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Faut-il repenser la protection vaccinale des adultes ?


Médecine thérapeutique. Volume 6, Numéro 4, 264-9, Avril 2000, Vaccinations


Résumé  

Auteur(s) : François Denis, .

Résumé : Les recommandations vaccinales sont en constante évolution, pas seulement grâce à la mise au point de nouveaux vaccins, mais surtout du fait de l’évolution de l’épidémiologie et éventuellement de données économiques nouvelles (coût/efficacité). Nous envisagerons successivement les recom-mandations actuelles pour les vaccinations des adultes avant d’étudier les éléments qui peuvent faire repenser les protections vaccinales des adultes. Les recommandations vaccinales actuelles pour les adultes. Eléments susceptibles de faire reconsidérer ces recommandation.

Mots-clés : vaccins, adultes, sujets âgés, stratégie vaccinale.

Illustrations

ARTICLE

Les recommandations vaccinales actuelles pour les adultes

Elles sont mentionnées en France dans le calendrier vaccinal [1, 2] qui est élaboré par le Comité technique des vaccinations (CTV), groupe de travail permanent de la section des maladies transmissibles du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF). Certaines recommandations concernent tous les adultes, d'autres sont ciblées en fonction de l'âge, de l'appartenance à des groupes (professionnels, voyageurs...), de facteurs de risque particuliers.

Population générale adulte

On recommande à partir de 18 ans, un rappel tétanos, poliomyélite tous les 10 ans. En dehors d'un cas de poliomyélite importé en 1991, on n'a plus observé depuis 1990 de cas de poliomyélite autochtones, les souches de poliovirus ont disparu des eaux et des égouts. Si l'incidence de la mortalité par tétanos en France a décru régulièrement depuis 1966, on observait encore en 1996, 39 cas et 16 décès ; alors que, vu l'efficacité du vaccin, le tétanos devrait avoir disparu. Une vaccination rubéole est indiquée pour les femmes non vaccinées, en âge de procréer ; il faut rappeler à ce sujet que malgré les campagnes vaccinales et d'information, il existe encore dans ce groupe près de 10 % de femmes non immunes. De ce fait, les primo-infections rubéoliques en cours de grossesse ont connu récemment une certaine recrudescence notamment en 1997, alors que l'objectif était d'éliminer en France les rubéoles congénitales à l'horizon 2000.

Recommandations en fonction de l'âge

La vaccination antigrippale est recommandée chez les plus de 70 ans, tous les ans ; il est envisagé d'abaisser cet âge à 65 ans.

Recommandations en fonction de facteurs de risque

Terrains particuliers

­ La vaccination antipneumococcique est recommandée tous les ans chez les splénectomisés, les drépanocytaires homozygotes et les patients présentant certaines tares, les insuffisants cardiaques, respiratoires, rénaux, les alcooliques avec hépatopathie chronique.

­ La vaccination antigrippale est, en dehors des sujets âgés, recommandée, tout comme la vaccination antipneumococcique, chez les insuffisants cardiaques, respiratoires, rénaux, les drépanocytaires et les diabétiques.

Activités professionnelles

Certaines vaccinations sont obligatoires pour les professionnels de santé (personnels visés par l'article L10 du code de santé publique, loi du 18 janvier 1991). La vaccination contre l'hépatite B avec un protocole en trois injections dit 0-1-6 est actuellement préconisée, le schéma dit 0-1-2-12 étant recommandé seulement quand on souhaite une immunisation rapide. Les rappels ultérieurs ne sont plus recommandés que dans des circonstances particulières, l'immunité acquise lors d'une vaccination réalisée avant l'âge de 25 ans étant plus prolongée que ce que l'on pensait initialement et peut être définitive [3].

Les autres vaccinations obligatoires pour les personnels de santé sont le tétanos tous les 10 ans, et la diphtérie, également tous les 10 ans mais avec une dose réduite d'anatoxine. Pour ces valences, les rappels sont les mêmes que pour la population générale, mais avec un contrôle accru. La vaccination contre la typhoïde concerne les personnels de laboratoire, avec un rappel tous les trois ans après l'injection initiale.

