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Transfusion sanguine : réforme d’une discipline médicale


Médecine thérapeutique. Volume 3, Numéro 10, 783-91, Décembre 1997, Dossier : Transfusion sanguine


Résumé  

Auteur(s) : Luc Douay, .

Résumé : La transfusion sanguine a longtemps bénéficié d’un a priori favorable qui a certainement favorisé les transfusions excessives et démobilisé les médecins quant aux risques thérapeutiques. Les événements liés au sida et aux hépatites ont révélé la complexité de cette discipline médicale et l’inadaptation de son organisation au niveau national. Prendre conscience que la qualité d’un produit sanguin labile suppose une technique et des pratiques élaborées est le gage du professionnalisme du médecin transfuseur. Prendre conscience du risque transfusionnel est sagesse chez le médecin prescripteur. La conjonction des deux aboutit à une médecine transfusionnelle de qualité et évolutive. La sécurité transfusionnelle consiste en la mise en oeuvre de toutes les procédures qui, du prélèvement du sang jusqu’à la transfusion au patient, se conjuguent pour éliminer toutes les causes qui peuvent accentuer le risque inhérent à la transfusion d’un produit d’origine humaine d’un individu à un autre. Valoriser la transfusion sanguine est certainement le meilleur moyen de renforcer la sécurité transfusionnelle, au prix de certaines contraintes. Que de normes édictées en quatre ans d’existence de l’Agence française du sang ! Retraçons ici les grandes lignes de la réforme transfusionnelle qui amène la transfusion sanguine à l’aube du troisième millénaire. L’hémovigilance constitue un nouveau défi pour l’ensemble du système de transfusion sanguine en France et de ses partenaires. Le suivi attentionné des risques liés à la transfusion sera une valeur ajoutée considérable pour la future pratique transfusionnelle. Il n’est pas question ici de révéler une faute professionnelle. Le souhait est beaucoup plus de répondre à la mise en oeuvre d’un réseau rendant possible une transmission exhaustive de données concernant les incidents transfusionnels. Il ne s’agit pas seulement d’une surveillance sanitaire mais bien plus d’un outil médical. Nous considérons qu’il est impératif de faire passer le message à tous les membres du système transfusionnel, à la fois dans les établissements de santé et dans les établissements de transfusion sanguine, de la nécessité de l’hémovigilance et de sa contribution vitale à l’amélioration de la sécurité transfusionnelle. La transfusion sanguine a vécu une révolution imposée. Des étapes importantes et décisives ont été franchies pour réglementer cette activité hautement médicale où l’initiative individuelle et l’autonomie du médecin, qui in fine prend la décision, resteront toujours grandes. Si la médecine s’accommode encore mal du carcan administratif, il faut constater que la cohésion de la communauté transfusionnelle s’est renforcée et que la reconnaissance de sa compétence et de son professionnalisme s’est accrue au travers de cette restructuration. La transfusion sanguine est certainement, aujourd’hui, le secteur du système de santé publique le plus contrôlé. Cette nouvelle transparence médico-technique fait que cette discipline est maintenant en avance sur les autres et qu’elle apparaît comme pilote en de nombreux domaines. La boucle pourra être bouclée, car valoriser la sécurité transfusionnelle est certainement la meilleure voie pour renforcer la transfusion sanguine.

Mots-clés : transfusion sanguine, hémo-vigilance, thérapie cellulaire.

Illustrations

ARTICLE

La transfusion sanguine a longtemps bénéficié d'un a priori favorable qui a certainement favorisé les transfusions excessives et démobilisé les médecins quant aux risques thérapeutiques. Les événements liés au sida et aux hépatites ont révélé la complexité de cette discipline médicale et l'inadaptation de son organisation au niveau national.

Prendre conscience que la qualité d'un produit sanguin labile suppose une technique et des pratiques élaborées est le gage du professionnalisme du médecin transfuseur. Prendre conscience du risque transfusionnel est sagesse chez le médecin prescripteur. La conjonction des deux aboutit à une médecine transfusionnelle de qualité et évolutive.

La sécurité transfusionnelle consiste en la mise en œuvre de toutes les procédures qui, du prélèvement du sang jusqu'à la transfusion au patient, se conjuguent pour éliminer toutes les causes qui peuvent accentuer le risque inhérent à la transfusion d'un produit d'origine humaine d'un individu à un autre.

Valoriser la transfusion sanguine est certainement le meilleur moyen de renforcer la sécurité transfusionnelle, au prix de certaines contraintes. Que de normes édictées en quatre ans d'existence de l'Agence française du sang ! Retraçons ici les grandes lignes de la réforme transfusionnelle qui amène la transfusion sanguine à l'aube du troisième millénaire.

