ARTICLE
Chirurgie à risque médullaire
Le risque médullaire n'est pas univoque selon le type de chirurgie.
Au cours de la chirurgie vasculaire de l'aorte thoracique descendante,
il est principalement d'origine ischémique par défaut de
perfusion de l'artère d'Adamkiewicz, notamment lors du clampage
aortique, avec un déficit essentiellement moteur par atteinte élective
de la corne antérieure de la moelle. L'incidence des paraplégies
au cours de ce type de chirurgie varie de 1 à 11 %, cette complication
survenant plus fréquemment au cours de la réparation des
dissections que des anévrismes, en raison de la circulation collatérale
développée dans ce dernier cas [1].
La souffrance médullaire lors de la chirurgie du rachis résulte
non seulement de la conjonction de plusieurs mécanismes, en particulier
mécaniques, dus à la compression médullaire provoquée
par la déformation rachidienne, et aux manuvres chirurgicales,
lors de la correction de cette déformation ou lors de la pose de
matériel permettant la stabilisation du rachis après libération
médullaire, mais aussi des phénomènes d'ischémie
chronique, due à la compression médullaire, ou aiguë,
consécutive à un état de choc hémorragique.
Dans cette chirurgie, l'incidence des déficits neurologiques est
de 1 % avec, pour moitié, des déficits définitifs
de type paraplégie ou tétraplégie [2]. L'intérêt
de la surveillance médullaire peropératoire est au moins
double : s'assurer de l'intégrité médullaire lors
du geste chirurgical, mais également dépister précocement
une complication post-opératoire, comme un hématome compressif,
avec des investigations adaptées. Malgré l'incidence moindre
des complications au cours de la chirurgie du rachis, il faut souligner
son caractère fonctionnel (ce qui n'est pas le cas de la chirurgie
vasculaire), accentuant par conséquent le caractère essentiel
du monitorage médullaire. En effet, ces complications médullaires
(paraplégie, tétraplégie) ont un mauvais pronostic
en termes de récupération et sont d'un coût humain
et socio-économique très élevé.
L'information du patient sur le risque neurologique avant une intervention
chirurgicale à risque médullaire est nécessaire et
revêt un caractère médico-légal. La pratique
du monitorage médullaire permet de rassurer le patient et d'éviter
le test de réveil peropératoire inconfortable et souvent
difficile techniquement.
Techniques électro-physiologiques d'exploration
médullaire
Le délai, ou latence, des réponses reflète la vitesse
de conduction des fibres les plus rapides de la voie testée, c'est-à-dire
celle des fibres myélinisées de gros diamètre. Cette
latence ne renseigne en aucune manière sur l'état des fibres
non myélinisées de la douleur, de petit calibre et de conduction
lente. L'amplitude des réponses est proportionnelle au nombre de
fibres fonctionnelles dans la voie testée. En conséquence,
une compression ou une ischémie, qui atteint de façon préférentielle
les fibres de plus gros diamètre, s'accompagne d'un ralentissement
de la conduction au niveau de la lésion. Si la lésion est
plus importante, le nombre de neurones fonctionnels est plus restreint,
entraînant une diminution d'amplitude des réponses. Dans
les cas les moins graves, il s'agit simplement d'une suspension locale
et transitoire de la conduction de certaines fibres nerveuses sans interruption
de leur continuité anatomique et sans altération de leur
conduction à distance de la lésion. Dans ces cas, seules
seront perturbées les activités électrophysiologiques
qui empruntent la région lésée. En revanche, quand
les lésions rachidiennes entraînent une dégénérescence
des fibres nerveuses, il apparaît, à l'examen, d'autres anomalies
liées à la disparition de ces fibres, à distance
de la lésion, dans les territoires correspondants.
Le fonctionnement des systèmes nerveux périphérique
et central est exploré par les potentiels évoqués
somesthésiques, les potentiels évoqués moteurs, la
stimulation des dermatomes et des fibres végétatives. L'exploration
du système nerveux périphérique est complétée
par la mesure des vitesses de conduction nerveuse motrice et sensitive
et par l'électromyogramme. Le monitorage médullaire repose
principalement sur l'étude des potentiels évoqués
somesthésiques et moteurs.