Certaines vaccinations sont recommandées pour certains personnels :

­ hépatite A chez les sujets professionnellement exposés (personnel de crèche, d'internats et de services s'occupant de l'enfance et de personnes handicapées), mais aussi personnel intervenant dans le traitement des eaux usées et travaillant dans la restauration collective,

­ leptospirose pour les égoutiers, les personnels en contact avec des eaux stagnantes ou usées,

­ rage pour les services vétérinaires, personnels de laboratoire et certaines professions exposées (garde-chasse, forestiers...).

Voyageurs

En dehors des mises à jour des vaccinations tétanos-poliomyélite-diphtérie, certaines recommandations spécifiques sont indiquées en fonction de la zone géographique de destination (fièvre jaune), de risques particulièrement liés à la situation épidémiologique de ce pays (méningocoque A + C pour les jeunes adultes allant en Afrique, rage en Asie notamment, encéphalite japonaise en Asie du Sud-Est, encéphalite à tique en Europe centrale) ou de comportements à risque tels l'hygiène précaire ou des séjours prolongés en zone endémique (hépatites A et B, fièvre typhoïde).

Éléments susceptibles de faire reconsidérer ces recommandations

De très nombreux facteurs peuvent intervenir pour influencer la politique vaccinale pour l'adulte.

Modifications épidémiologiques spontanées

L'éradication n'est pas envisageable pour les maladies pour lesquelles l'agent responsable a une origine non humaine par exemple tellurique (tétanos), est à l'origine d'une circulation asymptomatique ou d'un portage chronique.

Dans certains cas, l'évolution de l'épidémiologie doit être prise en compte, c'est le cas de la diphtérie, les épidémies récentes survenues dans l'ex-Union soviétique (plus de 50 000 cas en 1995) peuvent faire craindre un retour en Europe de la diphtérie. Notamment si on n'atteint pas dans la population générale un taux de couverture suffisant ; malgré ce danger venant de l'Est, il n'a pas été jugé nécessaire, à ce jour, de recommander un rappel de vaccin diphtérie pour tous les adultes en France. Paradoxalement, l'amélioration des conditions d'hygiène peut avoir un effet néfaste, ainsi la diminution de la circulation du virus de l'hépatite A entraîne un recul très rapide de la séroprévalence puisque chez les jeunes du contingent, la séropositivité anti-VHA est passée de 50 % en 1976 à 10 % actuellement. Or, l'hépatite A est beaucoup plus symptomatique et grave chez l'adulte que chez l'enfant (létalité globale 0,3 %, mais 2 % après 40 ans). On peut donc, dans le futur, s'interroger sur la nécessité de vacciner toute la population contre l'hépatite A (dans le cadre de vaccins combinés multivalents). Il est évident que la mise en place d'un Institut de veille sanitaire et de réseaux de surveillance des maladies transmissibles, dignes de ce nom, devrait permettre de suivre pas à pas les modifications épidémiologiques et d'adapter les stratégies en fonction des changements observés.

Modifications épidémiologiques induites par les vaccinations

Si on obtient l'éradication de la poliomyélite, on pourra envisager après un intervalle de sécurité de quelques années sans cas mondiaux, de supprimer la vaccination et les rappels comme on l'a fait pour la variole (éradiquée en 1977). Certains espèrent une éradication de la rougeole à l'horizon 2007 dans la région européenne de l'OMS et en 2020 pour la planète. Des éradications peuvent donc être espérées, elles sont rendues possibles grâce aux vaccinations. Mais les effets peuvent être aussi insidieux. Nous prendrons comme exemple le cas de Bordetella pertussis (coqueluche) et d'Haemophilus influenzae b.

