment s'il existe des signes neurologiques, même
focaux. Elle peut être acquise à l'hôpital, sous forme
de cas sporadiques ou d'épidémie, et atteint préférentiellement
les patients ayant une lourde comorbidité ou une immunosuppression.
L'antibiothérapie à instaurer de façon probabiliste
devant une pneumonie grave doit donc impérativement comporter un
macrolide ou une fluoroquinolone afin de couvrir le spectre des germes intracellulaires
dont fait partie la légionelle. REFERENCES
1. Breiman R.F., Butler J.C. 1998. Legionnaires' disease : clinical,
epidemiological, and public health perspectives. Semin Respir Infect
13 : 84-89.
2. Stout J.E., Yu V.L. Legionellosis. N Engl J Med 337 : 682-687.
3. Yu V.L. 1993. Could aspiration be the major mode of transmission
for Legionella ? Am J Med 95 : 13-15.
4. Blatt S., et al. 1993. Nosocomial legionnaires' disease :
aspiration as a primary mode of disease acquisition. Am J Med
95 : 16-22.
5. Mudler R.R., Yu V.L., Woo A.H. 1986. Mode of transmission of Legionella
pneumophila : a critical review. Arch Intern Med 146 : 1607-1612.
6. Hart C.A., Makin T. 1991. Legionella in hospitals : a review. J
Hosp Infect 18 (suppl. A) : 481-489.
7. Mastro T.D., et al. 1991. Nosocomial legionnaires' disease
and use of medication nebulizers. J Infect Dis 163 : 667-671.
8. Johnson J.D., Raff M.J., Van Arsdall J.A. 1984. Neurologic manifestations
of legionnaires' disease. Medicine 63 : 303-310.
9. Coletta F.S., Fein A.M. 1998. Radiological manifestations of legionella/legionella-like
organisms. Semin Respir Infect 13 : 109-115.
10. Edelstein P.H. 1998. Antimicrobial chemotherapy for legionnaires'
disease : time for a change. Ann Intern Med 129 : 328-330.
11. Elbright J., et al. 1993. Multiple bilateral
lung cavities caused by Legionella pneumophila : case report and
review. Infect Dis Clin Pract 2 : 195-199.
|