ARTICLE
Les interactions cellulaires au sein du système
immunitaire se font à la fois par contact direct et par l'intermédiaire
de médiateurs solubles appelés cytokines. Celles-ci interviennent
à tous les stades et dans tous les types de réactions immunitaires,
permettant l'amplification, l'orientation puis la régulation des
réponses cellulaires et humorales. Elles ont le rôle de véritables
médiateurs paracrines, mais parfois autocrines, de la réaction
immunitaire. Ces molécules, aux effets pléïotropiques,
s'articulent entre elles au sein d'un réseau complexe où
elles interagissent par des relations de production en cascade, de synergie,
d'amplification et de (rétro-) inhibition. De nouvelles molécules,
les chimiokines et leurs récepteurs, sont récemment venues
s'ajouter à ce réseau de médiateurs. Leur connaissance
éclaire certaines interactions cellulaires et permet de mieux appréhender
l'organisation des systèmes de défense dans l'espace et
dans le temps.
L'objectif de cette revue est de mettre en perspective le rôle
des principales cytokines et chimiokines et de montrer les perspectives
d'application clinique et thérapeutique que laissent entrevoir
les dernières découvertes dans ce domaine.
Présentation générale
La dénomination d'une cytokine se fait, le plus couramment,
par le nom d'interleukine (IL) associé à un numéro
d'ordre fixé par un comité de nomenclature international
(nous en sommes à l'IL18). Elle peut également se faire
par un sigle ou un acronyme dérivé d'une propriété
biologique particulière du médiateur (ou supposée
comme telle), lors de sa découverte.
Les chimiokines exercent un pouvoir chimio-attractif sur les cellules
qui participent aux réactions immunitaires [1]. Ces protéines
ont une certaine homologie de séquence entre elles et leur séquence
N-terminale détermine leur rôle biologique. On classe les
chimiokines, en fonction du nombre d'acides aminés (X) présents
entre les deux résidus cystéines conservés de leur
séquence N-terminale, en quatre familles dont deux principales
:
les CXC-chimiokines (ou alpha-chimiokines) que l'on subdivise
en deux la présence de la séquence Glu-Leu-Arg au
voisinage de la séquence N-terminale caractérise celles
qui agissent sur les polynucléaires neutrophiles et son absence
celles qui agissent sur les lymphocytes. Le chef de file de cette famille
est l'IL8, produite essentiellement par les monocytes/macrophages, mais
également par les neutrophiles eux-mêmes ;
les CC-chimiokines (ou beta-chimiokines), qui exercent un rôle
chimio-attractif principalement sur les monocytes/macrophages, les lymphocytes,
les polynucléaires basophiles ou éosinophiles mais non sur
les polynucléaires neutrophiles.
Toute classification des cytokines est arbitraire. Nous proposons
de les regrouper de la manière suivante (tableau
1) [2] :
les cytokines des réponses immunitaires, comprenant
la quasi-totalité des interleukines, mais également l'interféron-gamma
(IFN-gamma) et les deux formes du tumor necrosis factor (TNF-alpha
et beta) ;
les cytokines de l'inflammation et de la fibrose, dont certaines
sont pro-inflammatoires (l'IL1, le TNF, l'IL6), d'autres anti-inflammatoires
et/ou fibrosantes (l'antagoniste de l'IL1 pour son récepteur
IL1RA , l'IL10, le transforming growth factor-beta
TGF-beta) ;
les cytokines antivirales comprenant les interférons
de type 1 (IFN-alpha, beta, omega et teta), l'IFN-gamma et l'IL16 ;
les cytokines de l'hématopoïèse dont font
partie les colony stimulating factors (CSF) et le stem cell
factor (SCF), mais également des interleukines (IL3, 5 et 7)
;
les chimiokines impliquées dans le recrutement des cellules
vers le site du conflit.
Récepteurs des interleukines
et des chimiokines
Les effets d'une cytokine sont conditionnés par les concentrations
atteintes, in situ, au voisinage des cellules cibles, ainsi que
par le nombre et l'affinité des récepteurs présents
sur celles-ci. Le pouvoir de fixation sur les protéines sériques
ou sur les molécules de la matrice extracellulaire détermine
également le gradient de concentration de la cytokine au niveau
du micro-environnement, ce qui permet de mieux cibler la réponse.
Les récepteurs de la plupart des cytokines [3] sont des complexes
membranaires multiprotéiques constitués par l'association
de deux ou trois chaînes : une chaîne alpha, qui détermine
l'affinité et la spécificité de la liaison cytokine-récepteur,
et une chaîne beta (et éventuellement gamma), qui permet
la transmission du signal et qui peut être utilisée conjointement
par plusieurs cytokines apparentées. Ces récepteurs sont
dépourvus d'activité kinase intrinsèque. Ils transmettent
leurs signaux par l'intermédiaire de kinases qui leur sont associées
et conditionnent un deuxième niveau de sélectivité
de la réponse cellulaire aux cytokines [4, 5].
Le principal facteur déterminant la réponse d'une cellule
à une cytokine est donc l'expression de la chaîne alpha du
récepteur. L'utilisation conjointe d'une même chaîne
beta explique que certaines cytokines interagissent (positivement ou négativement)
sur les mêmes cellules cibles. La libération de certains
récepteurs de cytokines sous forme soluble peut constituer un indice
d'activation cellulaire (chaîne alpha du récepteur de l'IL2)
ou générer des antagonistes naturels (récepteurs
solubles du TNF), voire des agonistes (chaîne alpha du récepteur
de l'IL6) des cytokines.