Si un effondrement des cas de coqueluche a été constaté sous l'influence de la vaccination mise en place depuis 1966 en France chez les nourrissons, il est apparu que l'immunité vaccinale était de plus courte durée que celle conférée par l'infection et que la diminution de circulation de Bordetella pertussis n'entraînait pas de rappel anamnestique. De ce fait, les adultes sont devenus une source d'infection et ils peuvent contaminer les nourrissons non vaccinés [4]. Ceci a conduit à préconiser après un rappel vaccinal à l'âge de 15-18 mois, un second rappel à 11-13 ans. L'avenir dira si l'immunité conférée par ces rappels est suffisante, il sera peut-être nécessaire d'instituer des rappels chez les adultes pour entretenir l'immunité.

La vaccination contre Haemophilus influenzae b (Hib) est remarquablement efficace (efficacité voisine de 100 %) ; en Finlande où l'on a commencé à vacciner en 1987, il n'y a plus de méningite à Hib depuis 1991. En France, la baisse des méningites et des infections invasives est spectaculaire [5]. Il importe toutefois de rester vigilant car les Haemophilus influenzae appartenant à d'autres types capsulaires ne sont pas dénués de virulence [6], de plus parmi les méningites à Haemophilus résiduelles, les souches non typables occupent une place non négligeable (9 souches sur 19 entre 1996 et 1997, 9 souches sur 14 en 1998) [5, 7]. Enfin, au moins une publication récente [8] fait état d'une émergence sinon d'infections à Haemophilus influenzae b du moins d'une recirculation du germe dans une population correctement vaccinée. Sera-t-on obligé d'instituer des rappels vaccinaux (Hib) tardifs ou de combiner le vaccin polysaccharidique avec d'autres polysaccharides ou des protéines spécifiques de l'espèce pour prévenir l'ensemble des méningites à Haemophilus, seul l'avenir le dira.

Modifications dues à des décisions politiques

La disparition du service militaire risque d'entraîner une chute de l'immunité vaccinale par absence de contrôle du calendrier et de rappels vaccinaux lors de l'incorporation. Cela risque d'entraîner une diminution du taux de couverture chez les jeunes adultes de sexe masculin et une résurgence, notamment du tétanos, chez les hommes est à craindre. Le sex-ratio F/M est de 2,6 pour le tétanos, il est possible qu'à elle seule la vaccination à l'incorporation soit à l'origine de cette faible morbidité masculine ! Il est dommage que le rendez-vous du citoyen ne soit pas mis à profit pour faire bénéfier les deux sexes d'une mise à jour vaccinale.

Alors que le taux de couverture du vaccin hépatite B atteignait 70-80 % chez les jeunes adolescents grâce à la vaccination en classe de sixième, la décision de suspendre la vaccination en milieu scolaire prise en octobre 1998 a eu pour effet de casser la dynamique vaccinale et risque si on se limite à la vaccination des nourrissons (très insuffisante, taux de couverture de l'ordre de 30 %), de pénaliser dans les futurs les adultes et de retarder le recul de la maladie [9].

Modifications dues à des polémiques antivaccinales ou à des données de pharmacovigilance

De tout temps les vaccinations ont fait l'objet de polémiques dont se sont mêlés les politiques, les médias, relayés plus récemment par les associations antivaccinales. La lutte contre la variole a été contrecarrée durant tout le xixe siècle par les opposants à la vaccination antivariolique. Le vaccin hépatite B d'origine plasmatique avait, dans la décennie précédente, été accusé de transmettre le virus du sida, accusation infondée et fausse. Récemment, le même vaccin a été accusé d'être à l'origine de poussées de sclérose en plaques et de pathologies auto-immunes.

Le lien entre le vaccin hépatite B et des maladies démyélinisantes n'a pas été établi et même si le sur-risque existait, le rapport risque/bénéfice est clairement en faveur de la vaccination [9, 10].