Réforme de la transfusion sanguine

Avant la réforme de 1993, il existait un réseau disparate de cent quatre-vingt-cinq sites de transfusion sanguine distincts, regroupés en cent trente-huit entités juridiques, indépendantes les unes des autres, répondant à sept statuts différents. Cet ensemble était marqué par une forte hétérogénéité des pratiques transfusionnelles. L'exigence d'une sécurité maximale imposait des mesures d'adaptation et de mise en conformité selon des bonnes pratiques transfusionnelles.

Ces mesures ne pouvaient être mises en œuvre dans tous les établissements, en l'absence des équipements, des qualifications et de l'environnement médico-technique appropriés. La loi du 4 janvier 1993 a ainsi prévu une réorganisation territoriale au travers des schémas territoriaux de la transfusion sanguine. Ils délimitent, dans chaque région administrative, un cadre juridique et d'organisation dans lequel de nouvelles structures assurent le service public transfusionnel. Le statut des établissements de transfusion sanguine est maintenant soit le groupement d'intérêt public, soit l'association loi de 1901 (et un statut spécifique pour l'établissement de transfusion de l'Assistance Publique/Hôpitaux de Paris) (figure 1).

Les objectifs de cette réorganisation étaient ambitieux :

­ donner une cohérence à l'organisation territoriale, en amenant les établissements de transfusion sanguine à travailler en réseau et avec les établissements de santé ;

­ préserver l'existence de sites de prélèvement et de distribution sur tout le territoire, pour rester au plus près des donneurs et des patients et assurer ainsi le conseil transfusionnel et la fiabilité du dispositif de l'hémovigilance ;

­ regrouper les activités de préparation et de contrôle virologique et immunohématologique des produits, dans un nombre réduit d'établissements de transfusion sanguine répondant aux exigences de la sécurité transfusionnelle.

Cette adaptation de la transfusion sanguine aux nouvelles exigences de sécurité et de qualité a été financée grâce au Fonds d'orientation de la transfusion sanguine. Ce fonds, alimenté par une contribution des établissements proportionnelle au montant de leurs cessions de produits sanguins, a deux objectifs : d'une part, subventionner la formation du personnel et les investissements pour la rénovation de locaux ou l'acquisition de matériel et, d'autre part, aider à financer la recherche.

Agence française du sang

Créée par la loi du 4 janvier 1993, l'Agence française du sang (AFS) est un établissement public de l'État, sous tutelle du ministère de la Santé. Sa mission est de définir la politique transfusionnelle en France et de veiller à son application par les établissements de transfusion sanguine. Son rôle est :

­ de permettre la satisfaction des besoins des patients en transfusion sanguine, en leur garantissant la meilleure sécurité et la meilleure qualité possible ;

­ de veiller au respect des principes éthiques ­ caractère non lucratif des établissements de transfusion sanguine, bénévolat et anonymat du don ;

­ d'élaborer et de contrôler la bonne application de toutes les règles médico-techniques ;

­ de définir les règles administratives et financières de gestion des établissements de transfusion sanguine, de veiller à leur bonne application et d'assurer l'équilibre financier du secteur ;

­ de promouvoir la recherche en transfusion sanguine et de favoriser l'adaptation des pratiques des établissements de transfusion sanguine aux évolutions scientifiques et techniques.

Au sein de l'Agence française du sang, la Direction médicale et scientifique :

­ organise, au niveau national, la collecte des produits sanguins dans le respect des principes éthiques et veille à sa qualité en liaison avec les responsables des établissements de transfusion sanguine et des centres d'expertise (Institut national de la transfusion sanguine, Réseau national de santé publique, université de Bordeaux-II notamment) ;

­ rédige et actualise un ensemble de règles et de recommandations qui définissent et encadrent l'activité médicale des établissements de transfusion sanguine, intitulées les bonnes pratiques transfusionnelles ;

­ expertise, sur le plan médico-technique, les schémas territoriaux de la transfusion sanguine, les projets d'investissements des établissements et leurs activités annexes ;

­ optimise l'utilisation thérapeutique des produits sanguins en développant le conseil transfusionnel, assume la gestion de la procédure d'enregistrement des nouveaux produits sanguins labiles et organise le contrôle interne et externe de la qualité des produits ;

­ assure la veille sanitaire, technique et scientifique en évaluant de nouvelles techniques en transfusion, en étudiant les risques liés aux maladies transmissibles par le sang, en définissant les moyens de leur prévention, en surveillant tous nouveaux types de maladies infectieuses et en réduisant les incidents par l'organisation du réseau d'hémovigilance ;

­ encourage la recherche transfusionnelle avec le Conseil scientifique de l'Agence.