Les récepteurs aux chimiokines [1] forment une superfamille
de glycoprotéines possédant sept domaines transmembranaires
et qui sont couplées aux phospholipides membranaires par l'intermédiaire
d'une protéine G permettant la transduction du signal de type
beta-adrénergique. Les récepteurs aux CC-chimiokines sont
dénommés CCR (au nombre de dix à ce jour) et les
récepteurs aux CXC-chimiokines sont appelés CXCR (au nombre
de quatre à ce jour). L'expression préférentielle
(éventuellement régulée) d'un récepteur
à la surface de cellules de l'immunité peut conférer
une spécificité d'action à une chimiokine ou à
une association de chimiokines : CXCR1 est restreint aux polynucléaires
neutrophiles, CXCR3 est exprimé préférentiellement
par les lymphocytes T.
Classification fonctionnelle des cytokines
Pour chaque type de réponse immunitaire analysée, nous
présenterons les cytokines mises en jeu (tableaux
1, 2 et 3).
Cytokines des réponses immunitaires spécifiques
Activation spécifique du lymphocyte CD4+
* Lymphocyte T CD4+
C'est le pivot de l'ensemble des réactions immunitaires. Il
existe des profils distincts de production de cytokines par les lymphocytes
T CD4 +, à la base des différents types de réponses
immunitaires. Le lymphocyte T CD4 est activé par l'antigène
sous l'effet de contacts cellulaires directs (par l'intermédiaire
du TCR/CD3 et du CD28) avec la cellule présentatrice d'antigène
(CPA), mais également de cytokines produites par celle-ci (IL10
et IL12) (figure 1). Le
lymphocyte T CD4 + ainsi activé prolifère et se
différencie en lymphocyte T auxiliaire ou T-helper (Th),
producteur de cytokines parmi lesquelles figurent les IL2 à 6,
9, 10 et 13, l'IFN-gamma, le GM-CSF (granulocyte-macrophage colony-stimulating
factor), les TNF-alpha et beta.
Chez la souris, deux profils distincts et mutuellement exclusifs de
production de cytokines ont été initialement définis
(figure 2) [6] : le profil
Th1 (IL2, IFN-gamma, TNF-beta) et Th2 (IL4, 5, 6, 10 et 13). Les lymphocytes
Th1 contrôlent l'immunité à médiation cellulaire
et les lymphocytes Th2 l'immunité humorale. Ceux-ci, qui ont cessé
de produire de l'IL2, utilisent l'IL4 comme facteur de croissance autocrine.
Les deux types de lymphocytes produisent de l'IL3, du GM-CSF et du TNF-alpha.
Certains clones dits Th0, représentant l'étape intermédiaire
avant la divergence Th1/Th2, produisent à la fois de l'IL2, de
l'IFN-gamma, de l'IL4 et de l'IL5. Par ailleurs, chez l'homme [7], la
dichotomie Th1/Th2 n'est pas aussi nette et la distinction se fait sur
la production mutuellement exclusive d'IFN-gamma, d'une part, et d'IL4
et/ou d'IL5, d'autre part. Il n'existe pas de systématisation pour
l'IL10 et pour l'IL13. Bien qu'aucun marqueur de membrane n'ait été
validé jusqu'à ce jour pour distinguer les lymphocytes T
CD4 + Th1 et Th2, les données récentes ont montré
une expression préférentielle de CXCR3 sur les lymphocytes
Th1 activés et de CCR3 et CCR5 sur les Th2 activés [1].
De même, les lymphocytes Th1 exprimeraient plutôt à
leur membrane la chaîne beta2 du récepteur à l'IL12
et les lymphocytes Th2 la chaîne beta du récepteur à
l'IFN-gamma.
Une réponse immunitaire est dite Th1 lorsque les lymphocytes
T CD4 + Th1 prédominent sur les lymphocytes T CD4 Th2,
et réciproquement (figure
1). Les cytokines sont classées en deux grandes catégories,
quelles que soient les cellules qui les ont produites (figure
2) :
les cytokines de type Th1, principalement l'IL2, l'IFN-gamma
et l'IL12, intervenant dans l'immunité à médiation
cellulaire ;
les cytokines de type Th2, les IL4, 5, 6, 10 et 13, intervenant
dans l'immunité à médiation humorale.
La différenciation préférentielle des lymphocytes
CD4+ en clones Th1 ou Th2 est conditionnée par leur
contact précoce avec des cytokines inductrices : l'IL12 pour
les Th1 [8], et l'IL4 pour les Th2 [5, 9]. Lorsque l'une des voies de
réponse est déterminée, les cytokines produites
ont tendance à la maintenir, par leurs effets positifs et négatifs
réciproques (figure 3).
* IL2 : cytokine clé de la réponse
immune centrée par le lymphocyte T CD4+
Produite de façon quasi exclusive par le lymphocyte T CD4+
activé, l'IL2 permet l'expansion clonale des lymphocytes T CD4+
et leur différenciation. Elle est utilisée comme facteur
de croissance des lymphocytes T en culture in vitro. Elle est également
à l'origine de la réponse T CD8+ cytotoxique,
permet la prolifération et l'activation des cellules NK (natural
killer) et est active sur les lymphocytes B.