Il faut impérativement que la population adulte soit vaccinée contre l'hépatite B pour éviter les transmissions horizontales (sexuelles, sanguines, par contact) et de la mère à l'enfant, pour prévenir les conséquences à court terme : hépatites aiguës, hépatites fulminantes et à plus long terme (hépatites chroniques, hépatomes). Le vaccin contre l'hépatite B est le premier vaccin anticancéreux, puisque l'on a pu démontrer récemment que cette vaccination pouvait prévenir les hépatocarcinomes [11]. Par précaution, il faut proscrire la vaccination chez les personnes ayant des antécédents personnels d'atteintes démyélinisantes et ne vacciner les enfants, adolescents et adultes ayant des antécédents familiaux de maladies démyélinisantes (sclérose en plaques), ou personnels de pathologies auto-immunes qu'après avoir évalué le bénéfice/risque [9, 10].

Mais il faut comprendre que toutes ces campagnes antivaccinales ne sont pas anodines, car à l'heure des communications par satellite, de l'internet, une information même non vérifiée lancée en France est reçue immédiatement de l'autre côté de l'Atlantique ou à l'autre bout de la terre. Ainsi, la polémique franco-française sur le vaccin hépatite B a eu un effet catastrophique par exemple dans les DOM-TOM et dans les zones francophones, tels le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne avec parfois arrêt de la vaccination dans des zones géographiques où le portage chronique du virus de l'hépatite B atteint 1-2, voire 10 % des adultes. Dans le passé, le vaccin antigrippal avait été lui aussi incriminé dans l'induction de processus de sclérose en plaques, ce n'est qu'en 1997 qu'une étude en double aveugle a permis de démontrer que cette vaccination n'augmentait pas le risque de poussées [12].

Rappelons qu'il est toujours très difficile de rattraper des informations fausses et que les mises au point n'ont jamais autant d'impact que les annonces médiatiques initiales. Il y a quelques années, les journaux français titraient sur un lien entre la mort subite du nourrisson et un vaccin multivalent largement utilisé, vaccin qui, heureusement, n'a pas été suspendu après cette annonce. Une longue étude a été nécessaire démontrant qu'il n'y avait pas de lien et permettant de clore le dossier en 1998 ; mais la presse n'a pas repris cette information négative et les politiques n'ont pas mis en valeur le travail sécuritaire qui avait été mené à son terme.

On peut toutefois s'interroger pour savoir si en multipliant les rappels on ne risque pas des hyperimunisations pour une valence antigénique donnée (tétanos, diphtérie), et si les vaccinations répétées annuelles (grippe) et les multiples stimulations antigéniques vaccinales sont sans conséquence. Mais on sait que tout au long de sa vie l'individu est en contact avec une quantité considérable d'antigènes, qu'il est soumis à des centaines d'infections bactériennes, virales ou parasitaires, sans épuiser son système immunitaire. Les vaccins du futur même multivalents ne représenteront en fait que très peu de stimulations antigéniques par rapport aux stimulations permanentes que connaît l'organisme. Malgré cela, il importe de rester très attentif, de renforcer la pharmacovigilance pour détecter d'éventuels effets indésirables des vaccins, tout particulièrement dans le domaine de maladies auto-immunes (neurologiques ou autres). En effet, comme après certaines infections, un éventuel mimétisme antigénique entre les épitopes présents par des antigènes vaccinaux et des constituants du corps humain, peut induire après vaccination une reconnaissance du « soi », une réponse inadaptée et une pathologie auto-immune [13]. Il est possible que dans le futur on puisse cerner certains groupes d'individus possédant un terrain génétique prédisposant à ces effets indésirables dus aux antigènes ou aux adjuvants (sels d'aluminium), ces sujets pourraient alors relever de prescriptions vaccinales particulières (âge, doses) et de prise en compte du risque/bénéfice. « Les effets très rares ou à long terme des vaccins ne peuvent être décelés qu'après une utilisation à grande échelle. La reconnaissance de ces effets peut conduire à des modifications de la politique vaccinale, à condition toutefois que l'imputabilité au vaccin soit le résultat d'une démarche scientifique rigoureuse [14]. » Nous ne pouvons que souscrire à cette position et souhaiter le renforcement de la vaccinovigilance spécifique de tout vaccin ancien ou nouveau. Mais dans le contexte actuel, on peut se poser la question suivante « serait-on encore capable d'éradiquer la variole en 1999 ? ».