L'inspection médico-technique veille au respect par les établissements de transfusion sanguine des règlements qui leur sont applicables, contrôle l'organisation du prélèvement, les conditions de préparation, de conservation et de délivrance des produits sanguins, l'application des bonnes pratiques transfusionnelles et le respect des décisions de suspension ou d'interdiction de la distribution et de l'utilisation des produits sanguins labiles. Chaque mission d'inspection est assurée en liaison avec les inspecteurs des Directions départementales/régionales des affaires sanitaires et sociales (DDASS et DRASS). Ils établissent un rapport qui permet, après une procédure contradictoire avec les responsables de l'établissement inspecté, de prendre les mesures correctives nécessaires. Ils contrôlent l'application de ces mesures. En cas d'anomalie grave mettant en jeu la sécurité transfusionnelle, les inspecteurs indiquent au directeur de l'établissement les mesures à appliquer immédiatement. Ils peuvent proposer au président de l'Agence française du sang des mises en demeure, une suspension, voire un retrait d'agrément.

Institut national de la transfusion sanguine

Fondé par l'Agence française du sang, la Caisse nationale d'assurance maladie et le ministère de la Santé, l'Institut national de la transfusion sanguine est chargé de mettre en œuvre des actions déléguées par l'Agence française du sang dans trois domaines : la référence, la recherche et la formation.

En matière de référence, cet institut assure des prestations de biologie spécialisée auprès des établissements de transfusion sanguine : immunologie érythrocytaire (Centre national de référence pour les groupes sanguins), virologie (Centre national de référence pour les hépatites), génétique des marqueurs sanguins et associés, immunologie plaquettaire. Il mène des activités de recherche sur plusieurs thèmes : biochimie et génétique moléculaire, immunologie transfusionnelle, recherches biocliniques, groupes sanguins, virologie biologique et clinique, facteurs de croissance, gestion des risques et qualité, génie cellulaire. En matière de formation, il assure un ensemble d'enseignements de niveau universitaire et de formation continue pour toutes les catégories de personnel des établissements de transfusion sanguine ou des établissements de santé ayant une activité transfusionnelle.

Activités des établissements de transfusion sanguine

Activités transfusionnelles

Le réseau des quarante-trois établissements de transfusion sanguine exerce, suivant les sites, une ou plusieurs activités transfusionnelles : prélèvement, préparation, qualification immunohématologique et sérologique, distribution, conseil transfusionnel et immunohématologie des receveurs (encadrés 1 et 2).

La Direction médicale et scientifique de l'Agence française du sang, en collaboration étroite avec les transfuseurs, a établi des règles homogènes pour l'activité transfusionnelle. De nombreux groupes de travail sont constitués autour des médecins, pharmaciens et scientifiques de l'Agence. Les bonnes pratiques transfusionnelles sont ainsi presque toutes rédigées : bonnes pratiques de prélèvement, de préparation, de distribution, de qualification biologique du don et de transport. Parallèlement, la liste et les caractéristiques des quatre-vingt-douze produits sanguins labiles, homologues et autologues, ont été établies. Cette liste fait état de tous les produits sanguins labiles à usage thérapeutique. Elle est régulièrement actualisée en fonction de l'évolution des connaissances et des techniques. Un établissement de transfusion sanguine qui prépare un nouveau produit sanguin labile doit fournir à l'Agence française du sang un dossier complet afin de procéder à son enregistrement et à son inscription sur la liste. Une commission consultative d'évaluation et de validation des produits sanguins labiles est maintenant chargée de donner un avis au président de l'Agence qui inscrit, ou non, le produit sur la liste.

La transfusion sanguine dispose dorénavant d'un ensemble de règles homologuées de bonnes pratiques et de caractéristiques qui traduit une exigence absolue de professionnalisme et de qualité. Mais rien n'est gravé dans le marbre. Il faut en permanence adapter ces normes médico-techniques à la réalité du terrain, à l'expérience des transfuseurs, à l'évolution des techniques et à celle de la science. La transfusion telle que nous la connaissons n'est pas près de s'éteindre et les progrès techniques ne supprimeront pas de sitôt les problèmes médicaux qui lui sont liés.

Certes, le rôle d'un organisme comme l'Agence française du sang est de favoriser l'implantation de nouvelles techniques au sein des établissements de transfusion sanguine ­ outils de biologie moléculaire, d'immunobiologie et de thérapie cellulaire ­ pour amener les plateaux techniques au niveau d'excellence requis. Cependant, la médecine transfusionnelle repose tout autant sur la compétence et la formation des médecins qui font la collecte que sur l'innovation technique. La distribution doit être associée au conseil médical et la production des produits doit être menée de pair avec les activités de médecine transfusionnelle, en coordination étroite avec les services cliniques.