L'IL2 agit par l'intermédiaire d'un récepteur constitué
de trois chaînes (alpha, beta et gamma) [10]. L'affinité
de ce récepteur peut varier d'un facteur 104, selon
la quantité de chaîne alpha (marqueur CD25) dont l'expression,
absente des lymphocytes T au repos, constitue par conséquent un
facteur critique de réponse à l'IL2, en même temps
qu'un indice d'activation du système lymphoïde. Elle est alors
détectable à la surface des lymphocytes T, mais également
dans le sérum, relarguée sous forme de « récepteur
soluble de l'IL2 » ou CD25 soluble. L'expression du gène de
la chaîne alpha est stimulée par le signal TCR/CD3, par l'IL1
et par l'IL2 elle-même.
Les souris invalidées pour le gène de l'IL2 présentent,
in vivo, des réponses immunitaires peu perturbées
en raison de la redondance du système immunitaire. Elles développent
cependant des entéropathies inflammatoires, vraisemblablement dues
à une perte de l'anergie clonale.
L'IL15 [11] se révèle, in vitro, aussi efficace
que l'IL2 pour stimuler la prolifération des lymphocytes T normaux
préactivés par une lectine, la croissance des lignées
T, la génération in vitro des lymphocytes T cytotoxiques
(cytotoxic T lymphocytes, CTL) et la stimulation de la fonction
cytotoxique des cellules NK. Les rôles respectifs de l'IL2 et de
l'IL15 dans les réponses lymphocytaires T ne sont pas totalement
élucidés. Le partage de la chaîne gamma du récepteur
de l'IL2 par plusieurs cytokines explique qu'une mutation de cette chaîne
soit responsable d'un déficit immunitaire combiné sévère.
L'intérêt thérapeutique de l'IL2 est validé
comme stimulant de la réponse antitumorale dans les cancers métastatiques
du rein et dans le mélanome. Au cours de l'infection par le virus
de l'immunodéficience humaine (VIH), l'IL2, en cures discontinues
et en association aux antirétroviraux, peut permettre une augmentation
prolongée du nombre de lymphocytes T CD4 [2]. La manifestation
d'effets secondaires importants lors de l'administration de fortes doses
par voie systémique (malaise, fièvre, nausées,
syndrome de fuite capillaire) a conduit à proposer le recours
à des doses plus faibles, par voie sous-cutanée, mieux
tolérées. Une hyperéosinophilie (par libération
d'IL5) et des adénopathies multiples chez les patients VIH+
traités apparaissent dans les jours qui suivent son administration.
Immunité à
médiation cellulaire
L'immunité à médiation cellulaire se présente
sous deux aspects complémentaires, selon que le lymphocyte T
CD4+ coopère avec un lymphocyte T CD8+
ou avec un macrophage.
* Cytotoxicité cellulaire
La cytotoxicité cellulaire permet à l'organisme de se
débarrasser des cellules infectées par un virus, des cellules
tumorales et des cellules allogéniques. L'activation spécifique
des lymphocytes T CD8+ génère des lymphocytes
T cytotoxiques capables de détruire les cellules cibles par contact
direct après reconnaissance spécifique de peptides dérivés
des protéines étrangères produites par ces cellules.
Les principales cytokines intervenant dans ce phénomène
sont l'IL2 et l'IFN-gamma produites par les lymphocytes T CD4+,
l'IL12 produite par les macrophages et le TNF-alpha produit par ces
deux types cellulaires. Les lymphocytes T cytotoxiques produisent, à
leur tour, des cytokines (IFN-alpha et gamma, TNF-alpha et beta) capables
d'amplifier la réponse (figure
4) et d'apporter une action antivirale et/ou antitumorale directe.
* Interféron-gamma et TNF, cytokines lymphocytaires
clés de la cytotoxicité
Outre son action antivirale non spécifique, l'IFN-gamma augmente
l'expression des antigènes de classe I du complexe majeur d'histocompatibilité
sur les cellules cibles et des antigènes de classe II sur les
macrophages, amplifiant ainsi l'activation des lymphocytes T CD4+
(figure 4). Il
provoque une augmentation de l'expression des récepteurs du TNF
sur les cellules cibles, accentuant ainsi son effet cytotoxique. Il
favorise les interactions entre leucocytes et cellules endothéliales
dont il augmente l'expression d'ICAM-1. Les souris invalidées
pour l'IFN-gamma ou son récepteur, ou pour le TNF conservent
la capacité de générer des lymphocytes T cytotoxiques
antiviraux mais ont une sensibilité accrue à l'infection
par quelques germes intracellulaires. Il existe donc une certaine compensation
de l'activité antivirale par les IFN de type I.
* Réponse macrophagique
L'activation des monocytes/macrophages leur permet d'éliminer
les agents pathogènes qu'ils ont phagocytés ou qui les ont
pénétrés et de développer une activité
cytotoxique vis-à-vis de tumeurs ou de parasites pluricellulaires.
Le monocyte/macrophage peut être activé par l'agent pathogène
lui-même (dans le cadre de l'immunité naturelle) ou par le
lymphocyte T CD4 + Th1 (permettant alors une réponse
optimale) (figure 5).
