ARTICLE
Trente-cinq ans après sa naissance, le furosémide occupe
toujours une place privilégiée, peut-être la première,
parmi les diurétiques. Aussi, il nous a semblé utile de
faire le point sur les propriétés pharmaco-thérapeutiques
de ce médicament.
Pharmacologie
Structure et propriétés physico-chimiques
[2, 3]
Le furosémide est un sulfamide, dérivé de l'acide
anthranilique, très peu soluble dans l'eau. Le pKa de cet acide
faible est de 3,9. Il est bien absorbé par voie digestive. Son
sel, très hydrosoluble, est utilisable par voie injectable. La
structure chimique du furosémide est représentée
figure 1.
Données pharmacocinétiques [2,
3]
Le furosémide est actif par voie orale ou veineuse ; le tableau
1 précise ses principales formes de commercialisation en
France. L'absorption du furosémide est soumise à une importante
variabilité intra et interindividuelle ; sa biodisponibilité
est proche de 65 %. La demi-vie du produit varie habituellement entre
30 et 120 minutes (60 minutes en moyenne) mais peut être nettement
allongée dans certaines pathologies (insuffisance cardiaque congestive
ou insuffisance rénale). Le délai d'obtention de l'effet
est court : 1 à 4 minutes après administration intraveineuse,
environ 30 minutes après administration orale. La durée
d'action n'excède pas 6 à 7 heures après administration
orale. Cette action rapide et brève oppose le furosémide
aux autres classes de diurétiques. Le furosémide est très
fortement lié aux protéines plasmatiques (98 %), essentiellement
l'albumine. Cette forte fixation protéique et la liposolubilité
limitée du furosémide restreignent son volume apparent de
distribution à environ 0,2 l/kg. L'élimination du furosémide
est essentiellement rénale ; une fraction importante est excrétée
sous forme intacte et une fraction plus faible sous forme de glucuronide.
L'excrétion urinaire s'effectue au niveau du tube proximal par
une pompe à acides organiques non spécifique, bloquée
par le probénécide [4]. Dans l'insuffisance rénale,
l'excrétion du furosémide est en compétition avec
celle d'acides endogènes, et la posologie du médicament
doit être augmentée [5]. Le furosémide est très
peu dialysable.
Site et mécanismes de l'action salidiurétique
[6, 7]
Le furosémide fait partie des diurétiques de l'anse (ou
diurétiques à haute efficacité), comme l'acide étacrynique,
le bumétanide et le pirétanide. Le site d'action principal
de ces diurétiques est localisé tout au long de la branche
large ascendante de l'anse de Henle (figure
2). Ils inhibent le cotransporteur Na+, K+/2
Cl qui est situé dans la membrane de la face luminale
des cellules de ce segment du tube. Le furosémide n'est pas actif
lorsqu'il est mis au contact du pôle basolatéral de ces cellules.
Ce point important explique pourquoi l'effet du furosémide dépend
de sa concentration dans le fluide tubulaire et non directement de sa
concentration plasmatique.
L'inhibition du co-transporteur apical selon une stchiométrie
2 Cl, 1 Na+ et 1 K+ rend bien compte
du profil constant de la salidiurèse induite par le furosémide.
Le furosémide est donc essentiellement responsable d'une augmentation
de l'excrétion urinaire du chlore, du sodium et du potassium, mais
il augmente aussi l'élimination urinaire du calcium, du magnésium,
des phosphates, de l'ion ammonium et des bicarbonates.
L'excrétion fractionnelle du sodium filtré (FeNa) peut
atteindre 25 % après administration de furosémide (la valeur
habituelle de la FeNa est comprise entre 0,5 et 2 %). Cette puissance
natriurétique distingue les diurétiques de l'anse des autres
classes de diurétiques. La diminution de la réabsorption
du sodium et du chlore au niveau de l'anse abolit l'hyperosmolarité
interstitielle dans la médullaire rénale et diminue le gradient
de concentration cortico-médullaire. Cet effet entrave les processus
de concentration et de dilution de l'urine : après administration
de furosémide, l'osmolarité urinaire tend à se rapprocher
de celle du plasma. La réabsorption du potassium est fortement
diminuée, ce qui entraîne une kaliurèse d'autant plus
importante que la charge sodée arrivant au niveau du tubule distal
provoque une sécrétion de potassium en échange du
sodium réabsorbé. L'excrétion accrue de calcium et
de magnésium est probablement liée à la suppression
du potentiel électrique transépithélial. On observe
également une acidification de l'urine (conduisant à une
alcalose métabolique) par stimulation de l'antiport Na+/H+
de la branche ascendante de l'anse de Henle et une augmentation de l'excrétion
de protons par le tube contourné distal (échange Na+/H+).