Fractionnement

Le plasma collecté par les établissements de transfusion sanguine est envoyé au Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies, groupement d'intérêt public à but non lucratif, créé par la loi du 4 janvier 1993, et qui regroupe
l'État, l'Agence française du sang et les établissements de transfusion qui avaient une activité de fractionnement avant la réforme. Il a l'exclusivité du fractionnement du plasma issu du don bénévole en France. Seuls les médicaments plasmatiques issus de ce type de don peuvent être commercialisés en France, sauf si les produits issus de dons rémunérés apportent une amélioration en termes d'efficacité ou de sécurité thérapeutique, ou si des médicaments équivalents ne sont pas disponibles en quantité suffisante pour satisfaire les besoins sanitaires.

Conseil transfusionnel

Le conseil transfusionnel a toujours été l'une des activités importantes des établissements de transfusion sanguine, notamment pour assurer la compatibilité avec le patient quand il est immunisé et pour rechercher les produits sanguins les mieux adaptés à une situation clinique donnée. La réforme transfusionnelle, au travers des bonnes pratiques de distribution, a fort justement défini le champ d'action et les moyens du conseil transfusionnel qui doit être accessible sur chaque site de distribution et sur chaque dépôt 24 heures sur 24. Ces bonnes pratiques soulignent que l'établissement de transfusion sanguine doit définir avec le prescripteur la stratégie optimale pour chaque patient. De plus, les médecins prescripteurs doivent trouver auprès de l'établissement de transfusion sanguine une aide au choix des modalités de la thérapeutique transfusionnelle, y compris l'abstention et les différentes techniques de transfusion autologue, une aide à la prescription des analyses et des produits sanguins labiles, à la réalisation de l'acte transfusionnel et au suivi des receveurs.

Ce conseil transfusionnel est une composante essentielle de la sécurité des transfusions. Il doit apporter une véritable « assistance transfusionnelle » aux équipes cliniques. Cette relation entre le médecin chargé du conseil transfusionnel et les prescripteurs devra évoluer et s'adapter en fonction des retours de l'hémovigilance et de l'évaluation réalisée avec les services cliniques pour assurer le bon usage des thérapeutiques transfusionnelles et la pertinence du choix des produits sanguins. Médecine transfusionnelle et fabrication de produits sanguins labiles sont indissociablement liées pour assurer la sécurité transfusionnelle.

Activités associées

Au-delà des missions strictement transfusionnelles, les établissements de transfusion sanguine ont d'autres activités liées à la transfusion et aux soins : recherches et essais sur de nouveaux produits sanguins labiles, activités de laboratoire d'analyses médicales, analyses de dépistage de maladies transmissibles chez les receveurs de produits sanguins, fabrication et distribution de réactifs de laboratoire, production et distribution de composants ou de produits sanguins pour un usage non directement thérapeutique, distribution en gros de médicaments dérivés du sang, activités de soins telles que la transfusion autologue péri-opératoire, vaccinations ou saignées thérapeutiques, préparation et conservation de tissus et de cellules autres que celles du sang et thérapie cellulaire.

La thérapie cellulaire est un des importants secteurs innovants de la médecine contemporaine. Elle est doublement proche des préoccupations et du savoir-faire de la transfusion sanguine : les produits prélevés et manipulés sont d'origine humaine, ce qui implique les mêmes considérations éthiques ; les techniques pour le prélèvement, la conservation et la qualification rejoignent en de nombreux points les compétences des établissements de transfusion sanguine. Ils sont 60 % à réaliser cette activité. Les quatre banques françaises de sang de cordon sont dans des établissements de transfusion sanguine. Les trois quarts des activités de thérapie cellulaire en France sont conduites par des établissements de transfusion sanguine. L'ensemble de la structure transfusionnelle est concernée par la thérapie cellulaire. Avec les progrès scientifiques, les biotechnologies se développent. Il est légitime et indispensable que les établissements de transfusion sanguine soient partie prenante aux nouveaux axes de développement, en collaboration étroite avec les établissements de santé, tant pour mettre en place des procédures qui assurent la qualité des produits transfusés que pour élaborer des thérapeutiques transfusionnelles.

Formation

La collecte de sang a longtemps été considérée comme une activité certes essentielle pour la transfusion sanguine mais injustement dévalorisée. Alors que la sélection clinique des donneurs de sang est la clé de voute d'un dispositif de sécurité transfusionnelle, l'un des objectifs prioritaires de l'Agence a été de revaloriser la fonction de médecin de collecte. En effet, la compétence et la motivation des équipes de collecte, la qualité de l'entretien médical et les relations médecin-donneur doivent concourir à sécuriser cette étape primordiale de la chaîne transfusionnelle.