Les principales cytokines activatrices du monocyte/macrophage sont l'IFN-gamma,
le GM-CSF et les TNF-alpha et beta. La chimiokine RANTES intervient dans
l'accumulation, sur le site de l'antigène, de macrophages et de
lymphocytes T mémoire [12]. Les principaux facteurs de régulation
négative de la réponse monocytaire sont deux cytokines de
type Th2, l'IL4 et, surtout, l'IL10.
Le monocyte/macrophage activé produit lui-même de multiples
cytokines (IL1, TNF-alpha, IL6, IL12, GM-CSF, IL8 et autres chimiokines).
Les effets pro-inflammatoires de ces cytokines amplifient la réponse
en exerçant une rétroaction positive sur le lymphocyte
T CD4 (IL12, IL1, TNF-alpha), une stimulation du macrophage lui-même
(GM-CSF, TNF-alpha) ou de l'hématopoïèse (GM-CSF)
et une activité chimiotactique (chimiokines). La prolongation
de cette réponse T CD4/macrophage conduit à la mise en
place du granulome d'hypersensibilité retardée.
* IL12 : cytokine monocytaire clé de l'immunité
à médiation cellulaire
L'IL12 [8] est un hétérodimère constitué
de deux sous-unités, p40 et p35. L'expression des gènes
correspondants n'est pas toujours coordonnée : la sous-unité
p40 libre pourrait inhiber l'effet de l'hétérodimère
p40/p35 sur ses cibles. L'IL12 est produite essentiellement par les monocytes/macrophages,
en réponse aux bactéries intracellulaires (listeria, mycobactéries),
à certains produits bactériens, aux parasites intracellulaires
(leishmanie, toxoplasme) et aux ufs de schistosomes. Cette production
est inhibée par l'IL10.
Le récepteur pour l'IL12 est constitué d'une chaîne
beta, site de fixation de faible affinité pour la sous-unité
p40 et voie de transduction du signal, et d'une chaîne alpha, site
de fixation pour la sous-unité p35 qui confère alors une
haute affinité à l'hétérodimère pour
l'IL12.
L'IL12 est un stimulant global de l'immunité à médiation
cellulaire. Elle sensibilise au choc endotoxinique alors qu'elle diminue
la protection dépendante des IgE vis-à-vis de nématodes
intestinaux. Les monocytes circulants de sujets VIH+ ont
une production effondrée d'IL12, ce qui contraste avec une production
normale ou augmentée de cytokines pro-inflammatoires. L'IL12
exogène peut améliorer, in vitro, les tests fonctionnels
T de ces patients. L'IL12 peut également corriger le défaut
de production d'IFN-gamma des lymphocytes T du nouveau-né. Des
essais de phase 1 utilisant l'IL12 sont en cours dans certains cancers
et dans l'infection à VIH ; les effets secondaires retrouvés
sont essentiellement des perturbations hématologiques et hépatiques
ainsi que des hémorragies digestives.
Immunité humorale
* Production d'anticorps
La différenciation des lymphocytes B en plasmocytes repose sur
trois principaux signaux [13] : l'activation par l'antigène,
le contact T CD4/B impliquant une interaction entre le CD40 du lymphocyte
B et son ligand (CD40L), présent sur le lymphocyte T activé,
et la sécrétion de certaines cytokines (figure
6). La production d'anticorps est ainsi strictement dépendante
de l'aide des lymphocytes T CD4 et de leurs cytokines. L'IL4 ou l'IL10
semble suffisante pour obtenir une telle réponse. L'IL6, cytokine
étiquetée Th2 mais produite surtout par les macrophages
et par de nombreuses cellules ubiquitaires, joue un rôle important
dans la prolifération plasmocytaire et se révèle
indispensable pour une production optimale d'IgG, d'IgA et d'IgE. De
plus, l'IL13 partage les effets de l'IL4 sur les lymphocytes B [14],
l'IL11 ceux de l'IL6 et l'IL10 induit la différenciation des
lymphocytes B activés en plasmocytes.
La sélection de lymphocytes B équipés d'un récepteur
de forte affinité pour l'antigène (à la suite des
mutations somatiques) a lieu dans les centres germinatifs des ganglions,
au contact de l'antigène présenté par les cellules
folliculaires dendritiques. Une production inappropriée d'IL6 par
ces dernières pourrait intervenir en pathologie, comme dans le
syndrome de Castleman.
C'est le type de cytokine produite qui dicte le choix de la classe
d'anticorps lors de la commutation isotypique. Chez l'homme, l'IL4 et
l'IL13 orientent vers les IgE et les IgG4 ; le TGF-beta produit par les
cellules épithéliales intestinales et pulmonaires en synergie
avec le polypeptide intestinal vaso-actif (vasoactive intestinal peptide,
VIP) et l'IL10 orientent vers les IgA ; l'IL10 oriente vers les IgG1 et
3. Par contre, l'IFN-gamma mais aussi l'IFN-alpha inhibent la production
des IgE.
La réponse anticorps se développe selon deux scénarios
(figure 6) :
l'activation par des clones T CD4+ Th1 permet la
production d'IgM et d'IgG. Cette fonction auxiliaire est autorégulée
et potentialisée par l'IL6 produite par les macrophages activés.