Potentiels évoqués somesthésiques
Les potentiels évoqués somesthésiques explorent
les voies lemniscales de la proprioception, qui empruntent les cordons
postérieurs de la moelle. La stimulation, par des séries
de chocs électriques brefs non douloureux, est portée sur
la peau en regard d'un nerf périphérique : nerf médian
ou cubital au poignet, tibial postérieur à la cheville,
mais également nerfs trijumeau, sural, sciatique, poplité
externe, saphène et nerfs honteux internes, selon le niveau à
explorer. La stimulation de différents nerfs ainsi que le recueil,
étagé en différents points du trajet, de l'influx
nerveux (en regard du nerf, du plexus, de l'entrée vertébrale,
de l'aire de réception cérébrale) permettent de mesurer
les conductions périphérique, plexique, centrale (figure
1) et de faire la part entre une neuropathie, une myélopathie
et une atteinte supramédullaire. La faible amplitude des réponses,
de l'ordre du microvolt, implique d'en cumuler plusieurs centaines. L'examen
est réalisé en deux à trois minutes et permet d'obtenir
un monitorage médullaire quasi continu. Une étude multicentrique
de 51 263 procédures chirurgicales, dont le but était de
dénombrer l'incidence des complications neurologiques après
une intervention chirurgicale majeure du rachis, a relevée une
incidence de 0,55 % de complications postopératoires lorsqu'une
surveillance par les potentiels évoqués somesthésiques
est effectuée, contre 1 % en l'absence de monitorage peropératoire
[2].
Potentiels évoqués moteurs
Le trajet des potentiels évoqués moteurs emprunte la voie
motrice pyramidale [3]. À l'inverse des potentiels évoqués
somesthésiques où le recueil des réponses est étagé,
les potentiels évoqués moteurs sont la réponse d'un
même muscle à la stimulation successive du cortex moteur,
de l'émergence des racines médullaires antérieures
et du nerf périphérique. La stimulation transcrânienne,
initialement électrique et douloureuse, est actuellement remplacée
par la stimulation magnétique indolore. Les réponses de
grande amplitude (de l'ordre du millivolt) sont recueillies au coup par
coup, en regard de différents groupes musculaires (biceps, éminences
thénar ou hypothénar, quadriceps, jambier antérieur,
soléaire) selon le point stimulé (figure
2). La réponse motrice est suffisamment importante pour
gêner le geste chirurgical et réalise un monitorage discontinu
ou « à la demande ».
Choix des examens
Le choix et la conduite péri-opératoire des examens électrophysiologiques
dépendent du niveau lésionnel et de la pathologie en question.
Les quelques exemples suivants sont donnés à titre d'illustration.
Au niveau cervical, les examens électrophysiologiques peuvent
faire la part des atteintes radiculaires et médullaires. Dans les
atteintes radiculaires, le bilan des racines lésées est
fait de façon complémentaire, d'une part, par l'électromyogramme
et les vitesses de conduction nerveuses et, d'autre part, par les potentiels
évoqués somesthésiques et moteurs. En cas de myélopathie,
la conduction périphérique mesurée par les potentiels
évoqués somesthésiques du nerf médian est
normale, mais les réponses médullaires sont altérées
et le temps de conduction central allongé [4]. Le niveau et l'étendue
de la lésion peuvent être précisés par les
réponses médullaires enregistrées en C7 et en C2.
Le temps de conduction central des potentiels évoqués somesthésiques
des membres inférieurs est souvent augmenté de façon
plus importante et plus précoce que celui des membres supérieurs
[5]. Les lésions cervicales hautes se traduisent également
par un retard de conduction du nerf trijumeau dont le noyau médullaire
descend jusqu'en C2, parfois jusqu'en C4.
Au niveau lombo-sacré, l'électromyogramme et les vitesses
de conduction nerveuses font le bilan des racines lésées.
Le diagnostic différentiel entre atteintes radiculaires et médullaires,
théoriquement possible, est plus difficile à établir
par les potentiels évoqués somesthésiques qu'au niveau
cervical, car ces potentiels médullaires recueillis sur la région
lombaire sont de très faible amplitude, surtout chez les sujets
obèses, âgés, ou ayant déjà subi une
intervention chirurgicale à ce niveau. L'exploration des contingents
radiculaires de L3 à S2 est facile à obtenir par les potentiels
évoqués moteurs. Chez les patients porteurs de hernies discales
lombaires, les potentiels évoqués somesthésiques
peuvent être altérés en l'absence de troubles sensitifs
[6]. Les potentiels évoqués moteurs sont très fréquemment
perturbés chez ces malades et bien corrélés à
l'atteinte organique. En revanche, l'apport des examens électrophysiologiques,
chez les patients porteurs de canaux lombaires étroits est souvent
décevant.