Afin de structurer les actions de formation des nouveaux établissements de transfusion sanguine, il leur a été demandé d'élaborer un plan annuel de formation, comprenant notamment les stages nécessaires au personnel des établissements pour mettre en œuvre les bonnes pratiques. À la demande de l'Agence française du sang, un diplôme de formation en médecine du don a été créé par l'Institut national de la transfusion sanguine, destiné aux huit cents médecins de collecte. Ce diplôme est obligatoire pour exercer les fonctions correspondantes.

La transfusion sanguine préfigure les dispositifs en cours de discussion sur l'obligation de formation continue des médecins. Aussi, le Conseil de l'Ordre a-t-il été tenu informé du dispositif mis en place dans le secteur de la transfusion. La volonté de l'Agence française du sang est de faire acquérir à l'ensemble des acteurs de la transfusion les compétences et les qualités nécessaires à un service de qualité. L'accent a été mis sur l'effort de formation de chacun, quelle que soit sa situation dans la structure, pour permettre de transfuser les patients en toute sécurité.

Une réflexion doit cependant être menée sur l'enseignement de l'immuno-hématologie de la transfusion. En effet, la faiblesse de cet enseignement dans le cursus des études médicales est préoccupante. Il relève, le plus souvent, de la seule décision individuelle d'enseignants d'hématologie n'intégrant parfois que quelques heures de cours sur la transfusion dans le cadre du certificat d'hématologie ou du certificat de thérapeutique. Tout est à définir : les objectifs pédagogiques, la place dans le cursus des études médicales (DCEM1, DCEM2, DCEM4), la nécessité ou non d'un enseignement pour les internes et les résidents, la définition de la place dans la formation médicale continue, la motivation du futur médecin par rapport au don du sang. L'avenir de la transfusion sanguine passe aussi par la définition des conditions de son enseignement. Il est indispensable et urgent de réintroduire l'enseignement de la transfusion sanguine dans le sein universitaire, car le négliger marginalisera à terme cette discipline.

Recherche en transfusion sanguine

La rénovation de la transfusion sanguine a fait une place importante à la recherche en donnant mission à l'Agence française du sang de la promouvoir par la création d'un conseil scientifique et de la financer. Ceci est maintenant obtenu de deux manières : les recherches menées par les établissements de transfusion sanguine sont financées par le Fonds d'orientation de la transfusion sanguine et l'Agence finance sur ses ressources propres des actions plus en amont dans le cadre d'un appel d'offres concerté, notamment avec l'INSERM. Des montants considérables ont ainsi été dégagés depuis quatre ans, qui ont fortement stimulé la recherche transfusionnelle. Le champ des actions engagées couvre l'ensemble des thématiques qui concernent la transfusion sanguine. Plus de trois quarts des centres ont proposé des dossiers montrant que la recherche est indissociable de la pratique transfusionnelle et qu'elle permet une actualisation des connaissances, toujours davantage nécessaire en raison de la vitesse des progrès. Ainsi, à côté de l'Institut national de la transfusion sanguine, qui exerce pour le compte de l'Agence un certain nombre de missions de recherche en transfusion, celle-ci s'exerce aussi au sein des établissements de transfusion sanguine.

La démarche du Conseil scientifique, sous la présidence de J. Rosa, a été double. D'une part, il a recensé les domaines où l'état des connaissances nécessitait que soient réalisées des actions de recherche et, d'autre part, il a fait le bilan des savoir-faire, en matière de recherche, des différents établissements, de leurs thématiques, de leurs possibilités et de leurs objectifs. Ces deux démarches ont permis au Conseil scientifique d'identifier points forts et faibles du dispositif de recherche transfusionnelle en France et d'étudier les moyens de l'améliorer.

Le niveau de cette recherche est encore très disparate, en raison de la grande diversité des établissements français. La plupart des grandes orientations en recherche transfusionnelle sont abordées avec des moyens très variables suivant les situations. Certains établissements de transfusion sanguine travaillent encore de façon isolée. Ils sont toutefois de plus en plus nombreux à nouer des liens d'étroite collaboration avec des équipes de recherche fortement structurées (INSERM, universités...). Quelques-uns sont adossés à des groupes renommés ou les ont intégrés. Ainsi, a-t-on estimé prioritaire de favoriser au maximum le développement d'interactions entre équipes travaillant sur une même thématique, quelle que soit leur appartenance institutionnelle. Deux moyens ont été mis en œuvre pour cela :

­ une incitation forte des établissements de transfusion sanguine à proposer des projets en collaboration avec des équipes de recherches institutionnelles ;

­ une coordination des recherches entre les différents établissements de transfusion sanguine. Un « consortium » sur l'hépatite C, élargi secondairement à l'hépatite G, a été institué. Seize équipes ont ainsi mené leurs recherches en concertation, ce qui a permis d'entreprendre rapidement des travaux importants sur la problématique de l'hépatite et de la transfusion sanguine.