Modifications liées à la démographie, à l'évolution et au vieillissement des populations

L'augmentation de l'espérance de vie peut conduire à une adaptation de la stratégie vaccinale en raison d'une réponse aux vaccinations diminuant avec l'âge [15]. De même, l'accroissement de sujets greffés, transplantés ou sous traitement immunosuppresseur peut également conduire à une modification des vaccinations (posologie, rythme d'administration...).

Modifications dues à de meilleures approches des coûts/efficacité

La vaccination est considérée comme la stratégie de prévention ayant le meilleur coût-efficacité [14].

L'amélioration de la qualité des études statistiques cas/témoin peut faire reconsidérer certaines stratégies vaccinales.

Le rapport coût-efficacité est en faveur de la vaccination antipneumococcique chez les plus de 65 ans si l'efficacité est supérieure à 50 %. Si les études portant sur la prévention des pneumopathies bactériémiques font état d'une efficacité de l'ordre de 66 % selon Fine, qui cumule 9 études [16], pour d'autres les résultats ne sont pas significatifs [17]. À ce jour, si la France a recommandé la vaccination de certains groupes à risque, elle n'a pas décidé de recommandations (et du remboursement) du vaccin pneumococcique pour les plus de 65 ans, ce qu'ont fait les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Belgique, la Suède, la Norvège [18].

De même, la vaccination antigrippale est actuellement en France recommandée et remboursée chez les sujets de 70 ans et plus, alors que la majorité des pays ont fixé la barre à 65 ans [18, 19].

L'analyse critique des publications anciennes et d'éléments statistiques récents venant notamment de réseaux peuvent faire évoluer la stratégie vaccinale concernant notamment ces deux vaccins, vaccins qui peuvent faire partie de stratégies combinées, ce qui abaisse le coût de la vaccination. En France, la prise en compte des aspects médico-économiques est facilitée par les avancées récentes obtenues en matière de standardisation, et d'outils d'évaluation [14]. Encore faut-il disposer de données épidémiologiques fiables !

Modifications dues aux progrès en vaccinologie

Les principes vaccinaux peuvent évoluer : vaccins conjugués, notamment pneumococciques, vaccins recombinants, vaccins ADN, les voies d'administration également (voie muqueuse). L'immunogénicité peut également être améliorée. Les stratégies vaccinales peuvent évoluer avec les vaccins combinés, hexavalents demain, multivalents plus tard.

Mais de nouveaux vaccins intéressant l'adulte sont en cours de développement voire au stade d'essai clinique. Leur place dans la stratégie vaccinale est à définir. On peut s'interroger sur la cible vaccinale du moins en France du vaccin Borrelia burgdorferi visant à prévenir la maladie de Lyme (quels groupes à risque vacciner ?).

D'autres vaccins tels anti-Escherichia coli entérotoxinogène, le vaccin anti-Shigella, le vaccin typhoïde relèveraient des vaccins des voyageurs.

Le vaccin anti-ulcéreux (anti-Helicobacter pylori) peut concerner toute la population, mais on ne sait encore à quel âge et à quel rythme il faudrait l'administrer. Si la mise au point d'un vaccin anti-Chlamydia pneumoniae à visée préventive de l'athérome a été envisagée, il n'en est qu'au stade des balbutiements et le lien de causalité entre C. pneumoniae et athérome reste à établir avec certitude. Certains essais récents de vaccins antipaludéens sont encourageants.

Quant aux vaccins dirigés contre le virus de l'hépatite C ou le virus du sida, ils ne sont envisageables, si on parvient toutefois à les mettre au point, que dans un avenir très lointain.

Les objectifs fixés en termes de santé publique, si on utilise de manière optimale les vaccins existant actuellement, peuvent être résumés sous forme du tableau présenté par Griscelli et Chauvet lors de la conférence de presse du 26 avril 1999 sur Vaccinations : Actualités et Perspectives [14].