Au niveau sacré, les explorations électrophysiologiques
sont un complément nécessaire aux explorations urodynamiques
des troubles sphinctériens. Une panoplie d'examens permet de préciser
le niveau lésionnel et le degré d'intégrité
des centres mictionnels de la moelle sacrée. Les potentiels évoqués
somesthésiques [7] et moteurs [8] sacrés autorisent une
exploration fonctionnelle des nerfs, du cône, de la queue de cheval
et des effecteurs (muscles bulbo-caverneux, sphincters striés urétral
et anal). Ils rendent possible l'étude de l'arc réflexe
sacré et de l'ensemble des voies somesthésiques et motrices
impliquées dans l'intégration des fonctions vésico-sphinctériennes,
ano-rectales et génito-sexuelles.
Les potentiels évoqués somesthésiques et moteurs
peuvent aussi être intéressants après un traumatisme
médullaire. En effet, dans les sections complètes de moelle,
la conduction nerveuse est abolie au niveau de la lésion et ils
en sont donc absents. Mais surtout, dans les paraplégies incomplètes,
l'observation de potentiels évoqués somesthésiques
normaux ou subnormaux est compatible avec une récupération
motrice partielle. Les malades ayant des potentiels évoqués
somesthésiques retardés peuvent évoluer vers une
récupération partielle, d'abord sensitive puis motrice.
L'exploration d'un syndrome de la queue de cheval, dans lequel les potentiels
évoqués somesthésiques des membres inférieurs
sont normaux, doit être complétée par l'enregistrement
des potentiels évoqués sacrés.
Surveillance peropératoire
L'utilisation peropératoire des techniques électrophysiologiques
a pour but de contribuer à la prévention des complications
d'origine médullaire dans les interventions à risque neurologique.
Elle implique la pratique systématique d'un bilan fonctionnel des
voies nerveuses en pré-opératoire, celui-ci permettant également
d'apprécier la faisabilité de la surveillance peropératoire.
Les fonctions de conduction du système nerveux étant rapidement
sensibles à la compression et à l'ischémie, ces techniques
réalisent une surveillance de la circulation sanguine médullaire.
Ainsi, une pression artérielle moyenne inférieure à
50 mmHg peut entraîner une diminution, voire une abolition, des
potentiels évoqués somesthésiques [9]. Ils sont enregistrés
en continu, mais ils ne renseignent qu'incomplètement sur le fonctionnement
des voies médullaires. Il est nécessaire, pour s'assurer
du fonctionnement des voies motrices, de leur adjoindre
l'enregistrement des poten-
tiels évoqués moteurs ou de pratiquer un test d'éveil
peropératoire
[2, 9]. Les modifications instantanées des ré-ponses, une
fois écartées les variations dues à la technique
d'enregistrement, à l'anesthésie, à l'hypothermie
et à l'état cardio-respiratoire du patient (en particulier
hypotension et/ou hypoxie), permettent un réajustement thérapeutique
beaucoup plus rapide que le test d'éveil de Vauzelle et al.
[10]. De plus, les tests d'éveil peropératoires peuvent
être techniquement difficiles à contrôler parfaitement
pour l'anesthésiste, sont souvent psychiquement traumatisants pour
le patient et ne sont pas sans risques (mobilisation du matériel
d'ostéosynthèse lors de mouvements du patient). L'interprétation
se fait à partir de l'évolution des réponses, chaque
patient étant son propre témoin. Les critères d'anomalies
des potentiels évoqués somesthésiques habituellement
retenus en peropératoire [2, 9] sont l'allongement de la latence
de plus de 10 % et la diminution de l'amplitude de plus de 60 % par rapport
aux valeurs de référence, enregistrées pendant l'intervention,
après l'obtention d'un état stable pour l'anesthésie,
la pression artérielle et la température avant les manuvres
chirurgicales à risque neurologique. Ces anomalies sont considérées
comme significatives si elles sont présentes sur deux enregistrements
consécutifs (durée de l'examen : de quatre à cinq
minutes). L'abolition des réponses, facile à observer, se
révèle dans tous les cas un précieux signal d'alarme.