Depuis 1994, les thématiques proposées par le Conseil scientifique, dans le cadre du Fonds d'orientation de la transfusion sanguine et d'une convention Agence française du sang/INSERM, ont été volontairement larges : maladies transmissibles par transfusion sanguine (en dehors du VIH), immunohématologie (notamment l'apport de la biologie moléculaire aux méthodes diagnostiques), thérapie cellulaire (évaluation fonctionnelle et immunophénotypique de la valeur hématopoïétique des greffons de cellules souches hématopoïétiques, expansion ex vivo des cellules hématopoïétiques), substituts transfusionnels et leur évaluation (y compris les cytokines), méthodes d'inactivation et d'atténuation virale et bactérienne des produits sanguins labiles, conservation des produits sanguins labiles, modèles animaux pour les applications transfusionnelles et aspects sociaux et psychomédicaux du don du sang, notamment les problèmes de l'information transfusionnelle. Plus de quinze programmes sont ainsi subventionnés chaque année.

L'avenir d'une discipline médicale, quelle qu'elle soit, passe par la stimulation de ses activités de recherche. Il est clairement apparu qu'une recherche de qualité pouvait être soutenue dans chaque région. L'avenir de la recherche en transfusion sanguine passera cependant par l'absolue nécessité, d'une part, de mener des études pouvant conduire à des applications industrielles, encore trop faibles, et, d'autre part, de développer des recherches cliniques, encore trop peu nombreuses. Ceci est d'autant plus nécessaire que les établissements doivent avoir leur juste place dans le développement des thérapeutiques transfusionnelles, en collaboration avec la recherche clinique et l'activité hospitalière. La prise de conscience récente de l'intérêt d'une recherche transfusionnelle, insérée au mieux dans le tissu hospitalo-universitaire, est un atout pour la qualité de la transfusion sanguine, qui va bien au-delà d'une simple activité de production de produits sanguins labiles. Dans ce domaine, la recherche ne peut plus être exercée exclusivement dans des laboratoires d'amont sans contact direct avec les problèmes de l'aval. Les progrès techniques de la communication et de l'information permettent maintenant une diffusion rapide et étendue des progrès de la recherche. Les établissements de transfusion sanguine sont des sites privilégiés où cette congruence entre recherche d'amont et d'aval peut le mieux s'épanouir.

Hémovigilance

Repérer, identifier, analyser un incident transfusionnel, c'est se donner les moyens d'éviter qu'il se reproduise. L'hémovigilance est maintenant un élément majeur et novateur de la sécurité transfusionnelle. C'est un système de veille et d'alerte, de la collecte du sang au suivi des patients transfusés. Il a pour objectif de recueillir et d'évaluer les effets inattendus ou indésirables des transfusions et, ainsi, d'en prévenir l'apparition.

Réseau

Le système fonctionne sous forme de réseau (figure 2).

À la base, il dispose de près de deux mille correspondants travaillant dans chaque établissement de transfusion sanguine et dans chaque hôpital ou clinique qui procède à des transfusions. Ces correspondants, médecins ou pharmaciens, sont responsables de la rédaction d'un rapport, appelé fiche d'incident transfusionnel ou FIT, dès qu'un incident se produit.

Les vingt-quatre coordonnateurs régionaux d'hémovigilance sont des médecins de santé publique. Leur rôle est de collecter et d'analyser les fiches d'incidents transfusionnels pour leur région. Ils coordonnent également toutes les actions destinées à améliorer la sécurité transfusionnelle, par exemple les études épidémiologiques.

L'Agence française du sang assume, au niveau national, la direction de l'ensemble du système. Dans l'éventualité d'un accident grave, elle doit prendre les mesures appropriées au niveau national ou local par le biais des coordonnateurs. À partir de l'ensemble des données collectées par les correspondants et les coordonnateurs, elle définit et supervise des études épidémiologiques destinées à identifier les risques et à prévenir l'apparition d'accidents éventuels.

Outil : fiche d'hémovigilance

Le système d'hémovigilance est fondé sur un outil particulier : la fiche d'incident transfusionnel. Chaque fois qu'un incident survient, les correspondants sont responsables d'une première analyse au lit du patient en collaboration avec le praticien qui le soigne. Ils rédigent la fiche d'incident transfusionnel et l'envoient aux coordonnateurs régionaux d'hémovigilance et à l'Agence française du sang. Ils commencent alors une enquête afin d'identifier aussi rapidement que possible la cause de l'incident et d'établir s'il est imputable ou non à l'acte transfusionnel lui-même.