Cette réponse accompagne l'immunité à médiation
cellulaire ;
l'activation par des clones Th2, actifs à de très
faibles concentrations d'antigène, donne accès à
la gamme complète des classes d'immunoglobulines. Mais sa mise
en jeu limite la possibilité de réponse à médiation
cellulaire. Certaines cytokines produites au sein des foyers inflammatoires,
telles l'IL10 et l'IL6, sont ainsi responsables de l'hypergammaglobulinémie
polyclonale qui accompagne les états inflammatoires.
Le recrutement et l'activation des cellules effectrices, de type phagocytaire
ou cytotoxique et possédant un récepteur pour le Fc correspondant,
sont sous la dépendance de cytokines. Ce sont souvent les mêmes
cytokines qui induisent une classe d'anticorps et agissent sur les cellules
effectrices utilisées par celle-ci. L'IL4 potentialise les effets
des facteurs de croissance respectifs (IL3 et IL5) des mastocytes et
des éosinophiles, deux cellules effectrices essentielles pour
les anticorps IgE. L'IL5, produite avec l'IL4 par les lymphocytes T
CD4+ Th2, est un facteur de croissance spécifique
des éosinophiles. L'IL10, bien qu'elle inactive la plupart des
fonctions macrophagiques, augmente les récepteurs pour le Fc
des IgG des macrophages, favorisant ainsi la phagocytose et la cytotoxicité
dépendantes des anticorps IgG (essentiellement IgG1 et IgG3).
Le CCR3, récepteur cible de RANTES et de l'éotaxine, est
présent à la fois sur les lymphocytes Th2 activés,
les éosinophiles et les basophiles.
* IL4, cytokine de l'immunité humorale à
composante IgE
L'IL4 est produite par les lymphocytes T CD4 ainsi que par certains
lymphocytes T CD8 et certains thymocytes matures. Cette production est
antigène-dépendante, véhiculée par le complexe
TCR/CD3. L'IL4 est également produite par les cellules de la lignée
basophile/mastocyte après activation par le récepteur pour
le Fc des IgE, et cette production est alors potentialisée par
l'IL3. Le récepteur pour l'IL4 est présent sur de nombreux
types cellulaires. C'est un récepteur de forte affinité
pour lequel deux chaînes sont connues.
Les souris transgéniques pour l'IL4 produisent des quantités
excessives d'IgE et développent des manifestations atopiques avec
infiltrats éosinophiles et mastocytaires. Les souris invalidées
pour le gène de l'IL4 [15] sont incapables de produire les cytokines
Th2, notamment l'IL5, ne produisent pas d'IgE et ne développent
pas d'hyperéosinophilie en réponse à une infestation
helminthique. Mais elles conservent une capacité de défense
antiparasitaire, ce qui témoigne du rôle d'autres cytokines
dans cette défense.
L'IL4 a montré, au cours d'essais de phase 1, une toxicité
comparable à celle de l'IL2 à laquelle s'ajoutent des
manifestations atopiques. Un récepteur tronqué de l'IL4
a également été utilisé pour moduler la
production d'IgE chez la souris.
* IL13, une autre cytokine de l'immunité
humorale
L'IL13 humaine [14] est produite par les lymphocytes T CD4 après
activation faisant intervenir le signal CD28. Comme l'IL4, elle stimule
la réponse B et la production d'IgE, potentialise la réponse
antitumorale et désactive les monocytes/ macrophages (au sein
desquels elle inhibe la réplication du VIH).
* IL10, cytokine d'orientation de la réponse
immune vers la voie humorale
L'IL10 est produite par les clones T CD4 Th2 murins, les lymphocytes
T CD4 humains Th1 aussi bien que Th2, certains lymphocytes T CD8, les
monocytes/macrophages, les kératinocytes, les cellules déciduales,
la sous-population B murine CD5+ et les lymphocytes B humains
infectés par le virus d'Epstein-Barr. Le gène de l'IL10
présente une forte homologie de séquence et fonctionnelle
avec le gène BCRF1 de ce virus [16]. Un récepteur pour l'IL10
récemment cloné est exprimé de façon diffuse
sur les cellules hématopoïétiques et présente
des homologies avec les récepteurs pour les interférons.
Le monocyte/macrophage est à la fois producteur et cible de
l'IL10, ce qui le place dans une situation privilégiée pour
intervenir à la fois dans l'équilibre entre les différents
types de réponses immunitaires et dans l'équilibre inflammation/fibrose
(figure 7).
L'IL10 produite par des cellules n'appartenant pas au système
immunitaire joue également un rôle régulateur [17]
: une vague retardée d'IL10 kératinocytaire limite les réactions
d'hypersensibilité de contact ; l'administration intradermique
d'IL10 permet l'induction d'une tolérance vis-à-vis des
sensibilisants de contact ; il est probable que la production d'IL10,
associée à l'IL4 et l'IL5, à l'interface materno-ftale
joue un rôle dans la tolérance vis-à-vis du conceptus
[18].
Les effets de l'IL10 ouvrent des perspectives thérapeutiques.
Les anticorps anti-IL10 retardent la maladie auto-immune des souris
NZB/W F1 et inhibent la production d'anticorps anti-ADN par les lymphocytes
de patients lupiques transférés à la souris scid
[19]. L'IL10, produite en excès chez ces patients, pourrait
contribuer à l'hyperactivité B et à la constitution
d'un répertoire B biaisé, ainsi qu'au déficit de
l'immunité cellulaire. À l'inverse, l'IL10 endogène
ou exogène protège du choc endotoxinique expérimental.