Il apparaît sur ce tableau qu'une vaccination correcte des adultes intervient dans la réalisation de plus de la moitié des objectifs actuels, à savoir prévenir le tétanos néonatal et la rubéole congénitale, éliminer la diphtérie, la poliomyélite et réduire significativement les hépatites B chroniques... Le retard pris dans les programmes relève certes d'une couverture vaccinale insuffisante chez les nourrissons, chez l'enfant, mais aussi chez l'adulte. La protection vaccinale des adultes mérite donc d'être repensée vis-à-vis des vaccins déjà existants, sans même prendre en compte les vaccins du futur.

CONCLUSION

Les vaccinations ont fait reculer considérablement bon nombre de maladies infectieuses, l'éradication a été obtenue pour la variole, elle est vraisemblablement assez proche pour la poliomyélite, plus lointaine pour la rougeole. Dans les maladies pour lesquelles la vaccination s'oppose à la circulation microbienne tels les vaccins à virus vivants atténués (rougeole, oreillons, rubéole) ou les vaccins bactériens polysaccharidiques conjugués (Haemophilus influenzae b), on peut espérer réduire voire supprimer les manifestations cliniques graves (rougeole, rubéole congénitale, etc.), mais il faut tenir compte du fait :

­ d'une part qu'assez souvent l'immunité vaccinale est moins durable que l'immunité acquise par la maladie,

­ d'autre part que moins l'agent infectieux circule, moins la population bénéficie de rappels anamnestiques dus à des infections inapparentes.

De ce fait, des maladies de l'enfance évitées grâce à la vaccination peuvent se déplacer vers les plus âgés et devenir des maladies de l'adulte. De même, l'amélioration des conditions d'hygiène diminue la circulation spontanée des agents infectieux, même en l'absence de vaccination, et diffère les infections chez l'adulte avec parfois des manifestations plus graves que celles que l'on observait chez l'enfant (hépatite A, varicelle).

Pour toutes ces raisons, dans le futur, on sera peut-être amené à préconiser chez l'adulte des vaccinations ou des rappels de vaccins pour des maladies longtemps considérées comme étant surtout des maladies de l'enfance (coqueluche, hépatite A, varicelle).

Mais de nouveaux vaccins peuvent aussi venir enrichir la panoplie des vaccins à recommander à l'adulte, on peut aussi en proposer certains chez l'enfant pour protéger à terme le sujet vis-à-vis d'un risque qu'il ne courra qu'à l'âge adulte (Helicobacter pylori, Papillomavirus).

Il est souvent difficile d'anticiper le risque et de faire comprendre à une mère qu'on vaccine son nourrisson contre une maladie sexuellement transmise ou contre un agent transmissible par l'usage de drogues IV. Il n'est pas évident de faire passer le message qu'en vaccinant aujourd'hui on préviendra un processus cancéreux (hépatocarcinome, cancer du col de l'utérus) qui risque de concerner le vacciné seulement dans 10-20 ou 30 ans. Beaucoup de personnes, y compris des politiques, ne sont souvent pas capables de voir aussi loin, ne prenant en compte que le bénéfice immédiat personnel ou le risque pénal à plus long terme, sans vision prospective ou collective (c'est tout le problème de la polémique entre les vaccins égoïstes et les vaccins altruistes), sans objectif vrai en termes de santé publique.

Comme l'écrit Axel Kahn, « Longtemps, les réglementations en matière de santé, la pratique de la vaccination collective obligatoire, la défense contre les épidémies faisaient fi des droits individuels » [20], plus récemment, la participation des citoyens directement ou par délégation à la prise de décision rend plus difficile la mise en place de stratégies sanitaires collectives notamment de vaccinations. Ceci alors même que bien souvent seuls des taux de couverture vaccinale supérieurs à 90 % permettent d'obtenir un recul vrai des infections voire des éradications. Pour parvenir à un tel résultat, il faut que les responsables de la santé informent sans relâche et communiquent clairement pour expliquer les choix stratégiques.

REFERENCES

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