Dans le cas d'un incident immédiat, la déclaration doit être faite au maximum dans les quarante-huit heures suivantes. Dans le cas d'un incident retardé, c'est-à-dire dont les effets sont découverts au moins huit jours après la transfusion, la déclaration doit être faite dès que l'incident est révélé. La gravité des réactions qui peuvent survenir au cours d'une transfusion sanguine et son impact sur la santé du patient sont définis par le correspondant d'hémovigilance lorsqu'il rédige la fiche d'incident transfusionnel à partir d'un système comportant quatre grades : le premier grade correspond à l'absence de danger pour la vie du patient, le deuxième à un danger à long terme pour la vie du patient, le troisième à un danger immédiat pour la vie du patient et le quatrième à la mort du patient.

Points essentiels

Le réseau d'hémovigilance a une fonction d'alerte : il doit être capable de réagir rapidement en cas d'urgence afin de prévenir les incidents transfusionnels qui pourraient impliquer d'autres patients ou qui pourraient révéler un risque potentiel général.

Il permet une analyse à froid des incidents transfusionnels afin d'en comprendre le déroulement.

Enfin, il réalise une analyse épidémiologique prospective afin d'améliorer le service transfusionnel aux malades.

Résultats

Le taux le plus significatif documenté sur les incidents transfusionnels est aujourd'hui de 1,15 fiche d'incidents transfusionnels pour 1 000 produits sanguins labiles distribués, ce qui correspond à 1/10 000 habitants. L'hémovigilance a également produit un registre du nombre et de la nature des incidents transfusionnels. Avec la montée en charge progressive du réseau, le nombre d'incidents transfusionnels décrits a augmenté. Bien sûr, cela ne signifie pas qu'il y a plus d'incidents transfusionnels mais, bien évidemment, qu'ils sont mieux connus parce que mieux décrits. De juillet 1994 à fin mai 1996, plus de 8 000 fiches d'incidents transfusionnels ont été enregistrées en lieu et place des 11 000 attendues. Parmi ces 8 000 fiches, 82 % sont de grade 1, 13 % de grade 2, 4 % de grade 3 et 1 % de grade 4.

L'un des problèmes majeurs dans ce type d'évaluation est de s'assurer de l'imputabilité de la transfusion pour ces incidents. C'est pourquoi les correspondants doivent la mentionner. La responsabilité de la transfusion sanguine est considérée comme certaine ou très fortement probable dans 50 % de ces cas. Notre espoir est que ceci s'améliore à l'avenir par une meilleure analyse des cas par les correspondants.

Le nombre total de décès enregistrés depuis 1994 s'élève à cinquante et un. Les imputabilités de la transfusion concernant ces incidents vont du doute jusqu'à la certitude. Le système d'hémovigilance permet de connaître quels sont les produits alors impliqués : des globules rouges pour 71 % des cas, des plaquettes pour 27 % des cas et du plasma pour 2 % des cas.

La transfusion autologue est aussi une source d'incidents (1,4 % d'après les fiches d'incidents transfusionnels). Il est intéressant de noter que l'imputabilité est similaire à celle de la transfusion homologue, puisque la plupart des incidents transfusionnels qui lui sont dus sont de grade 1 et que l'on rencontre la même difficulté à déterminer leur imputabilité réelle.

Il faut ici souligner que l'analyse des résultats démontre la valeur du système d'hémovigilance en tant qu'outil spécifique de la sécurité transfusionnelle. En particulier, il a révélé l'importance :

­ des incidents d'origine ABO, encore responsables de décès, qui sont dus soit à une omission, soit à une mauvaise réalisation du contrôle ultime au lit du malade ;

­ des incidents d'origine immunologique non ABO, qui sont majoritairement associés à des phénomènes d'hémolyse et, parfois, au décès du patient. Ceci suggère le besoin de développement de transfusion de produits phénotypés ;

­ des incidents d'origines bactériennes. Nombre d'entre eux ont été mortels chez les patients immunodéprimés, notamment chez ceux subissant de longues chimiothérapies. Deux principaux facteurs ont été identifiés comme étant à l'origine de ces incidents : une mauvaise asepsie de la peau au moment du prélèvement et l'administration de plaquettes d'aphérèse déleucocytées ;

­ des incidents d'origine allergique ;

­ des incidents liés à la volémie parfois responsables du décès du patient.