Des essais d'administration d'IL10 sont en cours dans les entéropathies
inflammatoires et la poly-arthrite rhumatoïde.
Cytokines des défenses
non spécifiques
Cytotoxicité non spécifique
Les cellules NK, capables de détruire en quelques heures certaines
cellules tumorales ou infectées par un virus, représentent
la première ligne de défense non spécifique par
cytotoxicité. Bien qu'elles soient cytotoxiques avant tout contact
avec l'antigène, leur activité est potentialisée
par l'IL2, l'IFN-gamma, l'IL12, le TNF-alpha qui induisent plus généralement
des lymphocytes T cytotoxiques (figure
4).
Outre leur activité immunorégulatrice sur l'immunité
à médiation cellulaire, les interférons exercent
une activité antivirale et antitumorale non spécifique.
Les lymphocytes T cytotoxiques peuvent ainsi exercer un effet antiviral
direct, indépendamment de la destruction des cellules infectées,
grâce à l'IFN-gamma, mais également à l'IL16
caractérisée par sa capacité à inhiber la
réplication du VIH [20].
Processus immunitaires à l'origine de l'inflammation
et de la fibrose
La plupart des cytokines impliquées dans ces processus sont
produites sur le site de l'agression par le monocyte/macrophage (à
l'exception du TNF-beta qui est une cytokine lymphocytaire T) ainsi que
par d'autres cellules telles que les fibroblastes, les kératinocytes,
les cellules endothéliales et les cellules mésangiales.
Certaines d'entre elles peuvent être produites par les lymphocytes
T activés lorsqu'une composante de réponse spécifique
est présente (TNF, IL6, IL10).
Les cytokines suivantes ont des effets pro-inflammatoires (figures
1 et 5)
:
l'IL1 et le TNF possèdent des effets locaux (activation
des défenses non spécifiques, potentialisation de l'immunité
à médiation cellulaire, activation de diverses cellules
présentes localement) et généraux (fièvre,
induction de production des protéines de l'inflammation par l'hépatocyte
et le macrophage). Une hypersécrétion de ces médiateurs
a des effets pathologiques (dégâts tissulaires locaux, choc
septique, cachexie, anémie...) ;
l'IL6 a des propriétés pro-inflammatoires générales
(fièvre, synthèse de protéines de l'inflammation,
effet cachectisant) [21, 22]. Elle potentialise également la production
des immunoglobulines et des plaquettes. Ses effets locaux sont beaucoup
plus discrets que ceux des cytokines précédentes. L'hyperproduction
d'IL6 a été impliquée dans la survenue des signes
inflammatoires systémiques chez les patients infectés par
le VIH et atteints de lymphome immunoblastique. Elle est également
suspectée être à l'origine de la progression clinique
de pathologies liées au virus HHV-8, telles que certains lymphomes
B des cavités associés au VIH ou la maladie de Castleman
multicentrique. HHV-8 code en effet pour une IL6 virale qui possède
une structure et des effets voisins de celle de l'homme. Des essais thérapeutiques
utilisant un anticorps monoclonal anti-IL6 sont menés chez ces
patients.
Les autres cytokines de cette famille sont l'IL11, le leukemia
inhibitory factor (LIF), l'oncostatin-M (OSM) et le ciliary
neutrophic factor (CNTF). Les récepteurs pour ces cytokines
sont constitués d'une chaîne alpha propre à chacune
d'entre elles et d'une chaîne beta commune (gp130) expliquant les
propriétés communes de ces médiateurs, notamment
pour l'induction des protéines de l'inflammation. Parmi leurs propriétés
propres, il faut mentionner l'effet angiogénique de l'OSM et le
rôle du LIF pour l'implantation du conceptus (les souris dont le
gène du LIF a été inactivé sont fécondables,
mais ne peuvent réussir d'implantation que si on leur administre
du LIF).
D'autres cytokines ont une action anti-inflammatoire, produites in
situ et dans un second temps par les macrophages pour freiner la réponse
inflammatoire (figure 7).
Il s'agit de l'antagoniste de l'IL1 pour son récepteur (IL1RA),
de l'IL10 et du TGF-beta. On peut en rapprocher les récepteurs
solubles du TNF qui contrecarrent l'effet de celui-ci sur ses cibles.
Ces médiateurs permettent de contrôler les conséquences
de l'activation macrophagique [23]. Ainsi, les souris rendues déficientes
pour l'IL10 sont beaucoup plus sensibles au choc septique et développent,
avec l'âge, des entéropathies inflammatoires tandis que celles
rendues déficientes en TGF-beta meurent de réaction inflammatoire
incontrôlée.
Enfin, certaines cytokines ont une activité pro-fibrosante
permettant la cicatrisation. Il s'agit du TGF-beta et d'une série
de cytokines étiquetées initialement « facteurs de
croissance », comme le platelet derived growth factor (PDGF),
les fibroblast growth factors basique (beta-FGF) et acide (alpha-FGF).