L'élimination urinaire d'urates est initialement stimulée
mais diminue lors des traitements chroniques.
Le furosémide a une légère action sur les segments
proximal et distal du tubule rénal : il inhibe faiblement l'anhydrase
carbonique et le cotransport NaCl (thiazide-sensible) du tubule distal.
Son action sur ces deux derniers segments du tubule ne contribue que de
façon marginale à l'effet natriurétique et diurétique.
Actions vasculaires et hormonales du furosémide
Bien que l'importance de l'action vasculaire directe du furosémide
ait été récemment remise en question [8], un faisceau
d'arguments expérimentaux et cliniques plaide pour l'existence
d'un effet vasculaire, partiellement indépendant de l'effet diurétique
[6, 7, 9]. Au niveau rénal, le furosémide tend initialement
à augmenter le flux plasmatique rénal sans augmenter la
filtration glomérulaire. Les effets vasculaires systémiques
du furosémide ont été plus particulièrement
étudiés dans le traitement des dèmes pulmonaires
hémodynamiques accompagnant les infarctus myocardiques récents
[9]. Dans ces situations, le furosémide entraîne une baisse
rapide de la pression capillaire pulmonaire et une augmentation de la
capacitance du lit vasculaire veineux. La précharge diminue, de
façon d'autant plus nette que la pression de remplissage du ventricule
gauche est élevée.
Ces modifications hémodynamiques semblent dues à une augmentation
de l'activité des prostaglandines vasodilatatrices, en particulier
E2 [6]. On ne sait pas précisément si l'augmentation de
l'activité des prostaglandines dépend d'une augmentation
de la synthèse (directe ou secondaire à l'activation du
système rénine angiotensine) ou d'une diminution de la dégradation
de ces autacoïdes. Les effets vasculaires sont réduits par
l'administration d'indométhacine (inhibiteur de la synthèse
de prostaglandines) et quasi inexistants chez le sujet anéphrique.
Les effets hormonaux du furosémide sont brièvement décrits
dans l'encadré 1.
Furosémide et syndromes
de rétention hydrosodée
En pratique courante, les dèmes les plus fréquents
sont ceux observés dans l'obésité, au cours des troubles
veineux et lymphatiques. Ces dèmes ne sont pas une indication
du traitement diurétique. De même, les diurétiques
ne sont pas justifiés dans le traitement de l'hypertension et des
dèmes gravidiques, car ils peuvent induire ou aggraver une
ischémie fto-placentaire.
Syndromes démateux généralisés
Les dèmes généralisés d'origine rénale,
cardiaque ou hépatique sont toujours la conséquence d'une
rétention hydrosodée excessive. Un diurétique de
l'anse doit nécessairement être choisi si le syndrome démateux
s'associe à une altération de la fonction rénale
(clairance de la créatinine inférieure à 40 ml/min)
ou à une hyponatrémie. En effet, en cas d'hyponatrémie,
seuls les diurétiques de l'anse sont capables de rendre positive
la clairance de l'eau libre. La dose initiale de furosémide doit
être adaptée à la pathologie sous-jacente (importance
de la rétention), au niveau de la fonction rénale et à
la vitesse de déplétion souhaitée. Quand la fonction
rénale est normale ou peu altérée, et que la rétention
hydrosodée n'est pas responsable d'une dyspnée, il est préférable
de débuter le traitement par une dose modérée (20
à 40 mg), car des doses plus fortes induisent parfois des réponses
excessives. Les doses ultérieures seront adaptées à
la réponse initiale et au rythme désiré pour la déplétion.
En l'absence de surcharge pulmonaire symptomatique, une perte de poids
voisine de 1 kilo par jour permet en général d'atteindre
le poids souhaité sans courir le risque d'induire des anomalies
hydro-électrolytiques trop sévères. Une surveillance
très régulière du poids, de la natrémie, de
la kaliémie et de la créatinine est nécessaire. Bien
entendu, une restriction en sodium sera associée au traitement
diurétique. Les apports en eau seront adaptés à la
natrémie et limités d'emblée en cas d'hyponatrémie.
dème aigu pulmonaire cardiogénique
Dans cette pathologie, le furosémide injectable est d'une remarquable
efficacité, en particulier par sa rapidité d'action qui
ne peut être expliquée uniquement par l'effet diurétique
plus tardif. Avant qu'apparaisse l'effet diurétique, le furosémide
diminue la pression veineuse et la pression artérielle pulmonaire
[9]. La diminution de l'dème dans les tissus péri-alvéolaires
entraîne une meilleure diffusion alvéolocapillaire de l'oxygène,
rapidement suivie d'une réoxygénation des tissus périphériques.