Une dégradation progressive des réponses peut être
une valeur prédictive quant à l'évolution clinique
ultérieure. Elle survient généralement avec la prolongation
de la durée d'intervention. L'expérience du neurophysiologiste
est fondamentale, notamment en cas d'anomalies modérées,
permettant d'éviter une surveillance faussement négative
par les potentiels évoqués somesthésiques et diminuant
ainsi l'incidence des déficits neurologiques postopératoires
[2]. C'est au cours des interventions pour scoliose (figure
3), surtout dans les cas de déformations fixées
avec forte angulation où sont cumulés les risques mécaniques
majeurs, les durées d'intervention longues et la possibilité
d'hypotension prolongée, que les potentiels évoqués
somesthésiques ont été en premier lieu utilisés
[2, 9, 11, 12]. Les principales manuvres de chirurgie rachidienne
responsables de modifications des potentiels évoqués somesthésiques
sont la traction-réduction vertébrale, la vertébrectomie
et le forage des pédicules vertébraux. Ces techniques sont
également utilisées au cours d'interventions pour canaux
cervicaux étroits, cals vicieux, ou d'interventions neurochirurgicales
pour malformations artério-veineuses intramédullaires, en
chirurgie vasculaire dans les cas d'anévrismes aortiques et, enfin,
lors d'angiographies spinales et d'embolisations thérapeutiques.
Selon le niveau médullaire de l'intervention, les potentiels
évoqués somesthésiques sont réalisés
sur le nerf médian ou, le plus souvent, sur le nerf tibial postérieur.
Les principaux facteurs altérant la qualité de leur recueil
sont le bistouri électrique, les agents anesthésiques, les
appareils électriques d'autotransfusion et de réchauffement.
Les potentiels évoqués moteurs sont obtenus par stimulation
transcrânienne ou au niveau médullaire par voie transépineuse
ou intradiscale [13], ou encore épidurale [14].
Des techniques plus invasives utilisent à la fois la stimulation
et la détection épidurale ou sous-arachnoïdienne. Burke
et al.
[15] (figure 4) ont enregistré
simultanément les réponses somesthésiques et motrices,
en mode épidural, en aval et en amont du niveau d'intervention.
Les techniques invasives permettent d'obtenir des réponses plus
stables que les précédentes, non influencées par
l'anesthésie ou les myorelaxants, mais augmentent la durée
de l'intervention. Pratiqués systématiquement dans les vingt-quatre
à quarante-huit heures suivant l'opération, les potentiels
évoqués somesthésiques, s'ils sont normaux, sont
en faveur de l'absence d'organicité de troubles subjectifs mal
systématisés, bien qu'ils ne garantissent pas l'intégrité
des voies spino-thalamiques. Inversement, s'ils sont anormaux, ils peuvent
orienter vers des examens radiologiques et une éventuelle reprise
chirurgicale.
Influence des agents
anesthésiques
Tous les agents anesthésiques modifient le fonctionnement cortical
et, à un moindre degré, les propriétés de
conduction des différentes techniques électrophysiologiques.
Les effets des halogénés sont concentration-dépendants
avec, pour des concentrations supérieures à 0,5 MAC (concentration
alvéolaire minimale des agents anesthésiques par inhalation
; 50 % des patients ne réagissent pas à l'incision avec
cette concentration alvéolaire d'équilibre) pour l'isoflurane
et l'enflurane et supérieure à 1 MAC pour l'halothane, une
annulation possible du signal [16]. Cette disparition du signal électrophysiologique
peut persister pendant plusieurs minutes après l'arrêt de
l'halogéné, rendant le monitorage inopérant. Les
tendances des effets des principaux agents anesthésiques sur les
potentiels évoqués somesthésiques sont résumées
par le tableau 1.
Ainsi, le médecin anesthésiste est contraint de transformer
la technique d'anesthésie en utilisant des agents qui modifient
peu ou pas la transmission des potentiels évoqués somesthésiques,
comme l'étomidate, les benzodiazépines et les morphiniques
[17], le propofol [18, 19] ou la kétamine [20]. Les effets dépresseurs
sur les potentiels évoqués somesthésiques du protoxyde
d'azote sont importants, en particulier sur l'amplitude et pour des concentrations
supérieures à 60 % [18, 20-22].