L'équilibre entre les deux pôles, pro-inflammatoire et
anti-inflammatoire, de la réponse immunitaire est régi
par la différenciation Th1 ou Th2 de la réponse T CD4+
(figure 7). L'IFN-gamma
renforce la production des cytokines pro-inflammatoires et inhibe celle
d'IL10 par le macrophage, en même temps qu'il exerce un effet
antifibrosant. L'IL4 et l'IL10 suppriment la production des cytokines
pro-inflammatoires et stimulent celle d'IL1RA. Le déséquilibre
de cette balance cytokinique a des conséquences pathologiques,
individualisées dans la description du sepsis dans les publications
médicales [24] : systemic inflammatory response syndrome
(SIRS), ou excès de la réponse inflammatoire, compensatory
anti-inflammatory response syndrome (CARS), ou excès de la
réponse anti-inflammatoire, mixed antagonists response syndrome
(MARS), ou excès des deux types de réponses, pouvant aboutir
au multiple organ dysfunction syndrome (MODS), ou défaillance
multiviscérale avec des perturbations cliniques caractéristiques
dénommées CHAOS, pour choc cardiovasculaire, perturbation
de l'homéostasie, apoptose cellulaire, dysfonctionnement d'organes
et suppression de la réponse immune.
Production des cellules de défense
Production des cellules dendritiques
Il a été possible d'obtenir, ex vivo, de grandes
quantités de cellules dendritiques à partir des précurseurs
hématopoïétiques CD34+ ou de cellules
monocytaires circulantes, grâce à des cocktails de cytokines
à base de GM-CSF, d'IL4 et de TNF-alpha [25]. Ceci ouvre des
perspectives nouvelles d'immuno-intervention.
Production des cellules myélo-monocytaires
Les cellules myélo-monocytaires interviennent en tant que cellules
effectrices des réponses immunitaires et, dans le cas des monocytes/macrophages,
en tant que cellules présentatrices d'antigène. Les cytokines
qui conditionnent leur production à partir de la moelle osseuse
sont produites, dans des conditions basales, par des cellules du stroma
médullaire et en cas de réponse immunitaire ou inflammatoire,
assurant un recrutement transitoirement plus important que la normale.
La production extramédullaire de cytokines de l'hématopoïèse,
qui exercent alors un effet endocrine, peut être schématisée
ainsi :
le GM-CSF, actif sur l'ensemble des granulocytes et sur les
monocytes, est produit par les lymphocytes T CD4 et par les monocytes/macrophages
activés ;
le G-CSF (granulocyte colony-stimulating factor) et
le M-CSF (macrophage colony-stimulating factor), actifs respectivement
sur les lignées granuleuses et monocytaires, sont produits par
les monocytes/macrophages activés ;
l'IL3, qui est à la fois un facteur de croissance multipotent
et sélectif de la lignée mastocytaire, est produit par les
lymphocytes T CD4 activés ;
l'IL5, facteur de croissance sélectif de la lignée
éosinophile, est produit par les lymphocytes T CD4 de type Th2,
mais également par les éosinophiles activés eux-mêmes.
Il existe une intégration de l'hématopoïèse
aux mécanismes de défense. En effet, ces cytokines favorisent
la production de cellules cibles à partir de la moelle osseuse
et ont également un effet activateur sur celles-ci.
Recrutement des cellules de défense
Les chimiokines sont une nouvelle famille de cytokines d'activité
chimiotactique qui interviennent dans le recrutement des leucocytes sanguins
vers les foyers inflammatoires (tableau
3). Par rapport aux agents chimiotactiques plus anciennement connus
(fragment C5a du complément, leucotriène B4, PAF, peptides
N-formylés bactériens), les chimiokines se caractérisent
par une certaine spécificité d'action vis-à-vis des
différentes lignées leucocytaires (figure
8). Elles agissent comme des signaux permettant la conversion
des interactions de basse affinité mises en jeu par le rolling
(mouvement des cellules le long des parois vasculaires) et provoquées
par les sélectines en des interactions de plus forte affinité
provoquées par les intégrines et qui permettent la migration
des cellules à travers l'endothélium vers les sites inflammatoires.
Au-delà de leur rôle chimio-attractif, les chimiokines peuvent
également activer leurs cellules cibles.
Les interactions entre la production des chimiokines et les différentes
cytokines mises en jeu dans les sites inflammatoires contribuent à
mieux expliquer la spécificité et l'amplification des réponses
immunitaires. Ainsi, la chimiokine RANTES, qui intervient dans la constitution
du granulome d'hypersensibilité retardée en recrutant les
monocytes et les lymphocytes T mémoire, est produite par les macrophages
du granulome et par les cellules endothéliales périgranulomateuses
[12]. Sa production est régulée positivement par le TNF-alpha
et par l'IFN-gamma, alors qu'elle l'est négativement par les cytokines
de type Th2. Celle des chimiokines est donc connectée au type de
la réponse T CD4. À l'inverse, les chimiokines influencent
la nature de la réponse immunitaire : RANTES oriente probablement
l'immunité à médiation cellulaire vers la constitution
d'un granulome d'hypersensibilité retardée plutôt
que vers une réponse cytotoxique. Cette chimiokine intervient également
dans le recrutement des éosinophiles et joue un rôle dans
l'asthme.
Le champ d'application des chimiokines déborde largement l'immunologie.
Ainsi, la délétion du gène de SDF-1 provoque le décès
des souriceaux en raison d'un déficit de la lymphopoïèse
mais également d'anomalies malformatives septales cardiaques.