La première dose intraveineuse est de 0,5 ou 1 mg/kg. Si le furosémide
est associé aux dérivés nitrés, le risque
d'induire une hypovolémie efficace doit être pris en compte
[8].
Insuffisance cardiaque chronique congestive
Au cours de l'insuffisance cardiaque, le débit sanguin rénal
ne représente plus que 10 à 12 % du débit cardiaque
contre 20 % chez le sujet sain. Le rein va « essayer », quelles
qu'en soient les conséquences, de maintenir la fonction de filtration.
Cette adaptation fonctionnelle passe par une stimulation de tous les mécanismes
vasoconstricteurs et antinatriurétiques [10]. Le système
rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) est au premier plan
de cette réaction rénale. En « débloquant »
la natriurèse, le furosémide peut améliorer les conditions
hémodynamiques. Cependant, à l'inverse de ce qui est noté
dans l'insuffisance cardiaque aiguë, le furosémide peut entraîner
dans l'insuffisance cardiaque chronique une élévation des
résistances périphériques et de la pression de remplissage
du ventricule gauche, ainsi qu'une augmentation de la pression artérielle
[10]. Ces modifications hémodynamiques sont en partie dues à
un surcroît d'activation du système rénine-angiotensine.
Cette activation hormonale rend logique l'adjonction d'un inhibiteur de
l'enzyme de conversion de l'angiotensine I (IEC) au traitement par furosémide
[11-13]. Une dose trop forte d'IEC peut limiter l'effet du furosémide
et fait courir un risque d'hypotension ; aussi, une très faible
dose d'un IEC d'action courte doit être utilisée initialement
[11]. La dose du diurétique doit être réduite lors
de l'introduction de l'IEC pour éviter hypotension artérielle
et insuffisance rénale fonctionnelle [13]. Les IEC, à côté
de leur effet bénéfique propre dans l'insuffisance cardiaque,
limitent l'hypokaliémie et l'hyponatrémie induites par l'activation
hormonale et les diurétiques [10].
Dans le traitement de l'insuffisance cardiaque congestive, le choix
se porte plus particulièrement sur le furosémide en cas
d'altération de la fonction rénale, de syndrome démateux
sévère ou réfractaire aux thiazidiques et d'hyponatrémie.
Pour un même effet natriurétique, le furosémide diminue
le rapport osmolalité urinaire/osmolalité plasmatique de
façon plus nette que le chlorothiazide et ce point le rend avantageux
en situation d'hypotranémie [6]. L'augmentation de l'excrétion
urinaire de magnésium, de calcium et, surtout, de potassium induite
par le furosémide peut majorer le risque d'arythmie sur cur
défaillant. Ces anomalies métaboliques sont particulièrement
à craindre chez les patients traités par digitaliques.
Cirrhose hépatique avec décompensation
démato-ascitique
Au cours de la cirrhose hépatique décompensée,
il existe un hyper-aldostéronisme secondaire majeur, conséquence
de l'hypovolémie efficace. En première intention, on choisira
un antagoniste de l'aldostérone. Quand la rétention hydrosodée
est réfractaire au traitement de première intention (repos,
régime pauvre en sel, spironolactone), on peut associer une faible
dose de furosémide. L'induction ou l'aggravation d'une hypovolémie
ou d'un trouble hydro-électrolytique devra être particulièrement
redoutée, car pouvant précipiter la survenue d'une encéphalopathie
hépatique.
Syndrome néphrotique
Dans cette situation, l'adjonction d'un diurétique de l'anse
au régime désodé est souvent nécessaire. Au
cours des syndromes néphrotiques sévères, une résistance
à l'action du furosémide est fréquente, même
quand la fonction rénale est normale ou peu altérée
[14]. Ce point est en partie expliqué par le fait que le furosémide
reste fixé à l'albumine, anormalement présente dans
l'urine primitive. En effet, conformément à un principe
général de pharmacologie, les médicaments liés
aux protéines ne peuvent pas atteindre leur site d'action et sont
en conséquence dépourvus d'activité. Ce point explique
pourquoi les perfusions d'albumine n'améliorent pas l'effet natriurétique
du furosémide dans cette indication [15]. Seule une hypovolémie
menaçante peut justifier le recours transitoire aux perfusions
d'albumine dans les syndromes néphrotiques. La résistance
au furosémide sera atténuée en augmentant les doses
du médicament ou en l'associant à un antagoniste de l'aldostérone
ou bien à un thiazidique [14].