De la même façon, les potentiels évoqués
moteurs peuvent être déprimés à des degrés
divers par de nombreux agents anesthésiques comme les halogénés
[23-25], les benzodiazépines et le propofol [26], le pentobarbital
et le dropéridol [27], ainsi que le protoxyde d'azote [28]. La
kétamine semble assez propice à un monitorage par les potentiels
évoqués moteurs en permettant un recueil satisfaisant des
signaux [27]. Une anesthésie associant un dérivé
morphinique et des benzodiazépines en perfusion continue permet,
le plus souvent, une surveillance satisfaisante. De plus, les modalités
de stimulations transcrâniennes semblent importantes pour optimiser
le recueil du signal des potentiels évoqués moteurs. En
effet, Kalkman et al. [29] ont montré qu'une double stimulation
transcrânienne augmentait l'amplitude de la réponse par rapport
à une stimulation unique, et d'une façon d'autant plus importante
que l'amplitude résultant de la stimulation unique était
plus faible, avec un délai entre les deux impulsions de la double
stimulation variant entre 2 et 5 millisecondes [29]. Ce phénomène
de facilitation du recueil du signal résulte de la sommation temporelle
et pourrait améliorer le rendement du monitorage médullaire
peropératoire par les potentiels évoqués moteurs.
La façon d'administrer les agents anesthésiques intraveineux
n'est pas sans effet sur le recueil des signaux électrophysiologiques.
En effet, les bolus peuvent déprimer les réponses des stimulations
sensitives ou motrices [11, 30]. Par conséquent, il est préférable
d'administrer ces agents par perfusion continue.
Le médecin-anesthésiste doit également éviter
les variations de pression artérielle et de température
qui sont susceptibles de modifier les potentiels évoqués
somesthésiques et moteurs. En effet, l'utilisation de couverture
chauffante à air pulsé permet, actuellement, d'éviter
l'hypothermie peropératoire.
Perspectives
Les potentiels évoqués somesthésiques et moteurs
sont des techniques sophistiquées mais complémentaires,
dont le couplage n'est pas souvent réalisé alors qu'il pourrait
augmenter la fiabilité du monitorage médullaire et éviter
le test d'éveil peropératoire. Par ailleurs, même
si l'on connaît et maîtrise de mieux en mieux la survenue
des artéfacts dus à l'environnement du bloc opératoire,
le développement de techniques non invasives moins dépendan-tes
des facteurs environ-
nementaux faciliterait l'usage et la diffusion de ces techniques et, de
surcroît, les rendrait moins dépendantes de l'opérateur.
Les potentiels évoqués somesthésiques pourraient
aussi participer au monitorage de l'anesthésie pour des interventions
sans risque médullaire et faire partie, à part entière,
du monitorage de l'opéré, mais il reste à définir
quel paramètre neurophysiologique serait le plus approprié
pour évaluer la profondeur de l'anesthésie [30].
Le monitorage médullaire n'est pas, à ce jour, une obligation
médico-légale, mais on peut s'interroger sur cette obligation
pour des interventions ayant un risque médullaire reconnu et sur
l'éventualité d'une jurisprudence mettant en évidence
un défaut de moyen de surveillance médullaire.
CONCLUSION Les
techniques de monitorage médullaire permettent de diminuer le risque
de complications neurologiques graves (paraplégie, tétraplégie)
au cours de chirurgies à risque médullaire. Leur meilleure
connaissance est souhaitable pour choisir les agents anesthésiques,
améliorer le recueil des signaux et, ainsi, augmenter la performance
du monitorage par la limitation des fausses alertes (risque de faux positifs)
et l'augmentation de la détection des souffrances médullaires
(risque de faux négatifs). Ces techniques perfectionnées requièrent
une expérience importante du médecin neurophysiologiste et
une étroite collaboration entre le chirurgien, le neurophysiologiste
et l'anesthésiste. Il est raisonnable et souhaitable de penser qu'elles
seront imposées, dans un avenir proche, par des considérations
médico-légales : si le chirurgien n'a pas d'obligation de
résultats, il a, comme tout médecin, une obligation de moyens.
Toutefois, on peut craindre que les contraintes économiques actuelles,
avec des objectifs à court terme et des considérations peu
globales, ne favorisent pas ce développement. Et pourtant, qu'une
paraplégie coûte cher à la société !}REFERENCES
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