Le développement des antagonistes des chimiokines offre, au
même titre que celui des bloqueurs des molécules d'adhésion,
des perspectives d'application dans de nombreux domaines : les anti-IL8
bloquent les lésions dues aux polynucléaires neutrophiles
dans certaines glomérulonéphrites expérimentales
à complexes immuns [26] ; l'utilisation d'antagonistes de l'éotaxine,
de MCP-3 ou de leurs récepteurs réduit l'afflux de polynucléaires
éosinophiles dans les modèles murins d'allergie respiratoire
[27] et pourrait avoir des applications cliniques.
Orientation et régulation
des réponses immunitaires
Deux phénomènes peuvent expliquer l'orientation auto-entretenue
de la réponse immunitaire vers la voie cellulaire ou humorale,
déterminée initialement par la différenciation du
lymphocyte T CD4 vers une production prédominante de cytokines
de type Th1 ou Th2 (figure 3)
:
des boucles d'amplification positives. L'IL12 macrophagique
stimule la différenciation Th1 [18] et, donc, la production d'IFN-gamma
qui stimule en retour le macrophage pour produire davantage d'IL12. L'IL4
stimule la différenciation Th2 [9, 28] et, donc, sa propre production.
Les souris dont le gène de l'IL4 a été inactivé
sont profondément déficientes en cytokines de type Th2,
notamment en IL5 et 13 ;
des effets négatifs sur la réponse réciproque.
L'IFN-gamma supprime la production d'IL4 et, donc, la différenciation
Th2 tandis que l'IL4 et, surtout, l'IL10 suppriment celle d'IFN-gamma
et, donc, la différenciation Th1.
Ainsi, le même lymphocyte T CD4 se comportera comme une cellule
T auxiliaire ou comme une cellule T suppressive selon la réponse
considérée [29]. Les lymphocytes T CD8 activés (et,
dans certains cas, une population T CD4/T CD8)
peuvent participer à ces phénomènes de régulation
en produisant de l'IFN-gamma [22] et, dans certaines conditions, de l'IL4
ou de l'IL10 [7].
C'est le contact initial avec l'agresseur et le site du conflit qui
conditionne la différenciation Th1 ou Th2 par l'intermédiaire
de cytokines produites par des cellules non T CD4. Ainsi, les mycobactéries
et les virus induisent une immunité à médiation cellulaire
par l'intermédiaire d'une sécrétion précoce
d'IL12 macrophagique. Dans le cas des mycobactéries, cette sécrétion
est induite directement par la phagocytose. Dans le cas des virus, elle
est induite en cascade par l'IFN-gamma que produisent les cellules NK
activées au contact des cellules infectées. D'une façon
plus générale, l'équilibre Th1/Th2 est en partie
conditionné par les productions respectives d'IL12 et d'IL10 par
les cellules présentatrices d'antigène.
Une fois la réponse déclenchée, cette orientation
est renforcée par les cytokines que produisent les cellules effectrices
auxquelles elle a donné naissance. Ainsi, au cours d'une réponse
Th1, les macrophages produisent davantage d'IL12 et les cellules cytotoxiques
de l'IFN-gamma. Au cours d'une réponse Th2, la réponse macrophagique
est orientée vers la production de cytokines anti-inflammatoires
(IL10, IL1RA, TGF-beta), les mastocytes activés produisent de l'IL4
et les éosinophiles activés de l'IL5.
Ces boucles de régulation sont favorables si la réponse
est d'emblée adaptée à l'agresseur. Elles interviennent
également dans les phénomènes d'immunorégulation
physiologiques, comme la tolérance immunitaire materno-ftale
[18]. Elles peuvent jouer un rôle néfaste si la réponse
est mal adaptée pour des raisons liées à l'hôte
(génétiques, nutritionnelles...) ou à l'agresseur
: une réponse mal adaptée a tendance à se perpétuer
du fait même de la non-élimination de l'agent pathogène
et elle contrecarre l'orientation vers une réponse plus efficace
[7, 22]. Des phénomènes de ce type sont en cause dans les
leishmanioses viscérales et dans la lèpre lépromateuse.
Ils peuvent être interrompus par l'administration de la cytokine
adéquate en association au traitement anti-infectieux (en l'occurence
l'IFN-gamma). Il est probable que de tels cercles vicieux interviennent
dans certaines maladies auto-immunes ou inflammatoires [17, 19, 30].
CONCLUSION Il
est possible désormais d'envisager, grâce aux connaissances
fondamentales accumulées depuis une dizaine d'années sur les
cytokines, de nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques
dans de nombreuses pathologies inflammatoires et infectieuses. Il est probable
que la fin des années 90 sera marquée par la validation clinique
de méthodes de stimulation des réponses immunitaires et, surtout,
de réorientation de celles-ci en fonction du but recherché.
Il est permis de penser que la prochaine décennie sera marquée,
grâce aux connaissances sur les chimiokines et leurs récepteurs,
par l'avènement d'outils permettant de modifier la circulation et
la distribution dans l'organisme des cellules immunitaires et inflammatoires.
Ces techniques permettront d'améliorer la sélectivité
de l'immuno-intervention vis-à-vis de certaines réponses immunitaires,
voire de certains organes. REFERENCES
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