Furosémide et
hypertension artérielle
Les grands essais des années 70 et 80 qui ont montré les
bénéfices cliniques du traitement médicamenteux de
l'hypertension artérielle essentielle (en termes de diminution
de la morbi-mortalité d'origine cardio-vasculaire) ont essentiellement
été obtenus avec les bêta-bloquants et les diurétiques
thiazidiques. Dans le traitement de l'hypertension artérielle essentielle,
si le choix se porte sur un diurétique, un thiazidique sera donc
préféré au furosémide. Un des inconvénients
du furosémide, dans cette indication, est sa demi-vie courte qui
expose au risque de rebond de rétention sodée entre les
prises, ce qui rend nécessaire la répétition des
prises (facteur majeur de non-compliance dans le traitement de l'HTA).
Une spécialité de furosémide micro-encapsulé
(dosé à 60 mg de principe actif par gélule), à
libération prolongée, a été développée
pour limiter cet inconvénient. Que le choix se porte sur un thiazidique
ou sur un diurétique de l'anse, la tendance actuelle est d'utiliser
ces médicaments à faible dose en les associant à
un diurétique épargneur du potassium ou à une supplémentation
potassique. S'il ne peut être recommandé pour l'ensemble
des hypertensions artérielles essentielles, le furosémide
est utile chez de nombreux hypertendus : lorsque l'hypertension est associée
à une insuffisance rénale, dans les hypertensions artérielles
sévères associées à une surcharge hydrosodée
ou « réfractaires » (quand une trithérapie incluant
un thiazidique est insuffisante).
Furosémide et
insuffisance rénale
Insuffisance rénale aiguë
Le furosémide ne doit pas être prescrit de façon
systématique dans cette indication. L'encadré
2 rappelle quelques règles de bonne utilisation du furosémide
dans l'insuffisance rénale aiguë. La posologie doit être
augmentée. La dose quotidienne peut aller jusqu'à 1 g/24
h, dose qu'il est souhaitable de ne pas dépasser. Comme dans plusieurs
autres situations « de réanimation », l'administration
intraveineuse continue est préférable à l'administration
discontinue (encadré 3).
Dans la prévention des nécroses tubulaires aiguës,
son intérêt reste du domaine expérimental [21].
Insuffisance rénale chronique
Les diurétiques de l'anse sont les seuls diurétiques utilisables
en situation d'insuffisance rénale chro-nique [5]. L'hypertension
artérielle est très fréquente dans cette situation
et sa composante volodépendante justifie l'administration de furosémide.
Les doses habituellement prescrites vont de 120 milligrammes à
1 gramme/24 heures. La forme orale dosée à 500 milligrammes
de furosémide est utile dans cette indication. Chez les patients
dialysés, la prescription de furosémide (250 mg à
1 g/24 h) permet d'augmenter le volume de la diurèse résiduelle
et de retarder la survenue de l'anurie [22]. Cela offre un meilleur confort
au patient en limitant la prise de poids interdialytique et en autorisant
un élargissement de la ration hydrosodée. Malheureusement,
l'efficacité du furosémide se maintient rarement à
long terme dans cette indication.
Le furosémide en pédiatrie et
en néonatologie
Il garde ici les mêmes indications que chez l'adulte, mais quelques
notions spécifiques méritent d'être connues [23].
La filtration glomérulaire est très basse chez le nouveau-né
(15-20 ml/min/1,73 m2) ; elle augmente rapidement après
la naissance pour atteindre 80 ml/min/1,73 m2 à 8 semaines.
Le rein du prématuré présente une incapacité
à retenir le sodium, exposant au risque de déficit sodé
et d'hyponatrémie en l'absence de supplémentation en NaCl.
Chez le prématuré et le nouveau-né à terme,
la demi-vie plasmatique du furosémide est allongée ; l'effet
du médicament est diminué en intensité mais prolongé
dans le temps. Dans les situations aiguës, la dose est de 1 à
2 mg/kg par injection sans dépasser 6 mg/kg/j.
Le furosémide améliore l'évolution à court
terme des nouveau-nés atteints de maladie des membranes hyalines.