L'analyse des fiches d'incidents transfusionnels concernant les incidents retardés révèle que la plupart des séroconversions sont dues à des transfusions réalisées plus de dix ans auparavant. C'est pourquoi cette analyse doit prendre en compte les pratiques transfusionnelles telles qu'elles existaient avant la réforme. En 1996, trente-six cas de séropositivité au virus de l'hépatite B ont été recensés et seuls trois d'entre eux ont pu être imputés avec certitude à des transfusions ayant eu lieu en 1984, 1992 et 1996. Au cours de la même année, c'est à peu près cent quatre-vingt-dix cas de séropositivité au virus de l'hépatite C qui ont été recensés, dont quarante-six ont été attribués avec certitude à des transfusions réalisées entre 1984 et 1996. Vingt et un cas de séropositivité au virus de l'immunodéficience humaine ont été également enregistrés, incluant trois incidents dont la traçabilité a pu être assurée et dont les transfusions dataient de 1983, 1995 et 1996.

Il faut remarquer que, parmi ces incidents récents, les investigations ont éliminé le rôle de la transfusion dans plus de la moitié des cas et ont ainsi permis de confirmer le rôle d'autres modes de contamination.

Système opérationnel

Trois ans après la naissance du système d'hémovigilance en France, la conclusion la plus importante est que le réseau est maintenant opérationnel. Nous avons créé une base de données d'échanges informatique : le transfert des fiches d'incidents transfusionnels est maintenant réalisé grâce à un réseau électronique utilisant un matériel informatique qui lui est spécifiquement dédié. Plus encore, la communication entre les différents acteurs de l'hémovigilance est simplifiée grâce à cette messagerie électronique et grâce au réseau mis en place par l'Agence française du sang.

La « nosologie » des effets inattendus de la transfusion bénéficie des leçons apportées par l'hémovigilance. Par exemple, une meilleure définition des incidents transfusionnels permet et améliore leur identification. L'expérience précédente démontre le besoin de perfectionner l'homogénéité des fiches d'incidents transfusionnels d'une région à une autre par une meilleure définition et une meilleure communication afin de réduire le nombre d'incidents transfusionnels d'origine inconnue. En particulier, affecter un grade à l'imputabilité réelle d'un incident transfusionnel nécessite un critère commun. C'est pourquoi le logiciel de gestion des fiches d'incidents transfusionnels sera bientôt amélioré pour faciliter les contrôles, l'évaluation et l'alerte à partir de critères préétablis. Enfin, d'autres études ont pour objectif d'identifier des indicateurs de qualité concernant le prélèvement du sang et la sélection des donneurs. Ils auront aussi pour but d'améliorer la connaissance qu'ont les receveurs sur les produits sanguins labiles en France, ce qui fera bientôt progresser le nécessaire dénominateur de l'hémovigilance qui, aujourd'hui, souffre d'un manque de précision. Les autres objectifs du système d'hémovigilance sont ambitieux : tendre à l'exhaustivité du système d'alerte, multiplier les études épidémiologiques et définir des conditions techniques et d'organisation pour une sérothèque nationale des donneurs.

Ce système, fondé sur la coopération des acteurs, ne peut fonctionner s'il n'existe pas un important retour d'information de l'Agence française du sang vers les correspondants et coordonnateurs mais également vers les cliniciens, en charge des patients.

CONCLUSION

L'hémovigilance constitue un nouveau défi pour l'ensemble du système de transfusion sanguine en France et de ses partenaires. Le suivi attentionné des risques liés à la transfusion sera une valeur ajoutée considérable pour la future pratique transfusionnelle. Il n'est pas question ici de révéler une faute professionnelle. Le souhait est beaucoup plus de répondre à la mise en œuvre d'un réseau rendant possible une transmission exhaustive de données concernant les incidents transfusionnels. Il ne s'agit pas seulement d'une surveillance sanitaire mais bien plus d'un outil médical. Nous considérons qu'il est impératif de faire passer le message à tous les membres du système transfusionnel, à la fois dans les établissements de santé et dans les établissements de transfusion sanguine, de la nécessité de l'hémovigilance et de sa contribution vitale à l'amélioration de la sécurité transfusionnelle.

La transfusion sanguine a vécu une révolution imposée. Des étapes importantes et décisives ont été franchies pour réglementer cette activité hautement médicale où l'initiative individuelle et l'autonomie du médecin, qui in fine prend la décision, resteront toujours grandes. Si la médecine s'accommode encore mal du carcan administratif, il faut constater que la cohésion de la communauté transfusionnelle s'est renforcée et que la reconnaissance de sa compétence et de son professionnalisme s'est accrue au travers de cette restructuration. La transfusion sanguine est certainement, aujourd'hui, le secteur du système de santé publique le plus contrôlé. Cette nouvelle transparence médico-technique fait que cette discipline est maintenant en avance sur les autres et qu'elle apparaît comme pilote en de nombreux domaines. La boucle pourra être bouclée, car valoriser la sécurité transfusionnelle est certainement la meilleure voie pour renforcer la transfusion sanguine.


 

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