Dans la dysplasie broncho-pulmonaire (maladie chronique iatrogène
secondaire à l'oxygénothérapie administrée
par ventilation assistée), le furosémide peut améliorer
les propriétés mécaniques pulmonaires. Dans l'insuffisance
cardiaque secondaire à la persistance du canal artériel
avec shunt gauche/droit, il pourrait empêcher la fermeture du canal
et aggraver le shunt du fait de l'augmentation de la synthèse des
prostaglandines. Chez les enfants hyperbilirubinémiques, le furosémide
déplace la bilirubine liée à l'albumine et augmente
donc le risque de toxicité neurologique. L'utilisation prolongée
du furosémide chez les enfants prématurés induit
une hypercalciurie qui peut s'associer à une néphrocalcinose,
à une hyperparathyroïdie secondaire et à une ostéopénie
avec défaut de croissance. La prévention de ces effets chez
le prématuré passe par l'utilisation d'une dose inférieure
ou égale à 2 mg/kg/j et par une surveillance de la calciurie
[23].
Indications rares du furosémide
Hypercalcémie
sévère
L'utilisation des diphosphonates s'est généralisée
dans cette indication. Le furosémide est rarement nécessaire
; son usage doit toujours être précédé d'une
correction du déficit hydrosodé.
Acidose tubulaire de type 4
En augmentant l'excrétion tubulaire distale du potassium et des
ions H+, le furosémide peut partiellement corriger les
anomalies observées.
Sécrétion inappropriée
d'hormone antidiurétique (SIADH)
Le furosémide est un traitement de seconde intention (après
la restriction hydrique) de l'hyponatrémie des SIADH [24]. Dans
cette indication, le furosémide est susceptible de s'opposer aux
effets cellulaires de la vasopressine et présente un effet antinatriurétique
paradoxal.
Intoxication aux ions halogénés
Le furosémide diminue la réabsorption tubulaire des iodures,
bromures et fluorures. Il peut être utilisé lors d'intoxications
avec ces molécules (il permet de compenser les pertes hydrosodées).
Hyperréactivité bronchique et
asthme
Le furosémide inhalé est susceptible de limiter la bronchoconstriction
induite par divers stimuli (exercice, allergènes, métacholine),
mais il n'est pas efficace dans la maladie asthmatique [25].
Effets secondaires [26]
L'induction d'anomalies hydro-électrolytiques représente
l'effet secondaire le plus fréquent. On peut voir survenir, de
façon isolée ou associée, hypokaliémie, hyponatrémie,
alcalose hypochlorémique. Ces anomalies sont particulièrement
dangereuses en cas de cardiopathie sous-jacente ou de dysfonction hépatique
sévère. La néphrocalcinose, consécutive à
l'hypercalciurie, est une complication élective du prématuré.
La survenue d'une intolérance aux glucides est peut-être
moins fréquente qu'avec l'utilisation des diurétiques thiazidiques,
qui peuvent diminuer la sensibilité à l'insuline. L'hyperuricémie
est un effet secondaire fréquent ; elle ne doit pas être
traitée si elle est asymptomatique. L'augmentation de la cholestérolémie
(observée aussi avec un diurétique thiazidique ou un simple
régime désodé) reflète avant tout la contraction
volémique.
Le furosémide peut entraîner une baisse de l'audition.
Les facteurs de risque pour la survenue d'une ototoxicité sont
: la prescription de fortes doses, l'administration intraveineuse trop
rapide, l'insuffisance rénale chronique et la co-administration
de médicaments ototoxiques (aminosides, glycopeptides, cisplatine).
Les réactions de photosensibilité sont assez fréquentes
lors de l'utilisation prolongée de fortes do-ses [22]. D'autres
effets secondaires sont beaucoup plus rares : éruptions cutanées,
néphropathies interstitielles aiguës, pancréatites,
hépatites cholestatiques, cytopénies.
Récemment, il a été montré que le furosémide
pouvait induire des carences en vitamine B1 et qu'une supplémentation
thiaminique était à même d'améliorer les performances
myocardiques des insuffisants cardiaques traités au long cours
par le furosémide [27].
Résistance au furosémide
De multiples facteurs, précisés dans l'encadré
4, peuvent expliquer une résistance au furosémide
[14]. Dans chaque cas, il faudra savoir identifier le ou les facteurs
réversibles. Le traitement étiologique du syndrome démateux
devra être renforcé. En cas de résistance persistante
à l'action du furosémide, les possibilités sont alors
: augmentation des doses, utilisation de la voie intraveineuse, combinaison
du furosémide à un diurétique thiazidique [14]. Cette
dernière association peut être remarquablement efficace dans
diverses situations, dont l'insuffisance cardiaque et l'insuffisance rénale
chronique [28-30]. Elle est potentiellement dangereuse, car susceptible
d'induire une hypovolémie et une perte potassique importante. Cette
association, rarement nécessaire, doit toujours être débutée
en milieu hospitalier et utilisée sous stricte surveillance.
Remerciements
Nous remercions vivement le Pr. A. Baumelou pour ses précieux
conseils.
CONCLUSION
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